LIVRE ^11. SBGT. 2^. CHÂP. VIII
même temps que là nouvelle désolante de la prise de Grikiingen.
Schwyz et Glaris choisirent Truchsess pour arbitre ^*^ ; ils espéraient qu'il leur serait plus favorable que la modération des Confédérés : ils prétextèrent l'inconvenance que les mêmes cantons se présentassent comme parties et comme médiateurs. Ils feignirent d'avoir pleine confiance dans les Confédérés , mais en doutant que leurs adversaires voulussent sérieusement les admettre pour arbitres. Toutefois y les Confédérés^ qui entrevoyaient peut-être le véritable motif ^ se prononcèrent si énergiquement contre l'intervention étrangère dans les différends intérieurs ^^^, que f pour n'être pas abandonnés d'eux y les deux parties durent accepter leur médiation.
Les difficultés d'un accommodement et de son exécution se proportionnaient au peu de disposition du landammann Réding à renoncer à ses espérances. Sans la force inhérente au fédéralisme républicain pour le maintien de la paix^^^, l'accommodement n'eût jamais réussi. Les Schwyzois et les Glaronnais^ lés premiers surtout 9 se donnèrent une peine infinie pour conserver leurs conquêtes : non-seulement ils refusèrent d'intervenir auprès des sires de Rarogne ^ leurs concitoyens y pour les engager à restituer le comté de Kibourg, dont
**^ Tsehudi : « il était secrètement leur bon ami. •
**^ Id. « Que d'après leurs usages il ne leur convenait ni ne leur con- • viendrait à Tavenir de laisser débattre leurs querelles par des étran-
» gers. »
**' En France aiossi , les hommes les plus avides du bien d'autrui furent les adversaires les plus ardens du système fédératif.
la plus grande partie avait cédé à leurs armes ^*^y mais ils en appelèrent au serment qu'ils avaient fait aux habitans de Grûningen de ne jamais restituer à Zurich la souveraineté de cette seigneurie.
Que dans une Confédération les ccmquètes d'un État sur l'autre soient contraires à l'essence de la constitution'*^, c'est là une doctrine incontestable par son évidence interne^ corroborée aussi par l'expérience des Grecs et par l'histoire de la Suisse. Il est contraire à la nature du cœur humain que, blessés et défians, nous défendions dans les crises à venir, par l'emploi confédéral de toutes nos forces, un État agrandi à nos dépens. Le souvenir des batailles perdues s'efface avec le temps; l'aspect du territoire perdu reste. Les rois meurent, leur race s'éteint, et avec elle les intérêts des personnes et de la famille ; la république subsiste, et, dans la république fédérative surtout , aucun membre ne meurt sans mettre tous les autres en danger de mou-' rir; aussi toute mutilation violente laisse^t-elle une impression ineffaçable. Il n'est pas vrai de dire que la perte du territoire soit un salutaire châtiment pour des fautes politiques ; quand deux partis troublent la paix publique, il' est bien rare qu^ l'un des deux soit entièrement innocent , ou reconnaisse son tort : lorsque des confédérés siègent pour juger des confédérés , le murmure et la crainte prennent la place de la confiance fraternelle; la partie qui succombe en prend occasion
*** Car selon leur traité de combourgeoisie ils n'exerçaient aucune autorité sur ce que Rarogne pouvait avoir conquis sans le secours de leurs bannières. CA. dans Tsehudi , U, 297 , b.
*** t II est contre la nature de la chose, que dans une constitution fédérative , un Etat confédéré conquière sur Vautre. Esprit des loia.X, 6.