LIVRE m. SECT. 2*. CHAP. III
troupes tokenbourgeoises dans la guerre d'Appeuzell^, furent favorisés ou protégés dans une prétention qui lui semblait au moins équivoque^. Tandis qu'il survenait ainsi un sensible refroidissement entre lui et ses combourgeois de Zurich , ses liens avec Schwyz se resserrèrent progressivement. Ces sortes de changemens s'aperçoivent mieux dans leurs suites qu'il n'est facile d'en déterminer l'époque ou de les expliquer par leurs causés souvent peu apparentes. On trouve avec plus de certitude leur origine dans le caractère des principaux personnages.
En ce temps le chevalier Rodolphe Stussi était bourgmestre de Zurich^ et Ital Réding landammann de Schwyz; talens, bravoure, esprit entreprenant, expérience dans les plus grandes affaires de la guerre et de la paix , faisaient de chacun d'eux l'homme le plus importait de son canton. Chacun d'eux déployait pour son pays tant d'activité, une âme si chaleureuse, que l'intérêt même de leur patrie confédérale ne put modérer une ardeur, source de la plus grande calamité.""
Le père du bourgmestre n'était pas Zuricois d'origine. Dans une plaine du pays de Glaris, à la jonction de la Semft et de la Linth , on voit quelques maisons réunies sous le nom de Zusingen''; près de là, se trouvait une chapelle très-fréquentée. Dans une de ces maisons habitaient autrefois les Stussi. Glaris, déjà confédéré, mais non sur un pied d'é-
* T. IV, p. 517.
* Us réclamaient peut-être la solde ou les frais de guerre.
* Voyez plus loin chap. IV, n. * après n. 5. G. M.
^ Je trouve aussi « Zum Singen (pri^ du chant), » sans doute à cause du voisinage de la chapelle.
galité^, ne jouissait encore que d'une liberté imparfaite^ lorsque Rodolphe Stûssi^ poussé par un instinct de grandeur, alla s'établir à Zurich où il devint bourgeois ^^, De grands services lui valurent la reconnaissance de sa patrie natale^*, la confiance de sa patrie adoptive*^. Son fils fut ce bourgmestre dont oii vient de parler, homme d'une taille haute et imposante, d'une force corporelle qui le distinguait même parmi les hommes de ce temps-là, et d'une énergie de caractère proportionnée ^^. Depuis bien des années^* ses combourgeois avaient pris l'habitude de jeter les yeux sur lui dans les affaires les plus importantes de leur ville ^^; les Confédérés, l'Empereur , les princes et les seigneurs voisins honoraient en lui le magistrat le plus influent de Zurich. Lié d'amitié avec Frédéric de Tokenbourg , auquel il avait rendu des services , il envoya son fils à la cour de ce seigneur. Ce jeune homme , Jean Stûssi, n'est connu par aucune qualité distinguée, mais on l'accuse au contraire d'une vanité insupportable ; dans le sentiment de sa propre nullité, il rappelait par l'orgueil de ses gestes et de ses paroles qu'il était fils du puis-
» T. m, p. 32 et d3 ; le traité n'a été modifié qu'en 1450.
3 Avant le rachat des droits du couvent de Seckingen , t Ht , p. 388 et suiv.
^0 1375; Leu, art. Stûssi.
" ï. m, p. 388 et 889.
*^ Il fut en 1388 tribun et inspecteur des bàtimens, en 1390 trésorier. Leu.
<' « Ce qu'il s'était mis dans la tête , il le réalisait • Tschudi.
*^ Il était conseiller depuis 1414.
** Dans les négociations pour la paix de Milan , t IV, p. 390 et suiv.; dans celles d'Appenzell, t IV, p. 5S1 ; auprès de l'Empereur, t. ÏV, p. 340 et suiv.