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gauche , avec les gardes^du-corps. Dans le carré 8*avança le pch , avec sa maison. Les plus belles femmes de France 9 craintives^ encourageaient du sourire et de la voix ces paysans mal vêtus ^ au parler étrange^ devenus toul-à-coup leurs chevaliers. Ils marchèrent en chantant les victoires remportées par leurs ancêtres dans les guerres de Souabe et de Bourgogne , la contenance digne de leurs pères ^ Tair si déterminé^ que les Français eussent plutôt envié leur fidèle service que de trouver à faire mieux. Après une lieue de chemin, on découvrit au-delà de la Marne, derrière des arbres, la cavalerie de Condé, Pfyfier ralentit le pas des Suisses. Ils étaient sur cinq rangs : trois de piques et deux de hallebardes ; les arquebusiers occupaient les angles. A rapproche des Huguenots ils firent leur prière à genoux, penchés vers la terre ; puis ils serrèrent leurs files et se remirent en marche , les piques baissées, avec un grand sang-froid* <« Conservez vos rangs avec soin, leur cria leur chef; si vous attaquez la cavalerie, vous romprez vos rangs , et elle vous écrasera Que chacun donc , cbers capitaines et soldats , garde bien sa place ; vienne lennemi , nous le recevrons avec nos longues piques , an nom de la très-sainte Trinité. Arquebusiers, ne faites feu que sûrs de ne pas manquer Thomme o^ le cheval. Je serai toujours à la tête de ceux qui feront face à Fennemi. » Il dit ; la troupe s'avança , sans se laisser ébranler par des décharges répétées. En vain Condé , Coligny , Dandelot , La Rochefoucault la bar* celèrent sans lui laisser de relâche; en vain ils l'assail* lirent en tête, en flanc, en queue, chargeant de tous côtés à la fois ; les Confédérés ne se laissèrent point surptendre. Il leur arrivait de retourner la tête, omime
ferait un sanglier poursuivi par les aboyeurs ^ ; puis ils reprenaient fièrement leur marche. Charles IX les encourageait en leur disant : « Je partagerai vos périls ; mieux vaut mourir roi que vivre captif. » Durant toute une journée d'une marche souvent suspendue pour combattre , leur fierté ne fit que s'accroître avec les efforts de Tennemi. Ils se hâtèrent ^ afin de passer avant la nuit un ruisseau qui coupait la plaine, et n'était guéable qu'en peu d^endroits. S'animant pour vaincre ce dernier péril ^ ils franchirent le ravin en si bon ordre , et si bien préparés à culbuter tout ce qui s'opposerait à leur phalange, que les protestans n'osèrent en venir aux mains, et que, découragés, ils se déban^dérent, en louant le fidèle courage des étrangers. Le roi sortitalors des bataillons^ pritdes chemins détournés et gagna Paris , où il arriva disant : « Sans mes bous compères, ma vie était fort en bransle. » Le lendemain, il alla rencontrer les Suisses à la porte Saint-Martin , arma leur colonel chevalier , passa autour de son cou le collier de Saint-Michel , et fit donner la solde de bataille à ceux auxquels il devait , après Dieu , le salut de son royaume ^. On mit la retraite de Meaux au rang
^ • J'ai vu , par l'exemple des Suisses, ce qoe peut la discipline. Lorsqae les 6,000 suisses, qui sanvèrenl tout en France, furent arrÎTés , j'avoue qu'ils m'avaient Tair de la plus vilainecanaiUeque j'eusse jamais vue : on les aurait pris pour des portefaix, tant ils étaient embarrassés , non-seulement à manier, mais même à porter leurs armes. Mais rangés en bataille , ils me parurent d'antres hommes. Trois fois ils se retournèrent contre l'ennemi ; ils lui lancèrent tout ce qui leur venait à la main, jn^u'aux bouteilles; et baissant leurs piques, ils coururent sur lui comme des chiens enragés , tous en bon ordre, sans qu'un mît le ped devant l'autre , et animés d'un tel désir de combattre que l'ennemi n'osa pas attaquer. Nulles sommes mieux dépensées que celles employées aies entretenir. » Correro, dans le$ Doc, inédite sor i'Hisi. de France, IX, 186,
' Les gcnsr du roi crurent que ses éloges pouvaient tenir aux soldats
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des plus belles victoires. On la compara à celle des Dix- Millet Ce fut à qui des courtisans^ des principaux bourgeois et du bon peuple de Paris , ferait aux étrangers le plus de caresses et les festins les plus somptueux. Les Suisses avaient montré que^ sous un chef digne de gouverner leur courage^ ils savaient faire obéir le bras à la tête, dompter leurs mouvemens tumultueux , et que le peuple le plus indépendant savait au besoin se ployer aux lois de la discipline la plus sévère*.
Les jours suivans, les protestans s'emparèrent de Saint-Denis et de toutes les petites villes qui entourent la capitale. Us étaient 2,000 cavaliers , qui brûlaient les moulins, arrêtaient les vivres, et par leur fière contenance en imposaient au connétable, enfermé dans Paris avec 1 6,000 hommes. Enfin les murmures du peuple et Timpatience des hommes d'armes contraignirent le vieux général à chercher la bataille. Les bourgeois de Paris avaient demandé d'ouvrir la
misses liai de la solde , qn'il lear avtit promise, et se contentèrent de la faire toacher aux officiers, Pfyffer demanda audience. • Capitaines et soldats , dît-il , nons avons renda les mêmes services ; » et il ne se relira qu'après avoir reçu du roi l'assurance que sa promesse serait remplie.
* c C'est une retraite , celle-là ! et des belles ! en plein Jour et les ennemis en vue! et quels ennemis? les plus déterminés qui fussent en France. » Brantàme,
* Journal des expéditions des Suisses en France, par Ant Zurlauben. — Journal de Hafner. — Schw. Muséum , II , 1794. — Tableaux to* pog. delà Suisse, I, S59. — Alt, IX, 247. — Zurlauben, hist. miliL IV, S54. — D'Aubigné , 296. — De Thon, XLU. — Davila. IV. — Lanooe. — Gastelnau. — Tavannes. — Lapopelinière. — Relation des troubles de France (B&le, 1572), II ,72. — La retraite de Meaux se voit représentée en 4 tableaux à Altisbofen, le manoir des Pfyffer. Une coupe offerte par les capitaines à leur colonel a été vidée plus d'une fois en toast à l'antique valeur suisse ; pourquoi pas à l'antique concoi])e ?
marche. Us formaicosit un corps magnifique^ galonné d'or , eouyert d'armes resplendissantes , admirable à voir en un jour de parade. Mais aux premiers coiipi de feu y ila lâchèrent pied^ se jetèrent au travers des Suisses et les tinrent quelque temps dans ImactîoD. Quand vint le tour des Confédàrés^ ils furent attaipiët trois fois; trois fois ils repousaèrent Tennemi. Montmorency combattait au milieu d'eux , plos jaloux ée faire paraître son courage qu'occupé d'enchainer par le coup-d'œil la victoire à ses drapeaux, lorsqu'il tombi percé d'un coup de pistolet. Il avait été colonel général des Suisses ; il avait| combattu 46 ans à leur tétej ils le nommaient leur père : ils se serrèrent autour de son corps. La nuit se répandit avant que la victoire le fût déclarée pour l'un des partis ^ .
Toute la France fut bientôt un champ de bataille. Autant de provinces, autant de guerres. Deux peu^ pies , de mœurs de plus en plus différentes , se rcneootraient aux mêmes foyers. Les gaatilshomnaes de pro» vince, élevés près de la charrue; les bourgeois, dont le commerce avait éveillé les esprits, et les paysans graves des montagnes suivaient pour la plupart leç drapeaux de la Réforme. La noblesse dissipée de la cour et Ie$ peuples ignoranSy attachés à leurs pompes et à leurs plaisirs, combattaient pour l'ancien culte. Des frèrosi des amis, portaient Tépée l'un contre l'autre^. Les auxiliaires des deux partis avaient épousé leurs haines. Ce n'était plus comme de simples alliés du roi que
* Lanoi^ — De Thon. — Brant6me. — Davila. — SismoDëi.
> De ThoD , XUI. ---D'Aubigné, XV. -^ SisnoMdi. — Gapefigne. — « On ne voyait pins comme dans la première gverre civile les gen^* hommes des deui camps oublier leurs animosités pour se jeter ûvêê les bras les uns des antres. •
les Suisses couraient en France : c'était pour soutenir la sainte bataille et pour exterminer les ennemis de la foi; Quatre mille hommes^ levés avec l'or du Saint- Siège * y traversèrent le canton de Berne ^ en jetant aux hérétiques y sujets des villes confédérées ^ des regards pleins de fureur. Jean Heidt ^y de Fribourg^ joignit à leur tête le rëgiment PfyfiFer. Dans le même temps, Casimir y Irère de Félecteur palatin y s'avançait au secours des Calvinistes à la tête des 10,000 allemands. Condé couriit à sa rencontre. (( Solde ! solde ! » crièrent les reitres. Les gentilshommes français faisaient la guerre à leurs frais ; ils donnèrent gaiment ce qu*ils avaient : leur vaisselle et leurs joyaux; les valets même se dépouiOèrent. Puis l'armée se promena hardiment sur terre de France, fiattit des corps détachés , et finit par contraindre la reine à demander la paii. Ce que Ion appela de ce nom ne pouvait être qu'une trêve i< boiteuse et mal assise, » comme le peuple la nomma ^. On ne croyait pas devoir la foi aux hérétiques* On n'avait voulu que les disperser. Ce résultat obtenu, toutes les routés furent gardées pour les empêcher de se réunir. Condé et Coligny atteignirent à grand^peine La Rochelle; la Genève de l'ouest.
Alors recommencèrent de sanglantes fureurs. Philippe II offrit Albe au jeûne. i*oi. Casimir leva 14,000 allemands y avec les subsides dTiisabeth d^Angleterre. Les deux partis s'adressèrent aux Confédérés. Condé demandait aux villes ou des troupes , ou leur média-^
« Epistols Pli V, 1567-69.
s Lanthen » dît Heidt.
* Signée à LoDjnmeaa, le 18 mars 1568, par Biron, qui boitait, et dé Mesme , seigneur de Halassîse.