‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 5)Chapitre 12 sur 75 · XII · texte numérisé non relu

XII

lion ^ Belliévre se rendit en diète. « Je ne veux point

vous faire ce tort , dit-il , de croire que vous songiez à

secourir les Huguenots, à l'heure où dix mille brayes,

la gloire de votre nom, sont employés à servir le roi.

Vous n'écouterez point des sujets rebelles , si non que

vous vouliez les déclarer souverains. Lorsçpie je

cherche la cause pour laquelle une nation, petite,

comme est la vôtre , égale en renommée les grande

puissances , je la trouve dans votre constance à garder

les lois de vos pères; dans votre lenteur à contracter

de nouvelles amitiés ; dans le soin que vous mettez à

observer les anciennes. Fidèles à ces principes, dé*-

clarez ennemis de vos foyers ceux qui viennent troo*

hier l'union la plus étroite qui vous lie : celle que vous

avez avec la couronne de France. » Pendant que Fou*

poire de Belliévre tenait oes discours à Baden , Casimir

arrivait près de Baie et sommait cette ville de cou-

tribuer à Tentretien de son armée. Il la menaçait,

en cas de refus , d'aller faire la revue de ses troupes

sous ses murailles^. Bàle recourut aux Gonfédëréi*

L'injure retentit dans toute la Suisse» La^ diéle n'eut

qu'une voix : (( Nous ne souffrirons point que €ette vache

étrangère se rue sur nos pâturages. » BelUévre était la,

qui se répandait en éloges de la concorde helvéU^^y

excitait à marcher et s'ofirait à faire Ions les frafis de b

*■ Par son envoyé, le sénéchal de VakDtniolfl : «ponr planter une bevrense paix et repos. »

^ « Quant à Casimir , il y a plos de brait qae d'effet, n'ayant entendo qu'il ait fait exploits d'importance, sinon robber, piller, etc. • Grat^^*^ ^ nommait tiédeur la circonspection d'Orange. On ne le croyait pas ii^' cessible aux offres de l'Espagne. Archivu de la maUon d'Orange j ^"' 302,536,540.

campagne ^ . Angutsoia , de Vergy , la main sur 1 alliance héréditaire , ne pressaient pas moins vivement la diète. Les cinq Gantons allaient se mettre en marche, lorsque Zurich leur demanda ce qu'il devait attendre de leur part, dans le cas où il se verrait attaqué pour la religion. •*— « Nous ne vous aiderons point , répon«direni^ : le saint père n'est-il pas réservé dans nos traités ?» — Les vtUes , à ce mot , éclatèrent d'indi^ gnation. Que leur restait-il à (aire, si ce n'est de se donner aux proteatans d'Allemagne , puisqu'on* déclarait si ouvertement les allîanoes rompues ! L'adresse de Bettièvre dut s'emfdoyer à rapprocher les deux camps ; la diète se sépara sans pr^dre de résolution.

Cependant un nouveau corps suisse de 4,000 hommes entrait ^i France, sous P. de Cléry, d'une ancienne fa^ odUe de k Gruyère. Enfans , Heidt et Cléry s'étaient montrés à la tète , l'un de ses compagnons de langue vallone, l'autre de la jeunesse allemande, qui se livraient dans Fribourg des combats journaliers ^. Plus tard leur haine avait cédé à l'estime qu'inspire le courage. Dès lors Heidt n'avait pas eu d*ami plus (^oité que son premier adversaire, ni de conseiller phis fidèle. Noble, généreux, poète, d'une intelligence cultivée, Cléry s'était fait de bonne heure aimer de ses concitoyens, qui l'avaient revêtu des charges les plus honorables. Mais au premier bruit de la réputation

* • À 8 sols par homme , officiers comme soldats , ainsi qa'est quand ils marchent par élection , et qaand ils marchent ainsi un homme en vant vingt. Le tpi en sera qnitte pour 20,000 écns. » BeUiévre au roL

^ Lanlhen , dit Heidt, était fils d'un sellier. • £r laumeltesich im kleinen Krieg der V^ehchen nnd Deatschen Baben; da nœhrle sich seine Streitancht • Faierl. Slg. FUI. — Léo. — Grasser, Hcldenbncb, 267. — Haffner, II, ao.

que Heidt acquérait dans les armes , saisi d^une soif ardente de gloire , il avait pris l'épée^ avait conquis à Dreux le rang de chevalier et s^était fait un nom qui ne le cédait pas à celui de son rival. Tous deUx^ ils s'étaient rendus chers à la cour de France , mais à des titres divers : l'un en se prêtant à ses vices ; l'antre sans sortir deâ voies de l'honneiur. Beau , souple y intrépide , Heidt s'était fait remarquer de Catherine dé Médicis , la servit dans plus d'une intrigue et dut une grande fortune à sa faveur. Il n'eut pas plutôt con-^ duit un régiment au roi, que son ami leva le sien. Cléry s'avança dans le royaume en même temps que Casimir y pénétrait avec ses bandes allemandes. Il rencontra la guerre en tous lieux. Cependant le fort des combats s'était porté vers la. Charente^ sur les bords de laquelle une chaude mêlée venait d'avoir lieu. Le duc d'Ai>joUy troisième fils de Catherine de Médicis, commandait l'armée catholique. La reine^ jalouse pour le jeune prince d'une gloire qui défendit à d'autres chefs de porter trop haut leurs tètes , l'avait recommandé à Brissac , à Biron , au jeune Guise lui-même; elle avait surtout invité Ffyffer à l'appuyer de son bras et de son conseil ^ Sous ces capitaines, l'armée avait été chercher Condé^ et l'avait contraint de Uvrer bataille avant que tous ses gentilshommes l'eussent re* joint. Le sang des protestans avait coulé à grands flots. Lanoue, le Bayard de la Réforme^ avait été fait pri* sonnier. Coudé avait reçu le coup mortel en répétant sa devise : « Le péril est doux pour Christ et pour le pays ^. » La France était pleine de la joie de cette vic^

' Lettre du, 10 décembre, dans Zarlanben , IV, 375. ' Les catholiques, à Jamac, étaient 26,000 hommes, dans lesqueft On domptait C0,000 Suisses ; les protestans étaient 15,000.

LIYRB X. CHAP. II. 147

toire^ lorsque Cléry joignit Tarmée royale^ , Casimir œlle de Coligny.

La mort de Condé laissait Coligny chargé seul d'une guerre qu'il faisait malgré lui , lorsque Jesinae d'Al-. bret offrit aux cavaliers son fils pour les commander. L'enfant, qui deyait être Henri lY^ se présenta ^ l'air résolu y jurant , avec ses manières franches ^ de dé^ fendre la religion jusqu'à la mort. Né dans la chanson, élevé dans Tair des montagnes^ le Béarnais avait souvent couru, la tête nue, les pieds, dëchaux, avec les fils du village , dont il avait partagé le pain. Les cavaliers leiçeçurent comme le chef que le ciel leur donnait. Coligny n'hésita point à se placer sous ses ordres. Depuis l'arrivée des reitres, ses forces étaient imposantes, mais cependant inférieures encore à celles de la cour; aussi cherchait-il à éviter un engagement général. Les armées s^approchaient, se fuyaient. Les Suisses et les Allemands se mesuraient de l'œil. Un jour, Cléry, provoqué par un colonel des lansquenets à un combat singulier, s'avança. On fit cercle des deux parts. Le Fribourgeois fut vainqueur, et de la poignée d'argent du coutelas pris sqr son adversaire, il fit £aire une coupe sur laquelle ce duel fut représenté^. Peu de jours après, Coligny se vit contraint de livrer le combat qu'il craignait. Les reitre^ , ne recevant point de solde, menaçaient de l'abandonner. Les gentilshommes, les valets même témoignaient une vive impatience d'en venir aux mains. Ce fut comme une sédition qui précipita les protestans sur le champ de bataille de M oncontour^. Ils furent débordés. Les valets, qui s'étaient

* Le 2 juin 1569.

s Conscrvatear suisse, Vni, 511.

* Lanone.

118 HiSTOiaS BE LA. Sf/ISSE.

jetés tumultueusement dans la mélee , prirent les premiers la fuite. En trois quarts d*heure la plaine fut jondiée des corps de 8^000 religionnaires. Les Suisses, opposés aux lansquenets , renversèrent tout ce qui se présenta deyanl eux ■ • Zour-Matten prit de sa main deux drapeaux, qu'il déposa, à son retour, dans l'arsenal de Soleure, sa patrie^. Âm-Stuck, dUnterwald, rencontra un colonel huguenot, qui s'avan* çait sur des cadavres amoncelés, provoquant ei frappant à la fois; il lui porta le coup de mort, et rapporU à ses foyers l'anneau de son ennemi , en souvenir de Moncontour^. Cléry fut retiré du champ de bataille couvert de blessures ; il en mourut, jeune encore. Heidt continua seul sa carrière, jusqu'au jour où sa conscience se dressa contre lui. Il essaya tous les moyens de la désarmer. Il gratifia les Jésuites et se dépouilla pour les pauvres d'une fortune chèrement acquise; il revêtit lui-même Thabit des plus humbles moines ; ce fut inutilement. Celui qui avait vaincu tant d'ennemis ne put vaincre le remords, qui le poursuivit jusqu'à* tombeau ^. Béat de Zourlauben reçut , avec le régiment de Cléry, le droit de colleter d'une fleur de lis d'or b lion de ses armoiries. Le roi fit porter à Rome les dra-* peaux conquis à Moncontour. La nouvelle de cette ba*taille répandit de nouveau la joie dans l'Europe catholique , le deuil chez les protestans.

Néanmoins Coligny ne perdit point courage ^. Qo^

* Relation de la baUiUe, dans les mss. Milsoneau. > UaOhcr.

' Basinger, 167.

* Valerl. Slg.

^ « Si est ce que Dieu est très-doux, lui dit un vieillard qu*il reacontra fuyant comme lui ; ce mot suffit à le relever. » D*Aubigné.

ne peut la ki ! que ne peut l'ascendant d'un grand caractère I Led fils de ceux qui venaient de donner leur vie à Moncontour accoururent des villes et des montagnes. Une nouvelle armée prit, comme par miracle, la place de celle qui avait péri. Mais les catholiques recurent aussi des renforts. Heidt et Schorno leur ame-* nérent deux nouveaux régimens. Avoyers, Tun de Sch^ryz , l'autre de Fribourg , ils avaient laissé le siège du magistrat pour la guerre étrangère; ils citaient Rome, dont les consuls abandonnaient la présidence du sénat dès que les flammes de la guerre avaient éclaté quelque part ^ La lice s'ouvrit donc de nouveau : une lice de désolation , de pillage et de haine. « Mieux mourir, disait Goligny, que de continuer une guerre semblable^! » La lutte ne servait qu'aux chefs des partis, dont elle élevait les tètes. Les catholiques croyaient voir revivre Guise dans son fils. Plutôt que de laisser le héros faire de nouveaux pas dans une carrière de gloire , la reine donna aux Huguenots la liberté du prêche et des places de sûreté ^. Elle fit une paix semblable à celle de Passau , qui avait livré TAItemagne aux protestans. Les catholiques crièrent au scandale. Les régimens suisses furent licenciés.

Coligny se rendit à la cour. Il y porta une politique simple, naturelle, digne de sa grande âme. II voulait que la France se détachât de l'Espagne, pour se mettre à la tète du mouvement imprimé, par la Réforme. Le roi se fut appuyé sur les protestans d'Allemagne et les villes suisses. Il eût recherché la main d'une fille de

» Alt, S5i. — Zarlaaben, IV, &S4.— Vaterl Slg. ^ Lanoue.

* Paix de S.-Germain, S août 1570.

TEmpereur, le duc d' Anjou celle de la reine d'Angle^ terre. Pour occuper une noblesse qui ne pose pas volontiers les armes ^ catholiques et protestans eussent couru rendre libre la Belgique '^ et laver dans le sang espagnol des épées rougies de sang français. Ce fut la politique de Henri lY. La cour parut gagnée. On la vit aller s'établir à Blois y au sein 4^3 populations çalvi* nistes. fpur sceller la réconciliation 4?s partis, Charles IX voulut que Henri de Navarre épousât sa sœur. Dès lors il ne fut bruit que des fêtes splendid^^ au sein desquelles devait se célébrer ce mariage. Des protestans de plus en plus nombreux se rendirent à Paris. Leurs fronts sévères^, couverts de leurs cha7

* Le roi prêta l'oreille aux plaintes d'un synode des églises protestantes assemblé à La Rochelle, sons la présidence de Bèse (1571 ) ; Leffrei à Béxe» Déjà Orange disait ï « Selon les apparences humaines , nous sommes les maîtres du duc d'Alve. • Arch. de la maUan <tOrange, IJ, 50S. — A la persuasion de Goligny, Zurich , Berne et Fribonrg prêtèrent ao roi 130,000 é</us ; Bftle 60,000. Henri ]|V en a rendu 2,000 en 1601; le reste est dû encore. — Béat dé Mullinen eût volontiers donné dès soldats. Il çberqt^a à rallier FrUx>org et Soleture h Berné dans on commun intérêt II ne tint pas à lui que Genève ne s'assur&t par utie alllaDca l'appui de ces deux cantons. L'empêchement vint des ministres de Genève, qui ne permirent' aucune concession. Des cinq Cantons, Genève n'avait plus rien à attendre. « Rois , ducs , empereurs , noas avons assex de clef& puissances et d'avant-iQaurs , répondirent-ils brasqueroent, en 1571 , à de nouvelles instances. Nous n'avons que faire de cette clef-cL* Ckr. Lueenu — Les Manuels de» Comeils, — Stetiler, — Och». Ge»eh. v<m Boâil, •— Correipondanee de Beliiévre avec la eoitr. — Mullinen ne rejeta point l'offre d^nne pension de 200 écos. Il avait douze enftfns et en eot là de sa première femme , veuve de h Steigucir , et deu^ de la seconde» Haller'» Chronik. — IjCu, — Beliiévre,

' * « Après le souper, chez Coligny, se faisait le chant du psaume et la prière. A l'exemple de l'amiral , nombre de ceux de la noblesse avaient établi celle règle. Tous les soirs il lisait un sermon de Galvin sur Job ; c'était son remède à tous maux. » Mayer, Galerie philosophique da 16* fc^* ele, 7/J, 188.

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pe&DX à large bord^ leur attitude martiale et leur simplicité contrastaient avec les grâces légères et la parure brillante des gentilshommes de cour. Passaient-ils de-r vaut des croix ^ c'était sans smcliner. Ils semblaient, triompher du roi^ du peuple et de la religion. Les catholiques frémirent et portèrent les yeux sur Guise. Les esprits se livrèrent a de sombres pressentimens ' •

Il y avait plusieurs années que le ciel , s'associant aux passions delà terre, on le crpyait ainsi , présageait des événemens étrangers au cours ordinaire des choses. En Suisse , on avait vu les airs se remplir de combats , la sainte Vierge apparaître et lé ciel offirir l'image du jugement dernier. Une comète avait succédé à ces apparitions. Le sage abbé d'Einsiedlen cherchait le sens de ces phénomènes, lorsque se répandit la nouvelle de la victoire de Lépante , remportée par les flottes du roi catholique sur les Musulmans ^. L'on ne douta plus que les présages célestes ne promissent aux vrais croyans la prochaine extermination de l'hérésie^. Cependant les noces du roi de Navarre avaient réuni dans la capitale de la France deux peuples ennemis. Tous les chefs calvinistes s'y trouvaient. L'occasion était belle d'en finir en un jour. Il ne fallait qu'un mot de Charles IX ; il le don-, na, le reprit : il était trop tard. Le24 août, au premier point du jour, Guise avait mis la croix blanche à son

* Capefigue. — D'Aubigné, 533.

^ La diète défendit d'aller wrnr centre les ^nrcs. Nétniooiiu, entrai: nés par ceux de Nidvalden (Lussy?)» beaucoup y courarenU Rwéê.

* Une étoile brillante se leva près de Gassiopée. HàUar'ê Ckrenik.

« Hic iUe est olim parvam Davidis in urbem

Doxit ab Eoo qoi prias orbe magos.

Hinc îgitar felix , o torba applaude piorum ;

Tu Yero Herodes sanginnolejite mes, » Be^a.

chaperon. Les Suisses de la garde^siir pied depws deux heures y marchèrent sous ses ordres vers la demeure de Coligny. Ils passèrent auprès de quelquesuns de leurs compatriotes donnés pour garde à lamiral^ety brisant les portes avec leurs hallebardes, ik pénétrèrent dans les appartemens. Grunfelder, de Gliria^ Marti Koch , de Fribourg^ fourrier du duc' d'Anjou r et Josué Stouder, de Sagint^Gall, entrèrent les premiers y avec un Bohème y nommé Diano?iez , officier de la maison de Guise ^. Grunfelder^ ayant entrainé CoHgny vers le jour et reconnu ses cheveux blancs et ses traits > voulut le faire prisonnier. « Tel n'est point Tordre , » s'écrièrent ses compagnons , en levant leurs armes. « Mes enfans , leur dit le vieillard d'un visage paisible , vous n'abrégerez ma vie que de peu de jours.» 11 nen put dire davantage. Kodi ^ de sa haste ^^ le Bo* hème^ de son épée , frappèrent^ se disputant Thonneiir du coup. Coligny tomba sur le carreau, (r £8t<*ce fait?» criait Guise > resté dans la cour. — « Il est mort. » -^ « Eh bien y faites-^nous le voir. » Le corps fut jeté par la fenêtre. On essuya le sang : c'étaient bien les traits de celui que poursuivait la vengeance de Guise. Les mains du grand homme ^ son nes^ ses oreilles forent coupés de^on cadavre , et le peuple le traîna de rue en rne^ en lui prodiguant les railleries^.

'* C'étaient ceux de la garde da duc d'Anjou, vêtus de blanc, noireC vert Relation du massacre, tirée des Mémoires de l'état de France soss Charles IX. Le roi avait 100 Suisses , Anjou 56 , Aiençon 60. Rapport des capitaines. D'autres, sous S. Frœlich, furent chargés d'arrêter le rm de NaviTre ei W prince de Condé.

^ Fanfaron de crime. On l'a dit Wurtembergeois ou Lorraîs. Do nom de sa nation l'on avait fait son nom propre.

* Schwynspiess.

* Le S4 août 1572. -* Pièces recueillies par Bultinger dans la GoU.

LIVKB X. CHAP. II. 133

Déjà tout Paris était en armes ^ n'épargnut ai l'ea*faiit au berceau , ui le vieillard. Les femuea achevaient les blessés. Elles encourageaimt au massacre. Dans ce jour mourut le jeune TéUgny, à qui l'amiral arait €k>nné la main de sa fille ; beaucoup de jeunes hommes le surpassaient en naissance , aucun en vertu. Pierre Ramus^ ré venu depuis peu de Lausanne ^^ espia le

limier; snrtout : W^rfaafle Véneichnimg der mordiscben Tbat in Ftankreleh begangen. «^ Ce rédt des Suiises , qai se lit àua Âtehi», fwrSckm. Gêukiehi€ tmd Landêskundejll, Âôi), ajoute phiâenn U«îl» aux récits des historiens français. Ce fut à qni aurait le triste honneur d'avoir donné le coup mortel à Goligny. Dianovicx sut s'attribuer cette gloire. Il en Jouît les eourts momens que le fanatisme fut à son plus haut point, et ne tnda pa« à élre , pour les ettholiqvff comme pour les pro«« testans, un objet dliorreur et de mépris. 11 finit misérablement Bio« graphie universelle , article Béme. — Variitas. — Bèse. — D'Aubigné. — Lapopelinière. — De Mergey. — De Thou, LII. — Brantôme, IV. — Relation du massficre; Tocsin contre les massacreurs; le Réveil matin des Français 2 Diacoiun par Cove3Tac ( dans Cimber], — Mathieu , Histoire de Charles IX. — Adriani , XXIL — Minute dans les Arch. de Sîmancas, B. 8. — Les protestans ont tous cru l'attentat calculé. Albe (s'il faut en croire Henri lY, qui l'avait entendu, à l'&ge de onze ans ) avait dit à la raine-mère une parole qui ne fut pas perdue : • dix miHe grenouilles ne valent pas la tète d'un saumon. » Davilâ, TaivaraMS réel»» ment pour la cour l'honneur d'une politique si belle. Plusieurs écrivains catholiques ont cru à l'inspiration do ciel ; d'autres n'ont vu dans la St -Barthélémy qu'une échaufourée née de l'ambition de Guise et de la piiBbb populaire. Quelques-uns diront une néceasilé. l\ j avait de tout cela.

* Avec d^antres Fiançais , sur la nouvelle dn diangenaent qai i^étail fait à la cour. Fils d'un berger , Ramus fut son maître à lui-^méme. Ptaa hardi que les réformateurs , il s'élevait eontre leur discipline auasi bien que contre le joug d'Aristole , et voulait la remplaeer par la démocratie. 11 avait soulevé contre lui Bèie et Berne , eomme l'Université de Paria, « La théologie de Paris est adonnée aux questâonaires, qui rendent les étodians plus bateleurs que prêcheurs. • AéotrùuemtfA »ur Im référm» de CUnioerêiié^danê Cimber, F. — Lettres de Bèie. — Bayle. — La logi* que de Ramus a été longtemps suivie dans les écoles de Suisse et d'Allé*

134 HISTOIRB DB LA SDISSB.

crime d'avoir, l'un des premiers , tenté de substituer à l'autorité des anciens celle de l'expérience ; il fut jeté à la Seine , percé de trente coups. Philippe y fils du brave Ulrich de Hohensax et l'un des plus beaux hommes de son temps y était venu écouter Ramus sur la philosophie y après avoir étudié à Lausanne le droit , la théologie et Thébreu; il échappa comme par miracle. Charles IX, qui l'aimait, essaya vainement de le retenir à son service ^ Au matin, les rues se trouvèrent jonchées de 8 à 1 0,000 cadavres. Les Suisses s'étaient abstenus du massacre, mais non du pillage. Leurs mains étaient pleines d'or. Le roi leur donna encore à cbaçun dix couronnes de récompense et la maison d'un riche lapidaire a saccager^. On n'en cite aucun qui ait refusé ce prix du sang, tant les âmes s'étaient flétries dans le fanatisme et au service d'une cour souillée. Ils préférèrent se laisser persuader qu'ils avaient servi Dieu en servant le roi. Gomment en douter, lorsqu'on leur montra, sur* le cimetière des Innocens , un buisson desséché depuis plusieurs années ^ qui venait de se couronner de fleurs dans la nuit de la Saint-Barthélémy'? Le ciel eût-il fait des miracles pour une cause qui n'eût pas été la sienne? Plusieurs officiers achetèrent, des dépouilles^de ce jour, des terres dan^ lejur patrie^. Plus heureux qu^eu;x J. P&fi*, de

magne. BrêiihoÊipi, de tribiu logiem rêêlawaioribuê, Ramo , Verniwmio et Carîtêio^ Jenœ 1711.

* GooBenratearsiiîflse, XU, 7S.

s Badaaîre. La yalenr de sa marcbandise était estimée 200,000 écus. Aùf. d'un avocat au parlement de Roaen^ '^Rapport deê Suisêeê^ ^ StoUder Tavait va « de ses yen. »

* Stonder acheta les cb&teaux de Bolbach, Soulsbeig et Vinkelbadi, dont ses fils prirent les noms. Koch emporta de la St. -Barthélémy 10^000 cQDTonnes, Klein î,000 , Kayser le fifre, 600, Forster an beau

LITRB X. CHAP. 11. i2t

Liestall , à qui il fut donné de sauver les jours de sou compatriote , le professeur Herzberg de Baie * : une fortune ne vaut pas une bonne action. Les capitaines Stouder et de Gressier furent envoyés faire en Suisse le récit des ëvéhemetas et justifier U coiir.

Ces officiers furent, sur toute leur route, les témoins de nouveaux massacres. Non loin de Besançon, un village entier était la proie des flammes allumées pour être un feu de. joie. Des fugitifs nombreux, édhappés au glaive , foulaient les sentiers du Jura. La Suisse en fut bientôt remplie. Quelques-uns attirèrent tous les regards. La naissance de Ghandieu , ses talens i sa fortune , lui permettaient les plus brillantes espérances ; il leur avait préféré la vie dure , errante et souvent exposée d'un ministre de Christ. 11 fit, à Lausanne , avec une telle mckléraiion le récit de la Saint- Barthélémy, que ses ennemis mêmes n'eussent pu s'offenser de son discours^. Jean de Serres chercha son refuge dans cette [même ville , où il avait étudié la philosophie et les. anciens ; il employa le temps de son exil à traduire en latin les œuvres de Platon^. Aucun de ses contemporains n'a mieux écrit que lui sur les troubles religieux de la France^. Disons-le d'autant

cheval d'Eqpagne; sans parier de la vàissene d'or, etc. Il y a loin de Sempacb à la St-Barthélem j:

^ Atlienae ranricaé, 2S2.

^ U reçut 1,500 couronnes da doc d'Alençoù pour ce voyagé.

s WeUcke MUtiven, à Berne. ^— il avait présidé en 1^59 le synode de Paris, en i562 celui d'Orléans, et s'était idontré fcnrt opposé à la démocratie dans rÉglise. — Senebier, I, 820.

* Gomment de statu religionis et reîpiibl. in regno Gallie Libri XV. Henri IV le nomma, en 1595, historiographe de France. « Invidia veiaths, in patrias oras secessiL — Bourgoing hisL ecd. exaravit • Bùpi Gtnêven$i$ HuU »eripta Jacobo Boinàgw, mss, (BibL royaU )',

plus haut, que l'esprit de tolérance dont il était animë^ la fait longtemps méconnaitre de tous les partis. Sea* li^r répandit deux ans à Lausanne et à Genève les tré^ sors de sa vaste éruditi<m ^ Hottmann et Bonnefoi ^ les célèbres jurisconsultes , arrivèrent à Genève. HoUDMan retraça avec une vive horreur ce qu'il avait vu^« La France regorgeait de sang ; SO^OOO personnes ^ le sd du royaume 9 avaient élé immolées. Les papistes euxmêmes reculaient d'épouvante. Hottmann avait lu , de ses yeux , l'ordre aux gouverneurs des provinces , de n'épargner personne. Il avait vu égorger son fils , inal^ traiter sa femme et piller ses biens. Il n^avait été sauvé que par l'affection de ses étudians. Dans son indigna^ tion , il jeta aux esprits agités sa « Franoo-gallia , m qin donnait aux États généraux le droit d'appeler à la cou* ronne qui bon leur seisblait ^. Cent brochures diverses portèrent en tous lieux le récit de la Saint-Bartfaélemy ^ Néron parut humain auprès du monstre que le cM^ dans sa colère, avait donné pour prince à ta France. Genève invita les églises réfcxtnées à se réunir pour oa

* Senebier , II , iO. — Biogr. univ.

' Ses lettres à Haller, Gaalter, BuUinger. G. S. La oonstance d'Anne da Bourg dans les supplices avait toaché le cœur d'BoUmann. Biogr, univ. — p^itœ clariês, Juri$e, Leipzie, 1686, p. 206. < — Hottmaim avait été, en 1S47, professeur de litléi^tnre à Lausanne. Le roi de Navarre remploya à plusieurs ambassades. Il mourut à Bàle , 1590. Ses œuvres ont été recueillies à Genève, 1599. — Les Cantons obtinrent un décret qui lui rendait ses biens.

* De Thou, LVII, 57. — Hottmann était revenu de ces maximes lorsque , 20 ans plus tard , la Ligue en fit les siennes pour exclure Henri IV du trône.

^ Un homme qui avait trouvé asile dans la maison de Bèie et qull avait secouru par une somme qu'il avait dû lui-même emprunter» prit ce moment pour changer de camp et nommer son bienfaiteur « le trompette de fennemL > Schloaer't Beza , 215. -^ De Thou, LUI.

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