‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 5)Chapitre 20 sur 75 · XII. l · texte numérisé non relu

XII. l

194 H18T0IRB DB LA SUIMI.

Bontmiëe entre autres, qu*il appelait wn ami. U se vaaiait à haute voix d'être choisi pojir délivrer la Valteline, en sorte que l'entreprise ne tarda -pas à s'ébruiter à Goire. Bientôt l'on y apprit que la horde s'avançait le long du lac de Gôme* Soudain tout courut aux armes* Les enseignes se précipitèrent sur Chiavenna. Lew* prompte apparition renversa les desseins de l'ennemi. Le gouverneur de Milan fit cerner les aventuriers près de Saint-Abondio, les désarma, et fit tomber la tète de leurs chefs, pour ne pouvoir être accusé d'avoir été leur instigateur ^ Les Rhétiens se voyant réunis en armes , à Chia venna , se formèrent en as* semblée législative et repoussèrent par de nouvelles ordonnances les attaques de Rome. A la sollicitation des ministres^, ils tracèrent aussi des règles de justice. Mais comme ils ne réformèrent point la vente des charges, l'exécution des lois continua detre confiée à des gouverneurs cupides, pressés de rentrer dans leurs débours. Ils remontèrent dans leurs Alpes laissant derrière eux, sous des apparekices de soumission^ dei haines plus profondes que jamais^.

* Lettrtsde Borromée. — Qaadrio» II» 64* — LAvisxari, pag. iOS. — Ballcrioi , chr. ôi Gomo , I, 37. — Sprecher; Pallas, 176.— A Porta, in , 59. — « Telle f«( la fareor dea Grisons qo'il fallut lear donner droit Tetiono s*élant réfugié à Verceil , on proloof ea les poorporlen iasqa'à ce qv'ila se nelîrèreDt ; il fut ainsi saové.» LttUrt M Cimmu £«ai« Modena al Fre<L Borromeo. ^ Vie de BonuoD)i , dans HUU SancL et tpîtc, VerceUensimn, — BaccelliQ. — Ganta , U. — • Papa Gregorîo , motto da zelo , col interposiiioue (tel caïd. S. Garb. peravMÎ « Terranova di sotprendere la Valtelina , et pev voità aegoîva ae io quai mtotre non moriva il dello catdinale. » lUtatwngwm. nHUk «rdL ^eaa.

> Cane Us éconia paa, • Oigneil tt basaafae ae donnaientla maiik» H^ckokht* «Vais de aais^ et monts d'ergnefl» distît rMBabasmkor de France. Les Valtelins payèrent les frais de la caaqpMgne.

* t OA plus de 8 s'accorderont k la foi réfonnée» Il y annr une église

Ces événemefM n'étaient pas aGoompKs lorsque^ Ut 4 novembre 1584, une fièvre lente mit fin à k carrière de Borromée ^ . Le peuple catliolique n'attendît pas que Rome Teàt canonisé pour le mettre au rang des saints , ni les Cantons suisses pour le considérer comme leur patron dans le ciel , après qu'il Teut été sur la terre. Saint Charles était pour eux ce qu'avait été Zwingle pour les villes suisses , Calvin pour les populations françaises. H les avait réformés dans Tesprit de l'Église romaine; il les avait gouvernés par sa grande âme ; il avait versé sur eux ses faiblesses et ses vertus. Les évéques avaient été soumis, les clercs rangés. Ce qui dans les mœurs avait été la coutume était devenu l'exception. L'impulsion était donnée. L*instmction commençait à se répandre : une instruction , il est vrai , la servante de la théocratie. Tandis que Baronius publiait ses lourds in-folio sur l'histoire de l'Église, Campanella devait fuir, Bruno mourait dans les flammes , Rome détruisait les monumens admirés sous Léon X. Un Trajan ne fut épargné que pour être transformé en un saint Pierre ; une Minerve, que parce qu'une main adroite sut changer sa hiTce en une croix ^. Les miracles^ les canonisations avaient recommencé. Rome était redevenue le rendez-vous des nations , un vaste mfarché, un camp d*où Ton marchait à la e<mqnéte du monde. Borromée avait des imitateurs nomlMreux : car sa voie était devenue celle oui condui-

(bmrga) et un rainistce. • — «Ils contraignent )ee pretrfs k bénir les mariages aiil», el rejetant tes prêtres étrangcfs, obligent à en recevoir de scanMeex. • Bottmv^rtL «fv, /». iii. -^ £neates à trmmo\ Cespoggio, etc.

* Arigeclf iSans;. H ne fut canonisé quTeni Si o^

* Rankc.

sait aux honneurs. La discipline ^ à la cour, avait pris le nom d'étiquette. Elle fixait les rangs et les devoirs avec un soin jaloux. Rien n'était plus abandonné à la nature. Ces mœurs étaient celles que les milices spiri* tuelles de Rome importaient en tous lieux. Ce n'était plus y en Suisse^ qu'exercices religieux^ processiiMis et pénitences. Les hommes les plus considérables des conseils de Fribourg^ abandonnant le soin de la chose publique^ se disposaient à faire ^ en société nombreuse, un pèlerinage à la Terre-Sainte ^ En tous lieux éclatait une haine nouvelle contre l'hérésie. Le fanatisme de jeunes hommes de Zoug alla jusqu'à déterrer les as des Zuricois, tombés en combattant près du Zougerbergy dans la guerre de Gappel. Zurich obtint avec peine que les restes de ses martyrs fussent replacés en terre , encore avec beaucoup d'injures. Partout attaquée, la Réforme reculait étonnée , étourdie. Chaque jour était marqué pour elle par quelques revers.

Elle ressemblait, il est vrai, aussi peu à ce qu'elle avait été que la cour de Grégoire XIII à celle de Léon X. Les hommes qui l'avaient illustrée n'étaient plus. Bolliiiguer était descendu dans la tombe ^ à l'heure oa Borromée venait de passer les Alpes. En recevant l'adieu de ses seigneurs, il leur désigna, comme devant lui succéder, Guaker, qui n'avait ni son étendue d'esprit ni sa douceur. Leur rappelant que rimprime* rie avait renversé le papisme , il les conjura de protéger

* Thomas de LigerU, P. et Mie. de Praroman , J. et Martin Gottran , P. d'Âffry, Jost de LanUien, pois S. Meyer, J. Lenibonrgver. Céiaitf comme à la cour de France , un mélange de gaerre , de dévotion et da cnpidjlp^

* Le 17 juin 457». — Erch , Encjfd. art. BuUinger. — ViU a SîinieiO. — Mise. Tignr. IV. — Tcîssier, éloges des savans ( tiré de De Tboo).

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la publicitë : voie dans laquelle la vérité devait remporter son dernier triomphe ^ Il versa , en recommandant à Dieu sa patrie y des larmes pareilles à celles que aaint Paul avait répandues en prenant congé des Êphésiens, mais mêlées de bien autres douleurs. Les mœurs des pays protestans se déréglaient alors que se retrempait le catholicisme. Il n'est pas rare de voir l'orthodoxie la plus intolérante s'allier aux habitudes les plus frivoles. Zurich en offrait l'exemple en ce moment. L'homme qui arrivait en ville dans un grand manteau , le chapeau relevé , avec le poignard et la gfande épée, vêtu suivant la mode de la cour efféminée des Valois; qui passait le jour, la nuit, dans les tavernes, le verre en main, et savait mieux que personne faire naître des querelles, c'était le pasteur de village. Les hospices étaient pleins d'enfans que ce genre de vie avait condamnés à la misère ^. A Berne , mêmes mœurs du clergé^. Aussi les anabaptistes multipliaient-ils leurs conventicules^. Bannis du canton de Berne, ils se retirèrent en grand nombre dans l'évêché de Baie ^,sur les

* Milton a dit près d'an siècle plus tard : « taer an livre, c'est taer la raison , c'est tuer l'immortalité. • Speach for thê liberty of anlieenê'd priniing,

^ Mandats zaricois, 1581 , etc. — Scliw. Moseam , 1784, — Meisler^s Gesch. I, 281.

' Berne caressait son clergé. Elle venait encore de donner aax fib de pasteurs le droit des bourgeois dans le lien de leur habitation {'1570>.

* Une conférence convoquée par Berne à Arau, en 1585, convint que « les remèdes employés avaient été de l'huile dans les flammes ; que les iriees de la société étaient 1» caose de l'anabtpUsme et l'instniction le meilleur mojen d'y remédier. •

* Des Appenzelloîs en foule se rendirent en Moravie. Ils revinrent après avoir mangé tout ce qu'ils avaient.

198 HISTOIRE DE tA StfIflBE.

crêtes arides du Jura ^. Ou les reconnaissait^ coouiie les Quakers 5 à leur front serein , à leurs grands chapeaux ronds ^, à leurs vétemens retenus par une agrafe, heur oui était oui ; leur non était non. Us ne portaient pas les armes. Ni jeux , ni danses , mais des hymnes. Ils se secouraient mutuellement dans leurs travaux. Point de pauvres. Leur culte était simple comme leurs moeurs : ils s'assemblaient, à tour« les uns chez les autres e| la réunion se terminait par une agape. Tous ils se tu*toyaient^.

La Réforme , qui n'avait plus ses mœurs à opposer à ses ennemis , ne pouvait non plus s'étayer de la su-* périorité de ses lumièi'es. Qudques hommes Thoiiaraient bien encore par la science. Beze^ Gualter, Zwinger eussent passé pour de grands théologiens s'ils n'eussent été comparés à leurs devanciers^. Bertram, a Lausanne, traduisait la Bible de l'hébreu^; Casauboo, à Genève, promettait de surpasser en connaissantes tous les hcmimes de son siècle ^. Godefrcd répandait

* Ainsi Abraham abandonna gaiment la plaine fertile à son neveo. Au pliia hmmain l'anneau de la vraie foi ( Nathan de Lessing).

' « Qui couvre la tête. •

* Oit, Hist anab A Porta, II, 513. ^ Morel , SUtist de VérrèM

de BAle. — Vaterl. Slg. Ce portrait est-il encore le leur ?

* 11 était encore proverbial de dire : Aille à Bftle qui veut la solution de questions difficiles. Déjà cependant le commerce faisait perdre du terrain aux lettres. Bieni6t on cessera d'appeler des professeurs de Vhtraiter. GéêehiekisforscUr, 1, 154.

' Bridel, mém. mss. sur Tacad. Laus. Bertram eut la pins grande p«t à Ir traduction de Genève dé 15 S8, et au Theêëtaruê Ungum $aneim Pag' ninc. Le philologue Cypriote Portus illustra aussi les académies de Laa* sanne et de Genève.

* Né en 1569.

urtiu X. chàp. III. 199

sur le droit romain de$ lumières nouveRes ^ Les nombreuses éditions du livre de Josias Simler sur la républiqife des Suisses attestent le mérite de réerîvain 9 et la place que , dans le xvi« siècle , les Confédérés occupaient dans les affaires européennes. De simple berger , Stumpf fut transformé par l'amour de l'étude en un annaliste encoi^e aujourd'hui consulté ^. Campell y la colonne de l'Église évangélique de Rhétie^ retraça , d'une main guidée par la vérité , ce que son peuple avait fait de digne de mémoire ^. Michel Roset, après avoir 9 pendant un demi-siède^ occupé les pre«^ mières places dans les conseils de Genève^ écrivit en résumé Thistoire de la république , surtout -celle des événemens auxquels il avait pris part. Ses collègues Técoûtèrent lire sa chronique avec un plaisir si grand , qu'ils voulurent qu'à chaque séance il en fût lu quelques pages ^. Certes^ voilà de nobles travaux ^ ; toute*

^ Dès 1580. Les universités et le barreau le prirent pour texte* ^ Simler meurt, 1576. Prédication, exégèse, géométrie» philosophie , il avait tout embrassé. — Stumpf, pasteur à Slambeim, 154B , meurt, 1566. y. Slg. Ils sont de leur siècle. « Une vache vient de mettre bas oa cerf. Quel malheur annonce ce prodige ? Je tiens pour un grand Apollon celui qui me le dira. Â Zoug, les bonnes gens avouent à souffrir de je ne sais quels génies ennemis , qui se plaisaient à faire mourir leur bé* tail. Us ont fait venir des Grisons un conjnreur de diables, qui les a liés à certains lieux, et fait si bien que , sur la place du tir, on a vu deux jours durant des figures hideuses aller et venir ; puis il les a enfermés dans la maison des tireurs. • Simler d Pythoniu, à ParU, 1574* — Ce fut en 1585 que le curé Muller, de Lucerne , monta sur le Pilate, rassembla les pasteurs , provoqua le spectre qui régnait sur la montagne en jetant dans son lac des pierres, des ordures, et iTefforçant d'exciter son courroux. Les cienx restèrent sereins , les vents tranquilles. Le peuple fui convaincu de crédulité.

* Jusqu'en 1580. A PorU, I, 619.

* En 15St. La piiideace loi a fait taire bien des choses»

* On pourrait citer bien des travaux encore de gtare divers, La carta

fois ils suffisaient à peine à conserver Thëritage de la Héfôrme^ tandis qu'on ne savait où s'arrêterait le ré* veil des peuples catholiques. Il sembla^ lors tlè la correction .du calendrier par le pape Grégoire: XIII ^ que la. science romaine et celle des protestans entrassent en lutte.; les protestans eurent le dessous.

Le calendrier julien ^ qui à trois années de .365 jours en faisait succéder une d'un jour de plus^ avait devanéë le cours réel des temps. Le laps des siècles avait produit un excédant de dix jours ^ que Grégoire ordonna de retrancher de l'an 1582^ Les peuples catholiques obéirent; les pâtres des Alpes les derniers. Quand, dans l'Unterwald ^ la majorité se fut prononcée pour le calendrier grégorien ^ une minorité s'en sépara , nomma sa landsgeçieinde ^ son conseil ; l'arme du ridicule ne

dn çaDton de Berne de Schœpf est d'one exactitude remarquable. Les pasqoilles étaient la poésie du temps. En Toid an exemple :

' € Zurich glaubt nnd beweist es nicht. Bem hat viel Land qnd gebdrt ihm nit.

Luiem straft die Todten und die Lebendigen nît. Un beichtet viel und basset nit Unterwalden h^ngt die Kleinen Diebe, die grossen nit. Zog munzet und nimt des Silbers nit Glarus sagt d«n Orten viel su, und bâlts ihnen nit. Baiel verbrennt die Totden Ketser ond die Lebendigen nit. Freibarg wœre gem hofhârtig und mag es nit Solotburn w&re gern lutherisch und darf es nit Schafbausen banet eine Unnotb (Mannatk) und bedarf es nit. Appenzell w|re gern witùg und kann es nit

En. 1561 parut à Zurich un dictionnaire de la langue « luthérienne ( saxonne )• • Les réfugiés avaient modifié les patois. La musiqoe revenait se mêler au chant sacré. L'archilectore ftorisaait au midi des Alpes.

> Pour demeurer dans le vrai, Ton dut retrancher une année bissextile de chaque siècle.

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triompha pas sans peine de ce schisme d'un genre nouveau^. Les Glaronais prouvaient Terreur du système romain par la raison que le soleil ne pourrait plus venir régulièrement ^ le 4 mars et le 4 septembre , dorer^ à travers le trou de saint Martin/ la cloche de l'église d'Elms^. Des hommes dé médiation^ comme il s'en montre en Suisse dans tous les débats ^ proposèrent de partager le différend , et ^ le verre en main , ils faillirent donner le jour à un troisième calendrier.^. Quant aux pays protestans^ il leur avait suffi , pour la rejeter, que l'idée d'une réforme de l'année eût pris naissance à Trente^ et qu'un pape l'eût proclamée^. « Prenons garde, se dirent-ils, que sous le prétexte d'un changement'd'une incontestable utilité le pape ne nous fasse de nouveau la loi. » Les villes suisses eussent pu conserver le vieil usage sans que la paix Mt troublée , si les Confédérés n'eussent possédé des bailliages communs , le terrain delà discorde. Les baillis de ces provinces ayant reçu des États catholiques l'ordre de se conformer à l'Ëglise , une étrange confusion se montra dans les fêtes ,

* Le conseil fat nommé Hirschrath. Il n*08a bientôt plas sTassembler que de nuit. Bminger. fl fallnt plos de deas ans poor réconcilier avec rinnovaUon les pâtres des Alpes.

* Planta, hisL of the Confédération.

' Conservateur tuieu, VJ, 395. Un magistrat de Coire et un conseiller d'Un.

* Stettler. — Hottinger, 9S4« — • Vehiculnm esse crédit vnlgns qoo papatus redncatnr in ecclesiam. • LaeaUr ad Gtynmmn, aerU 1585. fto* me agissait sans les gouvememeus , et ordonnait sous peine d'excommunication. De Thon parle comme les ministres suisses , L. lAXVL — Les Rhodes extérieures d'Appeniell, qui avaient d'abord reçu le nouveau calendrier, se h&lteenl de revenir en arrilTC. La Russie le rejette encore.

302 HISVOIAB DB LA SOUIB.

les foires et les rapports journaliers ^ La querelk éclata au setn de la diète. On ne sait où elle se fût arrêtée y si rambassadeur de France ne fut intervenu. Le rôle des aiToyés français, en Suisse était d*unir, comme celai des Espagnols de diviser • L'ambassadeur dépeignit aux cinq Cantons les plaies de la France ; il les pressa de dire s'ils étaient jaloux de voir leur patrie ainsi dé* solée , et si le sujet d'une rupture leur paraissait assez grave pour que les maux de la guerre ne le fussent pas plus encore. Il leur prouva , par ce qui venait de se passer dans le royaume y combien les chances des batailles étaient incertaines et pouvaient être différentes de ce qu'on avait songé. Ce langage amena les partis à un accommodement^. Il fut convenu que les sujets des bailliages mixtes célébreraient leurs fêtes communes selon le nouveau style , les évangéliques leurs fêtes particulières selon l'ancien; que ces jours-là les catfaoli<ques s'abstiendraient du travail^. Il fallut un siècle encore pour que les pays protestans reconnussent les droits de la raison y parce qu'elle s'était exprimée par (a bouche de leurs adversaires.

Chaque année était marquée pour eux par quelque défaite. Rome ayant triomphé de la répugnance des Cantons catholiques à recevoir un nouveau nonce, l'évêque de Côme, Ninguarda^ Valtelin d'origine*, passa les Alpes et vint reprendre l'œuvre de Buonomi.

* Recès des diOles. En Valais, dans beaucoup de familles, Tun comptait selon l'ancicfi , l'antre selon le nouveau style.

^ Hautefort à Baden, 22 mars 1574. • Ne laissez amoindrir nos affaires au paya des Ligues, ec ne négligée feu, si petit soit-il, dans one nation aussi adonnée aux armes. • Leroid Hmttfori, 1576.

* Les diètes concernant les bailliages furent dès lors oonfoqnées salon le nouveau style.

* Quadrio, 60.

Lime X. CHAP. m. SOS

Tous les jeudis se lisait à Rome la bulle In Ccena D(h mini^ ouvrage de Fie V. Elle défendait aux catholi-^ ques toute alliance et tout commerce avec l'hérésie. Le nonce familiarisa les esprits avec ces doctrines ; les Je* suites les enseignèrent à la jeune génération ^ Plus dés lorsd*étudians des Waldstetten à Zurich ou à Baie; plus de maiùnes d'école évangéUques dans les bailliages; plus de ces rapports d'amitié, formés dans le jeune âge^ qui naguère encore unissaient les hommes des deux camps; dans les diètes * plus de médiateurs. Tchoudi avait fini ses jours dans son château de Grepland^ sous le charme de ces études qui captivèrent ses premiers ans^. La France seule faisait entendre encore, dans s(m propre intérêt, des paroles de paix aux Confédérés ^. Mais la voix de Rome et celle de Philippe U étaient maintenant bien plus fortes que la »enne. Sa* voisiens, Romains, Espagnols, travaillaient sans re-* lâche à &ire accepter par les Gantons catholiques un traité qui les arrachât aux vieilles alliances. Ils étaient bien prés d'y réussir. Les hommes de bien , croyant prochaine la ruine de la Confédération, avaient le cœur rempli de crainte. La nature même s'anima »

' « Loin les Grisons, loin de votre alliance ! loin Fimpie Genève! » — « • SiUn vous tentait par ses aervîlturs qsand il vous était demandé de recevoir les impies genevois. » Grégoire XIII, 27 janvier 1574* « Rien de plus congmant à votre vertu que d'avoir repoussé cette peste loin de vous. » k mars, • Pour le nom dn Glirist , sontenes Tévéque de Coire. » 1576, Bref», dans les Ardiives de Laeeme,

> Sa vie pas Foucbs. — Schnler. — il meurt le 11 février. 157 7. Set nss. à Zurich, à £insiedlen« — Avec lui momiit rinOoencc des Cantons neutres dans les conseils de la GonfédératioOh

' « Si la France n'eût retenu ks Confédérés, ils eussent cédé au pape, qui les poussait à U guerre les uns contre let autres. » Bedm, iû MptikUifue, L. /, eh, 7. — De Thou.

présage de malheur. L'un de ces beaux villages qui décorent le pied des Alpes vaudoises^ Yvorne , s'élevait sur un sol qui rendait trois fois Tan la semence et produisait le vin le meilleur du pays des Ligues^. Un mont détaché des Alpes l'engloutit tout entier. Cent trente.personnes furent ensevelies en un clin-d'œil. Le dioc fut si violent que les airs ébranlés coururent renverser des murs jusque près de Lausanne. Il parut des étincelles^ et une odeur de soufre se répandit dans Tatmosphët^e. Berne ordonna un jeûne. Les peuples se livrèrent à de sombres pressentimens.

Les amis les plus chers des villes suisses y les' seuls ^ dans ces jours de tristesse , étaient leurs coreligionnaires d'Allemagne ; particulièrement l'électeur palatin et la ville de Strasbourg. Inquiétée par les luthériens et les catholiques^ Strasbourg eut voulu devenir, comme Mulhouse^ l'alliée des Cantons. N'ayant pu l'obtenir, elle cultivait du moins l'amitié qui , depuis près de quatre siècles, l'unissait à Berne et à Zurich. Mais une chose l'affligeait : la distance rendait impossible de la secourir en cas d'attaque imprévue, (c Impossible ! s'écrièrent des Zuricois , pour qui ce mot était inusité; la distance de Strasbourg n'est pas si grande que nous ne puissions la franchir en un jour et même vous apporter un plat encore chaud. » L'occa-

* « La grenade et l'amande y mûrissaient Les maisons y étaient or. nées d'arcades.» On en comptait 69, et 126 granges à foin. Deux enfans furent sauvés : l'un, nourrisson de 7 mois , fut trouvé sous le sein de sa mte; l'autre, que sa grand'mère, en fuyant, entraînait par la main , avait la tête et l'un des bras sur le niveau des décombres. Ainsi nous le retrace Rod. Bullinger, fils du réformateur et médecin à Berne; il avait serré dans ses bras « ces enfans de la providence. » Son mu. — Conâtrvateur suisse. Fil, XII. — Stettier, 258. •— Yvome fut englouti le 4 mars 1584.

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aioQ de le prouver ne tarda pas à 8*offrir. Les villes suisses et celles du Rhin prenaient volontiers part aux fêtes militaires les unes des autres y représentées par leurs tireurs les plc^^ adroits. Les Confédérés étaient reçus avec de grands égards : car depuis les guerres de Bourgogne leur nom n'était prononcé qu'avec estime. De Schwyz^ d'Altorf ^ de TÂppenzell, de tous les Cantons on allait à ces fêtes. Tant qu'elles duraient, les inimitiés étaient suspendues. Le Zuricois, le Schwyzois serraient encore des mains fraternelles ^ Lorsqu'en 15T6, un siècle après qu'elle eut, à Morat, combattu dans les rangs de leurs pères, Strasbourg invita les Confédérés à Tune de ces fêtes ^, délassemens de jours d*amer tume , ils s'y rendirent en grand nombre comme d'ordinaire. Les Bernois partirent sous Albert d'Er-. lach. Les Zuricois se formèrent en deux bandes , les arbalétriers sous Victor de Schosnau , les arquebusiers sous le bourgmestre Bram , fils d'artisan , que son mérite et l'affection de ses concitoyens avaient fait chef de l'État. Voyant le premier magistrat de Zurich venir prendre part à leurs jeux , les Strasbourgeois lui offrirent une couronne d'or, qu'il reçut avec émotion, en disant : ce Elle embellit les derniers jours de mon pèlerinage. » Cependant on s'entretenait, sur les bords de la Limmat, de l'adresse des tireurs et de leurs plaisirs. f< Amis I s'écria tout-à-coup Jean Zieglér, du sénat^ que ne tenons-nous notre parole d'aller en un jour à Strasbourg et d'y porter un plat encore chaud! » Cinquantecinq braves lui donnent leurs noms. Pour chef, ile ehoisîssent Thommann, surnommé l'homme de fer, parce

* Tout propos qui pou?aU ré?elller les haines était sévèrement interdiU ' Da 18 mai au 15 juin. *

qoe le oommercede ce mêlai arait fait de lui le plua riche dea Zuricoîs* Us prennent pour vêtement un jnste-aucorps deyetours noir et une toque de même couleur^ surmontée d'un panache; quelques^iyis jettent par*dessas des chaînes d*or. Une chaudière est bientôt furête , où l'on fait bouillir 40 livres de millet. Sitôt chaude^ on la place sur des cendres 'dans un sceau de bois. On la porte sur une barque neuve et légère. La nef lève l'ancre ^ saluée par tout un penple accouru sur le rivage. Elle vole. Elle a franchi les écueils et les tournans de la Limmat. La voilà qui ^ du lit paisible de TAar^ descend au Rhin^ se jouant avec les périls. Se* kingen la voit passer comme un trait. A l'approche de ces tournans, que nos pères ont nommés les Grapins de Tenf^ ^ ^ les nouveaux argonautes règlent leur course sans la ralentir. Baie , du haut de ses tours ^ les salue du son de ses trompettes , des cris de sa joie et de trois coups de cancMi. I^ Rhin ^ quittant la terre suisse^ s'épanche entre des rives élargies^ tranquille comme un lac et coupé d'iles verdoyantes. Sur ces eaux sans écueil^ la barque aventureuse accélère son vol. Les mains, inaccoutumées à la rame, se couvrent d'ampoules; la sueur coule des fronts ; mais ni la chaleur ni la fatigue ne sDspendent les efforts. Le soleil dorait d'un dernier rayon la tour de la cathédrale, quand les Zuricois s'élancèrent dans Strasbourg au milieu du concours et des fanfares. Sitôt à terre ^ Thommann prit la parole. cr Gh^^ et loyaux alliés ! nous venons de vous prouver que , si Dieu permet que vos ennemis vous atta«* quent ^ notre ville n'est pas si loin de la vôtre que non ne puissions vous donner un prompt secours. » Il dit^

* HSIIenhaken.

urBB X. GflAp. m. 207

et fit dresser la table ^ sur laquelle fut servi le potage encore chaud. Chacun d*ea goûter. Le vin du Rhin, que les Zuricois préférèrent sagement à celui de leurs rives y vint animer le repas. L'appétit des braves leur fit un nouvel honneur. Le lendemain ils visitèrent l'arsenal^ riche en témoignages de la valeur fidèle des Strasbourgeois ; et la cathédrale, l'admiration de l'Europe; un Suisse en avait six siècles auparavant posé la première pierre. Ils virent la célèbre horloge , récemment achevée par deux mécaniciens de Schaffhouscj^Isaac et Josias Habrecht ^ Ils reçurent en don un vin de cent feuilles , un sel conservé depuis deux siècles et du blé de 1 35 ans. Ils firent, de leur côté, présent à Strasbourg de la chaudière, témoin de leur aventure, et de leurs rames, sur lesquelles ils avaient gravé leurs ^oms. A leur retour, ils furent partout défrayés et reçus en triomphe ^. Jours de joie! pompes martiales ! banquets hospitaliers ! fêtes de nos pères , que nos jours ont vues se renouveler sur de nouveaux théâ-

* Us y admirèrent le cours des planètes, les signes du retour des éclipses , les décorations symboliques et le coq qui , depuis 250 ans, répond par son chant aus coups horaires frappés sur la cloche.

* Zurich, au retour, ne leur offrit pas le vin d'honneur, et leur fit payer le péage qu'on ne leur avait demandé nulle part. — Gonserrateur suisse, XII, 27S. — Argo ïigurina, de Gualter. — Der Warme Hifschbrey, de. Manrer. — Keller's Ballade. -^ Disdorps Gedicht — Hottinger, 923. — En 1588, l'sllîance des trois villes fut renouvelée • pour défendre la liberté reçue de leurs ancêtres. • S(;'asbouig demandait d'être admis dans la Ck>nfédératioi^. En 1592, les protestons ayant élu J. de Brandebourg évéque, les catholiques, Ch. de Lorraine, et la guerre tétant allumée, les villes suisses permirent ^ Strasbourg de lever dii enseignes , qui marchèrent sous Béat Jacob de Bonstetlen et furent rappelées à la sollicitation des Confédérés. EUgtn. Abêcheide. — Sittiitr.

très ! scènes de fraiemitë, d'énergie et de bonheur ! Yé^ tranger n*en a pas vu de plus belles. Elles suspendirent les querelles intestines et consolèrent quelque temps les villes suisses dans leurs douleurs^

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