‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 5)Chapitre 21 sur 75 · LA SAINTE LIGUE · texte numérisé non relu

LA SAINTE LIGUE

Genève, la Valtelioé de l'Helvéde occidentale. — Henri III, protecteur de cette ville. — AfTaiblissement de son pouvoir. — Charles-Emmanuel de Savoie. — Renouvellement de l'alliance française en 1582. — Réunion du Valangin à Neuchâtel. — Gloire de Genève. — Sixte V. — La Ligue et Henri de Navarre. — Envoyés des deux camps aux Suisses. — Ambassade des villes aux neuf Cantons et des Cantons catholiques aux villes. — Le nonce Santorio. — Alliance Borromée, en 1586. — Alliance avec le roi d'Espagne, en 1587. — ; Départ des Suisses de la Ligue. — Les agens de Henri de Navarre. — t^remière expédition , sous de Lettes. — Seconde expédition , sous Clervans. — Mulhouse. — Défaite des Allemands. — Retour des Suisses. ->- Péril et salut de Genève.

L'homme, né d'hier, sachant peu, ignorant presque toutes choses, est contraint de s'abandonner à la foi< La foi le mène à tous les dieux. La religion des mortels n'est d'ordinaire que leur passion la plus secrète, se voilant sous un nom sacré. Cependant, parmi des croyances sans nombre, il en est une plus pure et plus haute, conscience du genre humain, voix de tous et d'un petit nombre , parole d'autant plus divine qu'elle est plus humaine; c'est d'elle que le Christ a dit : (c Pensez - vous que, lorsqu'il viendra, le Fils de l'homme la trouve encore écoutée sur la terre?» Humble, méconnue; combattant un double combat; XII. i4

triste (l^une douleur indicible^ heureuse d une joie qu« la foule ignore ; détachée par Tespérance et rattachée par Tamour^ c'est à peine si de loin en loin cette religion trouve une place dans l'histoire. Encore, lorsqu'elle s'y montre, est-il rare qu'elle soit restée elle-même. La force est la reine du monde ; or le contact de la force est mortel à la foi. Tout sacrifice de l'avenir au présent l'altère. La religion devient cause, la cause parti. Les moyens se justifient par le bi|t. On finit par reBconlrer des hommes comme Zwingle, Calvin, Borromée, au milieu des bûchers, des intrigues et du tumulte des combats. Qui reconnaîtrait la fille du ciel dans son alliance avec la politique elles fureurs des factions !

Mais reprenons notre récit. Nous avons retracé les eflbrts des puissances du midi pour ranger la Suisse sous leurs drapeaux; nous n'avons pas achevé. Ce qu'était pour ces puissances la Val teli ne au levant, Genève l'était à l'autre versant des Alpes. L'attention que Borromée donnait à la province, refuge de Phérésie italienne, le duc de Savoie la portait sur la ville, foyer de la révolte religieuse. Sur ce point comme sur Vautré, Turin, Katùt et Madrid se donMiefit la maân. Genève n'était nommée dans ces cours que la tiik impie, scélérate, la sentiâe pestilentielle ^ Il en avait coûté beaucoup à Emmauuel^Philibert d'aVMr dû la

Vtie ville eàt assise aux champs savotsîens , QA\ par fraadfe a chassé 9ea se^nèars anciens , Mîaérable s^oar ée toute apostaiie....

Gomme ces laboureun, dont les mains inutiles Laissent pendre Tbiver un tonffean de cheftiilles » Dans une feuille sècbe , au f^tte d*an pommier, etc.

Du Burta».

laisser en paix. La nécessité lui avait fait la loi. Ses États lui ayant été rendus en ruines^ finances^ organisation militaire^ ordre civil, il avait dû tout reconstruire*. La noblesse fut soumise. Des milices forent créées ^. Le Savoyard, comme le Suisse son voisin, fut soldat djB 18 à 50 ans. Une troupe de ligne, dont une garde helvétique formait le premier corps, prit place autour de la personne du prince. Le duc se fortifia de Tappui de tous ses alliés naturels : les princes d'Italie, Venise, le Valais, les Gantons ^. Ces choses accomplies, il n'attaqua pas encore Genève ouvertement*. La France le tenait en bride. Elle fut prés de le laisser agir lorsqu'une expédition , partie des villes suisses, eut dicté

' Par rintrod action de la gabelle , Timpôt territorial , la vente des titres et des charges, et par son économie il avait élevé son revenu à 40,000 écas, Relazioni delio stato di Smoia scrittt dagii ambasiadori venefi Molini Beliegno t Fotearini eon iUiutmUmi dUn. u. L. Cibrario^n — « Un epoca nnovi per la casa di Savoia. Si pose al animo di procnrse assoluto arbitrio. » Foêcarini, p, H 3. — Il confia aux Jésuites son nniversité de Turin. Plus d'Étals. Correro, Denina, Itaiid oec'uL, X, ts. — Il sobstitoa aux beillis et cb&telains lesgoavernearsetooBimaadana. Boitero, vie des princeg de'Sawie. — Statuta vetera SabawL — Edité de 1560 à 1580. ~ Brantâme, hommes iUuMtret, FI, l66.

^ Mais non des milices suisses. ïi ne tarda pas à en faire Tépreuve. £. Philibert eût trouvé un beau secret s'il eût réussi à concilier ce qoi fait la force de la motiardiie avec le principe de Ténergie et de (a grandeur républicaine. Mais toujours les rois s'y sont trompés; toujours les r^ubliques, tant qu'elles ont conservé cet élément de vie , les ont étonnés par d'admirables défenses. — Ces milices nationales furent «a diifiiieda 16,000 hommes; en réalité de 18,000. Foêcarini. LippamoÊio, Delm milim tom Ch. EfÊmumuel. — Saùêeee, I, S7â. « Piètres milices, • dit Bmatôme. — Des forteresses s'ékvèrent à toutes Les portes des Alpes. Turin devint «ne place de premier ordre.

* BoUegno, 66.

* U répondiait aux rt^iroches qu'on lui en faisait dans son style laconique : « Qoi met son cheval à la course atteint rarement le but. •

ta paix Monsieur. Henri III , dans son ressentiment , jura d'abandonner Genève. Il l'eût fait, si Hautefort et Sancy, ses ambassadeurs auprès d€s Cantotis, ne se fussent jetés au-devant de sa colère. S'il importait à la France de ne pas laisser tomber aux mains des Espagnols la Yalteline, qui eût lié l'Allemagne à lltalie , elle avait un intérêt plus grand encore à ne pas leur livrer Genève, qui eût joint l'Italie aux Pays-Bas ^ Le roi se vit réduit à couvrir de sa protection la ville qu'il haïssait le plus, et Genève eut à bénir le ciel d'une délivrance nouvelle ^.

Mais l'appui que pouvait prêter la cour de France devenait plus faible de jour en jour. Les Français ne connaissent que depuis peu cette égalité devant la loi , dès longtemps la part de nos tribus. La nation^ au seizième siècle, était comme campée sur le sol : les grands à la guerre ou aux factions; le peuple en proie au pillage. La main qui tenait les rênes de l'État faiblissait-elle , c'était à qui ferait acte d'indépendance , des gouverneurs dans leurs provinces, des commandans dans leurs châteaux. Les gentilshommes, Tépée au poing, se groupaient autour de leurs chefs. Les villes se cantonnaient. A cette heure, les agens de Rome et de l'Espagne persuadaient le peuple que c'était à lui, au défaut du roi, à prendre la défense de la

*■ Varilias, I, Préface, — Ijetlres des ambassadeun français. — Messîeon de Qenève cnltivaient, par de riches présens, l'amitié des en-^ voyés royaux et celle des chefs de la république de Berne. Frâgmenê de M. Grenu, 1546, 51» 5S, etc. « Leur appétit naturel leur faisait chercher partout de Tappui. Rien ne les rdi>utait, ni ne leur paraissait contre la conscience, pounu qu'il ne s*agitpas de la messe. » Gaiaier, HUu m»», dan$ les Arch. de Genève, L III,

* En 1578 , déjà , diabord après la St -Barthélémy, Charles promettait à Genève son secours.

religion. L'esprit que nous avons vu souffler sur les |

Alpes se répandait aussi sur la France. Le réveil s'était j

opéré autour d'un saint Charles^ d'une sainte Thérèse ; en s'étendant, il s'alliait à toutes les passions. Les prêcheurs catholiques promettaient le ciel à qui^ saisissant sa bonne arquebuse y courait défendre la foi. Ils montraient l'enfer s'entr 'ouvrant pour engloutir, avec les HtiguenotSy les catholiques timides et quiconque transigeait avec l'hérésie. Bientôt la guerre recom-* mença de ville à ville et de châteaux à châteaux. Les Calvinistes s'étaient fédérés; les catholiques se liguèrent. Plus de France, non plus qu'en Suisse d'alliance fédérale : les partis la tenaient sous leurs pieds. Henri III ^ avec sa tête faible et parée, ses ruses et son courage d'émotion, n'était pour les passions déchaînées qu'un lâche Sardanapale; on ne s'accordait que pour le payer de mépris. Il descendit jusqu'à signer la Ligue ; Guise n'en demeura pas moins le chef. Tout-à-coup, se rappelant les conseils que Coligny donnait à Charles IX, il releva le drapeau des lis et attaqua les provinces de l'Espagne. Les Suisses apprirent inopinément ^ que le duc d'Alençon ^ enva-

^ En 1578. FragmeHê de M, Greniu — Manuel de Berne. Berne mit 3,500 hommes sur pied, sons Bernard d'Erlacb, et tint 10,000 hommes prèls. Reeés de$ diétee. De Watteville se présenta pour la Franche- Comté , Montlnel ponr Alençon, Grissach pour le roi, etc. Fribonrg et Solenre renouèrent leur alliance avec Besançon. Steitler. Manuel de Berne, 397. De Thou, V, 497. — Plusieurs Cantons se montraient disposés à accorder le secours que demandait la maison d'Autriche; quelques-uns foulaient envoyer des députés à d* Alençon ; d'autres ne point se mêler de Taffaire. Berne prenait cause pour la Franche -Comté. On se détermina pour une intervention amiable.

* Devenu duc d'Anjou. Les Suisses continuaient de le nommer d* Alençon.

hissait la Franche-GoQitë. Berne couvrit sa frontière. La diète s'assembla* Elle délibérait encore que déjà , changeant le théâtre de la guerre ^ le prince français s'était jeté dans les Pays-Bas. Il y avait emmené le régiment suisse de Heidt et des gentilshommes calvinistes en foule. Les Belges combattaient sur les ruines de leurs villes prises et reprises. Gomme les Suisses, trois siècles auparavant, ils avaient proclamé la souveraineté populaire. D*Alençon leur offrit son turas et chercha à se créer un trône des débris de celui de Philippe IL II échoua, et dut fuir ^

Ainsi se conduisait la cour de France. Emmanuel- Philibert, de son côté, s'avançait avec la sage lenteur et la persévérance qui caractérisent les princes de sa maison. Ayant gagné les hommes influens, il entraîna les Cantons catholiques, Soleure excepté, dans une alliance nouvelle^. On la nommait défensive; mais dans les

^ Il lussa dans les Pays-Bas 2,000 Français el 9,000 Suisses. — De Thon, LXIU.— Bouillon. — Davila, VI. — Gimber et Oannoo. — Sîsmondi, XX. — Capefigue, IV. — UafTner, Chr. Sotod. S 57. — Zar> (anben, V, 07.

^ Le 8 mai 1577. — « Â Lucernc» qo atone voix remportèrent sur dix ; 40 membres du Conseil demeurèrent assis. • — 4,500 couronnes furent partag<^es entre les conseillers. Protocole, foL 178. — CAr. Lueem, — «Au milieu de la chrétienté troublée, la bienséance et la nécessilé commandent aux anciens amis d'être en bonne intelligence, pour don* ner l'eiemple aux autres Suisses de faire le semblable et chasser les haines, afin d'employer ses forces contre les Turcs. • Les Gantons pranel* tent 12,000 hommes, le duc, à choix, 1,500 arqudbosiers on 8,000 écns. Il assure à chacun des six Gantons 300 florins (500?) de pension et 40 écus pour l'entretien d'un écolier à ranivenilé de Turin. — En 1578 , la cour de Savoie payait 5,870 écus d*or en pensions anx Gantons catholiques. Arch, de Turin ; Negou» oo Suiueri , mazzo. Il ; et Traitée avec les Suisses, paquet 6. — « L€s Suisses jurèrent à leur mode , deux doigts levés , les antres baissés sur la paume de la main. • — Goraparcz IJallers Chronik, 1577. — Manuel de Berne, 595.

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circoostaDce$ où se trouvait l'Europe, elle avait la portée d'une agression» Aussi le roi se hâta- 1- il d'envoyer traiter avec les villes suisses pour la protection de Genève. Sancy, son ambassadeur, leur montra qu'elles n'avaient d'amis que la France, Il les entretint de la résolution du roi, de laisser libres les religions. Henri leur offrait de comprendre Genève et le Pays-de-Vaud dans lalliance perpétuelle '; de consigner 13,000 écus à Soleure y pour deux mois de la solde de cinq compagnies^ destinées à former la garnison de Genève ^; d'y ajouter 15,000 écus, la guerre échéant, et 10,000 encore, si les Cantons.se voyaient contraints de songer à leur propre défense. Berne et Soleure acceptèrent ces conditions. Ils s'engagèrent à donner au roi 6,000 hommes pour la défense de Genève. Ils lui accordaient le passage et le refusaient à ses ennemie ^. Inviiée à accéder à ce traité, Genève le fit dans le "sentiment de sa dignité souveraine : elle ne signa qu'après qu'il eut été reconnu que Talliance devait conserver, non pro-r

^ Gçoève toutefois sans Texempter des péages et gabelles.

' La cour ne prit point cette condition à la lettre.

* Ratifié le 29 août par Henri JII. — De Tbou , LXVUF. — Alliances de France avec le corps helvétique» Berne i7S2. — Stettler, 260. — Henri III fil répondre à PfyfTer, • qui l'avait avisé de ue pas s'attirer la bainç de tous les bons catholiques, qu'il lui si^ait mal de bltoer dans le roi, dont il avait reçu tant de bienfaits, ce qu'après la St. -Barthélémy il n'avait point bl&mé chez le duc de Savoie , qui alors cherchait à persuader Berne et les Gantons que la France voulait s'emparer de Genève et offrait une somme pour la défense de cette ville. « — Fragmew de M. Grenu, 51, 52. — Fribourg ne put être entraîné. — Berne et Soleure renouvelèrent leur alliance au sein des banquets, des fe^i d'prtiQce^ et des représentations dramatiques en latin et en allemand, iO février 1577. Suuler, — M(uUu, — Le pape versa des larmes. Brff du SO mai 1578. Arch, Luc.

téger son indépendance ^ • Le roi la fit assurer de son amitié particulière ^. Il invita Bèze à lui donner ses conseils sur les moyens de rétablir la paix du royaume. — a Je suis trop petit, lui répondit le pasteur^ pour qu'un grand roi s'informe si je suis au monde et demande mon avis sur des affaires si graves. i> Cet état de choses dura jusqu'à la mort d'Emmanuel-Philibert '. Charles Emmanuel , qui lui succéda^ avait été nourri dans l'idée d'être l'égal des plus grands mo« narques. Le jeune prince ^ aimait les périls, ne croyait pas aux difficultés, et craignait moins d'échouer dans une entreprise, en agissant selon son idée, qu'il n'était jaloux d'y réussir en suivant le conseil d'autrui. Avant qu'il n'eût rien accompli, les poètes de sa cour l'avaient surnommé le Grand ; l'heure était venue de montrer s'il le méritait^. Une de ses premières démarches fut de renouveler alliance avec les six Gantons, dont Pfyffer gouvernait les mouvemens ^. Puis il essaya la fortune de tous côtés et commença par Genève ''. C'était

< Roset et Varro farent ses mandataires. Ils sigol^rent au nom da Conseil-Général, qui n'avait pas été convoqué. — Spon , Preuves n* 65. — Fragmens, 5S.

* Il Tassarait « qu'il ne mettait plus de différence entre les deux religions; • IS février 1580. Gautier,

* Le 80 août 1580. On lui fit un magnifique service funèbre à Lacerne. Chron.

* 11 n'avait pas vingt ans.

^ « Egti e Principe vivacissimo, di bnon talento, profeasore'deir arte di fingere, sprezzatore di pericoli. Piuttosto vuol erraie da se, che far bene col parère degli altri. • Bailegno, 77.

* Le 15 février 1581.

' Arcb. Turin. Affaire* de Genève, pequeiê 18, 17, 18. « U ne demande que le droit de grâce et l'entrée de Genève avec une partie de sa garde. Il veut que Bèze sache ses bonnes intentions. Cependant il

à qui le flatterait , en lui soumettant des plans de sur-* prise contre cette ville. La corruption fut employée ; des trahisons furent ourdies^ des coups tentés; mais sans succès ^ Alors une armée passa les Alpes, et^ sous le nom d'un cordon sanitaire, elle s'approcha du Léman. On comptait dans les rangs 1,500 Confédérés. Mais non moins prompts, des Français, des Biennois, des Neuchàtelois ^ toujours pressés de répondre au cri de Geoève^ se jetèrent dans ses murs. Deux mille Bernois s*avancèrent. Baie envoya deux enseignes. Les Grisons promirent bon secours. Les fils de Coligny, Gondé, le roi de Navarre^ le prince palatin offrirent leurs biens et leurs personnes. Elisabeth d'Angleterre écrivit en tous lieux. Henri III déclara Genève sous sa protection^. La ville que Charles-Emmanuel avait cru

joint ses efforts à ceux qne fait le nonce ponr relever les évécbés de Genève et de Laosanne, Il cherche à persuader. les Gantons catholiques de mettre à leur alliance avec Henri lU la condition qne ce monarque abandonnera Genève. 11 s'adresse au roi lui-même. Il agit en tous lieux. Il fait intervenir la maison de Saxe , invoquant une commune origine. Les électeurs de Saxe et de Brandebourg exhortent les Gantons à soutenir ses justes prétentions contre Genève. Mt, FUI, S 91.

^ L.*offre de 15,000 écns fut repoussé par le syndic Roset avec mépris. Pragmeni de Grenu» 29 sept. 1581. — Çolleet. fVUk, dans la BibL Corot, de Zurich, IX, — Sehuler, dans VHelvetia, IF. — Conspiration de J. Balard , de Lapoype , etc. Les Genevois osèrent , par représailles , attaquer quelques chAteaux. — « L'esprit de Dieu montrait à Messieurs la véritable route à suivre dans les questions de guerre qui regardent la conscience, qui est de consulter la bouche du Seigneur, c'est-à-dire, les pasteurs de l'Église. •

> Saluces, U, 808. — Léti, m.— Leu. — Uelvetia, IV, 65.— Stettler, S 79. — Les Bernois sons L. d'Erlacfa. Ils croyaient le roi secrètement d'accord avec le duc. Cependant Berne eut un moment à sa solde 400 arquebusiers français. Le Valais refusa le passage à Un. Deutsche Mistiven, — Manuel du Conseil, 40S. — Envoi de Watteville àThonon; de Keller et Fleckenstein à Turin. Le prince se joue d'eux. — Grenu. —

218 HISTOÏKK Dfi LA SUISSE.

|)ouyoir emporter d'un coup de maio se trouva placée à la tête d'une moitié de l'Europe. Il se retira , emportant^ pour tout fruit de sa prise d'armes^ la convicUon que les Confédérés, qu'il avait vus marcher les uns contre les autres, ne formaient plus un corps de nation- Mais sa hardiesse avait persuadé la France de la nécessité de rapprocher les Cantons et de se les attacher par un renouvellement d'alliance ^ Les ambassadeurs du roi, Mandelot, Hautefort, Fleury» Liverdis ^^ unirent leurs efforts pour arriver à ce but. De l'or fut de nouveau répandu. Le 22 juillet 1582, la couronne de France conclut, à Soleure^ avec les États des Hautes- Ligues, une alliance conçue en des termes d'autant plus flatteurs pour celles-ci, que Henri HI avait d'elles un plus grand besoin ^. On se promettait le passage. On s'engageait à ne point se dédire sous prétexte d'aucune alliance stipulée par des cantons en particulier. Les Suisses devaient assister le roi, même contre qui lui était « supérieur en dignité *. » Le traité devait

Bèxe à Villlers. — Ocbs, Ge^h. von Basel.— A Porta, IH, 26.~Recès des Diètes.

^ « L'Espagne, depuis quatre ans, était à les gagner jusqu'à leur offrir de leur payer les 800,000 livres que le roi leur devait et de leur doubler leurs pensions. • Journai de Henri HI,

3 î.iverdis h Ualdcnsleiu , chez les Grisons. Fleary était Tambassadeur ordinaire. Qnelqne partie de la dette fut payée. Les intérêts seais des sommes dues à des villes et de^ capitaines s'élevaient à 300,000 I., « somme due à gens dont on a besoin. ■

' 11 fut érril : « Le gouvernement du roi se trouvant soutenu par la prospérité et par tout ce qui peut faire valoir sa puissance, il ne lui reste, ponr s'affermir, que de s'allier à des républiques dont la sagesse et la fermeté ne peut être trop admirée. » Les ambassadeurs ont grand'peine à cacher la détresse de la cour.

^ L'engagement d'aider le roi de France à recouvrer Milan se lit dans / le traité.

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durer tant que vivrait ^Heuri^ et huit ans aprèss a mort ^ . Tous les Cantons 5 excepté Berne et Zurich, tous les alliés^ le signèrent : les Grisons, au grand mécontentement de VEspagne ^.

Les ambassadeurs français n'avaient rien épargné pour entraîner Zurich et Berne : Zurich , sans succès ; Berne, non sans espérance. Sûrs des deux avoyen, Mullinen et Watteville, ils se réunirent pour tenter an dernier effort. Les circonstances plaidaient pour eux. L'on prévoyait qu'énervés par la débauche les Valois mourraient sans postérité; qu'un jour, Henri de Navarre se présenterait comme héritier du trône de France; Berne pouvait l'aider à y monter. Elle devait chercher en tous cas à obtenir des ménagemens pour ses coreligionnaires. Le roi s'engageait à la laisser rappeler ses compagnies, s'il se tournait contre la Réforme. Il voulait comprendre le Pays-de-Yaud dans l'alliance. Il offirait 1 4,000 couronnes de pension annuelle ^. Lça temps n'é-

* Stettlcr. — Léonard, Tr. de paix, IV. — De Thon. — Alliances de la France avec 1rs Suisses, 297. — Flassan, II, 98. — BibUoth. royale : Trésor des chartes, fol. Vill. — Sillery, Négociations ei^ Suisse, mss.

' Au chagrin non moins vif des ministres et surtout du vieux Gampell, qui avait opposé la plus vive résistance à Li verdis. L'alliance du roi pour la protection de Genève les avait confondus. • Vous êtes une Genève, leor disait Tambassadeur. Privés de f appui du roi, que devieadrcz-vous dans ces haines? • — Lorsqu'il arriva de Soleurc, deux mille personnes Fatlendaient On lui demandait 20,000 écus pour traiter. Il choisit le moment où le peuple était « en besogne, es paqnis des monts. » L'alliance fut conclue. Mais elle Tétait à peine que déjh plusieurs, les mains encore pleines de Tor du roi, couraient s'offrir à Venise ou à Milan. Près de perdre le fruit de ses sacrifices, le roi décUra qu'il renoncerait plutôt k l'alliance des Ligues, que de souffrir qu'elle fût partagée. I^ Rhétie n'était qu'une émeute. A Porta, îll, 26. — Rapporté du amhasMdêurt et êurtoat de Liverdii aa roi êi à Madauie.

' 10,000 pour la république , 4»000 pour les hôpitaux.

220 HISTOIRE DE LA SlASSB.

taient plus ceux où les réformateurs s'étaient élevés contre toute relation étroite avec les princes. N'étail-il pas permis à Berne, lorsque les Cantons^ ses anciens alliés, l'abandonnaient, de s'appuyer au dehors? Elle finit par donner la main, que lui demandait le roi. Elle traita avec lui d'égal à égal, comme une puissance du premier ordre, et jura par le seul Dieu tout*puissant, sans faire mention du Saint-Siège. Les communes ne furent pas consultées ^ .

En même temps qu'elle couvrait ses pays par ce traité, Berne agrandissait ceux d'un prince son voisin. Voici quelle en fut l'occasion. René de Chalant, sire de Yalangin, était mort^, laissant des dettes considérables. Jeune, il avait su plaire à Mancie, fille d'Alphonse de Bragance ; le mariage qui semblait devoir illustrer son nom avait été la cause de sa ruine. Sa richesse n'égalant pas son rang, il avait dû recourir à des emprunts; il devait entre autres 68,000 écus à la ville de Berne , sur l'hypothèque de ses pays dans le Jura. Il avait , en mourant, laissé à ses deux filles, les comtesses de Tourniel et d'Âvy, ses dettes, ses terres, et l'ambition qui avait fait son malheur. Pendant plusieurs années elles se disputèrent le château de Yalangin. Elles avaient su tour à tour se le faire donner en testament par leur vieux père ; tour à tour elles s'y établirent par la force; tour à tour elles se le firent adjuger, en produisant des actes d'une authenticité con-

* • Pour éviter des frai». • Manuel du Comeil, 50 août i58a, — î^ à février, la pension des Bernois fut portée, de A, 000 1. à S,500 écus. Comptée royaux, — « Pourquoi n'était-ce pas l'amour de la patrie, mais Toret l'adresse de ta France qui combattaient l'or et les paroles trompeuses de l'Espagne! ■ StettUr, mu. 1584*

» En «565.

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testée ^ A la fin, la comtesse de Tourniel courut à Pa*^ ris t invoquer l'appui de Marie de Bourbon y et lui ofirir rhommage comme à son suzerain^. Alors les seigneurs de Berne s'adressèrent , de leur côté , à la princesse de Neuchàtel : « Nous réclamons , lui dirent-ils^ l'hypothèque de la somme qui nous est due. Mais si le Yalangin nous est adjugé, nous vous Toffronsaux conditions suivantes. Vous maintiendrez les sujets dans leur religion, dans leurs libertés et dans leurs bonnes relations avec Berne. Les dettes deviendront les vôtres. Si les comtesses de Tourniel et d'Avy s'accordent pour payer les sommes dues par leur père , vous les reconnaîtrez comme héritières légitimes. Si votre altesse songe à vendre le comte, Berne aura la préférence. » La princesse accepta ces conditions. Alors les Valanginois s'assemblèrent, devant le château , sur la prairie^. Nicolas de GraiFenried leur rapporta ce qui venait de se passer et leur demanda l'hommage. Cinq ans ils le refusèrent, alléguant leurs sermens prêtés à la fille de leurs comtes. Enfin les députés de neuf Gantons les ayant relevés de ces engagemens , et leur ayant assuré les privilèges que les filles de René , se disputant leurs suffrages , leur avaient accordés en grand nombre , ils se prêtèrent à un accommodement^. Leurs coutumes , leurs assem-

* Poar invalider le testament fait par son père, la comtesse d'Avy se fit faire, par la violence , on titre de la main du chancelier de Valangin; mais récrit se trouva tracé sur du papier de la fabrique de Serrièrc , fondée postérieurement à la date qu'il portait

> Marie , veuve de Léonor d'Oriéans, avait bonne tête et bons yeux ; elle fit cesser le roauvab ménage. MonHnolUn,

* Le 2 mars i 579.

^ A Baden , le 7 déc. iSSâ. René et ses filles avaient venda VafTranchissement à presque tous les taillables de la seigneurie, la bourgeoisie à un grand nombre de familles ; le droit de chasse à tous leurs sujets , ,

blées législatives, leurs tribunaux leur furent garantis. A ces conditions ils firent hommage à Marie de Bourbon en présence des landammanns de Schwyz etd*Uri, envoyés de la diète, et des députés de leurs vieux amis de Berne et de Soleure. On loua la conduite de Berne. Sous sa protection , Yalanginois et Neuchàtelois conservèrent de si belles franchises, que la suzeraineté d'un prince étranger ne les empêcha pas de se croire libres. Quant aux filles de René , il n*en fut plus parlé que comme des victimes d'une criminelle ambition '. Un geôlier habite aujourd'hui le château, antique manoir de leurs pères.

Pendant ces événemens , les ambassadeurs des Cantons et de leurs alliés prêtaient , à Paris, dans une grande pompe , le serment de ralliance renouvelée. Henri III avait vouhi , par une cérémonie d*une ma* gnificence catholique, annoncer à Tunivers Tétroîte union du roi de France avec les Ligues^. Partout sur le chemin, les confitures, Thypocj^as , les vins les meilleurs, assaisonnés de reloge de la nation. ACharenton, les apprêts du festin avaient été fiiits par le maitred*hôtel du roi. A Paris, ce fut à qui, de mesdames de Neuchâtel et de Nemours, de messieurs de Guiae, d'Épernon , de Joyeuse ^ de Ne vers , ftterait le mieux

ne Re réservant que la caille el la perdrix. Ik avaient aliéné lean domaines à vît prix.

* Les comtesses d'Avy et de Tourniel vendirent leurs prétentions ta duc de Montbelliard. Nouvel orage. Enfin le duc, menacé par fieroe, consentit à renoncer à ses titres pour une somme de 70,000 écus

d'or ( 1592 ). ~ Stettler. — Boive, Annales. — MontmolUn. Glift>

teanx suisses de M. Huguenin. — Relation de cette affaire par le sire de Vuillerens , dans les papiers d'Orléaos.

> Le4 novembre 4583. Maiidelot, Hautefort, Uverdis les accompagnaient.

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left députes» On ne voyait partout que les armoiries des CantODS* Ce n'étaient que fifres^ tambourins et que décharges d'artillerie. « Jamais ^ dit Henri III au vainqueur de Meaux^ chef de l'ambassade, je ne vous aurai fait assez d'honneur à mon gi^. » Le chœur de Notre-Dame avait été préparé avec une magnificence rare. PfyfFer, qui prononça le serment 5 ne se contenta pas des termes de Talliance : « Encore, dit^il, que nos engagemens ne vous promettent que 1 6,000 hommes , soyez persuadé, sire, que si votre majesté en avait besoin, nous saurions la secourir avec 50,000 et les rendre en vingt jours en son royaume. » Le roi se hâta de prendre acte d'une si belle offre. Il eût voulu en conserver la mémoire à toute la maison de France. A son tour il promit à ses braves compères que, si jamais ils avaient besoin de lui, il les secourrait de son bras et leur mènerait 20,000 gentilshommes ^ Jamais ambassade n'avait été l'objet de plus d'honneurs , ni ne reçut plus de gratifications et de caresses.

Les députés , de retour^ remplirent la Suisse du récit d'un si bel accueil. Alors l'étoile de Savoie pâlit devant celle du roi, Charles-^Ëmmanuel acheva de désarmer, confus de n'avoir réussi qu'à réveiller la France et à

* Tous les envoyés rcçoreni one okatoe d'or, de le valenr <de 500 éou» avec on médaillon an portrait du roi, portant les mots : avito fédère cum Helveliis Rhetiisque renovato 1582. — Tatt , bref discours de la roagftifiqne réception. — Ordre de réception» dans les mss. Brienne, 108. <— Cahiers présentés parles ambassadeurs. «Pfyffer demande 10,000 écos; — lui rappeller qu'à son dernier voyage il en eut 4f 000 ; S. M. avisera. — Aux jésuites 6,000 écus ; — promis le paiement eiact« — Au vieil avoyer4f000 1. viager. — Autant à Tavoyer Fleckenstcin , attendu qu'il n'a rien. — Lussy demande 2,000 écus; accordé 500, el de baiser la maîn de S. M., comme étant personne d'importance. 11 demande que la pension passe à ses enfans, etc. etc. » Mn, Brienne, 110.

faire incorporer le Pays-de-Vaud dans l'alliance perpétuelle, Berne , pleine de joie , conçut Tespoir de faire comprendre ses pays romands dans l'alliance des treize Cantons. Elle s'adressa d'abord aux États qui lui étaient le plus affectionnés. Zurich , Schaffhouse répondirent à son vœu; puis Fribourg, Bâle; Glaris le dernier ' . Pour obtenir le reste des suffrages, elle essaya la finesse. Elle déclara sa ferme intention d'observer la teneur des alliances, et, comptant sur le même bon vouloir de la part de tous les Confédérés, elle exprima le désir qu'ils s'engageassent à veiller les uns sur les autres , et à ramener les contrevenans dans le bon chemin. Mais les députés, qui la comprirent, envoyèrent sa proposition dormir au recés. Plus heureuse auprès de Zurich , Berne obtint son amitié pour Genève. Les communes zuricoises donnèrent avec joie leur assentiment à cette alliance^. Tous les États évangéliques témoignaient leur intérêt aux Genevois. Ils les encourageaient à persister dans la résolution de préférer la religion et la liberté à la vie. Depuis son retour de France, Pfyffer lui-même^ affirmait, lorsqu'il était de belle humeur, qu'il ne fallait pas laisser une ville aussi importante tomber en des mains étrangères. Tous les jours l'objet de la considération des grands, messieurs de Genève cédèrent à la vanité de

« Zurich, le il janvier 1588 , Glaris, le 6 sepl. 1584.

^ Le 10 août 1584. — Spon. — Stettler.

* Fleary. — Grena, 63.— Gautier, mss. Le ih août 158S, Pfyffer disait en présence de Roset, en diète : • Je voudrais que Genève fût eiterminée. • Maintenant Roset lui ayant promis « d'avoir de ses soins «ne juste reconnaissance, il répondit favorablement. • Cependant Fienrj fait connaître aux Genevois que seni il le tient en bride en diète. 7 déc. 1589 ; 11 février 1584.

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s'entendi^e donner le nom d'excellences et de princes. (V Vos prédécesseurs^ leur dirent les ministres^ se sont contentés d'être appelés , comme la seigneurie de Ye* nise, magnifiques et très-honorés seigneurs ; nous vous prions d'imiter cette modestie. » Les événemens ne tardèrent pas à devenir encore plus significatifs que le langage des pasteurs.

L'orage y en effets ne s*étail éloigné qu'en apparence. Sous le brillant des fêtes et sous l'appareil de la grandeur^ la cour de France n'avait pu que cacher sa faiblesse ; elle la laissa voir tout entière à la mort d'Alençon^ L'on n'en pouvait plus douter; la race des Valois allait bientôt s'éteindre et la prédiction de Termite Scheuber s'accomplir. Un prince calviniste , le roi de Navarre , se présenta comme l'héritier présomptif de la couronne. A cet aspect^ tous les catholiques zélés frémirent de douleur et d'indignation. Le pâtre de Montalte venait d'être appelé , sous le nom de Sixte- Quint^ au gouvernement des nations chrétiennes^. Il montra Guise aux Français^ comme le Judas Machabëe destiné par le ciel à les sauver. Les consciences se partageaient entre la religion et la légitimité ; il fit peser son bras dans la balance et mit au ban le Béarnais ^.

' Le 10 juin 1584.

< Le f 0 avril 1585. — Sa TÎe par Tempesti, I, xii.

> • Eq verta de ce poQToir qui m'a été donné de Dieu pour terrasser les rebelles. » 9 npt. 1585. Cependant Sixte était entraîné malgré lui. Lises dans YBisioire de France au P. Mathieu (dePorentmi), chap. IV. •9, les paroles « que le pape adresse à Mathieu lui-même, envoyé de la Ligue à Rome. » • En quelle école , lui dit-il, aves-vous appris qu'il fallait former des partis contre votre prince légitime? » Et il tonna contre Grégoire XIH, son prédécesseur, lui reprochant d'avoir mis feu et sang dans la chrétienté. Mais l'homme qui , en recevant la tiare , renonce à son nom , renonce aussi à s'appartenir.

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