XII. i
226 iiisTomu de la suisse.
Alors les grands comme le peuple s'engagèrent à verser leur sang pour la défense de la foi. C'était le tour des catholiques de se fédérer. Ils se levèrent. Tout signa la Sainte-Ligue* L'Europe romaine resserra ses nœuds. Tandis que Philippe II ordonnait à ses gouverneurs d'obéir au pape comme à lui-même S Rodolphe 11, à Vienne, conduisait les processions , dans le coeur de rhiver, la tète nue , la torche au poing , et continuait la réaction en Allemagne. La maison d'Autriche enveloppait la Réforme de toutes parts et se préparait à renverser le trône chancelant des lis. A de nouvelles circonstances de nouvelles doctrines. La Sorbonne ayant demandé s'il était permis d'obéir au prince infidèle à ses devoirs ) des Jésuites répondirent. Ils firent du régicide une œuvre sainte. Elisabeth feillit être frappée , Orange tomba sous le poignarda Henri III « sentant son trône trembler sous lui , demanda 10,000 hommes à ses fidèles Confédérés^.
Lorsque son ambassadeur présenta sa requête^ le bruit d'une grande conjuration, dans laquelle Rome travaillait à faire entrer la Suisse catholique, agitait profondément les Cantons^. Tous néanmoins laissèrent enrôler pour le roi i à l'exception de Lucerne et d'Uri, que la Ligue avait gagnés. Deux régimens se mirent en marche, sous Jean Heidt et sous Rodolphe Réding. Ils s'avancèrent lentement. La Bourgogne leur était fermée par les Ligueurs; ils prirent, par Genève , la route de Lyon et maintinrent quelque temps les provinces voisines de cette ville dans l'obéissance. Cependanld'autres
^ Lui , ■ pauvre moine» » il en fut touché aux larmes. ^ Fleury n'en demande que 6000, i mai 1585. * Stettler, 11, 290. — Pallas rhetica, 222. — Zurlauben, V, 95. — Davila. VII, 288.
Confëdérés coururent joindre Guise par d'autres che-*mins* Français contre Français^ Suisses contre Suisses, catholic[ues contre catholiques allaient en venir aux mains y lorsque le faible Henri III, cédant à l'orage > {»ît la croix des Ligueurs ^ Il révoqua les édits de to* lérance. Toute la France se tourna contre les débris de la Réforme. Épars dans leurs châteaux , décimés par la guerre, abandonnés des timides, les calvinistes ne tentèrent pas même de se réunir^. Une poignée d'amis intrépides composait seule à Henri de Navarre une petite armée : c'étaient Condé , Sully, Mornay, D'Au^ bigné, Constant. Chandieu priait pour ces restes disraël. Henri leur jura de mourir avec eux ou de con<qoérir a leur tète son royaume^. 11 envoya demander le secours d'Elisabeth d'Angleterre , de l'Allemagne et des villes confédérées*
Ce fut Antoine de Vienne y sire de Clermont et baron de Goppet y qui fit entendre aux villes suisses le cri de détiresse du roi de Navarre. Elles s'assemblèrent dans le deuiP. Le dernier lien entre les Confédérés était prés
' En juillet. Berne rappela ses deux compagnies. Les Gantons calbotiques avaient exprimé hautement qu'en donnant leun gens au roi , ils ne les donnaient point contre leur religion (aber kcineswegs zur Untertreibnng nnser catholîscben nnd Pflanznng eîner neuen Religion. ). Jost Pfjfffer et Ambroise Puntiner allèrent menacer le roi de la ruptnr^ de ralHanee, s'il ne renonçait i ses amitiés calvinistes. A cette heure Fleury demande encore 4000 hommes. Refus des villes et de Glaris.
' • Ils ont perdu le septante pour cent , • dit Tambassadeur vénitien.
* ÉooDOmiea royales de Sully, cbap. SA. — Méftioires de Du Plesais Mornay. -<De Thon, LXXX. — Davîlai VIL --* Le hardi gascon fit dé* fier Guise an combat » et répondit à rexcommunicalion de Sixte V en faisant afficher dans Rome un démenti au soi-disant pontife* Holtmann écrivit son Brutum fulmen.
* A Ârau, octobre d 585.
de se rompre. Dans leur douleur, les villes évangéliques tentèrent un dernier effort pour rappeler la confiance. Elles envoyèrent douze membres de' leurs conseils de canton en canton , demander le retour des anciens rapports 5 ou du moins, à savoir ce qu'elles devaient attendre de leurs co-États^ Le langage des députés, plein de théologie , n*eut pas la brève énergie des anciens âges. Toutefois il ne fut ni sans force, ni sans cordialité* « Frères, dirent-ils, pourquoi prêter Toreille à ceux qui cherchent notre ruine ? A les entendre, nous serions sans religion ; cependant nous avons le même Dieu que vous , le même Christ ; nous ne différons que dans la manière de l'adorer. Ils persuadent rhomme des communes que hors de Tancien culte il ne peut exister de paix. Nos bailliages offrent la preuve du contraire. La vraie racine de nos divisions (plût à Dieu que la hache y fût portée ! ) est dans les alliances étrangères. Nous avions un même culte , que déjà cardinaux, évêques, ambassadeurs parcouraient nos cantons et nous tenaient un langage qui n'était pas celui de la patrie. Aujourd'hui, sous le nom de la religion , qui est leur moindre souci ^, ils travaillent acti- Temeitt à notre ruine. Ce sont eux qui cherchent à vous persuader que nous conjurons avec le roi de Navarre contre la foi romaine. Ce sont eux qui vous portent à solliciter la cour de France d'abandonner Genève, que nos pieux ancêtres , si l'occasion s'en fût présentée, n'eussent pas hésité de donner pour rempart à nos pays% Ils se servent contre nous des moyens qu'employait Philippe de Macédoine pour perdre les républiques de la
' En décembre i5Sd.
* * Qui ne leur chant gnères. • Thomann parle ponr les Réformés.
C/if*. Luc>
LIVRB X. CHAP. IV. 229
Grèce. Us n'auront pas de peine à réussir, si nous ne nous rapprochons comme membres d*un même corps : ne souffrons plus que des cantons s'allient à des étrangers sans la participation de leurs frères. Revenons à la franche observation des alliances. Faisons-les respecter, sous quelque nom trompeur qu'elles soient attaquées. En ce qui nous concerne^ nous sommes résolus à le faire en honneur et en loyauté f car il n'est peuple sous le soleil avec qui nous souhaitions^ comme avec vous^ nos chers eC anciens Confédérés^ vivre dans la concorde et dans Fabandon , les bons comme les mauvais jours ^. » Tous les Cantons offrirent aux députés le vin d'honneur et leur firent accueil. Les envoyas ayant mis leur discours par écrit, demandèrent une réponse écrite. Appenzell et Glaris la donnèrent pleine de bienveillance. Les sept mirent plusieurs mois à composer la leur. Enfin , dans les premiers jours du printemps de l'an 1 586^ leur ambassade prit le chemin des villes avec un factum en 45 pages, grand in-folio^. Les étrangers avaient eu le temps d'agir^ les Jésuites de dicter la réponse. « Le schisme^ dirent les députés, a rompu le vieil accord. Trois hommes ont fondé la Confédération ; un seul a sufE pour la détruire : un méchant, un perfide; de lui vient tout le mal. On goûtait, avant Zwingli^ le miel des grâces divines. On se délectait du lait embaumé de l'amour fraternel. Depuis lui , chaque année voit éclore quelque écrit injurieux contre notre sainte foi. Combien n'en a-t-il pas paru, depuis le livre infôme de Gualter sur l'Antéchrist aux dernières publications sorties des presses de Bàle I Encore si vous eussiez été à
' «r Hausen , handlen , Lieb und Leid tragen. • ' D'une écritare serrée. Le factum des villes avait 15 pages folio, --r Ils partirent en avril iSS6» suivis de 80 chevaai.
Trente y chercher instruction ; les réyërends pères , les Écritures en main , vous eussent appris à ne pas mé-* priser la Vierge^ les Saints et les bonnes œuvres. La paix^ les alliances, la vieille amitié, tout tient à votre retour à la vraie foi. u Les heures du repas rappelèrent seules Tabandon et la cordialité de temps mdlleurs ' .
Fendant ces choses , un nouveau nonce arrivait en Suisse. Santorio^ était un hommede science, maisplusenoorede passion .On l'envoyait^ avec Pompée de la Croix, ambassadeur d'Espagne, rompre le faible nœud qui tenait encore unis les Confédérés. Les JésuitesTaidèrent à briser une. dernière résistance. Pour vaincre le premier homme, le serpent s'était servi de la gracieuse faiblesse de sa compagne; usant de la même adresse, ils persuadèrent des femmes de Lucerne de se refuser à leurs époux jusqu'à ce qu'ils eussent renoncé à de coupables alliances ^. Puis SanCorio convoqua une diète catholique. Selon son désir, il arriva des députés nom^ breux. Le 5 octobre 1586, ils recurent la communion de sa main. Il leur fit les promesses les plus belles. Enfin il leur proposa les termes d'un accwd, par lequel ils se dévouaient au Saint-^Siége , eux et leurs enfans. Ils signèrent. Le peuple s'assembla. Les députés élevèrent la voix au ciel, a Nous jurons , dirent-Us , de vivre et
* A Bille , le dîner coûta 280 1. n fut bu }S5 pots de vio. Ochs, Cegch. von BaseL — • Bien que leur réponie fût peu amicale , on se troaTt bons Suisses enaemble. • Ei$f, nm. Les drax Faclams ont été pabbés ft Munich en i58S , celui des villes avec quelque altération. — Chr. de Haller. — Hottinger, 397.
> Évéque de Tricaria — Tempesti, vita Sixti. — Leti. — Schw. Muséum, IL — Stettler.
' Ârnaldi oralio. De TItou, CX.
de moui# dans la foi catholique. Nous a'avons pu sans douleur voir la grande apostasie pénétrer jusqu'à notre seuil. Dieu Ta permis pour nos péchés. Il souffre que le schisme s'accroisse encore ; que les fils du diable con* tractent des alliances entre eux, et que divisés sur tout le reste, il ne se montrent unis que pour chercher à dëCniii^e notre foi. Eh bien ! nous, qui sommes de* meures fidèles , nous nous prenons , de notre côté , pour chers et anciens confédérés, combourgeois et compatriotes. Nous nous donnons le nom de frères, comme si nous étions une même chair. Nou^ rejetons tout appui sectaire. Nous jurons, pour nous et nos enfans, jusqu'au dernier, de nous maintenir les uns les autres dans la foi. S'il arrivait à quelqu'un de nous de s'écarter du bon chemin, tous nous nous réunirions pour l'y ramener. Si l'on nous attaque à cause de l'a* mour que nous portons à notre religion sainte, nous nous secourrons envers et contre tous, sans nulle exception. Aucune alliance antérieure ni postérieure ne nous empêchera de remplir l'engagement que nous prenons à cette heure. Nous veillerons à l'imprimer dans le cœur des jeunes générations , de manière à ce qu'elles ne puissent l'oublier. Nous en faisons le sm*ment, à la face du ciel, après avoir examiné nos consciences, cou fessé nos péchés et reçu le sacrement. Ainsi donc soit au nom de la très-sainte Trinité , de la sainte reine du ciel et à la gloire de l'armée céleste, pour notre propre consolation et pour celle de notre patrie ^ »
* Une comète ne mioqoa pas d'appartltre<« Fat. Slg^ — BfoclHiroB dîveisea, enir'aatvea i Eihorlalbn tux Suisses contre les émeutts da temps courant ( traduit de Simler) ; von der Jesuiten bhatduntîgeo Praktiken ( d'OsUnder). -* Belvelia, 1II« 350. — Lanfrer, X , 5S0. — De Thon, LXXXIV, LXXXV. — Fasbînd, 417. -- Les catholiques d'Appenxell ac-
C'est en ces termes que les Gantons des Alpes se donnèrent à la Ligue. Cette alliance fut nommée rAlliance d'or. On lui a aussi donné le nom de Borromée^ qui en avait jeté les germes sur la Suisse ^ Les jours qui suivirent furent de deuil pour plusieurs , de honte et de remords pour d^autres , d'étourdissement pour la plupart. Ne voulant pas laisser le zèle se refroidir^ le nonce tenait le peuple en continuel exercice. Ce n^étaient que banquets^ litanies et processions. On se livrait dans l'ivresse et les yeux fermés ^. Une multitude s'enrôla '• L'année ^vait été stérile ^ ; le soleil semblait s*étre éloigné; la disette facilita les levées. Officiers et soldats jurèrent de donner leur vie pour TÊglise. Enflé de ses succès, le nonce osa déclarer les compagnies libres de la juridiction ordinaire , pour les soumettre à la sienne. Il avait ses sbires et son barigel ^, il avait sa
cédèrent à Taliiance d'or en 1600 ; pois Glaris. Ces alliances , nées des passions du siècle, ont passé; celle qne les Confédérés ont*fondée sur la nature et sur une religion meilleure leur a survécu.
' Partout déjà son nom , ses autels , des confréries sous son invocation.
* Plusieurs Brefs témoignent de la joie de Sixte, de voir la SuisKioamise. « Il en est donc sept mille qui n'ont pas fléchi les genoux devant Bahal I • 25 janvier i687. • Votre gloire croit de jour en jour, quoique si grande; et avec elle vos mérites auprès de Dieu. Satan ne peut tooi ré> sister, lorsque, comme Fapôtre vous le commande, vous conserves l'nnité de l'esprit par le lien de la paix, a i^ juillet. {Areh. iMeem, )
* Sous Gallali, Greder, Tugginer, Hertenstein, Kreysinger, Facbsbinder. Stettler.— -Zurlauben, V, iiS.— Alt. 423.— May. — Sismondi, XVni, ISi. — Dayila , VHI, A46.
^ Plusieurs personnes étaient mortes de faim. Le mnid de blé se Tendait iS florins (1586 ). Tonte la fin de ce siècle et les premières années du suivant , les hivers furent froids , les neiges s'accumulèrent, les glaciers s'accrurent Fat. Slg.
* Qui ne pouvaient , il est vrai , se montrer dans la rue sans être insultés.
prison. Il fit arrêter deux prêtres jusque sur le territoire de Berue ^ Lucerne ayant donné l'ordre aux chanoines de Béronmunster de se tenir approvisionnés pour les besoins de l'État^ Santorio défendit aux religieux d'obéir, et menaça la seigneurie de l'excommunication. Il traitait comme conquise au Saint-Siège cette terre libre et fiére des Suisses. Mais cette fois la surprise^ la rage^ montèrent au cœur des Lucernois; ils se ressouvinrent du mépris que leurs ancêtres faisaient de semblables menaces. Sixte crut devoir écrire de sa propre main à son légat : « Ignorez-vous qu'il n'est rien de si délieat que ces matières? Oubliez-vous que le but de votre mission est de procurer la paix aux catholiques^ et non de contraindre les protestans à s'armer contre eux ? Nous vous recommandons de vous en souvenir pour votre repos et pour le nôtre ^. » Le souverain pontife^ à cette époque^ avait peine à retenir le zèle de ses envoyés. Santorio reconnut sa faute ^ et, cherchant à la réparer, il convoqua les grands et le peuple. D'une voix ferme, il leur rappela l'alliance d'or et leur serment. Fuis, se revêtant d'indulgence, il daigna remettre dans le fourreau le glaive de l'excommunication, dont il les avait menacés. Il témoigna l'espoir que les chanoines de Béronmunster seraient laissés en paix^.
L'occasion était belle pour l'Espagne d'asseoir aussi son trône dans les Alpes. L'or n'arrivait plus de France; elle répandit le sien à pleines mains. Au moment où la somme destinée pour Zoug franchissait les portes de la ville, un pan de la muraille s'écroula. Les hommes qui
* Berne osa de représailles.
^ Brone. LeiL Brounen. De Tkou, C'est une erreur.
> Helvelîa, VII.
ne partageaient pas Tivresse générale^ rinterprétèreot comme un avertissement du ciel. Le nouveau Philippe leur paraissait plus à craindre pour les Cantons que ne Favait été pour la Grèce celui de Macédoine. Les villes prononcèrent le mot d'alliances. « Les alliances ! s*é-crièrent Unterwalden et Lucerne; nous ne tarderons pas à les aller quérir» les armes en main. » Soleure , résidence de l'ambassadeur de Henri III , était seule demeurée française ^ . Les six autres Cantons conclu* renty le 1 2 mai 1 587^ avec le roi des Espagnes , seigneur de Milan, une alliance semblable à celle qu'ib venaient de faire avec le Saint-Siège. Ils promirent le passage aux troupes espagnoles^. Us accordèrent à I%ilippe^ pour la défense du duché, la levée de 4,000 hommes au moins, de 13,000 au plus. En cas d'attaque de la part des Grisons, le gouverneur de Milan devait s'avancer en Valteline et, s'il le fallait, dans les Hautes- Alpes. Le roi catholique s'engageait à secourir les Cantons de toutes ses forces dans une guerre religieuse; et dans une lutte ordinaire, à leur envoyer, à leur choix, ou 2,000 arquebusiers et 200 chevaux^ ou
* Sillcry fit vainement tous ses eflbrts poar détourner Friboorg de Talliance espagnole. « La vraie pierre de toache des conseils qai vous sont donnés , dit-il , c*est d'éprouver s'ils tendent à runion de vous tons. RffneUec-vous devant les jeux tv«c combieii peo de cboee vos prédécesieurs ont élevé cette puissante république, principalement par la concorde , qui vous a rendus invincibles. Vous voilà respeclez et redoutes. Mais une fois divisez , vous n'avez si petit voisin qui n'en hausse le cœur et n'essaye de s'avantager de vous. • Vérités vielles et toujours nouvelles. SiUcry ajouta , quant à la France : • S'il plaiaaii à Dieu vous cbMâer ti rudement que le roi succombât, vous perdriez par la dissipation de ce bel état le principal appui que puissiez avoir et donneriex l'entrée à ccni qui épient l'occasion d'entamer votre prospérité. •
^ Par divisions se accédant de deux en deux jours. L'artillerie , dans des ballots , devait précéder ou suivre les divisions. ylH, 4.
L1VRB X. CHAP. IV. 235
1 0,000 couronnes par mois. Aucune mendoo des Coo* fédérés ^
Tandis que les plus anciens Gantons sacrifiaient ainsi la nationalité suisse à la politique étrangère, et qu'ils ouvraient à la puissante maison d'Autriche toutes les portes des Alpes , les Cantons évangéliques se jetaient dans des voies opposées. Ik avaient commencé par essayer de rapprocher Henri III du roi de Navarre. En même temps qu'une ambassade des princes de TEmptre, Béat de MuUinen s'était rendu à Paris ^. Les Germains s'exprimèrent avec une rudesse qui blessa le roi, le Suisse avec une adresse insinuante. Il sut faire écouter des lettres dans lesquelles François P' exhortait ses compères à ne pas rompre la paix pour des différences de religion. Il arriva doucement à son but. Il plut, mais ne convainquit pas. Le guerrier, porteur de paroles de paix, eut moins de succès qu'un homme d'église, dont la voix appelait à la guerre les nations protestantes. Descendu de la chaire chrétienne à la vue des périls de ses frères, Bèze courait appelant de tous lieux du secours. Bien des années il avait travaillé sans succès à rapprocher les deux branches de la Réforme ^. Mais à cette heure, que les événemens prêtaient une force nouvelle à sa voijc, les Luthériens promirent l'assistance de leurs armes. L'espoir de Bèze était dans
* Domont, V, i, 459. — Stettler, ilà. — Ëin an Meyland bescbr. BerichL — SUdUns Zogergeflchichten.
' A la suite d'ane diète tenue à Aran , en février i5S6 , dans laqaelle Cressier, capitaine dans le régiment de Heidt, Kentenant des Cent- Saisses et secrétaire interprète , se présenta pour le roi. llallioen eut audience lo 6 maL StetiUr, — Dt Tkau» — Etmmg, À^cheide,
* Un coUoqoe , à Montbélûrd (i5S0 ), loin de faire tomber les bar^ ricres qui séparaient les deux confessions, en avait é4evé de nouvelles.
Elisabeth d'Angleterre, Elle régnait avec gloire y disposait de grands trésors et commandait à des flottes superbes. Un moment la lutte des partis se personnifia dans celle de deux femmes; leurs destinées parurent se confondre dans celles de Marie d'Ecosse et de la fille d'Henri y III. Si Marie, nourrie dans la foi romaine^ exaltée par le malheur^ et secrètement inspirée par Guise ^ Tavait emporté sur sa rivale, c'en était fait de la Réforme. Aussi la moitié de l'Europe vit-elle son salut dans la mort d'une reine , dont l'autre moitié porta le deuil avec larmes ^ Béze se tourna vers Elisabeth et fut écouté. Bientôt il revint d'Allemagne avec la nouvelle que, grâce aux subsides d'Angleterre, une armée formidable se préparait à marcher vers la France ?.
II trouva, à son retour, toute la Suisse réformée en mouvement^. Le château d'Aubonne, demeure digne d^un prince, appartenait à François de Lettes, fils d'un évéque de Bordeaux , qui avait embrassé la Réforme. Les gentilshommes du Pays-de-Vaud s'y rencontraient avec François de Châtillon, fils du grand Coligny , le brave Lanoue, les sires de Clervaut et de la Violette ^^
« Février 1587.
^ Histoire des églises réformées, 1586. — Stettler.
' Les magistrats de Berne , an milieu de tant de signes de la chale de la Confédération, mettant leur confiance dans le pays, convoquèrent devant le grand conseil deux députés de chaque paroisse, leur dirent les intrigues du pape, les alliances des sept, et les exhortèrent à se tenir fortement attachés à la religion et à la patrie. Les députés retournèrent dans leurs foyers, animés de sentimens qui rappelaient les Ages héroiqaes de Berne. Manuel du C<m$eil, diS. — StetiUr, — De TilUer»
* Joseph Duchesne, médecin de Henri IV et auteur de Gamier de Stanfacher, tragédie. Le sire de R^anx , Gbandiev, Dufretne vinrent ensuite plaider la cause du roi de Navarre.
envoyés du roi de Navarre. 11$ les entendaient raconter les gentils propos du Béarnais, ses beaux faits d'armes et les exploits de Lesdiguiéres. A ces récits, les deux frères Priam et Guillaume de Yillermin, l'un seigneur de Monnaz, l'autre baron de Montricher, tous deux sans expérience des armes , François de Martines , le sire de Cugy, qui avait partagé avec Lesdiguières la gloire de plus d'une action, offrirent leurs épées , et coururent aux armes, comme on court à une fête. Jean Simonin, du Montbelliard, les joignit avec des levées faites au pied du Jura. On se trouva 4,000, dont le sire d'Aubonne prit le commandement. On s'avança sans précaution, sans idée de la guerre. Le 1 6 août, officiers et soldats étaient répandus en désordre dans les environs de Montélimart , ne songeant qu'à se garantir de l'excès de la chaleur, quand les sires de la Valette et d'Ornano les attaquèrent ^ A peine en ëchappa-t-il cent , qui réussirent à atteindre le camp volant de Chàtillon. L'indiscipline et la mollesse avaient perdu l'entreprise ^.
Cependant Glervaut avait persuadé les villes suisses que, secrètement d'accord avec le roi de Navarre, Henri m n'attendait que l'arrivée de reitres pour s'affranchir du joug de la Ligue. La conduite d'un nouvel ambassadeur, Sillery, confirmait ces alléjgations ; car il ne s'opposait pas comme ses prédécesseurs aux levées des calvinistes. Alors des braves en grand nombre s'enrôlèrent, par amour les uns de la religion, les autres
« Près tfHorîage, le i6 août i»87. De Tbon dit le 19, ^ Léo. — Levade, dictionnaire da G. de Vand. — Stettler. — De Thou. — D'Aobigné, lU, 54. — Histoire de Lesdiguières, par Vidal » 137. — Journal de Henri UI» U , SI. — Discours de la défaite des Suisses par Robelin. -- Davila, Vm» 474. — Gayet, 1. 55.
de la guerre et du pillage. Leurs capilaines ne crurent pas devoir prendre conseil des gouyeroemens. Krîeg de Bellikon réunit 3,600 boinmes dans le canton de Zurich. Bernard Tillmano, capitaine aux gardes du prince Casimir^ en rassembla 7,500 dans- celui de Berne. Toute la jetme noblesse prit service : Gabrid, Sébastien, et Jean^Jacques de IKessbach, Rodolphe et Nicolas de Mullinen, Peterman et Benoit d'Erlach, Volfgang et Barthélemi May, Rod. Tillier, Rod. Star- 1er ; les capitaines neuchfttelois Jouas Merveilleux et Louis Osterwald. Ulrich de BonsCetten reçut le com* mandement des enfans perdus. Rhyner de Baie forma un troisième régiment de 2,100 soldats de Glaris^ de Bàle et de Schaffhouse* Le corps entier^ fort de 1 3,0M hommes, se réunit le 1 0 juillet 1 587, sous les ordres de Clervaut, dans les environs de Mulhouse ^ .
La ville de Mulhouse, lorsque les Confédérés arrivèrent dans ses alentours, venait de perdre le repotdont l'alliance des Cantons Ta val t fait jouir de longues années^. Il avait suffi, pour la livrer à la discorde, d'une légère querelle , dont Tesprit de faction s'était emparé. Deux frères, Matthias et Jacques Fininguer, fils d un soldat enrichi dans les guerres d'Italie, en diffié* rend avec un de leurs combourgeois, l'avaient cité devant la justice d!un gentilhomme alsacien : il s'agiasaît d'un bien de la valeur de douze écus. Mulhouse leor avait défendu de recourir à des juges étrangers. Les Fininguer s'emportèrent, se firent des amit, levèrent la tète, et laissèrent entrevoir aux Cantons catholiques
* D'Âubîgné. — Steltler.
' Depois 1575 elle loi asniraît aussi des aTantages commerciaux et la participation au service mercenaire.
la possifaîlitë de ramener la ville alliée à raocienne foi. I:.e trésorier Bueler de Schwyz et le landamiBann Tanner d'Uri se rendirent à Mulhouse. Us demandèrent la convocation des bourgeois. Le Conseil, suirprisy la re* fusa, à moins d'être instruit de ce que voulaient les Ccmfédérës. Les Fininguer, qui, pleins d'une foUe confiance, insultaient leurs ennemis et provoquaient le peuple à rinsurrection , furent arrêtés. Les députés rentrerait en Suisse , pleins d'une^col^e qu'ik firent partager à leurs commettans. L'oecasion s'offrait de purger la Confédération d'un membre hérétique ; les sept Cantons et Âjqpenzell renvoyèrent à Mulhouse le parchemin de son alliance, après en avoir brisé le
sceau ^
Cependant, à la voix des Cantons évangéltques et de Glarisj, Mulhouse avait mis les Fininguer en liberté. Mais bientôt l'on apprit que les deux frères n'étaient, sortis de prison que pour y jeter lé magistrat. Ils avaient soulevé le peuple, renversé l'aristocratie et composé le gouvernement d'hommes nouveaux'. Us s'adressaient aux Cantons qui venaient de rejeter Mulhouse des alliances, pour obtenir qu'elle y fut de nouveau comprise. La réponse n'eût pas été douteuse, si les habitans eussent témoigné vouloir revenir au catholicisme^. On en délibérait chez le nonce, quand les villes s'armèrent d'une prompte résolution. Les magistrats renversés ayant requis leur assistance, elles
* Appenzell flottait entre les deoi camps. Les instroctions étant va* gnes» les dépotés les interprétaient selon leur passion. Gctie année ils se trouvaient être catholiques. ZêUwegMer,
' Le bourgmestre Ziegler avait été déposé, le chancelier Scbiilinger jeté dans les fers. On procédait contre de oomforeai accusés.
* Relation du nonce, dans anon. capitol. — Ranke, il, i5S.
n'hésitèrent pas. Deux mille soldats se remirent à Bàle. Louis d'Erlach y chargé de les commander, était de ces hommes qui savent au besoin exécuter ce qu'ils ordonnent. 11 avait cette élévation de caractère qui commande Tobéissance ^ Ni la nouvelle que 200 Impériaux s'étaient jetés dans Mulhouse , ni Toppositicm de la régence autrichienne d'Ensisheim ne l'arrêtèrent; il y allait de sa gloire et du salut de la patrie. Le 44 juin, au soir, il arrive, fait sauter une des portes de la ville ^9 ses troupes filent ; elles pénètrent dans plusieurs rues à la fois. « Paix ! paix ! crie d'Erlach, en poursuivant dans l'obscurité l'ennemi qui reculait; nous tous apportons la paix '• » Quand se leva le jour, la viUe, après une vive résistance, avait été prise d'assaut* La paix fut rétablie par la douceur. Mulhouse demeura l'alliée des Gantons réformés. Les catholiques persistèrent à la repousser des diètes générales^.
Passant près de ces murs, fumans encore, l'armée de
A Vsterl. SIg.
^ Celle de Bile. Un ingéniear français la fit santer par an pétard.
* Le capitaine de St -Georges, de Lausanne, fnt^dans ce moment tné à son côté par l'imprudence de son Talet La nuit était si noire que pi» d'an brave tomba frappé par les siens. Qoi n'arait pas ses Yétemeiis mouillés» tombait sous Tépée des Confédérés. V. Slg. — Kram$»
* Beschreîbnng der Gelegenbeiten der Stadt Mulh. ?on Moslin. — Zwinger, Wahre Bescbreibung , dans Lauffér, suppl. IL , — Von den Ursadien des Neidis , etc. von Basler. — Die burgerliche Unmhe in Mulh. ?on Kraas in den Beytrggen einer Baselschen hist Geselbehafl, i8S9. — Der Stadt kullhausen Gescbicbte von Mieg. — Schw. Bfnseam, 4794. — Stettler. — Alt. — Meyer's Scbw. Gescfa. 454. — • Leu. — Tcmpesti, plein d'erreurs relevées par Balthasar dans ses Belege lur Gesch. der Pipst Nunciatur, I, ut. Les Gantons catholiques demandent à Siidte du secours, eux, l'arsenal de l'Italie! Il tiendra prêts i 00, 000 écus. — Reeès de Baden et d'Ardu. Manuels des Conseils. — Mulhouse ne cessa de demtfider vainement sa réadmission dans le coips helvétique. Longtemps les bannis de 1587 l'inquiétèrent et oeevpèrent les diètes. SêgitUr.
Clervant chercha celle du prince Casimir^ que commandait un gentihonime prussien, le comte Fabien de Dohna. Elle ne tarda pas à la rencontrer. Chàtillon , ayant franchi le Dauphinë^ le Pays-de-Vaud^ Neuchàtel y Tévéché de Baie et la Haute-Bourgogne , les joignit arec lOOtf chevaux. Persuadés qu'ils marchaient pour le r(My les Suisses lui firent savoir qu'ils venaient le délivrer du joug des Guise. Quarante mille hommes , français, suisses, reltres et lansquenets, s'avancèrent lentement. L'armée avait reçu dans ses rangs Vécume des populations. Ses chefs manquaient d'autorité. Elle se répandit sur la France comme un torrent, semant le ravage et Teffiroi. Trop faible pour la conibattre, Guise la laissa pénétrer jusqu'au cœur du royaume. Ce fut ainsi que les étrangers arrivèrent sur les bords de la Loire^ oonfiansdans leur nombre, ivres le plus souvent, traînant un grand butin. Henri de Navarre y de son côté, gagna la bataille de Coutras. A la tète de sa petite armée de héros, il fit mordre la poussière à des milliers d'ennemis, à 300 gentilshommes et à Joyeuse qui les commandait. Puis il marcha gatment au-devant de ses alliés. L'Auvergne l'en séparait. Mais leurs chefs ne purent leur persuader de tourner le dos aux riches plaines de la Beauce, pour traverser une province des plus pauvres de France. Us continuèrent donc de s'avancer le long des bords enchanteurs de la Loire. Guise et le roi s'étaient placés de manière a couvrir Paris.
TeUa était la position des armées lorsque» une nuit, dea cavaliers rentrèrent dans le camp royal, racontant qu'ils avaient vu les Germains épars dans les campagnes, sans vedettes, mettant leur orgueil à ne pas tenir compte de leurs ennemis^ Guise fit aussitôt sénner le boute^'^selle, et tombant sur les reltres, qui dormaient