CHAPITRE IL
6UERSfi8 DE KELI16I0N EN FKANCR^
Les Suisses et les Belges^ — Albe envoyé dans les Pays-Bas. ^^ Louis Pfyffer et ses 6^000. — Retraite de Meaux.-— Les Suisses à SaiBl-Denis, à Jaroac et à Moncontour. — La Saint-Barfbélemy. — Réfugies. — Intrigues des "deux partis. — Heidt et Tammann au siège de La Rochelle. — Ambassade à Henri tîL — Affaire de Die. — Tentative suk" Besatiçbn. — Les Confédérés dans l'armée du Bien public. — Paix Monsieur (1576). — Bietour des auxiliaires. — Mœurs nées du service étranger. — < PfyfTer et Ara Lehn. — Fruits de l'alliance de la Réforme avec la politique.— Affaiblissement de la discipline.— Progrès de l'aristocratie à Genève et à Berne.
César rapproche les Helvétiens des Belges , pour leur donner, entre les Gaulois , la palme du courage ^ Les eaux sont pour l'habitant des basses terres ce qu'est pour le Suisse l'air des montagnes : Télément où grandit son cœur. Les sables comme les rochers sont devenus féconds^. L'industrie ne récompense pas, il est vrai , les deux peuples également : elle donne à peine l'aisance aux sources du Rhin, tandis qu'elle verse Topulence à ses embouchures. Les draps de Lille, les
* Voyez Rohan , de rinlérét des princes.
' Les montagnes tonservcnl comme les sables. Gherchcz-y les monamens du passé , les vieilles mœurs el l'indépendance.
UVRB X. GHÀP« II. 1(tô
Upis de Bruxelles» les toiles de HoUande s'écbangeaimt pour de l'or. Plus d'affures se faisaient «n ub jour à Anvers qu'en d^x à Venise^ Amsierdatt^ nouvelle Tyr S était couroïKiée d'une fôrét <de mats. Mais les Suisses et les Belges se rapprochaient par Tàmour de la liberté. LeS te gueux » s'étaient eoiifédérés coBMBe les patres. Comme les enfans de Genève ^ ils avaient pris pour devise : <i Un pour tous» tous pour un. » Dans les Pays*Bas » ainsi que dans les villes Suisses » la Ré^ forme s'était alliée à l'esprit d'indépendance. L«s peu^^ pies étaient entrés en lutte avec les troupes disciplinées» comme autrefois ks paysans avec la chevalerie* Horti » EgmoDt^ Orange étaient leur espoir. Nouvel Albert» Philippe II chargea le duc d'Albe d'aller étouffe!* l'in^ . surrection.
Berne apprit» au printemps de Tan 1667*» quel'é^ lîte des troupes espagnoles s'assemblait au pied des Alpes» tandis que des vivres s'amassaient dans les deux Bourgognes et en Savoie^. Des lansquenets passaient le Rhin. Walter Roll levait un régiment en Valais. Bellièvre et Anguisola demandaient des troupes aux Cantons. Les cours de France et d'Espagne s'étaient rapprochées et paraissaient agir de concert ^. Les
* Gonme la Saîase une nouvelle Pftlestine, Tune et l'autre entre deux grande empires. Libres > Tune par «a riobease» l'autre par «a pauvreté.
^ De Milan ^ par un Diesbtch. jireh. 4ê$ fiefê,
' Réponse de S. A. au roi d*£spagne , demandant des approvisionne* mens pour i6,000 hommes ; 15 janvier. Ma. vdliu Arck. TMinu-^ Avis do ce passée donné par Govain de Beaufortk Berne, en février. Mmiuel, n» 370.
* La cour de France encourageait le prince d'Orange et eo^Jonût on même temps Philippe , pour l'honneur de Dieu , de n'entrer en aucune paix avec hli. Arch, de la makon d'Orange, par M. Groen van Prinsierêr, /r. — De Thom, XLL — Davila, IF. — Steitler. — Correap. de Pompone de Bellièvre, Bibl, royale.
villes suisses ne doutèrent pas qu'une attaque ne fût préparée contre Genève et contre elles * • Berne se hâta d'aviser Fribourg ^, Soleure , et d'offrir à Genève une garnison^. Mais déjà Lyonnais ^ Dauphinois , Provençaux arrivaient en foule, et Genève en formait sept compagnies, commandées par des capitaines ses bourgeois^. A la nouvelle de ces mouvemens, Ânguisola se rendit en hâte à Berne. Il employa les termes les plus vifs, pour exprimer aux seigneurs de cette ville l'amour de son maître , et , voulant leur prouver qu'ils n'avaient point à craindre pour leur territoire, il leur offrit de demeurer chez eux en otage , jusqu'à ce que les troupes espagnoles se fussent éloignées ^. L'on sut bientôt qu'elles traversaient le mpntCenis, la Bresse, la Franche-Comté, puis qu'elles avaient porté la terreur en Flandre. L'on apprit le supplice d'Egmont, celui de Horn. Albe noyait dans des flots de sang la Réforme des Pays-Bas ®.
* Réflolatioa cfétre snr ses gardes, da 6 Jain 1566. -^Bem an Stadt und Land , 6 janvier 1567. — Levées à St.-GaU. Albe demande passage. D. Miêtiven,
^ AU, IX , 462. Fribonrg ne voulnt secourir Genève qu'à des conditions inacceptables.
* Registres du Conseil — Fragmens de Grenu. — Spon.
* Sous le syndic Bernard. Goligny envoya 6,000 êcus. Il offrit de déposer dans Genève 50,000 écus pour les besoins de la ville et pour ceux des églises. Genève aima mieux emprunter de Luceme 10,000 couronnes.
» Manuel', 571.— Recès de Baden, 6 avril 1567,
* Orange , contraint , malgré lui , à prendre les armes , sans aigent , sans re&ources, demanda un emprunt de 80,000 florins aux villes suisses. Berne se montra disposée à l'accorder « à un prince réformé . d'une maison iHustre, à laquelle l'unissaient d'andennes relations. • Lettre iCOrangc, 28 jain 1567. — Becé$ tlPArau, 9 oûûi, — Stettler. — Bellièvre demande cent mille couronnes pour empêcher l'emprunt. Sa corresp.
Cependant les Gantons catholiques ^ sourds à la voix de Berne dans le péril , n'avaient pas hésité à accorder 6^000 ^ hommes à la reine mère. Pfyfier commandait ces soldats. Depuis la bataille de Dreux, le jeune roi le nommait son ami, et ne parlait des Confédérés que comme Louis XI après Saint-Jacques, François V^ après Marignan. Pfyffer était de ces hommes qui rarement échouent dans une entreprise , parce qu'ils ne s'y engagent point à la légère et qu'ils la gouvernent avec sang -froid. Il ne méprisait ni l'âge ni les avis. Il passait pour avoir la crainte de Dieu parce qu'il observait scrupuleusement sa religion ; qu'il portait respect aux prêtres, faisait de grandes aumônes et ne souiErait dans le camp ni joueurs ni bouches inutiles. Sous lui servaient les Réding, les Zourlauben, les Praroman, les Riedmatten, les Salis et les Travers ^. La troupe reçut le nom de gardes du jeune monarque. Elle avait été levée pour veiller à la frontière de Flandre; ce fut vers l'Ile de France qu'on la dirigea. Le bruit courut qu'elle devait occuper les villes des Calvinistes et arrêter leurs chefs. Coligny faisait ses vendanges ; il prit les armes. Le lendemain tout courait sous les drapeaux. Les braves que nous avons vus se jeter dans Genève, et qui^ sous Montbrun, avaient ensuite observé la marche des Espagnols, se réunirent sans bruit aux alentours de Meaux^, où se trouvait la
* Vingt compagnies de 300 hommes ( 50 arquebusiers, 30 corce- Icls, etc. (Code militaire, îî, 31).
^ Hafner , journal mss. — Balthazar^ les hommes illustres de Lucerne. — C}'sat. — Buccelin, stematologie, IV, 193. — Isclin, bist. Icxicon, II, 654. — Bussîère, hist. des Franciscains, II, 344. — Pfyffer était brun , avait Tœil bleu , les lèvres vermeilles. Il était très-sobre.
* Uafncr , journal mss. — Balthazar , les hommes illustres de Luccrnc.
cour. Les gentilshommes des provinces voisines se joignirent à eux. Il n'y avait dans Meaux que les gens de la maison du roi ; c'était à peine s'ils faisaient 8 à 900 hommes; pour armes, la cape et Tépée. Ordre aux Suisses d'arriver à marches forcées : puis on tint conseil tumultueusement. Montmorency montra l'impossibilité, même avec les Suisses, de s'ouvrir sans cavalerie le chemin de Paris. Nemours , les Guise , s'indignére&t à la pensée qu'on pût laisser subir au roi la honte d'être assiégé. Les avis opposés tenaient la cour en suspens lorsqu'on annonça l'arrivée des Confédérés ; le roi , les courtisans se jetèrent au-devant d'eux. Pfyffer, informé de l'indécision du conseil , demanda d'y être introduit. i( Qu'il plaise à Vos Majestés , dit-il ^ , de confier leurs personnes sacrées à la fidélité de mes gens* Nous sommes 6,000 et vous ouvrirons, Sire, à la pointe de nos piques, un chemin assez large à travers vos ennemis. » Les capitaines suisses, restés à la porte du conseil , appuyèrent leur chef d'un murmure d'approbation. Quand la cour eut résolu de se confier à leur valeur , leurs bruyans cris de joie remplirent les appartemens.
La nuit tombait. Oubliant la marche longue et fatigante ^ qu'ils venaient de faire , les Confédérés se mirent en bataille. Dix enseignes se placèrent à l'avant, dix à rarrière*garde. Les seigneurs de France se rangèrent entre elles sur les deux flancs. Le connétable prit la droite, avec les gentilshommes; Nemours la
^ Oo dans le langage de la chronique : « Confiée seulement vous ( la reine) avec ces jeunes garçons (le roi et son frère ) à nous autres Suisses, etc. » fyaat, fVatdstetter Sée, 138.
* Ils étaient partis de Gh&leau - Thierry à minuit et étaient entrés dans Meaux à 4 heures.