‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 5)Chapitre 18 sur 75 · LIVRE X. CfiAP. m · texte numérisé non relu

LIVRE X. CfiAP. m

Un homnië que ron n'avait fait crirnihél que poiir lui fermer le chethiii de Tëpiscopat. Là pitié y Titadignatien 9 l'horreur, quelque téitips mUettes , s'insulrgéreilt contre une dictature aveugle et barbare. Lés Confédéf éd en profitèrent potir intervenir en faveur deâ bàniiiâ et obtenir la révision des actes du strafguéricht. De nou«^ veaux juges s'assemblèrent^ sous là présideiice du bourgmestre Yilly. Animés d'un esprit différent de ce* lui de l'insurrection , ils réhabilitèrent les condamnée et ne laissèrent peser sur eux que les amendes nécessaires pour couvrir les frais considérables du pfô<cèâ^ Mais ce flot n'était pas le dernier. Quelque trànquiflité renaissait a peine qu'arriva la nouvelle de M Saint- Barthélémy. Un monarque avait ^ le tdài^ â'art*oser son royaume dii sang de 60^000 dé èes sujets; tJn frémisseUient d'horreui^ gagnd toute là Hhétlè. Hetctile dé Salis recevait du roi de France une |)ensiotl de 600 livrëis ; il courut à Goirë en faire la Renonciation aux nïaiUs At raml>assadeur. Tout parut croyable, l'iusieurs se persuadèrent que la mîort de l^lantà pouvait avoir détourné de grands maux et qae lé strafgué^ Mcht ùe méritait pas le blâme qu^il âiVàit encouru. Lé^ pàèteui^s. se promirent de veillei^ à ce ^e là rèfa'gtdir et la patrie ne souffrissent pas de dommage. En ces circonstances^ YOO armures furent trouvées cachées âous ferre à Grassio ^ dans la Valteïine; dans la maison des frères Beccaria. Alors tout ce qui avait pris part au premier skmlèvement se releva. Les drapeaux flottèrent'. Coire déclinant le triste honneur dl'étre lé théâtre de nouveaux excès , les enseignes allèrent camper soù^

^ Recès de Bador^.

Tusis, au sortir de laViannala, dans ces prairies, qu'au moment de se perdre dans le Rhin > la bruyante NoUa^ la terreur de ses bords» couvre fréquemment de Targile noire de ses eaux. Les hommes les plus violens furent appelés à siéger. Us ne se bornèrent pas à rétablir les sentences rendues à Coire : ils les aggravèrent et cherchèrent de nouvelles victimes. Pour être coupable, il Suffit d'être riche ou suspect* Les preuves furent demandées à la torture. Couvert des formes de la justice, le peuple satisfit sa soif de pillage. Il dévora les pensions que la France donnait à quelques hommes influens, avec celles que l'ambassadeur avait accoutumé de distribuer aux communes ^ Les pasteurs tonnaient contre la vénalité des grands , leur ambition , leurs débauches; le paysan traduisit leurs paroles en sentences d'expropriation. Les hommes de bien détournèrent les yeux avec dégoût de ces saturnales cruelles. Non pas qu'ils blâmassent le peuple d'avoir montré sa foudre : c'est à lui , dans' une démocratie, de rappeler sa majesté, quand il se voit trahi par ceux auxquels il a donné sa confiance ^ ; mais il n'est seigneur qu'à la condition d'être le serf d'un plus grand que lui : le juge reçoit ses lois de la justice.

* « Ont conlome de mettre enire et tâTomer là demis. • LiverdU. L'ambassadeur, sans argent, avait été réduit à' fair. Le roi le renvoya avec quelque somme ; • et plaît <à S. Maj. ordonner h à 500 écos» chacnn an , à 70 ou SO ministres , pour épargner vingt fois plus quand viendra le renouvellement de l'alliance. » A la surprise de la cour les ministres ne se laissèrent point gagner» Quelques-uns seulement reçurent des présens , mais n'en voulurent pas donner quittance. Liverdis au roi, 6 mors

^ Xénophon lui-même, si peu l'ami de la démocratie , ne blâme. pas les moyens employés par Athènes pour maintenir l'équilibre dans la république et empêcher des hommes puissans de la dobiner.

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Une nation vient-elle à Toublier, Theure à laquelle elle se croit le plus libre est celle où le crime s*appréte à se jouer^ comme avec une proie , de la vie et des biens des hommes les meilleurs.

Tandis que les honnêtes gens gémissaient, et que le magistrat, la tète courbée , laissait passer la tempête, les bannis imploraient les Gantons ^ • Les Confédérés nommèrent des députés. Rome, l'Espagne , la Savoie, répandirent de Tor. L'ambassadeur français, Liverdîs, joignit ses efforts aux leurs. Il sut obtenir un décret qui défendit aux ministres de se mêler à Ta venir des choses civiles^. Bientôt un nouveau tribunal revit, adoucit ou annula la plupart des jugemens portés à Tusis. Un même vœu s'exprimait dans toutes les Ligues : celui de ne plus voir revenir les jours qui avaient jeté la Rhétie sur le bord d'un abime. Dans cet état des esprits, on convint d'une ordonnance contre les émeutes^. A la commune à punir quiconque agirait contre les libertés de tous ; à la Ligue, si la commune

* « Les inviter à se départir d'une jastiee inusitée, entraînant grandes • dépenses. Sinon leurs supérieurs y tiendront la main. • Bteé$ de Baden, Les députés n'eurent pas honte de recevoir de l'ambassadeur de France chacun 80 écus, tant s'était perdu le sentiment de l'indépendance. Liverdîs,— ZeUweger, Geseh, von jippenzell, Hl , 442. *- Spreeher^ 2il3. — Il fut fait réparation à Tarchiduc Ferdinand • dont les droits de juridiction af aient été méconnus, lOjmUet.

* Le i5 Juillet i578. Ils ne se rassemblèrent plus en synode jusqu'en 1575, qu'ils furent priés de le faire. A Porta» SOS. « Nous serions, disaient-ils, de beaux ministres de Christ si nous ne criions cpntre la vénalité des grands, la violence faîte aux lois, l'envie, l'avarice, la brigue, les débauches , la sédition et la crapule, la gangrène de la république ! »

* Le 16 février 1574. L'ordonnance défend toute séparation, ségrégation , tumulte, sédition , concurrence à pied ou à cheval , ou par envoyés, pour commencer nouvelletés sans la permission des seigneur^ des Ligues.

^66 HISTOIRE DB LA SUISSp.

fermait les yeux ; si la Ligue, aux représeqtans de U>u| le pays* Le peuple nomma TordouDance DreysiegUr-^ briefj la loi trois fois scellée, parce que les Trois*Ligue3 la rcTétirent de leur sceau. Elle devait mettre un frei^ W colore du peuple> comme le Kessçlbrief dMn intrigues des grands. Elle ei^t été efficace daps les Içmps om \s^ ^hétie mettait Thonneur aci-dessus du gaia, la jusr tice au-dessus 'de Ihonneur. Mais à cette heure , 1^ loi se trouvait en opposition, avec les mœurs. L'i^v^rie^, l'orgufil des famines, la politique étr^iiigère se Ugui- "^ViX contre elle. E^Ue ne fut pi^s observée* Jérômf^ Bmi^o, du Misox , accusé 4^ Fs^voir violée en recevant lor de l'Espagne et de la. Savoie, ne le ntia point. U nomma hardimept ses complices : ils étaient les hpmmaa les; plus considérables du pays. Il avait recouru à l'in-. trigue pour empêcher les protestans d/al^er sijecQunF Qenève ; il l'avouait. Jf^ges et acci:^és étaient coup9bk$ du inéme crime : l'affaire tomba ^ • La plaie de la Rbétie était iqguéris^ble.

Cependant Rome , qui avait soulevé ces orages , n'avait pas atteint son but. Tandis qu'elle triomphait à la cour de France ;^ que Rodolphe II , Télève des Je* suites, succédait, à Vienne , au tolérant MaximiKen^; qu'en Suisse elle brisait chaque jour quelque anneau de la chaîne qui a^ait uni les Cantons ^, ses efforts ne

^ A JPona^ III, 37. Les villes snissçs et Liverdifli ^i»vo^o>^ coosçiUërent de laisser tomber cette affaire.

* Déjà Rodolphe Taisait fermer les temples des Réformés, et rbèbilelé. de Moron enlevait, à Ratisbonue, aa parti protestant sa supériorité ^ Allemagne, en achevant de détacher les luthériens des calvip^i^tes;, e| les ralliant contre eux aux catholiques.

' « Toujours de nouveaux corps suisses partent pour B<^e« On fait de grandes oiTres aux Cantons catholiques pour ^ttaquer les proti^t^mi. • Livêrdii,

réussisaaient pas à chasser rhërësie de la Valleline. Il ne restait, Borromée récrivit à Rome, à Madrid et à Paris , que d'arracher par les arm^ cette province aux Grisous ^ . Un soin nouveau fut mis à feritier l'Italie aux Locamois réfugiés à Zurich , et aux protestans de la Valteline. Plus de diète suisse sans que dés négoeians , maltraités par Tinquisition, se plaignissent, Tun, d'avoir été incarcéré, l'autre, de l'enlévemeot de sea marchandises* Sous prétexte de religion , les employés des doustnes trouvaient profitable de rançonner lea étrangers. Cette guerre dura trente ans^. Deux servir teurs , envoyés à Milan par Béat de MuUinen, avoyer de Berne, pour y vendre des joyaux, reçus des fils de Coligny, forent arrêtés let envoyés aux galères. Les joyaux furent confisqués comme appartenant à des en- «émis* Berne écriât inutilement. Elle recourut à des représailles. Des marchandises, appartenant à des maisons milanaises^, et valant plusieurs millions, furenf séquestrées, iies injonctions du gouverneur, ses me^ naces, les plaintes d'Uri, dont les chemins n'étaient plus foulés par les mulets d'Italie, celles des Sept- Cantons réunis , ne Tébranlèrent point. Elle ne se désista pas de ses mesures que Tavoyer n'eût obtenu satisfaction. Sa fermeté contraignit le gouverneur à signer Wt traité qui rétablissait le libre commerce ^. Les Lo-

< Gantù. — Lettres de Borromée et celles de Li verdis.

> A Porta, III, ch. i. — Stettler, II, 250. — Meyer's Locarno^ II, 170. — Recès de Baden, année 1574 et suivantes. Il fat défendu , sons les peiœa les plus sévères , à tout Milanais, de recevoir sous son toil un « non catholîqne. •

* Enti'avtres h la maison Ravalesca et Calderici.

* Et les instances de Zurich et de Btle. Zurich apporta, en janvier , Vinstminent de cette eonvention, 1&79. Les religîonnaires que l'Italie rejetterait à Tavenir étaient seuls exceptés.

carnois y étaient compris. Mais cette convention ne fut pas observée.

Ce fut pendant qu elles étaient ainsi troublées que Farchevéque de Milan entreprit de passer les Alpes ^ Un pénible chemin conduit du Yald'Urseren à Tabbaye couronnée de forêts j fondation de rÊcossais Siegbert dans le val de Dissentis ^; Borromée prit ce sentier, encourageant ses Italiens de lexemple et de la voix. L'abbé Christian de Castelberg venait de recevoir le titre de prince d'empire ^. Il était^ en Rhétie, le principal agent de l'Empereur et des puissances du midi. Grâces à Tor qu'il en recevait^ et à une administration habile, il avait sauvé le monastère d'une ruine immi* nente, reconquis bien des droits et relevé les pompes du culte ^. Il alla, précédé des saintes reliques et des croix, au-devant de l'archevêque, s'agenouilla du plus loin qu'il le vit , et attendit sa bénédiction. Borromée le salua par un chant et versa des larmes en contemplant les restes des saints. Le voyant pleurer, plusieurs se prirent à pleurer aussi ^. Se jugeant indigne de reposer en des lieux arrosés du sang des martyrs, il se fit apporter, loin du couvent, un peu de foin nouvellement coupé, pour sa couche* Le matin, le sol porta la preuve des plaies qu'il s'était faites, la nuit, en se flagellant. Il y eut ensuite lutte à qui l'emporterait de l'habitant de3 Alpes en magnificence, du prélat en

' Lavizzari, memorie istoriche, 101.

^ Par le Crispait, i Diparc antiquae reUgionis. > MabiUon, l, n^ PCXy. Voyes Maller, I, 163.

* En 1570. Avec la confirmatioû da droit de monopole. Leu.

* Rhelia sacra 1570.

* Chronique du couTent , mas, ( communiquée par M. A, de Sprecher Beruegg ). — Archiv. desertinenses.

sd>rîëté. Borromée examina tout : il s'assura que les vèCemenSy les vases répondaient à la majesté de la reli<gion ^ Il ajouta aux ornemens du culte '• Des orgues , les premières qu'eût vues la Rhétie, s'élevèrent dans l'église du couvent. Le saint archevêque prêcha ^ même dans des temples qui ne ressortaient pas de Tabbaye. Sept religieux devaient pourvoir aux besoins de 30,000 kmes; voyant cette disette d ouvriers, il conçut le dessein de fonder à Milan un collège pour les Suisses et les Grisons, et il choisit trois jeunes clercs pour en être les premiers élèves ^.

Borromée eût voulu se rendre à Goire , mais le che-<* min lui en fut fermée II prit celui qui, par Glaris, conduit à Einsiedlen, s'arrètant à visiter les lieux d'antique adoration, à recevoir les préposés à sa table et à répandre au peuple ses largesses. Lorsqu'il fléchit les genoux devant Notre-Dame des Ermites, on crut voir un séraphin^. L'abbé Ulrich III porta^ par son conseil, le nombre des conventuels à vingt-six, et envoya des éludians nombreux aux universités célèbres de Paris , Fribourg, Rome, Bolc^ne et Milan. Borromée descendit à Schviryz par le sentier rapide du Haggen. Une cha-« pelle est élevée sur le lieu où il se reposa de sa marche,

* «SI omnia nllida, à sacri snpellex. » — Saeeos, qai accompagnait Borromée, nous a conservé les détails du voyage.

' L'abbé loi ayant donné des reliques , Borromée ne vonlat pas se laisser vaincre en générosité. Chran,

* Une somme de 600 coaronnes, don da cardinal Borrelli (en 1575), et destinée par lui i fonder nn séminaire dans Tabbaye même, ne reçut pas l'emploi ponr lequel il l'avait donnée. Chron.

* Lettre de S. Charles à son cousin le cardinal de Hobenembs , évé* que de Constance. — Chronique d*Einsiedlen (par erreur à Tau 1576} fante que nos histoires suisses ont reproduite l'une après l'autre ).

* ^ Des miracles eurent lien. » Chron. d'EiMÙiitcn,

170 HISTOIRE 0B LA fiVlSaB.

Il rencontra les croix avec les drapeaux ^ les processions, les députalions, la foule, tous se pressant, tous croyant recevoir un envoyé du GieL On raconte cepeadant que le soir, le jeune peuple rëuni dans son hô*lellerie ^ s'oublia dans sa joie, se mit à danser et de la' danse en vint aux coups : telles étaient les mœurs. <c Le méchant peuple ! » s'écria le prélat , réveillé par le tumulte; mais lorsqu'apparaissant au sein de la mêlée ^ il la vit se dissiper en un clin d'œil, « Le bon peuple! >i dit - il , ému de la promptitude à s'apaiser de ces bruyants fils des Alpes ^. A Zoug, une chapelle s'élève sur la terre qu'il toucha la première du pied , en quittant le bateau ^. A Luceme, il choisit , pour y loger^ la maison des Franciscains. Les bons pères tenaienl taverne; des femmes les servaient; son premier aoÎB fut de régler leur demeure ^.

Depuis que leurs victoires sur Charles le Téméraire avaient rendu leur nom glorieux , les Lucernois se montraient vifs, insoudans, altérés de gain, parce qu'ils Tétaient de plaisir. Les pensions de l'étreoger faisaient vivre quelques*uns d'entre eux dans Tédat , qu'ils aimaient tous. Aussi n'avaient«*ils eu besoin >

*. A 01 Trois Rois; « n'ayant vooIq incommoder personne. • ' • O la cattiva gente L*. O la bnona gente !«.. •

* On montre à Zoag la cbanbre où doit a?oir logé saint Ghadcs* à l'hôtel da Bœuf. Selon Fasbind il n'aurait pas été à Zong. C'est une erreur; voyez Cysat, collect B, page itl.

* Le SO août. 11 y passa S jours. — Balîhaxar^$^ C/uroa. Lm. mim. ^ A75. -^ Cyêai ùtMeeU cltr. A, 148 ^ et B, ill. « Ein herriieher Mann ! Besocht ans Ândacht die beitigen Oerter nnser lieben Fraoen ni Eis* siedien und Bmder yilaiisea» vnd mil derselbeo Gelegenbeit besncbt er ^ie Y Gatholiseben Ôrten, sprajcà den Oberkeiten and des Geislficben freandlicb an. » — « Statim miiKereft omnes iadie jnssit Cacesaare, et ta^ l^emam occladi. • Borr. Vittu Jdedioimi, i7>i ; cum naià.

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pour rejeter la Réforme » que de la voir condamner Iq 9ervice mercenaire. En ne suivant pas Texemple de Zurich et de Berne , la ville qui occupait le troisième rang dans les diètes suisses, avait acquis le premier dans celles de son parti ^ C'était elle que courtisaient; lea ambassadeurs. C'étaient ses chemins que prenaient leurs mulets et leur or. Aussi s'était-elle persuadée que^ ^ms être catholique^ on ne pouvait être bon Qonfédéré. Mais cettç religion, que Lucerne avai^ foudtie dans sa politique, était loin d'être celle dopt Bojrromée ofFrait l'image dans sa vie. Prodigue d'in-j» dulgencçs, elle était descendue au niveau des mœurs^^ (^e culte (rompait les consciences par le jeu des céré-r moqies; puis oq courait à la taverne, aux joies du carnaval, ou aux danses sur le Musegg. Lucerpe croyait avoir été victorieuse à Gappel, parce que, à la^ fête de Pàque qui avait précédé la bataille, la PassioQi .^vait été jouée admirablement. Les prêtres passaient ^es nuits dans les cabarets et ne pouvaient s'arracher de leurs lits pour l'office. Dans les processions, op les voysut, la coupe suspendue à leur côté, s'arrêter à chaque hôtellerie, pour étancher leur soif. Us berçaient de songes la crédule ignorance du peuple. Lui repré- 8entaient*ils l'ange de la mort, c'était sous la forme d'un chasseur sauvage, suivi de trois chiens rouge» à

* Quelque tea^ Locenve ^^4 fût cf ose oomman^ avec Zurich ek Berne. Lors da coaveDsnt de S^ni, elle s'était appnyée sur elles poor élr« forte contre ses 8u|els. Mais ses rapporta journaliers avec les Gaolona primitifs, ses plus anciens alliés; l'importance qu'elle avait acquise à leur lé le; la jalousie que lui avaîrat inspprée» como^eaux Lander, lee r^ides progrès des deux villes, qu'elle ne pouvais égaler en richesse ^lài eu pouvoir, l'avaient donnée aux montagi^est ?t détachée ^ la plairiie. Le schisme ne fit qu'accoBq>lir la séparalîou, née d'intérêts , et que \m prêter an nom religieux.

trois jambes , parcourant sans cesse et les forêts et la plaine. Un chanoine mourait-il , on entendait Tange se glisser, en pantoufles, dans sa demeure , et murmurer un chant. Était-ce un homme de guerre^ un bruit d'armes se faisait ouïr dans TarsenaK Les âmes, par /essaims, erraient la nuit dans les campagnes, des harpes mélodieuses en main, et, les amies des vivants, elles se plaisaient à descendre dans leurs demeures. Les croyances avaient passé du cœur dans Timagination ^ Du reste le peuple montrait une ouverture et une candeur, qui charmèrent Borromée. « Toujours, dîtil, j*ai aimé les Suisses; à cette heure je les ai pris en merveilleuse aflFection'. » Il promit aux Lucernois qu'il aurait leurs intérêts à cœur, visita encore, dans TUnterwald, la chapelle de Nicolas de Flue, s'entretint longtemps avec Lussy qu'il honorait de son amitié , puis il descendit le Saint-Gothard , repassant ce qu'il avait vu , et songeant à la manière de relever l'Église dans les Alpes. Trois moyens se présentèrent à son esprit»

Les cours de Rome et de Turin avaient coutume de

* André» poIiL Denkwardigkeiten. — Gysat. — Balthaxar*8 GhnmiL Vœguelis Gesch, der Schweîs, III, ihh. — Partoat les mœurs des prêtres calboliqnes étaient les mêmes. Presque tons étaient concnbinaires. KelUr'ê Sahbatha nu$* et Puppiko/ferê Gach. von Thurgau. — Luceme« requérant de Rome un jubilé, lui demanda, à cette occasion, un décret, qni ordonnât anz prêtres de renvoyer leurs coartisanes. Mais Horolanns, curé de la Tiile, montra « le ridicale qu'il y aurait à vouloir faire son salut autrement que les petits Gantons et que le reste de la chrétienté. • Les ordonnances succédèrent aux ordonnances sans produire de changement , Jusqu'à l'arrivée des Jésuites. — Luceme était ansn en querelle fréquente avec foliée de Constance, « sa mère nourricière. »

^ Il est une chose dont il chercha vainement à les persuader : c'est que les drapeaux , messagers des batailles, fussent mal placés dans les tem« pies, où le doux nom de Christ devait seul parler aui cœurs.

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donner pour pages à de grandes familles les fils des hommes les plus influ)ens des Gantons. Ceux des jeunes Suisses qui se vouaient à TÊglise rencontraient aussi des privilèges et des secours en Italie. Borromée résolut tout d*abord d'étendre cette institution. Il entreprit de créer à Milan, au pied des Alpes, à proximité des Cantons, un collège qui fût pour eux ce qu'était pour TAllemagne le collège germanique à Rome : un foyer de dévotion et de science. De nombreuses maisons furent renversées pour faire place aux vastes salles et aux longues rangées de colonnes d'un édifice nouveau ' • L'archevêque voulut que les murs même parlassent aux élèves de la dignité de leurs études et de la grandeur de leur vocation. Grégoire XIII avait succédé à Pie y sur le trône pontifical. Ayant, à son avènement , trouvé tous les chemins ouverts par le zèle, il s'y était jeté, tout homme de plaisir qu'il était. Les dons, qui avaient recommencé d'affluer vers Rome, les impôts , qui athevaient de changer en un désert le patrimoine de l'Église, servaient au pontife romain à reconquérir le monde. Il secourait l'Empereur, armait les catho^ liques en France ^, donnait des galères à Philippe II contre les Turcs et le pressait d'attaquer ' Élisaheth d'Angleterre. Les Jésuites lui soumettaient l'Amérique pendant que des ambassadeurs japonais venaient baiser ses pieds. Il donna 40,000 ducats pour l'entretien de 40 jeunes hommes, destinés à relever l'Église chez les Suisses et les Grisons. D'autres dons portèrent le re^

* Aujourd'hui la chambre des comptes , près de la Porte-Neuve. ^ Il donna 400,000 ducats à Charles IX.

* Il y ajouta des indulgences pour ceux d'entre les élèves qui s'uniraient en une congrégation à la sainte Vierge.-^ Par les impôts, les monts-de-

174 HISTOlàB DE LA SUISSE.

venu du collège helvëtique à 8,000 couronnes ^. Ifévéque de Constance y ajouta la pension de 24 étudiaîis de son diocèse. Borromée, dans son voyage, avait choisi lui-même les premiers élèves de son institut ^«

C'étaient des germes jetés à l'avenir; mais le iboment réclamait d'autres soins. La présence de Borromèe en Suisse avait produit des fruits si beaux, quMt lui seiùbla devoir la perpétuer. Il ne fallait que choisir uu autre lui-même, qui continuât ce qu'il avait commencé. Il s'agissait d'obtenir des Cantons qu'ils laissassent résidef chez eux un représentant du Saiut-ëiège, charge de les gouverner spirituellement. Jusqu'alors ils de Va^ valent pas souflFert. Lucerne tenait encore de témoigtiet une grande colère contre uti de ses fils, qui atait, à Roihe, exprimé lé vœu de voir s'établit- en Suisse un nonce permanent^. Mais Bofromée sàVàit le moyen de changer ces disposttiofis. Gast)ar Ab Iberg et Lussy^ s'étant rendus à Milan * : « que ne vous adressez-vous

piélé et la vente des charges , la cour romaine avait porté son revenu de 76 à i,200 mille scodi. Ranke.

* C'est le capital de ce revenn qoe les Gantons réclament encore du gouvernement aoiricbien.

^ De ce cheval de Troie ( ainsi la Relat deMa Nuodatora nomme le Collège ) sortirent des pasteurs qui firent revivre en Suisse le catholicisme. Les élèves juraient de servir leur patrie comme prêtres. — InstK tutiones ad univ. Coll. helv. regimen pertmerites. Mediolani itss. — Eilr. r^L congreg. Beata V. Maria. — Gantn , storia <fi Gomo, IL — Giussiani, 1. Y, c. 12. — Leu. — Hottiqgeri, UI, 9H. — Fasbmd, Gesch. von Schwitz, IV, d09. — Liverdis , Rapports et Mémoires à la tour. — Borromèe fonda encore les collèges grec et anglais.

* En i57i. 11 était toujours question d'un évécbé suisse , dont le titu- Uire eût eu son siège à Einsiedlen. Luëty» Leben von Coipar tmd Me/ikior Laven (son gendre et son petit-fib), dans lUelvetia. — Cy»at^ kist. du eoUégê de» Jéiuiieâ , 1677. — Buêingwr, le» pont» de Luûeme, />.

à Rome^ leur dit-il^ et que ne 8UppUex*Toas le papd de toucher enTotre faveur les pères JësuitioS? ils vous montreront le vrai chemin. » Jost Séguesser, capitaine de la garde suisse, porta cette requête aus pieds dtt souverain pontife* Bientôt dix des pères de la (urovince d* Allemagne arrivèrent à Luceme ^, et offrirent aux seigneurs de la ville d*y fonder un collège. Us étaient secondés par le chancelier Rénnwart Gysat ^ un de ces hommes graves qui se délassent de l'étude par l'étude ^ et ne sont jamais rassasiés d'ajouter à la connaissance du présent celle des âges passés. A sa voix > à celle de Louis Pfyffer, tout contribua. Pfyffer le premier fit un don de 5,000 florins ^. Le Saint-Siège ^ Philippe II , les Guise , envoyèrent des sommes considérables. Luceme donna le palais que l'avoyer Ritter avait fiiit construire dans le but de surpasser tout ce que la Suisse avait dé belle architecture^. Des bourgeois, ce fut à qui se

ftftO, — Liiterœ Lueematum ad Sverardum Merearianitm , dans THist do la société de Jésus de Saccbini , IV, ?. 45.

' Le 7 août 1574 arrîTèrent , les piemiers , les pères Liebensteln » Leysser et Brullisaner. — L'année précédente , le frère Jérôme Gartins arait été envc^é de Milan réformer les convens des Franciscains en Suisse. Cyiot.

^ Et les autres Pfjfler 2,520. Louis donna en diverses fois jusqu'à 50,000 florins. Chron. nus, da eoUége deê Jéêuites, page 02, etc. Ll France en donna 12,000 , l'Espagne i ,200 , Munster 1,000 ; le pape, de quoi fonder une bibliothèque.

* «Ânndl577 féliciter cœpto , stabat satis jamdiù «bsqnetecto adbuc et conclavibus fabrica Ritteriana , pro futor& curifl quam Lucas Kitter, Pretor anno 1559, a fondamentis eidtare cœperaL Inusitata magiiificçntia bujus sdiflcii rapnit tum vulgus in admirationem , imo in iovidiam , ut solet. Unde sspius prstorem dicere solitum , aiunt» miror sane unde homines jure offendi posslnt, cum nemo adhuc sciât cur et cui aedificet Fatebatnr postea haec voz in omen , opinatlque sunt qui nobis faYobant, virum , prndentem animo , pr«sagio suum opus societatl Icsu destinasse.... JEdificium pro Collegîo piacet... Ptist Calendas ja-

dépouillerait de son jardin^ de sa vigne ^ de sa maison ^ • Tout se fit avec enthousiasme ^. Les pères ne furent pas longtemps sans avoir le secret de toutes les consciences et celui de toutes les affiaires. Alors. Faspect de Lucerne changea, comme^ un demi-siècle auparavant, celui des villes réformées. Les prêtres durent renvoyer leurs concubines. Les jeux publics^ les joies folles^ les exercices bruyants furent condamnés; les sermons, les missions, les jeûnes, les confréries prirent leur place. La corruption se couvrit d*un voile. La veille encore, des prêtres demandaient qu'il fut défendu de rire jies péle«* rinages, et tout prenait déjà le bourdon du pèlerin^. La jeune génération , qui s'assit sur les bancs de l'école nouvelle , ne devait pas ressembler à ses pères. Formée à d'autres habitudes, elle n'eut pas leur amour pour les batailles. Au lieu des récits, qui naguère enseignaient à aimer la patrie et les alliances, elle apprit à écouter,

noarlas Dominas L. Pf)'frer , consilio fratris Joannis, ntrumqae seDatom vocat, obtinetqne societati Ritteriana cam ediclo locupleliores » licere pro fundamento annis proventiis, cui libeat, conferre. • Chronik de$ Coiùgiunu, p. S7. Lucenie Icar donne ce palais « zu einer ewîgen Herberg nndBehttSttng, mit ganzem guten fryen ungeDcelhigtem Willen vod Anerbietten. • Stiftungiurkimde vom 10 mai 1577.

* Le capitaine Pryffer sa maison bey der Schiffe, Louis Pfyffer son auberge zum Eopf, etc.

^ « Nous souhaitons fort voir une jeunesse élevée dans la scieoœ « mais surtout dans la piété et la vie chrétienne. Nous n'épargnerons ni notre sang ni nos vies pour servir votre société en tout ce qui dépend de nous. > — « Prêter force à certaines idées« faire de faibles particuliers les maîtres de la terre et de ceux qui la gouvernent, et assurer à leur société les chances de la durée, voilà ce qu'ont su les jésuites. • Mmi* ler*ê allgem, Gesehickte^ U XIX, cA. 4«

* Cjsat. — Balthaiar. — Ara, III, 258. Une ordonnance, de lft7S, défendit de se montrer dans les rues les jour» de fêle et de dévotion. Plusieurs prélres furent déposés. Ceux de campagne surtout se soumirent avec peine. Ceux des petits Gantons les derniers.

d'une oreille docile, la voix de Rome. On vit dès lors l'esprit qui relevait l'unité romaine en France et en Allemagne , souffler aussi sur les Hautes-Alpes, et le Saint-Siège les faire ployer sous sa loi.

Dès que les Jésuites lui eurent ainsi préparé la voie , il ne fut pas difficile à Borromée de faire agréer aux Cantons l'envoi d'un nonce permanent. Buonomi, éyéque de Verceil, venait de faire connaître son habileté dans une mission délicate K Sous le prétexte de se rendre aux bains de Bormio, il avait parcouru la Valteline et y avait encouragé la résistance. Il avait fini par oser se montrer à Morbégno vêtu pontificalement, et par y exercer les fonctions sacrées. La messe dite, il avait dû fuir; mais bien instruit de l'état de la province. Ce fut lui que la cour romaine chargea d'aller en Suisse arrêter la dissipation de l'Église; faire restituer, selon le concile de Trente, la colla ture au spirituel; remettre les vœux et la virginité en honneur; enseigner les prêtres, s'opposer à ce qu'ils fussent traduits devant les tribunaux temporels et répandre la lumière chez un peuple dégénéré ^. Muni de ces instructions, Buonomi se rendit à Lucerne dans le cours de l'an 1 578 K

* Hûtoria sanctoram et episcoponim Vercellensiom. — Ce fut à Baonomi que Borromée légua ses manuscrits. Biographie universelle, article Borromée*

' Expressions de la Balle.

» HeWetia. VIH. — Hottinger. UI, 912. -. . On le reçut sous on dais étoile ; tontes les cloches et rartillerie se firent entendre jusqu'à son arrivée à sa demeure. » Sekw. Mueeitm, 1816, p. 208. « n prêchait en latin; les jésuites traduisaient Quatre membres du Conseil l'accompagnaient en tous lieux. Il savait mêler l'indulgence à la sévérité et Tac déployait toute sa véhémence que contre l'hérésie. . llaller's Ckronik,

Il fut accueilli avec une grande vënëratiOD. Partout des honueurs^ des banquets. Il n'avait pas cru rencontrer des chefs aussi dévots ^ un peuple aussi pacifique. Une chose seule lui fut refusée. II chercha vainement à persuader les Suisses d'abandonner à TÊglise la collature et le jugement des clercs* Dés qu on touchait à leur liberté, ces hommes si débonnaires devenaient de fer. Peu auparavant encore une femme, mère de cinq enfans, un ange de pureté , avait été déshonorée par deux prêtres. L'indignation populaire avait contraint le magistrat de punir de mort les coupables. Les Lucernois avaient été excommuniés "pour cet acte. « Quoi , s'étaient-ils écriés dans leur surprise; notre crime surpasserait^l celui qui a été commis I Ne savona-nous pas que, si nous eussions écrit à Tévèque, la peine eut été si légère que c'eût été un scandale nouveau ! NoBi nous punirons. Nous voulons que dans notre libre pa-» trie les femmes et les enfana puisscfnt poursuivre leur chemin en sûi^té. » ils avaient dit. Tous les Confédé* rés les appuyèrent en cour de Rome. « Ce qu'a foit Lucerne , il l'a fait daiis son droit souverain , selon b coutume de nos pères et dans l'esprit de aos alUanceSii Nous prions le souverain pontife de se souvenir du ser<ment qu'il a fait de respecter nos traités. » Le nonce n'en persévéra pas moins à ne pas vouloir peroiettre que le magistrat touchât « aux oints du Seigneur ^ » Mais plus il insista , plus il rencontra de résistance '.

* « Nolî tangere Ghristos meos. Tempeati, — VioteoU nanaum io dericos injectio et ad secularia jodicia citatio. » Il cita Fn'boaig comflBe ajant rendu ses droits à l'Église. On s'informa. Fr3>oaif^ n'avait pas cessé de protester comme JiUceme. Ses archives sont pleines de ses pro* testations. **

^ Cependant le doyen da chapitre des IV Waldstetten s'étant prâsoit^

LlVnE X. CHAP. EU. 179

Dès IcHTS pfeasieufs couvent refusèrent de hii ouvrir leurs portes* Les chanoines de Bëronmunster ne vou"* lurent pas lui donner Tétat de leur trésor ^ • Les monasr. téres suisses étaient à cette époque ruinés ou appauvris pour la plupart. Partout on rencontpait des moines errant avec leurs familles et dépensant dans la bonne chère les restes des biens de leurs maisons. Les nonnes aussi se. partageaient leurs revenus^ pour vivre librement^ diacune à sa table^. Buonomi fit clore les oouvens et rétablir la régie. Saint*- Jean, dans le Toggenbourg^ n'avait été sauvé d'une ruine entière que par son incorporation à l'abba/ye de Saint*Gall ^. Pfeffiers était menaoé>d'iroe fin semblable. Les Gantons, qui avaient pris Tbabitude de traiter l'abbé comme leur sujet, lais-* sérent donner à cette maison un régisseur ^, qui arrêta son appauvrissement. Il n'en était pas de Saiut-Ga;ll comme de ces monastères. Le nonce y vit l'abbé Joacfaim réaliser les belles espérances qu'avaient conçues de lui

devant le Conseil de Luceme , et Tayant prié de laisser le chapitre punir les défit» qm ne tonchaient pas ira criminel, comme étaient le jcfn , les querelles ; proraotiBat qae « ce serait à la gloire de Dieu et an sou» lagement du magistrat ; et qne Ton ne verrait plus des prêtres inquiets s'appuyer sur des laïcs puissaos ; » le magistrat le permit , à la condition qu'il y serait mis bon ordre : sinon , Tautorité se réservait dlagir . selon son boi» plaisîr, — Peu après les V Cantons permimni aux curéi du comté de Baden de garder leurs chambrières, • jusqu'à ce que Dieu les en sépar&t. • — Joachîm , à .St.-GaI1 , ne put obtenir une vie ratière que d*nne nouvelle génération'. Ara, S56.

* Il leur inqwsa une amende de 200 couronnes; Le ^oiivemement obtint qu'il se content&t de 2 S couronnes, qu'il donna aux pannes,

^ A Magdenao, ehaoune avait sa cave. Ar», » En 1555.

* Hcyder de WyL Le jeune abbé, Fridolin TsdNnuiK, altoit buvant, jurftit, blasphémant. Le couvent s'était appauvri deSO, 000- fl^'en une génération.

les Jësuiles^ sous lesquels il avait fait ses études à Paris. Ses mœurs étaient pures. Tous les bons livres du siècle lui étaient connus. Ecoles, théologie, philosophie, droit, antiquités, tout allait à Saint-Gall le pas de la science. Les prédécesseurs ^ de Joachim avaient relevé l'abbaye; elle refleurissait sous lui. Gomme Rome, il tenait un langage nouveau. Le pasteur de Bernang, dans le Rheinthal, avait négligé de se découvrir tandis que sonnait V^i^e; celui d'Altstetten ^ avait osé dire que les fils de Nicolas de Flue lui ressemblaient peu; tous deux ils furent chassés. Depuis les jours de la Réforme^ les communes de l'Âppenzell nommaient leurs conducteurs spirituels et ne payaient plus de redevances à l'abbaye. Il paraissait difficile de rien changer à ces faits. Il était proverbial de dire : <( le droit descend plus volontiers les collines de l'Appenzell, qu'il ne les remonte. » Cependant les Appenzellois durent se racheter * et ne conservèrent que par un; prodige la nomination de leurs pasteurs. Us avaient recouru à Zurich. Or, tandis que Tabbé conférait avec des envoyés de cette ville, la foudre tomba sur la grande tour du couvent. Joachim crut entendre un ordre du ciel de renoncer à ses prétentions^.

Le nonce acheva de parcourir la Suisse orientale. Où qu'il se montrât, se relevaient des querelles éteintes.

^ Diethelm et Othmar. Obser était le nom de Joachim. jir», lU, 965. — fVeggelinU Toggenburg, ISO. — « Les plos illuslres ecclésiastiques da siècle sortkent de là. » Scotti, II, 77.

> Koster, Gescb. des Rbeinthals, 123. — Recès de Baden.

* Quelques-unes antérieurement « 5,000 florins, en 1566.

* ArK — Valser. — Les catholiques avaient obtenu du nonce Pocci (1522), de pouvoir élire leurs curés. ZtUweger, III, 75.

LIVRB X. CflAP. 111. 181

La controyerse occupait de nouveau les chaires. Ses argumens étaient répétés dans les tavernes. Les catholiques de TÂppenzell se laissèrent persuader que BuUinguer et Zwingle avaient été des démons , envoyés par l'enfer pour troubler la terre. L'évéque de Constance cessa de permettre les mariages mixtes ^ • Celui de Coire attendait impatiemment l'arrivée de Buonomi; mais les Ligues défendirent à l'envoyé de Rome de mettre les pieds sur leur territoire^. Le nonce et l'évéque se rendirent à Inspruck auprès de Tarchiduc Ferdinand^ pour concerter les moyens de réduire la Rhétie.

Pendant que ces choses se passaient^ la diète, assemblée à Baden, entendait les plaintes amères des villes évangéliques^. ce La paix du pays est violée tous les jours ^ disaient-elles; on sépare les cultes dans nos bailliages; on répand l'irritation en tous lieux. Nous voulons une franche explication. » La réponse se fit attendre six mois et ne fut pas longue : « Le nonce est inculpé sans raison d'avoir outrepassé ses ordres , qui ne tendent qu'à la réforme de la religion* » Cependant Buonomi^ de retour d'Inspruck , continuait de visiter les Cantons Tun après l'autre. Il essayait d'introduire l'inquisition y accordait ou refusait aux monastères la permission d*aliéner^ et heurtait^ à chaque pas, le pouvoir civiH. Ses premiers succès avaient enflé son espoir; les résistances éveillèrent son irritabilité. Il

* « N'était à la condition de se convertir. ■

* Les Lignes continuaient de tenir Vévéqne sons une tuteUe sévère. > Ils veulent être appelés tnlears, protecteurs el défenseurs de Tévôque et qu'il les reconnaisse comme tels. • Liverdis, — Recés de ta diUe de Coire, d la St. -M art in, 1575.

» Février 1580.

* A Baden , il logea & l'enseigne t du renard prêchant aux poulesi, ^ CoHaervateur suitte, XII, 105.

s'emporta devant le conseil de Soleure jusqu'à excommunier un de ses membres ^ Dans les Bailliages-Libres, il failiil être tué par le préfet Am-Rfaein, qu'il avait pareillement excommunié. L'on savait à Berne qu'il dierchait à relever le siège éptscopal^de Lausanne. L^évéque, Antoine de Gorrevaud^, d'une illustre mai-^ son de Bourgogne, habitait en Savoie. Rome Tayant nommé sur la présentation d^£mmanuel*Philibert', Fribourg lui refusait la résidence , en sorte qu'il ne savait où mettre le pied dans son diocèse. Toutes ses demandes de pouvoir établir son siège à Fribourg ayant été repoussées ^^ Buonomi se rendit dans cette ville. Berne était sur son chemin. Il y arriva le 4 0 décembre^ suivi d'un clergé nombreux et d'un huissier aux couleurs de Lucerne^ au moment où la foule était assemblée autour de l'échafaud d'un voleur. Toute la ville s'émut aussitôt. L'avoyer de Mullinen se rendit auprès du nonce, lui exprima la surprise du sénat de ce que , l'ennemi déclaré de la république, il osât, sans saufconduit, se montrer sur son territoire. Le peuple, au départ du Romain , s'égaya à faire pleuvoir sur lui des railleries et des pelotes de neige ^, A la nouvelle de cette

* De KoU. Redeveny mailre de lui, il se bftla de loi donner Tabsolation. Haller*» Chronik,

^ Il avait, en 15S7, succédé à Alardet, qui, dans l'année 1560, reçat Tépiseopat en récompense da service qu'il avait rendn an doc en ^introduisant dans Genève. Guichenon, II, 288.

* Un autre motif de rejet fut qu'il avait, avec le synode provincial assemblé par Achille de la Beaalme à Besançon (1571 ), accepté la réforme des constitutions synodales selon les règles de Trente. Dumod, hist, êceL Bysomtina, p. 800.

* Sletller, II, 273. — Alt , VIII, 859.

* • Ein muthwilliges jonges Yolk. • — * Si bien qu'il remercia le ciel d*èlre sorti, la vie sauve, de la capitale de TUechtland. • — Haller, — SNItUr, — JRflAn, 832. — lîoiiingtr, 913. — Ciassiani Bwr, V, 12.

iojure faite au représentant de la religion, les Cantons de la vieille foi hâtèrent la convocation de la diète ^ (f C'est les armes en main , dirent-ils , que nous avons décidé de nous occuper de cette affaire ; et sachez bien que ce que nous aurons résolu , nos gens se préparent à le bien exécuter. » Les reproches furent vifs. Cependant rinsinuante adresse de Mullinén^ Tentremise de Zurich y de B&le, de Schaffhouse et celle des deux can* tons mixtes réussirent à fléchir le courroux des catholiques. Ilsn^é talent pas eux-mêmes sans sujet de plaintes contre le nonce. On ne fut pas peu surpris de voir les députés se séparer avec des témoignages inaccoutumés d'amitié^.

Cependant le nonce était à Fribourg, recevant de grands honneurs et recommençant chaque jour des processions ^. Rome destinait cette ville à devenir pour THelvétie occidentale ce qu'était devenu Lucerne pour les cantons forestiers. Elle avait choisi , dans ce dessein,

* Plasieurs diètes se tinrent à Lncerne et à Beckenrled. Toat était di- \lsion. Tantôt les catholiques envoyaient à Zurich, «le bruit ayant été répandu qu'ils étaient menacés d'une brusque attaque ; tantôt les Bernois à Lucerne , parce qu'on les accusait d'être les auteurs d'un incendie qui avait consumé Einsiedlen; tantôt les Zuricois à Lucerne, où l'on disait qu'ib avaient volé à Einsiedlen les 200 boisseaux qu'ils lui payaient avant la Réforme. — La bienveillance était pour Philippe IL Lorsque ce monarque marcha à la conquête du Portugal, Lucerne, suivant les conseils de Rome , ordonna que « de trois semaines il ne serait joué , ni dansé , ni fait de réjouissance , afin d'attirer sur les armes espagnoles la bénédiction du ciel. » Arçh, Lucem.

* • Que s'il advient f]^erie, ne serei si prompts à convoquer des diètes, où, arrière dos du magistrat, des gens turbu^^ nous émeuvent les uns contre les autres. Quant à Vercelli , vous prions l'admonester nous laisser en repos. Que s'il doit passer, nous lai donnerons nos huissiers. Tous , nous mettrons un terme aux calomnies des gens d'église et aux chansons.» Baden, dimanche ReminUeere, en carême, iSSl.

* Haller's Ghronik.

un bomme qui avait fait preuve, à Trente , d'une éloquence remarquable , et^ comme légat en Allemagne y d'une rare habileté. Le père Canisius^ belge d'origine^ Tune des gloires de la société de Jésus, avait reçu Tordre d'aller à Fribourg, seconder le zèle du vicaire général Schneulin ^y et amener les Conseil^ à solliciter, comme ceux de Lucerne , la fondation d*une école dans leur cité. Tout cédait en ce temps à la concorde, à la persévérance et au dévouement des pères. Les biens du monastère de Marsens, qui venait d'être la proie d'un incendie, furent consacrés à l'érection d'un collège^. Le pape contribua. Ganisius avait dans l'esprit, à défaut de profondeur, une facilité captivante. Son catéchisme, ses vies de saints , devinrent les livres de toute la Suisse. Sa théologie fut traduite dans toutes les langues de l'Europe. Fribourg devint ce que Rome avait voulu : un foyer de saintes lettres et de dévotion. Tout le peuple jura fidélité à la religion romaine^. Toutefois l'évêque ne put obtenir la résidence.

' Vie par Radef us et Joachîm. — Celle par le père Dorigny. — Moreri. — Leu. — Biogr. aniv. — Les hommes illustres de Fribourg» par Tévéque Lenzbourg , mss. — Canisius était accompagné par le père Andrews, anglais.

' £t du chanoine Séb. Verro , auteur de Physicorum Libri X et d*nne Chronique de CEglise et des monarekiet.

* Anecdotes fribourgeoises et Laïaanna tacra, par l'évêque Lenzbourg, mss. — Alt. — L'admission formelle des jésuites se fit le il juillet 1581. Une maison , achetée de Tavoyer Heidt, devint leur collège de St -Michel. — L* J:>baye de Marsens, ou d'Humilimont, fut sécularisée par Grégoire Xin. Diet, de Kuentin. /^ 337. — Une pension de 50 écus fut faite h chacun des cinq chanoines qui restaient. 5 Calend, Mart» 1579. — Le pape contribua. Ranke, 1581. — Les pères enseignèrent le Trivium , à à classes. La dialectique fut particulièrement cultivée. On dînait à 9 heures. A la St. -Grégoire , messe pour les &mes de tous les scolarqaes. On compta bientôt AOO étudians.

* I Tons les bourgeois , réunis dans la cathédrale, firent profession de

De Fribourg le nonce voulut se rendre 3 Sîon ; mais lesValaisans refusèrent de le recevoir ^ Ni les promes* ses ni les menaces ne purent les faire changer de résolution. Chaque jour était marqué par de nouveaux empiétemens de la part de TÉglise. Des prêtres venaient d*ètré excommuniés pour avoir été élus par des laïques, de ne fut à la fin qu'une plainte contre la superbe et la tyrannie du légat ^. Borromée lui-même ayant, à ce moment, tenté de fonder un séminaire dans les bailliages italiens, fut contraint d'y renoncer. Peu s'en fallut que pour venger des envoyés suisses , un instant retenus à Milan par Tinquisition , les Confédérés ne s'emparassent de sa personne^. Des voix si fortes et si nombreuses s'élevèrent contre Buonomi , que Rome se vitcontraintieà lerappeler^. Elle récompensa sesservices en l'envoyant à l'Empereur. Il partit, laissant derrière lui les feux qu'il avait allumés : foyer brûlant de bien et de mal , de vertus et de haines^ de conflits toujours renaissans, la mort de la Confédération.

L'on ne tarda pas à se convaincre que le départ du nonce n'avait pas mis un terme à son œuvre. A la mort deMelchior de Lichtenfels^, évèque de Baie, Christophe Blarer, le plus jeune des chanoines du chapitre, avait fait à ses collègues un discours si pressant , sur la nécessité de rétablir l'orthodoxie, que les bons pères,

la foi catholique . ce qui foi répété dans 80 paroù>ses. • Les Fribourgeois qui étudiaient dans des écoles non catholiques furent rappelés.

> Haller's Cbronik.

' Luceme ordonna que les maisons religieuses lui rendissent compte et que les indulgences lui fussent soumises avant d*étre publiées. Chr, Liu.

> Sarpi , de inquisitione. — Hottinger, 946.

* Lui-même, n'y tenant plus, demandait sa démission. ^ Le 16 mai 1575. — Blarcr avait 32 ans.

fondant en larmes, l'avaient tous élu au siège vacant. Il avait accepté , à la conditioû que le chapitre ne s'opposerait pas à une alliance avec les Confédérés de Tandenne religion. Cette alliance fut jurée secrètement à LuoerneiCn Tannée 1579'. Les Confédérés s'engageaient à maintenir dans le devoir ses sqjets fidèles à rÊglise; ils promettaient de concourir à ramener les rebelles dans le bon chemin. Les alliances suisses n'étaient qu'à peine réservées. Sitôt le traité conclu , le clergé du diocèse fut réformé selon le concile de Trente^. Les Jésuites furent appelés, et Tordre fut signifié aux hérétiques, sujets de Tévéque, de revenir à la vraie foi. Suivit Texéculion'. Blai*er descendit à Ârlesheim. Tandis qu'il recevait les complimens du bourgmestre de Bàle, Bonaventure de Brounn, un curé remplaça le pasteur et rétablit la messe dans le village. L'évèque se rendit à Laufion, et monta en chaire. Il employa les albumens, les caresses, les menaces, pour ramener la petite ville à Tancienne foi. Tout-à-coup, s'oubliant : « Si la religion catholique n'est la vraie , dit-il, que le diable m'emporte ! » Mais se ravisant aussitôt : « Comment puis-je mieux vous témoigner que votre salut m'est cher qu'en priant Dieu de vous donner ce signe , et de laisser le diable m'emporter si la religion catholique n'est la véritable? i> Ayant dit, il baissa la tète et attendit, dans le silence, son destin. Puis se relevant : (( A moi la victoire! s'écrîa-l-il , car me voici encore*. »

' A Porenti'ui , le 20 janvier i5S0.

2 Kn synode à Délémont, juin 1581.

^ OcbsGcsch. von Basel. — Morel, slalislique de l'évéché, p. lOi. — Sleltlcr, 273. — Hollinger, 911. — Fasbind, 412. — Leu. — Arcliiv. fur Scbw. Gescb. und Landes Kunde, 1, 808. — Arcb. de Bâie.

^ •• I bin nocb dô. *

Baie ctevaît avoir son tour. Le seul monument qu*eUe eÂt conservé du pouvoir temporel des évèques était un siège de pierre , à peine plus haut que le sol ; les prélats s'y asseyaient jadis, lors de leur prise de possession. Ce reste oublié du passé , recouvert par la mousse^ eUe rabattit; ce fut un premier chef d accusation. Bientôt s'en présentèrent vingt autres. La bourgeoisie, dans sa lutte avec Tévéque et la noblesse, avait fait bien des conquêtes par des voies qui n'étaient pas celles du droit régulier. Blarer en fit rechercher les titres. Ils lui révélèrent que Baie lui devait Thommage, un tribut annuel, et qu'en lui vendant Waldenbourg, Homboorg et Licstall , l'évèque Humbert avait réservé ses droits seigneuriaux. Baie fut surprise au dernier point. Rien dans son histoire, que venait d'écrire Wurstîsen, un de ses fils, qui rappelât les prétentions de l'évèque. Mais c'était peu encore. Elle avait contracté des combour* geoisies avec toutes les communes qui l'a voisinaient» Sous ce nom se cachaient, au xvi^ siècle, les alliances défensives qui reposaient sur des droits contestés ^ L'évèque en oixlonna la rupture. Il alla jusqu'à redemander la cathédrale. La question devenait celle de savoir si Bàle était un canton suisse ou une commune du diocèse épiscopal. La diète fut nantie du procès. L'on savait l'évèché sous le poids de dettes considérables. Les Confédérés prononcèrent^, que la ville lui paierait 200,000 florins pour ses prétentions. Ils garantirent

' Micbubr ( trad. III, i05 ) en fait l'observation.

' Le il avril 1585. Morel dit 5S0,000 florins. C'est une erreur typographique sans doute. 11 faut lire 250,000. — 50,000 florins devaient élre payés au chapitre; j'ai cherché vainement dans les archives de B&le la preuve qu*ils aient été livrés. — Le nonce boolli ( p. 70 ) bl&me l'évèque d'avoir renoncé au domaine temporel sur Bâle.

aux communes réformées leur religion^ et annulèrent leurs combourgeoisies. L'évéque accepta gaiment cette sentence. Bientôt il remplaça le pasteur de Lauffon par un Jésuite secret ^ Les bourgeois furent menacés de perdre leur droit de cité, s'ils n'allaient à la messe. Ils finirent par s'y rendre tous. Les communes voisines furent soumises de la même manière. La puissance de Berne empêcha seule ses combourgeois de Moutier* Grandval et de Saint*Imier d'avoir le même sort. Bienne même se vit attaquée. Elle interdisait les services étrangers. Le maire Wittenbach s'opposa^ au nom de l'évêque^ à la publication de la loi qui les défendait. Les Biennois recoururent à Berne. Ils firent voir que jamais Tévéque ni son maire n'avaient eu les droits militaires. Il s'agissait de décider si Bienne, en cas de guerre^ marcherait avec ses coreligionnaires ou contre eux; Berne sut faire respecter les privilèges de son alliée^.

C'était ainsi que la réforme catholique battait en brèche^ en tous lieux ^ la réforme protestante , lorsqu'elle reçut encore de nouveaux auxiliaires. N'ayant pu vaincre la répugnance des Cantons à recevoir un nonce ^ après le départ de Buonomi, c'étaient de plus humbles soldats que Rome envoyait au combat. Lussy ^, a la suite de fréquens entretiens avec Borromée , sur les plaies de l'Église dans les Alpes ^ avait jugé les pères capucins les plus propres à y apporter remède. Pauvres, simples, de vie austère, ces religieux pénétraient chez le peuple, comme les Jésuites chez les hommes du

* En 1589.

' Arch. bern.

* li était bailli à Lugano. Borromée l'avait fait nommer t praefeclam )>onlif. cscubianim. »

monde ^ Ils s'établirent d'abord à Lugano. Puis RoU et Lussy se promirent de leur bâtir, à leurs frais, une église et un couvent, l'un à Altorf, Tautre à Stantz. Lussy en jeta les fondemens avant de se rendre en pèlerinage à Jérusalem^, avec une société nombreuse d'ecclésiastiques et de laïques. A son retour, le 29 janvier 1584, après huit mois d'absence, et après qu'il eut revu Rome, Loretteet Borromée, il trouva Tédi* fice achevé. Le vieux soldat , dont toutes les pensées s'étaient tournées vers la dévotion, s'était fait faire dans le couvent une petite chambre, où il eût voulu se retirer. Mais ni sa femme ni ses parens ne le lui permirent, non plus que de se réfugier dans la cellule qu'avait habitée le frère Scheuber. Les capucins se répandirent d'Altorf et de Stantz dans les provinces voisines de la Suisse et de l'Autriche. Gaspar Pfyffer leur éleva, en 1584^,. un couvent près de Lucerne, sur le Wésemlin, en un lieu où Ton assurait avoir vu, cinquante-trois ans auparavant, apparaître glorieuse la mère de Dieu*. Schwyz les reçut en 1586^. Deux siècles après ils comptaient dans la Confédération 24 couvens, 8 séminaires et 560 membres de leur ordre ^.

* La loi qui leur défendait de recevoir des pénitens fut reldchée. Les premiers capucins se montrèrent en Suisse en 1581; à Lucerne, en 1583. Le couvent des béguines de St. -François, devenu maison de prostitution, leur fot donné. Lucerne prodiguait à TÉglise les richesses acquises dans les services étrangers.

^ Bien que landammann. Leben, von Catp, und Melchior Lewen, ' Haffner, II, 260.

* Fasbjnd , Alterthumer des Landes Schwitz, mss.*

'324 prêcheurs, 92 prêtres, 40 clercs, 101 laïcs. Stadlin. Les anciens Confédérés mettaient un grand soin à fermer leurs frontières aux moines étrangers ; leurs 61s suivaient d'autres maiimes.

Mais tandb cpe Borromée remptissait les Cantons <ie ses iniliGes saintes^ la Valteline \m deneurak fermée, et lous ses effort» poQP ebasser l'hërésie èta pîed des Alpes échouaient ïuù après ^autre^ Cependant ses r&« gards ne perdaient pas de vue cette TaUée* Pour pouvoir y pénétrer , il s'était fait donner à Rome le titre d'inspecteur des églises de Suisse et de Rhétie^. Il avait appelé à son aide les rots de France et d'Espagne , Tempereur, le duc de Savoie, Venise et les Cantons^. H commença par la Mésolcine^. D'étranges choses se disaient de cette contrée. L'on y voyait de sombres nuages se promener dans un ciel serein ; les hommes étaient en proie à des maladies incurables; les bestiaux, saisis par le vertige, se précipitaient dans les abîmes des monts. Les catholiques, ô comble d'ég«re* ment! y vivaient familièrement avec l'hérésie. Les tribunaux frappaient les délits civils, non l'impiété ! L'on

* QuaHck), II, 00.

3 Giussuni, 689. — G»bIi> , H, ISS.

' • Faifte» comprendre au roi combien une révolte de la Valteline nairail à ses intérêts, et faites qu'il prévienne une telle calamité. Qa*au reste , les Grisons ne puissent s'apercevoir que Je suis envoyé da pape; cela suffirait à tout perdre. Les catholiques me désirent; les hérélîqiKS me montrent de la déférence; j'espère ne pas rencontrer de grandes difficultés si les réfugiés , ces scélérats , ces apostats , cette sentine de vices , ne me gâtent tout. • Lettre à Cévëque de Bimini, légat en France ( Apiui Oitrocehi ( préfet de C Ambroisienne ), notœ ad Fit^ S. Caroli , L Fil, c. 4 ). — Dans les notes envoyées par Li verdis à sa cour, se lit un projet de capitulât des Lignes Grises avec Milan , du mois de novembre 1583. • Le gouverneur de ce duché pourra lever de 2 à &, 000 hommes et 300 soldats de garde. Libre passage d'Allemagne en Italie. Libre commerce, etc. «

* • Piutu pontificio Rhetiam aggredilur , cujus gravissimo vuloere medicinam afferL > • A Tessareto, o joie! pas une àme en pécbé mortel. • La foule accourait à la pénitence. Lettre du père GagUardo et du franciscain Panigarota, qui V accompagnaient.

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