LIVRE III. SECT. a*^. CHAP, VIII
discipline^ ni délibération^ ni préparatifs ^^, ni consolation quelconque^, excepté la bonne volonté d'accueillir aussi bien que possible ^ dans la ville , tous les fugitifs ^ attendu que la fuite était le seul moyen de salut. Cependant , de Textrémité du village de Horgen on voyait s'élever la fumée des maisons situées sur la hauteur ; la soldatesque y avait mis le feu malgré la défense des chefs ^^' . Les habitans de Horgen et de Thalwyl , fuyant par terre et par eau avec les plus précieux de leurs biens ^ criaient aux villages d'une voix lamentable ; « Fuyez , les voici. » Sur la rive opposée , un signal annonça que l'ennemi marchait vers Grûningen ; les sons du tocsin apportaient la nouvelle que Rarogne et ses troupes avaient envahi la partie inférieure du canton. Consterné par l'ébranlement général de la patrie en ruine ( ainsi le croyait-on ), chacun sauvait en hâte , derrière les murailles de la ville, ce qu'il pouvait emporter. Le prix du transport du vin égalait la moitié de sa valeur ; les chariots lourdement chargés , les chevaux , les hommes se pressaient sous les portes ; les bateaux , à l'endroit où la Limmat sort du lac. Au milieu de la foule se hâtaient péniblement les religieuses de la Seldnau; on portait devant elles, dans des baquets, les provisions du monastère. On céda aux fuyards les plus grandes salles des tribus. L'ordre et le respect pour la propriété disparurent; on volait les campagnards; les campagnards , de leur côté, pourvoyaient à leur subsistance et à celle de leur bétail comme ils pouvaient, à leur guise, sans payer ^^^, et
*** « Il n'y avait ni ordre , ni commandement ; l'un voulait faire la » guerre , f autre ne voulait pas.» BuUinger, "« Ttehudi.
*•* € Us enlevaient de force viande , pain , sel . beurre , bois , foin et
se permettaient tout sans égard pour les choses ni pour les personnes.
Lorsque les ennemis apprirent ces désordres^ les fils du landammann Netstaler^ qui possédaient sur le territoire zuricois pour plus de quinze mille florins de biens-fonds *®^, traversèrent le lac, abordèrent devant leurs maisons de Meila, et emmenèrent les vins qu'on leur avait retenus en leur qualité de Glaronnais. Des gens de guerre, plus accoutumés aux Alpes qu'à la navigation , entreprirent de faire çà et là des descentes et de boire ou d'emmener ce que la peur avait abandonné dans les caves. La ville envoya contre eux un grand nombre de bateaux ; trois hommes furent tués. Les Zuricois , embarquant avec eux beaucoup de grandes coulevrines, vinrent devant le camp des Lucemoisprës de Rûschlikon ; mais leur artillerie fut réduite au silence par celle de Lucerne ^^*. Chaque fois que les Zu-r
» paille, et disaient qu'ils avaient perdu mieux que cela. > Batlinger.
^^' • Ils possédaient aussi un chàtelet à Sehtkpfen sur le lac. » Ttehudi
**^ Les Lncemais avaient leurs bonnes coulevrines mobiles. Id, ?=: Tarra»bûch$en , en allemand. Il en est fait mention pour la première fois dans rhistoire de la Suisse à l'occasion dont parle le texte. « L'invention » des Tarrasbàclisen ou Tarrisbûchsen , car on trouve ces deux mots, fut > un progrès notable dans l'artillerie. C'étaient des pièces mobiles sur » des roues et qui ne servaient pas seulement pour les si^^ comme les » énormçs canons de pierrç ; on pouvait s'ep servir en campagne. On » trouve cbez les Liégeois , déjà en 1408 , de petits canons sur charrois » (Mém, de F. de Fascino). Dans la langue militaire du xv* siècle Tarroi ou Tarriê signifiait un rempart en terre derrière lequel on plantait le canon , qu'à cet effet on. plaçait sQr un affût garni de roues ; les pièces en question se rapportent donc à nos batteries ou à notre artillerie de position. Schilling , dans sa chanson sur la bataille de Grandson , se sert du mot TerroMt dans le même sens que Tarra», L'étjmologie de ces diverses formes est évidemment le mot français terrasse. Nous empruntons ces observations de l'ouvrage savant et consciencieux de M. Emaniul