‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 5)Chapitre 27 sur 75 · UVRE X. CHAP. Y · texte numérisé non relu

UVRE X. CHAP. Y

quartier.» La petite troupe fait sa courte prière. « N'attendez-pas y s'écrie Conforgien^ que ces fanfarons vous assaillent. Osez attaquer. Avec la réserve, je vous por* terai secours au besoin. » Il dit ; eux s'élancent en avant. Trois quarts d'heure après, 350 Savoyards avaient mordu la poussière. Les Genevois rentrèrent dans la ville, amenant leur vendange, cent prisonniers, de belles armures et de nombreux manteaux écarlate richement brodés ' .

Peu après on reçut la nouvelle d'un secours considérable. Sancy, avec une somme empruntée des villes suisses, avait levé de nouveaux soldats. Bientôt arrivèrent trois compagnies d'Albanais, enrôlés sur les terres de Venise. Imbert de Diessbach , jeune et vaillant capitaine, les suivit avec un régiment bernois. Les villes suisses avaient compris que la cause de Henri IV était celle des libertés européennes et la leur. Arrivèrent encore 4500 fantassins et 300 chevaux, commandés par Guitry. C'était plus que n'eût demandé Genève : car il fallait entretenir cette armée ^. Cent mille écus, enlevés aux Espagnols dans la forêt de Rheinfelden , furent bientôt épuisés. Alors Sancy jeta sur le Chablais ses bataillons, semblables à ces nuées de sauterelles qui ne laissent derrière elles qu'un sol sans verdure. Tout fut enlevé. Puis, l'armée revint sur ses pas, emportant la richesse de la malheureuse province. Les Savoyards

« Picot, n , SS8. — Léti , IIL

* Stettler, 861. — Davila, XII, 498. —De Thon, XGIL — Négoc. de Sillery. — Spon. — Berne fit 26,000 cooronnes, en partie le prodoit de doDS volontaires. SieUler, m»$. 1591. — Les Vandois donnèrent S^ florins par foceagpe, « ie riche portant le panvre. • Lesdignières, en ce ^méme temps, passait les Alpes et entrait en Savoye. Fie par Vidal, L IF, e. 1. — Guichenon, II. — Léti, IIL — Salaces, II, 425.

ayanl tenté, prés de Monthoux, de reconquérir les dépouilles de leurs campagnes, furent rudement repoussés. Âpres avoir gorgé ses bandes de butin, Sancy prit, comme une première fois, le chemin de la France.

Les Genevois le virent s'éloigner sans r^ret. A la vérité, il avait mis fin à la guerre , mais en ruinant les provinces d'où leur venait l'aliment. Pendant plusieurs années, ce jardin, le plus beau de l'Europe, offrit Ti* mage d'un désert. Les deux partis, épuisés, laissèrent tomber les armes ^ . Les victoires de Genève avaient emporté ses dernières ressources. Quelques mille écus^ don de Zurich , avaient disparu bientôt. La vaisselle des citoyens, les joyaux des dames, les impôts^ les emprunts forcés avaient été loin de suffire^. Dans sa détresse, Genève envoya quêter chez ses frères, proiestans comme elle. Lect se rendit en Angleterre et vit la gloire d'Elisabeth, u Croyez^ lui dit Tillustre reine, que si le pied de Tennemi n'a pas touché le sol de notre royaume, nous ne Tattribuons pas à notre sagesse. Nous autres femmes n'avons qu'une demi-cervelle. L'honneur en est à Dieu. Collectez donc, pour Tamour de Dieu, en faveur des fidèles de Genève. » Lect rei^t

* Par moinens, ils reprirent les armes. Les Genevois parcoanlent le Cbablais. D'Hermance. en bravant les murs de Genève, les forçait bientôt à revenir spr lears pas. 11 fui pris dans une écbauCTourée. Berne vonlall U tête de celui qu'elle accusait d'avoir ourdi la conspiration de Lausanne. Genève préféra recevoir 8,000 écus pour sa rançon.

^ Picot. 260,000 florins étaient dus à des étrangers. Les cilOjFCns , dans leurs voyages, se voyaient^arrdlés par des créanciers- J^ L. UMêî^ mu^ Berne cautionna Genève pour i9,000 écus. P9yem6 voulait le faire pour 20,000; mais t pour ne paraître orgueilleuse à aea seignours, ai elle faisait plus qu'eun, elle se borna à 12,000, et ajouta qu'die était prête à faire les 8,000 restant. • Docëmem, 190. -^Bèxe avait donné iO écus ; il n'en possédait pas 200. Grenu.

LIVBE X. GHAP. Y. . 283

des Ângiitis 1 i ,000 florins d'AUeoiagne' . Les Hollandais lui en donnèrent 1 4,000 pour rétablir Tëcole de Cal*^ vin , dispersée par la guerre^. Roset reçut quelque argent des Tilles allemandes ^. La richesse du roi de France consistait en bonnes paroles; il les prodigua^, cr Je n'oublierai jamais ce que vous avez fait, dit«il à Chevalier, envoyé de la république ; toujours je serai votre ami et celui de M. de Bèze. Dites^luî qu'il prie pour moi. Le jour viendra où je pourrai m'acquitter des 360,000 francs que je vous dois ; en attendant, les églises feront quelque chose. La conservation de Ge^ nève m'est aussi chère que celle de ma couronne. » Chevalier reçut de gratides sommes de la charité des églises françaises^. Pendant ce temps, les flammes de la guerre achevaient de s'éteindre autour de Genève. Des négoeiacîons de paix avaient été entamées à Saint* Maurice^ en présence d'envoyés de Zurich et de Berne. Elles furent continuées à Arau^ à Baden, devant les

* On ne pouvait , dîsail-oii, payer les professenrs. Deux ans B^ïzc fui, lai seul , racadémic de Genève» Puis Chandieu , pour qui la noblesse consiéUiUft ne eraindre que Diea et & lui consacrer sa vie. avait Joint 80Q eoaéigqeineoi è celui de son ami. Tous deux servaient gratoitcmeut

^ € Et déclarèrent publiquement les républiques de Hollande vouloir accueillir les docteurs sorUs de l'école de Genève avec plus de distinction qœ les élËvea d'aacone oniversité, parce qu'elles considéraient celte ville comme snrpoasanl (ou (es celles de la chrétienté en science et en constance de foi. •

' La cour de Saxe allégua, comme empêchement à ce qu'elle secourût Genève , sa parenté avec la maison de Savoie.

* Lie pourpoint du roi dénonçait sa pauvreté. « Vous voyex que mes gentiisboounee n'ont pas de quoi vivre, • dit-il à Chevalier.

^ La collecte se fit jusqu'en Transylvanie. — Senebier, l, 278, 322. — Lect, viu Ghaudei. •— Éloges de Teissier, IL 157, 425. — Vie de Du^ plcssis, I, 108. — De Thou. — Grenu. — Spon. Preuves, a* 67.

284 HISTOIEB DE LA 8U1S6B.

Cantons, puis reprises à Pontarlier, à la soUicilatkm de Nicolas de Watteville, envoyé du duc de Savoie. On convint d'une trêve ^ dictée par les victoires deHenrilV. Alors tous les yeux se fixèrent sur les champs de France^ théâtre de combats que la poésie et l'histoire ont immortalisés. Ces batailles, auxquelles les Suisses eurent une grande part, n'ont pas moins occupé le siècle de Henri que celles de Napoléon le nôtre. De leurs chances dépendait le sort de Genève*

Henri lY avait vu la moitié de son armée rabandonner le jour qu'il avait pris le titre de roi de France. Au moment d'entrer dans Paris , il avait été contraint de se retirer devant Mayenne. Il dut s'affaiblir encore en envoyant d'Aumont et Longueville rallier les royalistes des provinces. Vischer et Hartmanis partirent avec ces généraux. Aregger et Gallati demeurèrent avec le roi. Ces deux régimens suisses formaient plus de la moitié de ses forces, qui s'élevaient à 7,000 I^mmes. Cherchant à s'appuyer, Henri recula jusqu'à la nmier. On voit sur une colline , à gauche de Dieppe , se dessiner le château d'Arqués et le bourg de même nom; tout autour la Béthune couvrait la plaine de marécages presque impraticables; Henri choisit ce mont pour s'y retrancher. La mer, derrière lui, tenait ouverte la voie des approvisionnemens et celle des secours qu il attendait d* Angleterre. Il s'entoura de fossés et de remparts, en ménageant des ouver«- Cures pour des ^orties de cavalerie. Tout s'achevait en hâte, lorsque Mayenne se montra à la tète de 30^000 hommes.

Le 21 septembre , les Suisses d' Areggér étaient ré-

« Ardu Turin. M. Geaev. XVU et XVUL

UTRB X« CHAP. y. 385

pandos mr le rempart, lorsqu*ils virent des lansquenets, leurs chapeaux à la pointe de leurs piques, s'avancer jusque sous les retranchemens. On savait, chez le roi, que des Allemands, envoyés à son secours, avaient été enveloppés par les ligueurs , et s*étalent dérobés à la captivité en prenant service dans leurs rangs. On avait appris qu^ils se plaignaient de ne point recevoir de solde. On crut les voir, échappés à Tennemi, accourir sous les drapeaux de leurs coreligionnaires. Aregger les reçut sans défiance. Ses soldats leur présentèrent la main pour les aider à passer dessus les tranchées. Mais les lansquenets ne furent pas plus tôt dans le camp que, tournant leurs piques , ils tombèrent avec fureur sur ceux qui les y avaient introduits. Biron , qui commandait les Suisses , fîit , des premiers , renversé de cheval. Dans le même temps un corps espagnol fondit sur l'artillerie, que couvrait Gallati. Le roi crut tout perdu. Il courut , avec le courage du désespoir , au plus fort de la mêlée, c^ Mon compère, cria-t-il à Gallati, je viens mourir ou acquérir de l'honneur avec vous. » Ces paroles enflammèrent les Suisses. Les premiers ils se jetèrent sur les pas de Henri. Les Français les suivirent. La charge fut si terrible qu'elle décida la victoire. Aregger et ses Soleurois réparèrent , de leur côté , un moment d'erreur par une héroïque résistance. Leurs bonnes piques et les arquebuses françaises s'accordèrent pour tirer vengeance des lansquenets. Ce ne fut bientôt plus, sur tous les points, qu'une fuite précipitée. Henri IV venait de franchir encore un des degrés qui Tout conduit au trône ^

> Dayila X, 605. — De Thoo, XGVll. — Sismondi. XXI, 15. — Vitet, Histoire de Dieppe. — Zorlaaben, V, à^9. — May, Hist milit des Suisses, V, 517. — Journal de Greder mss. — Legraîn, Vie cl

286 HISTOIRE 0E LA SOISSE.

Après la batâîUe^ une flotte débaitfuâ 5^000 hommes , qu envoyait à Henri ta bonne serar , ÉUsàbedi d'Angleterre. D'Aumont et de Longueville le rejmgiH* rent. Comptant 24,000 hommes sons ses drapeant, il se Tit en ëtat de tenir h eampagne. Pour XiOUTre, sa tente. Ni hommages , ni impôts. Aux yeux au peuple, il était toujours le Béat*iidis. ATétranger, Ua états protestans seuls TaTaieM reconnu. Telle était sa fortune, lorsque Gréder et Baeldi ^ , qQ'il atftit mvoyés en Suisse plaider sa cause , arrivèrent avec la nouvelle que Soleure et Claris le saluaient roi de France. L'armée Tapprit avec des transports de joie. Venise, après ces Cantons, fut la première à reconnallre Heiiri IV; une génération jeune et hardie tenait de triompher dans Ses conseils d'une majorité courhéê sous l'Espagne. Dans les Cantons primitifs de la Suisse, les esprits s'étaient divisés^. Dés grandes familles, les unes avaient pris parti pour le roi, les auti^ poinr h Ligue. Lussy, de retour de Madrid, ou il avait été jurer la nouvelle alliance avec Philippe II , et de Saint* Jacques de Gallice, où il avait été, à pied, fléchir les genoux , était rentré dans ses foyers plus espagnol que jamais'. Pfyflfer avait répondu de grand coeur à la de-

gestes de Henri-leGrand, V, 105. — De Serres, Inventaire de lliisL de France, V. 19. — D*Aiibigné. -* Sally, Mémoires. — Mémoires de la ligne.

' Us firent chemin avec De Thon, Jomnal de Gteéef* Tkma^9sde9iU $M, L tV.

^ La noblesse et le magistrat étaient, en général, pour le rois les confréries pour la Ligne, t Anssî Pfyifer se Wt-tï obHgé de nommer desea* pitaines de basse extraction. » ProtocoUê de Lmceme, n* 47. — SiiUry. ^ Zuriauben, F, 408 « 4^0.

' Lassy, Leben , dans l'Helvetia. • H fut accneilli en prince, défraiTé par le roi , et reçut de loi un cheval magnifique. >

Page 1