LIVRE m. SECT. 2^ CHAP. VIII
saient vrai : les sujets kibourgeois y dans la même détresse y ayant fait un traité avec Rarogne et Landenberg, ceux-ci à peine partis^ la ville envoya des troupes pour amener à Zurich ce qu'il restait de bestiaux; peut-être voulut-on moins punir les habitans que priver l'ennemi d'un moyen de subsistance , d'ailleurs nécessaire à la ville ^ où le désordre et la multitude des fuyards augmentaient beaucoup la consommation. Les citoyens de Grûningen^ qui estimaient la protection du gouvernement le premier de ses devoirs, dé-? clarèrent qu'en la leur retirant Zurich renonçait à son droit souverain , et députèrent au-delà du lac vers le commandant stationné à Hurden pour lui faire dire : « qu'ils avaient l'intention de prêter serment à Schwyz » et à Glarîs. » A cet effet les corps de troupes envoyèrent quatre-vingts hommes de Schwyz et cinquante de Glaris ; ceux d'Uznach , de Gaster et de Sargans , avec leurs renforts y portèrent ce nombre à onze cents hommes, que commandait un fils de Rédiug ^^'^. Un après-midi, après avoir dîné au couvent de Rûti, ils entrèrent dans la préfecture de Grûningen et reçurent le serment ; la garnison du château , composée de quarante hommes , sous- les ordres de Jacques Schwarzmourer *^^, résista. Afin de l'attaquer plus vigoureusement, les assiégeans firent amener de la Marche à Grûningen par le lac la grande coulevrine des Zuricois, conquise à Walenstadt; une réquisition fut adressée , conformément à leurs traités , à Rarogne et à' son
*^^ On le distinguait de ses frères par le sobriquet de « boiteux. > D'après Hhpii , c'était Réding du mont Sattel.
*^> Tichudi l'appelle Mourer ; mais je vois par les livrée de Ràti qu'en 1439 du moins Schwarzmonrer était bailli de Gr&ningen.
peuple. Us se mirent aussitôt en route ; Landenderg^ spontanément.
Vers ce temps ^ Heuri Schwend et le bourgmestre Stûssi f tous deux chevaliers , entreprirent une expédition^ chacun à la tête de cinq cents hommes^ pour débloquer^ l'un Kibourg, où Rarogne avait laissé le château extérieur occupé par deux cents hommes , la plupart du pays ; l'autre^ le château de Grûningen^ autour duquel Tennemi rassemblait ses forces. Schwend arriva Àe nuit prés de Kibourg ; la trahison lui livra le mot d'ordre ^2^; il fut introduit^ fit quarante prisonniers , dispersa les autres, et , son œuvre achevée , revint sur ses pas. Le bourgmestre fut poursuivi par la mauvaise étoile qui l'accompagna dans toute cette guerre; sur. la hauteur de Kûssnacht ^^^ ses avantpostes furent surpris , et quoiqu'il ne perdit que sept hommes faits prisonniers , sa disposition d'esprit ne lui permit pas d'avancer plus loin ^^^ ; peut-être .ne se croyait-il pas sûr de ses gens ; à juger par son ancienne gloire et par sa mort^ Stûssi n'était pas pusillanime, mais il se défiait de la force et de la fidélité de son parti.
Pendant ces mouvemens, les troupes qui assiégeaient Grûningen brûlèrent le beau château de Liebenberg ; la capitulation fut signée par Rodolphe Netstaler de l'ancienne famille glaronnaise que nous connaissons déjà , bourgeois de Zurich du fait de son père ^^^, peut-
*2' Tschudi se sert du vieux mot allemand « die Kry » (cri ). **• Sur le Kaltenstein près de Dikenau.
^'^ Il se proposait peut-être de jeter un renfort dans Grûningen , ce qu*il jugea impossible en voyant le pays rempli d'ennemis*
"* Leu, Il s'était établi à Zurich , à peu près dans le même temps que le père de Stûssi.