LIVRE X. GHAP. U
teau de Saint-Ange, i^e palais, qu'on leur avail préparé^ était tendu des plus riches tapisseries. La soie y flottait autour des lits les plus mous. La caye et la cuisine avaient été pourvues abondamment. Des serviteurs nombreux se tenaient prêts à obéir au moindre signe. Le consistoire s'assembla ^ : ni Tambassade de France^ ni celle de l'Empereur n'avaient reçu les honneurs réservés aux envoyés des Cantons. Les plus nobles romains les allèrent chercher à la tète de mille chevaux. Fleckenstein s'avança, l'ambassadeur de France à sa gauche; il baisa le pied du Pontife, qui lui rendit le baiser sur les deux joues; puis un orateur romain^ parla pour les Confédérés. Il commença par louer la miséricorde divine, d'avoir donné pour dbef à l'Église celui qu'aucun ne surpassait en zélé contre l'hérésie. Il montra la nouvelle de cette élection enflammant les cœurs du peuple qui, dès les jours de César, passait pour être de tous le plus vaillant. (( Intrépide défenseur de sa foi non moins que de sa liberté , il l'a fait voir, dit-il, lorsque des monstres ont tenté de lui en ravir le trésor. U s'est levé; et dans deux bataiUes^ ces deux vieillards en étaient ^, ils ont, quoique en petit nombre , dispersé de grandes armées. Us sont ces Helvétiens ^ ces Rhé tiens, dont la pieuse fermeté vient d'arrêter à Locarno la peste qui menaçait d'envahir toute l'Italie. Ce n'est pas d'hier, au reste, que datent leurs mérites envers le Saint-Siège. On croyait Rome perdue lorsqu'ils l'arrachèrent à la gorge du dragon sarrazin ^.
* Leià mars.
' Oampaooa. D A^exprima en langne latine.
* Fleckenstein et Béroldingen.
* Allusion inné légende. — F. Wvmetn, de colonia Soevorum in Helvetià dedactft. Upsalic, .iS27 ; commenté dans le Gêêchiehtfbrêckep ,
f 0 HISTOIRE DE LA «U1*SS£.
Il n'est doBc pas surprenant qae TÉgliie le nomme k rempart de ses libertés saintes. Il ne l'est pas qa ik aient tressailli de joie, en apprenant l'exaltation d'un honune de hante origine, doué d'une douceur, d'une sagesse et d'une éloquence admirables. Age de gloire I bonté incomparable de Dieu! Déjà il a été donné à ▼otre sainteté de Toir la noble Angleterre rentrer hu-* mîliée dans ce sein, qui est celui du Très^Hant. Le jour approche où vous verrez aussi les Helvétiens revenir tous à la vraie foi; que dis-je! où nous verrons tous les impies se convertir à la gloire de votre vertu. C'est ce qu'attendent les représentans des sept cantone fidèles de la Suisse. Les voilà qui baisent à gjenoux vos pieds sacrés. Ils vous offrent kurs vies et ceEes de leurs enfans. Leur vœu le plus dier est de partager U fortune, bonne ou mauvaise, de l'Église romaine. Ils mettent leur félicité à recevoir de vos lèvres l'assurance que vous ne rejetez point leur hommage» » Le pape répondit par la bouche de messir Gian-Francesca : u Nation pieuse et brave I ce n'est point dans les plis seuls de vos drapeaux que flotte la croix de Jésus^ Christ ; je la vois en traits bien plus ineffaçables gravée dans vos cœurs. Vous méritez mieux que le nom de défenseurs de la foi. Vous êtes l'avant-garde de l'Église, et, dans le ciel, vous brillerez au phis prés de k Ma-
VIII , 805. — Selon Fasbind se voyaient encore , à la fin du siècle passé, à Scbwyz el dans ronterwalden deux banniëres, dont l'anepor* lait : « Anno a nativitate Christi 898, populas de Unterwalden (?) sub Anastasio papft (?) pro cbristianA fide in urbe Roma féliciter pugnans, in «gnum vîctorie ac praerniam virtutis hmc armorum insignia obtimiit. » -* Sur l'autre bannière on lisait : * En 8S9, j*ai été portée devant Rome, sott» le comte Guido Posterb, par ceux de Schwyx, qui ont sauvé Romo des Sarrasins, t
CITRB X. CHAP. I. M
jesié dÎTine. La converaion de ceux d*«itre vous qui se sont égarés est le plus ardent de mes vasax. Fils chéris de l'Église, notre sainte mère, recevez le baiser de la paix éternelle et Tassuranee de notre appui. »
Le séjour des ambassadeurs à Rome se prolongea près de sept m(»s ^ Ils partirent chevaliers et couverts de diaines d'or. Un bref, qui les atteignit en ckemiii, les toua de ce qu'ils avaient fait et de ce qaih aHaient accomplir ^. Une trêve venait d'être condue à Vau*^ celles', entre le roi de France et VEmpereur. Les ambassadeurs gravirent le Saint - Gothard avec les troupes suisses, qui avaient servi dans le Piémont et que le roi venait de licencier. Frœlich , le chef de ces mercenairea, chevauchait en prince, suivi de soixante chevaux, et de valets nombreux vêtus uniformément. Il portait sur sa personne une valeur de mille écus en chatoes d'or et en vêtemens. Ses soldats mendiaient , comme d'ordinaire^. Le retour de l'ambassade répan-^ dit la joie dans les Cantons catholiques , l'inquiétude ehez les Réformés. Tantôt, à en croire les bruit» qui coururent, les semaines paasées à Rome avaieirt été employées à solliciter pour le prévôt de Luceme le droit de consacrer les cloches ^. Les députés devaient avoir
* La veille de Pàqoes, Fleckenstein porla les palmes devant le Poo- Ufe ; les autres dépalés tinrent le baldaquin.
' Bref da i8 février. J, Lweern^
* Le 5 février 1556.
* L'6toiTe la pins commune dont se composait le vêtement de ses 1a^ quais était le damas. ReuchUn au Conseil de Zurich, 12 mai 1556; dam Mejrer, II, lii. — • Nostri milites rediere , et capitaneus eques non sine scandalo civitatem ingressus est ob superbiani plus quam moabiticam. • Sulzerà BulUnger, C. •$. — Hallcr*s Chronik, 1555.
* Ce pouvoir lui fut accordé; mais non la demande qu*il n'eût plus besoin de la confirmation de Rome. Helvetia, 1831 ; page 491.
aussi doxia&dé la fondation d'un séminaire à Luceme j pour n'être pas obligés d'envoyer leurs clercs étudier à Zurich ^ . Tantôt il était vaguement question de levées de troupes. Les chefs des cinq Cantons ayant répandu malicieusement le bruit que le pape avait réconcilié ks deux monarques, les villes ne doutèrent plus que^ comme après la paix de Crespy, les rois ne se fussentaccordés pour se tourner contre la Réforme. L'angoisse était grande. Quelle ne fut pas la surprise, lorsqu'on apprit que c'était contre Philippe II que le pape avait demandé des soldats ^!
Deux hommes habitaient dans Paul IV. Les pensées du prêtre ne s'accordaient pas toujours avec celles du gentilhomme italien, d'une famille attachée au parti français. Alors qu'il était encore cardinal, on avait entendu Garafia , tout en buvant son vin noir de Naples^, maudire les Espagnols et les nommer une race de Juifs et de Maures. Pontife, ses premiers mouvemens furent donnés à sa haine. 11 ranima le feu mourant de la guerre. Les Guise et les Caraffa relevèrent en Italie le parti français. Le pape comptait sur les Turcs , qu'il aviit invités à attaquer les Deux-Siciles ; sur les soldats
* « Ils en revenaient hérétiques. Les riches, qui seuls pouvaient envoyer leurs ûls à des universités éloignées , ne les vouaient pas à la prêtrise. • Le pape leur répondit : « Nous ferons mieux encore ; nous établirons à Rome un séminaire , oà vingt écoliers suisses pourront étudier gratuitement • Archive» d'AppenzelL
* Mejer, die Gemeinde von Locarno , II, 75. — Meyer von Knonao, Gesch. des Schw. Eidgenossenschaft, 1 , 429. — Recès de Luceme. — Fasbind , Gesch. von Schwyz, IV, 385. — Leu, articles Riverta, Florin, etc. — Documens sur cette ambassade rassemblés par Bullînger , dans la G. S. — Hottinger, Uist. eccles. III, SSO.
* Ranke.
XIVRB X. CHAP. 1. 13
prote8tan8> dont il s'était entouré ^; mais , avant tout^' sur les Suisses^ qu'il n^avait pas nommés sans cause Tavant-garde de TÉglise^. Tandis que le duo d'Âlbe,. contraint à marcher contre le Saint-Siège, hésitait, s'arrêtait à chaque pas, combattait en adorant ^ les agens de Rome et ceux de la France appelaient à l'envi sous les drapeaux les soldats des Gantons.
Les mercenaires du roi furent promptement sur pied. Six mille hommes, sous Frœlich, et quatre mille- Grisons ne tardèrent pas à passer les Alpes et à se jeter, avec Guise, dans le royaume de Naples^. Il fallut plus de temps aux envoyés de Rome ^ pour faire leurs levées. A Lucerne, ils se prirent de querelle avec les pensionnaires de la France, qui leur firent refuser l'enrôlement. Lussy leur vint en aide dans les petits Cantons. Guerre, affaires. Tardent jeune homme avait soif de tout connaître. Interprète à Locamo, chancelier dans l'Unterwald, soldat dans la dernière campagne de Picardie , ambassadeur à Rome , il avait au, dans de nouvelles circonstances, se rendre nécessaire au nonce et se faire donner une compagnie. Ge-
^ Levés par Strozzi.
* « Ce sont gens qae Ton requiert dès que la guerre devient sérieuse (wannesgiU). •
* Alt, \in , iSO. — Les deux régimens Ftielich et A Pro servirent d'ab(»d en Piémont. A Pro resta au sî^e de Goni et d'autres places. — Hy avait des Suisses dans les deux camps. ZeUvœguer'i Gesehickte von AppeniêU,UI , Ht.
' ^ Riverta et Gaspard de Sillinen. Hs se plaignaient de magistrats lucer- Dois qui , dans les mes « tonnaient contre le pape, « Parlez-vous de moi , leur cria Tavoyer Rltter ; parlez-vous du colonel Frœlich ou de moi? — Aucunement. — Mommez-donc ceux que vous accusez; nous les punirons. • Us n'osèrent Le Conseil interdit les levées , • vu la difîGcnlté des temps. • ^SteUler, U, 19&. — Helvetîa, iSSS, S«7. — Faaknnd. IV, 5S7.
14 HISTOIRB DE LA 8UtSSE.
pendant une voix secrète l'arrêtait : sa consctence avait des doutes sur la légitimité des guerres n^rce* naires. Il alla consulter Scheuber^ dans l'espérance que le pieux ermite n'enveloppait pas une prise d'armes ordonnée par le pape dans la condamnation des services étrangers. Il reçut pour réponse : « Le pontife regrettera d'avoir versé l'or de l'Église pour une querelle où rengagent les vains intérêts de la terre. Pour vous, quel que soit mon conseil ^ vous partirez ; mais vous serex trompé dans votre attente. » Lussy se mit en marche avec 3^000 combattants. A Chiavemia, ses compagnons d'armes l'élurent leur chef ^ Le pape, qui les attendait avec impatience^ les salua la légion des anges, la sainte armée du Christ. Dans sa joie ^ il leur prodigua les ordres de chevalerie et les chaînes d'or^* Puis il les envoya défendre Paliano, menacée par Colonna. Suisses et lansquenets en vinrent encore aux mains y sur le sol de l'Italie , dans une querelle étran-gère y avec le même courage qu'ils eussent mis à défendre leurs foyers. Les Suisses, commandés par le cardinal Caraffa , s'avancèrent du pas dont ils avaient coutume de chercher la bataille ^. Ils avaient laissé bien loin derrière eux les Italiens et les Français', qui formaient le reste de l'armée, lorsqu'ils se virent enveloppés. Leur défense fut digne d'eux. Un lansquenet, un géant, le pistolet d'une main, l'épée de l'autre, s'étant précipité sur un porte-enseigne, qui faisait flotter sur ses compagnons d'armes les plis de son drapeau, le tua d'un double coup. Toute la colère des
' Les voix se partagèrent entre SilUnen et lui. * Ibidem. •>- Ranke, II, 279.
> Le 18 Juillet 1557.
Suisses se porta sur lui. Mais à leur tour les lansquenets s'ayancéreat ; les Ck)nfédérés furent rompus. Leurs drapeaux^ sur lesquels on lisait : « Défenseurs du saint Siège et de la foi^ » tombèrent presque tous dans la poussière ^ De onze capitaines^ neuf gisaient parmi les morts. LttSSf fit sonner la retraite. Il rentra dans Rome, pensant à Scheuber. L'on assure qu à cette même heure l'ermite expirait, en disant : «r Voici le moment funeste pour nos gens à Rome, i» La paix^ rendit aux Gantons les hommes que le fer avait épargnés. Lorsqu'il vit leur petit nombre , le peuple fut transporté de fureur. A Stanz, les veuves de ceux qui avaient succombé se jetèrent sur la place publique et demandèrent compte à Lussy du sang de leurs époux ; il eut peine à leur échapper. A Zoug, on se vengea par des chansons. A Schwyz y trente membres du C<mseil furent privés de leurs charges; mais l'année suivante, ils furent réintégrés à la prière des Consdis des états voisins. Les gouvernemens , que l'curage avait failli renv^^ser tous , s'étaient hâtés de se porter un mutuel secours K Les villes réformées contemplaient avec surprise ces mouvemens divers lorsqu'un coup soudain les replongea dans toutes leurs craintes. Paidant que la guerre se poursuivait en Italie , les armées de Philippe II et de Marie d'Angleterre gagnaient la bataille de Saint- Quentin ^. Telle fut la perte des Français , qu'on crut
* Cdbren, m, 189.
* Lei5 8epteiiibiei557.
* Stadlio , Gfsch, von Zog, IV» 405. •— Fari>md, IV, IS9. — Baltfaazar's Laceraer Gbronik , mss. — Uri et Unterwalden portèrent en dièle leor décoons^ment et offrirent anx Confédérés, de « renoncer aax eer- ▼ices éinngers ponr ne songer pins qn'à la patrie. • Btcéê,
* U iO août 1667.
Toir Paris tomber aux mains du vainqueur. L'honneur de cette grande journée avait été pour le fils de Charles lU de Savoie^ pour Emmanuel - Philibert ^ qu elle plaçait au rang de premier capitaine du siècle. Elle obligeait Philippe II à lui faire restituer l'héritage de ses pères, ^ix jours ne s'étaient pas écoulés depuis la bataille, que des proclamations appelaient la Savoie à secouer le joug de la France ^ . Bientôt 1 2,000 lansquenets^, sous les ordres du baron de Polvilliers, franchirent la Haute-Bourgogne, sans se mettre en peine des traités qui déclaraient neutre cette province \ et s'avancèrent sur la Bresse. Des gentilshommes savoisiens et vaudois guidaient leurs pas^. La Guiche, qui commandait en Bresse, n'avait à leur opposer qu'une compagnie d'arquebusiers à cheval , huit enseignes de Suisses et sept de Gascons. Berne , Fribourg, Soleure se hâtèrent d'appeler leurs milices sous les armes. Genève s'agenouilla devant Dieu, et se releva prête à mourir pour la religion et la liberté^. Cependant les troupes des Cantons n'étaient pas réunies, que de meilleures nouvelles arrivèrent. Les Suisses de la Guiche avaient fait dans Bourg une défense héroïque. On les avait vus, avec une rare audace, prendre la
* Lettres du 16 août — Dans les arcfahes de Simancas , B. 9, la oorrespondanoe de l'Empereur, de Philippe et d'Emmanuel Philibert à celte époque.
^ D'autres disent 8,000 ; les archives de Berne ( Deutsche missiven ) 11,500; la Téméraire entreprinse, i4,000.
* L'alliance héréditaire venait d'être renouvelée en 1557.
* « Les gentilshommes vaudois courent à leur ancien maître. » DecfjeAé Miêiiven»
> Genève donna l'habitation ou la bourgeoisie à 200 Fonçais , 50 Anglais . 50 Italiens ou Espagnols. Elle invita à se retirer qui le voudcait ; personne ne le fit Le bastion du Pin fut construit alors.
place des chevaux pour traîner rartiUerie contre l'ennemi , chasser les lansquenets loin des murs , et vou- Ioir> eux seuls , se charger de la rejeter hors de la province. Sur ces entrefaites , Guise accourut du fond de ritalie à marches précipitées. Polvilliers se reploya ^
L'armée de Guise était petite ; mais à sa voix , à cell(^ du roi dans le malheur , de nouveaux régimens suisses accoururent en hâte. Jamais la France , dans ses revers , n'a compté vainement sur les Gantons ^. Guise avait sous ses ordres le régiment Frœlich; l*avoyèr Ritter, de Lucerne, lui amena 4,000 hommes^/ Jost Tschoudi^ 8,000, et Rodolphe de Schauenstein 3,000 Rfaétiens. Dès qu'il se vit entouré de braves en si grand nombre, Guise osa songer à Toffensive. La prise de Calais consola la France et la vengea ^. Le succès , Tépuisement , la lassitude , amenèrent la paix de Ca-^ teau-Cambrésis. Le roi de France donnait à Philippe II
* • Pleins de cœar et comme bons Français , les Suisses voulurent servir de chevaux pour traîner rartiUerie, et voulaient aller coml>attre, ce dont on ne fut d'avis. • Diicoun de la téméraire entreprise faite contt*e (a nobU couronne de France, par E» Philibert de Savoie , dans les Archi" Vêt cwrieueee de MM. Glmber et Danjou. Les noms des capitaines suisses sont étrangement défigurés dans cette relation. On lit : Christophe de Diespa , Rod. Roulbert , Homiron Joannës , Chrisostôme Bonfnlhom , Jacob Batzberlingen, etc.
> Je n'excepte que le cas où la France a eu des revers après avoir rompu l'équilibre européen.
* De Thou. II, 517, dit : 0,000 Suisses sous Riedt.
* Frère de l'historien. Sehuler GeeehithtevonCrUirus, S 10. — En 1558, Saint-Laurent obtint encore deux régimens, dont l'un, soosTainmann, servit en Kcardie ; l'autre , sous A Pro , en Piémont. Les cinq régimens forent licenciés à la paix. — May, \, 215. — Rabutin. — De Thou.
* Le 5 avril 1559. — - Flassan. II, 41. — De Thou, livre XXII. — Paolo, Y. --» Dumont, Y, p. I, p. 592. — Dans l'article secret les mo^ narqaes se promettaient « de tur prendre les hérétiques pour IM mieux exterminer. •
XII, a
48 lU^TOJIK PK tK 9iJI$SE.
la ipaio d'Elisabeth 9 sa fille ^ et celle de sa soBvr^ Marguerite, au duc de Savoie* Le rtinqueur de Saint'^QueDtÎQ recouvrait $011 patrimoine. Par un ar* ticle secret^ les monarques se promettaient d'extirper rhéré$ie« Paul IY> revenu à la grande pensée de sa vie^ s^unii à eux pour organiser Finquiaition «1 France, en Ecosse 5 et dan$ les Pays-Bas > comme elle Tétait en Espagne ^ . Lea villes suisses se recueillirent ^ comme à la veille d'un orage prochain.
Cette fois encore^ le roi de France voulut avcnr Vhenneur d^étre le premier à remplir ses engage* lMns^«I)éjà des ordres étaient partis ', de traiter les vallées vaudoîses d' Angrogne ^ de La Tour et de Bohy, comme Cabriéres et MérindoK Une ambassade des viUes suissiB^ était allée intercéder auprès du roi. C tétait avant Saint^Quentin ; Henri 11 ne croyait pas en ee mooieni avoir besoin des Confédérés. Les ambassadeurs furent oubliés dans leur hôtellerie , et mal nourris ^ à leurs frais ^. Cependant le roi , voulant réparer cet affront, leur donna une audience pompeuse. Il les reçut la tête découverte , leur toucha la main à tous , parut écouter It discours allemand du chancelier Eseher , chef de Tambassade K Mais sa réponse à leur
*• Paolo V, 4i7. — Raynaldi ami. 1569. La fête deSt Domîoiqae fut rétablie. Tom« le» stal»t3 d^^ l'Églifle contre l'hérésie f aient remis en viguear. Une médaille représenta le sooTeraia fwntife chassant lesdiangeurs da temple.
s Roiet» VI, 80. -^ Ru^^hat, VI, ^.
* \ftfE. la fin de novf mbre 154^
* lift imBOkl « se mettre à leur nénage. » Mms aossitAc le roi leur fit envoyer fkijH^ brebis » poissoiis , poules» pigeon» et six' bouteilles de vin k chacun. Neuêie Samimig vêrmiâchter Sehriflen. Zmrich, 1797, ///, S7i.
* Le r^i les {présenta «m daupUn : « Vo^ei ici vo» alliét, mon fil»» r^ardes-\es bien et faites leur connaissance. »
•oUicitatk» fut brève : k Je ne pense pas avoir donné Ken i mes sujets de rechercher l'appui de mes alliés ^ n Les députés rejetèrent les présens du roi\ Ils se hâtèrent de quitter une cour dont la folie et les mœurs étaient un scandale pour eux ^. De nouveaux sujets de douleur s'oflfrireht bientôt. Une église évangélique s'était formée à Paris. Depuis deux ans elle s'était cons^ tituée ^. Des ministres de Genève et de Lausanne distribuaient aux fidèles la cène et la parole de Dieu. L'assemblée se tenait dans la rue St. -Jacques^ derri^e la Sorbonne. Mais une fois ^ qu'ils se séparaioit en silence^ à minuit , les calvinistes se virent enve*loppés par la multitude. Le mot : «r Les Luidiériens ! » n'eut pas été plus tôt prononcé^ qu'ils furent assaillis d'une gréle de pierres. Les gentilshommes se firent jour l'épée à la main. La troupe plus timide des bour^ geois, des femmes^ des vieillards^ fut repoussée dans la maison; tous furent livrés aux flammes. Un cri de demi s'éleva dans toutes les églises protestantes^* Farel y Bèze ^ Budé^ Carmel coururent solliciter l'élec-
^ L'axrél qui oondantaait tei Vaodois lm\ oepeadant flospettéa. Hmi- Ui^g ChranUc. StettUr.
^ • Ils avaient va le daaphih embrasser publiquement une fille de diambre, et te cariai de Lorraine faire pis à «ne dame de la ^iour. • Âélé Ugaii&ni$ datt» la C« S. et dams fhtutê Sémtung, ete; — Bê^, Lêbên wm BuUmger, il, SS7,
^ En sepleoibre 49SS , cbex un gentilbomme du Maine, nommé La f^errîère, dans sa naison du Pré aux Clers. Ils élurent pour leur ministre na jeune bomoie d^Angers, nommé Larivi^, téoemment arrivé de Oenève. La promee les imita. Partout des mlnislfea envoyéa de Oenève on ds Paris. Béte{De9 G^^Utn), kigioiré deêÉgUm, 11, 90^
* Le ^ septembre 1557. Le peuple s'était assemblé k la voix d*mi prêtre qid les ^aft Cétak après & Quentin; on était aigris.
^ Hess, Leben ven Bnllinger, II, %M.^ Copia litteramn a fidelibus ad legatos Helvetîcos dictamm. Avh. BteL Zmric.^ Béte, U, ilS iiSO.
30 HiSTOUlB DE LA SUISSE.
teur palatin, puis tous les princes de l'empire, d*iii^ ter venir pour les pauvres persécutés de France ^ Les ambassadeurs des villes suisses reprirent le chemin de Paris. Ils y arrivèrent que la bataille de Saint-Quentin venait d'être perdue; l'orgueil de la cour était abattu; ils furent écoutés. L'ordre fut expédié de pro-céder avec douceur envers les calvinistes. Un grand nombre furent élargis^. Les restes de l'église de Paris se rallièrent à la voix de Desgalars, de Maccard et de Morel , ministres envoyés de Genève ^. Le pape accusa le roi de France de s'appuyer sur des secours infidèles plus que sur l'intercession du Saint-Siège et l'assistance du ciel.
Mais après la paix de Cateau-Cambrésis, les persécu-* tions recommencèrent. De sévères ordonnances furent rédigées. Le parlement, chargé de les enregistrer, ayant manifesté quelque résistance, le roi se rendit dans son sein. Un conseiller ^ prit la parole : « Que d'adul* 1èr e^, dit-il, que de blasphèmes, que de crimes dignes de mort -on laisse impunis, tandis qu'on invente tous les jours de nouveaux supplices contre des hommes sans crime! » La hardiesse de ce langage ne fit que
* Farei et Budé avaient été en Allemagne intercéder pour les Vaadoîs; ils y retournent. L'électeur palatin interviendra. Le duc de Wurteml^rg veut savoir quelle est la confession de foi des Français persécutés. Farel lui en présente une dans des termes vagues. Colère à Zurich. Le duc promet son, intercession. Fayi viia Betœ, — Lettres dans les m«f. de Gotha. — Schloêier'ê Beia, 70. — Ruchat, VI, 90. — Berne aui électeurs et princes d'Allemagne, 26 février 1598. Jreh, bern,
^ • On commence à procéder par élargissement » HalUr'i Ciirûtkik.
* Roset, VI, 10, 30. — Savion.
* Anne Du Bourg. Bèze, III, 821.— La Place, I. — Mémoires de Coodé, I. — «La religion qui se réveillait commençait à inspirer aux ftmts le langage de la liberté. • i#. de Sismonéù
provoquer- de nouvelles rigueurs. Celait peu toutefois que de couper quelques branches d'un arbre dont le CŒfur demeurait plein de vie; il fallait s'attaquer aux racines : c'était Calvin^ c'était Genève, qu'il fallait retrancher. Vingt-quatre imprimeurs répandaient de Genève leur venin sur toute l'Europe. Le pape, les rois, le duc de Savoie s'accordèrent sur la nécessité de réduire la ville, noqrrice. de l'hérésie ^ Henri II appela Venise et les cantons à une croisade^. Le pape écrivit aux rois ^ : « C'est dans son nid qu'il faut étou£Fer la couleuvre. L'argent vous manque-t-il? Le Saint- Siège vous autorise à lever, pour la guerre sainte , des décimes sur vos clergés. Le premier, j ai préparé ma gens-d'armerie et mis à part vingt mille écus. » Sur ces* entrefaites la terre trembla , le ciel se montra tout en feu. L'on vit, durant une nuit d'été > un météore lumineux appstraitre sur le Léman : on eût dit le lac et les airs la proie d'un vaste incendie. Au sein de ces clartés enflammées, on crut voir distinctement des cavaliers et^ des fantassins se heurter. Le peuple attendit de grande malheurs à la suite de ces messagers d'épouvante^.
* Roset, VI, 16.
* Lettre da 8 Juin 1560. Jrehipe$ royaUs à Tmin.
* Lettre da 15 jain. — Lettre de Charles Borromée à M. de Qolégna snr le sentiment de sa Sainteté à l'égard des subsides au doc Archivés royaUs de Turin,
* « Après minuit fut vu sur ces pays partir du ciel comme la grosseur d'une grande maison tonte ardente en feu , de manière que les gens demeurant sur le lac pensèrent voir la fin du monde et croyaient brû- 1er. Et quelque temps après il y eut des signes épouvantables contre le pays des Gantons, comme grande clarté de feu en plein minuit, et gens armés à cheval et h pied, combattant, et tremblemens de terre. • P. d^, Pierrefleitr.
Cepeodant Geskère ne se troubla pmnt ^ La foi la rendait forte ^. Chaque année quelques conspirations ; mais toutes elles ëdiouaient. Hors Dieu , Génère n'a^ Tait pas d'alliés. Qeme baissait Calvin. Elle redoutait son influence sur le clergé de ses pays romands. Elle n'avait pas vu sans inquiétude se renfermer dans Genève tout un peuple de réfugiés français^. Son mécontentement s'était accru lorsqu'elle avait vu pré*valoir dans cette ville tout ce qu'elle combattait sur son propre territoire : la démocratie^ le dogme de la prédestinati<m absolue et la discipline. Dans son irritation, elle ne se contenta pas de donner aux Libertins un asile ; elle leur prêta son appui ^. Une guerre de brigandage recommença autour des murs. Les querelles^ de limites et de juridictions se multiplièrent. L'exp(»rtation du blé, du bois fut défendue. On parla de nouveau des droits de la maison de Savoie, édras à Berne par la conquête. Genève, aux abois, exprimait-elle sa confiance en Dieu, Berne l'interprétait comme une nouvelle injure. L'alliance entre les deux villes ayant pris fin en 1 556, ne fut pas renouvelée. La
* » C'était David devant Goliath. AusBi chanta-t-on psaumes et caolîqoes pour être délivrés des médians. • — Boset, VL
* • Depuis l'expulsion des Libertins et la remise en vigueur des Édita (traduction législative des sermons), chacun, même les bjrpocrites , s'adonnait an service de Dieu. » Cependant , le 16 novembre 1556 • le peuple rejeta avec humeur un projet de discipline plus sévère.
* On venait encore de recevoir à la bourgeoisie Senebier, de Valeiioe ; Mallet, de Picardie; P. Prévost; Robert Etienne (gratis); Micheli» de Luques.
* Les députés de Genève furent obligés à parler, devant le Sénat , l'allemand qu'ils savaient I peine. RegUire$, « Le 18 aoftt 1557 Berne donna une sentenee en fisvear des Libertins fugitifs et condamna lot conseils, syndics et communauté de Genève & leur crier merci , et aux frais. • Bérengir, II, ii.
querelle devint si vive que kft Confédérés crurMt dé- Toir intervenir ' . Mais tout prit une face nouvelle tok*^ que Emmanuel Philibert rentra dans ses état$«
Les deux villes se hâtèrent de renouveler alliance. Par une modification des anciens traités > Berné con^ sentit à partager les frais de la guerre : du moins dans une juste cause^. La chute de Constance atait siverti les cantons de ne pas laisser des amis se changer en adversaires. Un homme essaya de les porter k Irece- Toir Genève dans leur confédération. Dès qu'il s'agis^sait de la patrie^ Tschoudi s'élevait par^^éssu^ les bar^ rières des partis religieux* Il montra Timportance pour la Suisse d'avoir pour alliées les villes , ses remparts naturels : Genève surtout^ la clef des cantons. Il dit avec quel empressement d'autres accepteraient ce que Genève n'offrait qu'aux Confédérés. Glaris s'engagea^ dés que cinq États se seraient réunis pour lui donner^ Comme à Mulhouse , le titre d'alliée , k déposer le dixième suffrage*. Qui l'eût cru? ce fut Berne qui s'y opposa. Genève s'était engagée à ne contracter^ sans iM>n agrément y aucune alliance nouvelle^; les sei^
^ Priocîpalement Zarich, Bàle et Schafiliouse.
> Article second. — L'alliance devait se teàoïKèleir de 10 eii lo aiii, et demedrer toutefois en sa force kiH méaie que 1< oonfirmatioti a'au^ raitpas lieu (article 11). — Joaraée à Moudon , ea cas de différend; arbitres, deox ooDseiUers des denx villes; sarailsitre de Bâle ou de Scfaw^£. Berne réservait ses alliés ; Genève , YEmpire roiham. -« Spon , ///, 381 ; Rot€t, VI, 55 ; Piooi, II, 76. -^ Dans ce même temps Berne rendit an Hasli , do moins en partie , des franobises qu'elle loi avait ôiées à la suite de rinsorrecUon de iôSS.
* Roset, VI, 44. — Recès de Badeo, 6 avril et 5 septembre 1557. BAIe appuya fort Grenève » mais avec pins de bon vouloir que de force.
* Et à la secourir envers et. contre tous, principalement daûs le fait de religion.
gneurs de Berne ne voulurent point la délier^ ni les cantons permettre qu'elle fût unie . à l'un d'eux plus ëtroiteiAent qu'à tous ' .
Emmanuel Philibert rassembla ses forces. Cependant il voulut d'abord user d'adresse. L'évéque de M ondo vi ^y ayante sous quelque prétexte^ obtenu rentrée de Genève , chercha à y faire des amis à son maître. Ce fut sans succès. Où qu'il parût ^ les citoyens l'évitaient comme s'il eût apporté la peste. Il se présenta devant le Conseil : « Quelle vie , messieurs ! toujours dans les dissensions; toujours au guet; resserrés par les étrangers. Personne dans cette ville , que j*ai connue si florissante^ qui ait deux mille écus vaillant; j'en ai versé des larmes. Que votre sort serait différent si vous aviez pour appui la fleur des capitaines^ le prince le plus magnifique et le plus accompli du siècle ! — Le prince est grand y répondirent messieurs de Genève ; mais Dieu est plus grand encore et meilleur ; nous ne voulons de prince que Dieu. » Le duc recourut aux armes ^. M^is tandis qu'il organisait ses milices , Genève reçut yn secours puissant : celui de la rivalité de ses ennemis. Le duc demandait aux princes ligués de lui garantir sa conquête. Â cette demande ^ la France s'éveilla. Comment provoquer l'inimitié des Cantons^ dont tous les jours elle recevait l'assistance?
* Genève fut rejetée le 1» juin 1558. Les Gantons catholiques demandaient , qu'en retonr de l'alliance , il leur fût accordé au moins une messe k Genève quand ils y passeraient Le refus fut trouvé étrange.
> Alardct. Il entra dans Genève le 10 décembre 1559, se recommandant à Dieu , vit Calvin , mnltiplia les avances ; personne h qui parler. Relation de l'évêquej envoyé pour engager Genève à envoyer un ambattaéeur, comme Denise et Gènes , de quoi il fut empêché par les intriguée «Tim uommé Cnlcin (Archives royales à Turin ), »
* Paolo , V. — Ruchal . VU, 74.
Comment livrer une ville qui ^ dans les mains du duc , eût lié les Pays-Bas et la Bourgogne à l'Italie y et Teût elle-même séparée des Suisses ? La politique s'opposait à ce que Genève pût appartenir à d*autres .qu'à soi. Elle fut sauvée par ce qui fait encore aujourd'hui la sécurité des Gantons. Forcé de renoncer à une 'attaque ouverte contre Genève^ Emmanuel Philibert porta sa pensée sur le Pays-de-Vaud. Lorsque le roi de France abandonnait ses : conquêtes , était-ce à Berne à conserver les siennes M Une ambassade du prince se rendit en Suisse , pour offrir aux Confédérés un renouvellement d'alliance et demander la restitution de ses pays. C'est par cette démarche qu'un duc de Savoie reparut aux yeux des cantons : non plus le faible Charles III , mais l'ami de tous les rois y le héros qui y par l'épée^ s'était ouvert le chemin de son patrimoine. Il se présentait comme un vieil allié^ mais ses réclamations à la main. Pour faire comprendre la réponse qu'il reçut y nous devons dire quel était en ce moment Tétat de la Confédération.
II. Le serment fédéral n'ayant pu être renouvelé depuis quarante ans y jeunes et vieux ignoraient le contenu des alliances^. C'était toujours la même impossibilité de s'entendre. Attentif à ne rien négliger de ce qui pouvait relever sa patrie , Tschoudi avait essayé d'un moyen de conciliation. On eut fait lecture du serment selon les anciens rits^ puis chaque État eût répondu dans les termes propres à sa croyance^. Mais
* Les titres des deux Étals ponvaient paraître différents.
^ Les Cantons catholiques s'en étaient plaints fréquemment dorant l'affaire des Locamois. Meyer, II, hS. — Meyer von Knonaut /, 4SS. — Eidgenô»sische Ahtehiede.
* Badén, S3 juin 1555. Tschoudi cl Meggueli supplient les Conrédércs
*^6 HISTOIKK DB L4 SOIMl.
Zurich rejeta la proposition ^ Les seigneurs de Berne, en Facceptant , souie?èrent Tindignation de la bourgeoisie'. Les catholiques zélés se révoltèrent à Tidée que les hérétiques pussent prêter un serment valable dans leur fausse religion. (« Dieu avant tout, » fut le cri des deux camps* Cependant les Confédérés se pro-« mirent d'observer fidèlement les alliances , sans les avoir jurées.
Plus la grande querelle qui déchirait TEurope fai-^ sait de progrès, plus le fanatisme se montrait en Suisse. Zurich était à la tète de Tun des partis , Lu-^ cerne de l'autre. L'attitude de la première de ces vil* les était noble et paisible. Ses bourgmestres s^atta<chaient à réprimer les excès du zèle , en maintenant libre la prédication ^. Georges Muller, que ses concitoyens avaient arraché , malgré lui , aux travaux du sellier, pour le porter, de place en place, à la première 'de l'état , n'avait point abandonné la modestie de ses premières habitudes^. Son collègue, Bernard de Cham,
d'avoir à cœur « ce qui était à Tavantagc et à llionneur de tous , et de tromper les espérances que les étrangers fondaient sur left divisions entre les Gantons. Une séparation, dont Dieu garde la Soisse! serait samine. » Si Zurich et Berne eussent refusé de recevoir le serment , Lnceme eût pris leur place. Un eût fait prêter serment à Lucerne. — En 1572 , Appenzell et Claris renouvelèrent leur tentative. Plus de traces qu'elle ait été reprise dès lors.
* Hese, Leben von BnUinger , II , 268.
' Les prêcheurs se montrèrent si hardis qu'ils furent cités en conseil. « Si l'on nous eût imposé silence , nous eussions quitté Berne. • Halter,
* M* Ulrich Zwingli , fils du réformateur , ayant publié, sans permission , un écrit d'Occbin contre le purgatoire , en l'assaisonnant d'adjonctions injurieuses, la seigneurie fit supprimer le livre. — Où en sommes'Uons venus! s'écrièrent les prêcheurs; o temporal o faominam fidem ! Lettre de Stumpf, 7 février 1556.
* Il succéda à Lavaler, l'ami de Zwingli , dont tes restes venaient d'être
LimS X. GHAP. 1. 27
alliait de grandes richesses à la même simplicité de mœurs. Le luxe de Cham était son hospitalité ; sa plus douce joie y de pouvoir donner azile à des réfugiés nombreux ^ Lorsque son fils Jacob épousa Và[^na Wirz , la plus riche fille du canton , 1 31 tables furent dressées , plusieurs jours durant y pour les seuls con- ▼i^es ; tout un peuple vint de son propre mouvement prendre part à la fôte-^. La plus légère injure faite à MuUer ou à Cham eût été considérée comme une offense à la patrie. A Lucerne, Luc Ritter gouvernait la république et distribuait les pensions de la France* Comme le colonel Frœlich , son ami^ il aimait la magnificence et les festins* Quand les bourgeois se plaignaient de voir les prêtres se montrer pris de vin, leurs courtisanes au bras, Ritter en riait avec les bons pères ^. Ayant conçu le dessein d'élever un hôtel qui l'emportât sur ce que la Suisse avait de belle architecture ^y il appela de Zurich Jean Lintz , artiste deg^nie. Lintz était zélé protestant; mais l'avoyer de Lucerne assura qu'il ne lui serait fait aucun mal, pourvu qu'il ne répandit pas sa religion. Ritter remplit
déposés auprès de cen de Roenst, son prédécessenr, dans les tombes de hi cathédrale ( 1557 ). BuUinger'ê Chronik, — Maller n*avait point en de valet jusqu'à ce qu'il fût bourgmestre. Meyer*» Loeartw II, 161. — Letfret de Midier, dans te Sehtp, Muséum, I, 42.
* L'élection de Cham fut célébrée par un repas public, auquel 1,100 personnes prirent part
^ Aux conviés se joignirent mille personnes , amenées par vingt-deux bateaux , puis vînt un peuple de curieux. MisetlL Tigarina,U, 63. — Hans Wirri , d'Arau , a célébré cette fête en 358 vers , qu'a recueillis le Schw. Muséum de 1784, page 1099. Les pauvres ne furent pas oubliés.
' Lucern. Abscbiede 1556. Il avait mis sa femme hors de chez lui pour la remplacer par une concubine.
* Ce fut, en 1577 , le palais des jésuites; c'est aujourd'hui celui du goo vememen t.
sa promesse jusqu'à ce que le palais fût près d'être adieyé. Mais alors ^ s'emportant dans Tivresse : d'un repas ^ le débiteur dénonça son créancier comme coupable d*hérésie^ et pour salaire le fit condamner à mort. Le martyr^ les yeux au ciel^ cita Tavoyer à comparaître dans Tannée devant un juge suprême. « Puisse Christ vous pardonner comme je vous pardonne ^ » dit-il. Ritter ne tarda pas à le suivre devant le tribunal de Dieu^
Toutes les contrées de la Suisse réfléchissaient sous quelque face la querelle des deux communions. A Saint-Gall y la ville et l'abbaye étaient ennemies. L'abbaye se relevait des coups que lui avait portés la Réforme ^; la ville ne pouvait suffire aux demandes de toiles y blanches et peintes , qui lui étaient adressées de Hongrie y d'Italie et de France. L'Âppenzell rivalisait avec elle. Celui-ci se rachetait des dernières dimes^; celle-là fondait des bibliothèques^ des écoles^
* Ritter mourat le 2 S mai 1560, jeane encore, mais miné par ses excès. Il devait à Lints ilS couronnes , selon les Archivée de Lueeme,-^ Leu se trompe , en le faisant mourir en 1577. Ritter avait dépouillé de leurs plus beaux chênes les forêts de la ville, qui s'empara de sa maison. Jean Motschon , dit M« Jean lintx , ne voulut point être nommé luthérien , ou zwinglien ; il n'accepta de nom qne celui de chrétien. • Jésus-Christ fils de Dieu, est mon Dieu. » Manuel du Conuil de Luceme, ZOmars 1559. -— Josia» Simier, vie de BalUnger, — MiêeelL Tigwrina, J, 67, U, 62. — Hetvetia, V, 5S7. — Bullinger, dans sa Chronique , nomme Pfîfifer l'avoycr. Il fait mourir Ritter dans Vannée qui suivit le jour de la mort de Lintz; la chronique de Haller le fait mourir trois jours après sa victime. Ces différences, ces erreurs laissent planer sur les circonstances de la mort de Lintz le môme jour incertain qui environne la fin tragique du dernier grand-maître des Templiers.
' L'abbé Diéthclm avait mérité d'en être nommé le trobième fondateur.
> En 1557, de la dime de l'avoine; en 1540, d'autres dime5 encore 2
une maison' de ville K L'industrie, comme Un fleuve , ferdrlisait la plaine et les monts. Les citoyens étaient protestans si fidèles , qu'ils eussent donné leur vie plutôt que de s'asseoir à la table de l'abbé ^.
Dans les Grisons, la lutte des deux religions se liait de plus en plus à celle des factions politiques^. Les catholiques se livraient aux cinq Gantons et à rj^pagne; les Refîmes se divisaient en deux partis, dont l'un était vendu à la France , et l'autre condamnait les services étrangers. Dans les pays sujets, la querelle se .compliquait d'un troisième élément ^ .-.deux nationalités y étaient aux prises ^. Les seigneurs et la province n'avaient ni les mêmes droits, ni le même langage , ni les mêmes mœurs. Les Valtelins défendaient leur religion comme la première de leurs franchises. Ils s'étaient déclarés pour le principe qui don* naitaux communes le droit de prononcer sur la religion; leurs maîtres, pour celui. qui laissait libres les cultes.
en 1566, du droit de meilleur 'catel, pour le prix de 1,000 florins. fVat^ scr,
* En 1549, 12,000 pièces donnèrent an produit net de 100,000 Ûo^ rins. — SL-Gali acheta en Thorgovie la grande seigneurie de Barglen à la joie des Confédérés , qai eussent voulu voir les gentilshommes tous bannis de la province.
^ Une muraille hante de 80 pieds fut élevée entre la ville et le convenu j^rx,
* Meyer^s Locarno, U, 198.
* Un centième des Valtelins étalent protestans. J Porta, II, 181.
* Salis Séevis, Hinterlassene Schriften, I, 60. — Dans la Valteline, comme dans le Pays-de-Vand , deux nationalités furent trois siècles aux prises. L'adoption de la Réforme par les Vaudois , la mrilleure administration de Berne et la situation des deux provinces mit une grande différence dans la nature de leur opposition. La même main trancha le nœud de leur dépendance (1798) ; mais sans la protection de la puissance qui consomma cet acte, les Grisons eussent perdu la Valtelint bitn plus t^t.
30 HISIOtEB DB LA SORBE.
La loi régla cette liberté. Elle défendit aux prêcheurs ; qu'ils fussent ministres oo moines, de se faire entendre avant d'avoir été examinés et d'avoir donné caution ^ Une partie des biens d'Eglise fut employée à l'entretien du nouveau culte* Alors tout s'agita : l'évéque de Côme , le gouverneur de Milan , l'inquisition , les mille ecclésiastiques qui possédaient le meilleur du pays. L'Espagne interdit rajpprovisionnement. Mais les Vattelins furent les premiers à en souffrir. Qne faire ? Les moines étrangers étant rejetés de la province ^ il restait à y fonder un séminaire. Le chevaÛer Antoine Quadrio^, de Ponté, donna sa maison et une partie de ses biens. Bobadilla, l'un des fondateurs de l'ordre des Jésuites, vint prendre la direction du nouveau collège. Survint un arrêt qui le bannit, il ferma Toreîlle. Qua* torze Jésuites établirent leur demeure à Ponté ^. Les choses en étaient à ce point lorsque la paix de Cateau- Cambrésis donna, sur toute la frontière d'Italie , le signal de nouvelles hostilités contre la Réforme.
En Valais, les doctrines évangéliques avaient des sectateurs jusque dans la cour de l'évèque, Jean Jordan *. Les hommes les plus considérables du dizain de Brigg se réunissaient, pour chanter les psaumes de David ^ chez le capitaine du pays , Stockalper , dans
* liants, S6 janvier 1557. De Porta, 364. Le dtoel ocôasîonna «ne émeute k Tirano. Fabricioa retrace U Me im(Mitient des ftéf ormes, ^k-
tebw^wophU dam MitcelL Tigurma, llî, 372 A Porta, II, 281. —
Omtm^ p* W^ , àii U dispoûtion de la province : « Grigibni suspettoai MKpre di qnalcbe traîna. • — Les ecclésiastiques ne ceisaieni d'exhorter In V«ltelias à d«meum fermes et à tout découvrir à l'inquisition , SOI» pcîae de tomber en péché mortel.
^ Qnadiia avait été médecin de l'en^tertur Ferdinand. >• Douie étaient espagnols.
* Jordan, 1547-65. L^mazze fut abolie sousson épitcopaL Lee»
UVRfi X. CHAP. K 34
te lieu que riostitul de& Jésuites occupe anjoard'hui ^ Des bibles arriraient de Baie et de Zuridi. Un jour, au passage du Bniuig, le ballot se trouvant trop pesant pour la charge d'un mulet , on dut Touvrir pour le partager : la edfère fut grande à la vue du livre des Luthériens. Les sept Cantons pressèrent vivement l'é*vâque et le conseil de veiller à ce que rien ne se fît contre la foi chrétienne et la loi du pays ^. Ils leur promirent bon secours. Les Valaisans deinairérent dans leur sécurité. Le curé de Sion lisait des livres ponotestaos. Celui de Brigg avait subi deux jours de pnson, pour avoir nié le poi^toire. Partout où Ton rencontrait de l*aisance et des lumières » la Réforme remporlait '» Elle était combattue, dans le Bas-Valaia, par l'abbé de St.-* Maurice^; dans le Haut, par le peuple inculte des montagnes. Les Conchois , unis aux petits Cantons de race, de mœurs, et par une ancienne alliaaee^ se montraient le plus contraires aux nou«^ veantés^ Us jurèrent de ne jamais soofifrir que lea JLiUlJbërieBS habitassent la vallée du Rhône , et se ren^ durent eu Diète la menace à la bouche* il fallut , pour les calmer, livrer quelques bîfafes au fea^. Celles qui cesiémil M'en fvrmi lues que {dus avidement. Las
* Sosa fai préddeDoe» de Pierre VMefei, cm Ventlscb, pasteur éam» !• Wlst9«iJi)«rg;«q«}visilitt w vallée nat^fW* U» m scwxIaJkaieat âes lectea yroles^tes ^ de Vabolitioo des céféinoiii«s , et de ce qn'on leur disait que Luther rejetait les bonnes œuvres ; mais tous sentaient le besoM d'ime Réforme. Venetuh à BàlUnger, septembre 155!^. C. .9. — Hot^tngêr, H. £ecL III, 8SS.
* Reconnaissans du secours qu'ils «a avaiwil leço. en f|»5d ; iU ofivTenlaiiy; Valai9Wfl de leor envoyer des d^tésde dkaNten
* Sulier àBullinger, S6 mai 1556. G. & « M IvTOgM» aciîf et r^A « Oêiém- à BuUmf^, ^Zjmm iftl^
* En mars 1556.
32 HISTOIRE DE LA SUIflSE.
de b constante et violente intervention des États car tholiquesy quelques dizains finirent par les prier de ne plus leur envoyer « leurs illustres ambassades ^ n
L'activité inquiète des Waldstetten se portait de tous côtés ; cependant Glaris et Zoug en étaient particulièrement les objets. Placés entre eux et Zurich, ces deux états étaient soumis à une double influence. Le feu de Fhérésie , assurait-on à Schwyz , avait été mal éteint dan; la patrie de Werner Steiner et de CoUin. Les livres zuricois y étaient lus. Le pasteur de la ville prêchait contre la tyrannie de Rome y les indulgences, les images. Les villes réformées montraient respérance de voir Zoug entrer dans leur parti. Il fallait prévenir cette défection. Les représentations ayant été vaines, les quatre Cantons employèrent des moyens semblables à ceux dont ils s'étaient servis dans le Valais. Ils sou* levèrent la jalousie des campagnes contre la cité. Les villages menacèrent : la ville céda. Le pasteur fut banni. Les bibles furent brûlées. Zoug confia^ comme les Waldstetten ^ à un conseil secret^ le soin de tout ce qui touchait à la religion. Dès lors les cinq Cantons n'agirent plus que comme un seul homme ^.
Les regards se réunirent sur Glaris. Pendant bien des années la modération des magistrats et des pasteurs y avait maintenu la paix entre les deux cultes ^.'Mais vint le jour où un Zuricois^ de la nouvelle génération^ succéda dans la cure de Schwanden à Brounner , dont il n'avait ni la prudence ni Tesprit
* c Solche treffliche Bottschaften. •
' Meyei^s Locarno II , 58 , 69. — Recès de Lacerae. — Rapport de StDki , bailli de Gappel. C. S.
* Valentin et Egide Tschoadi, le landammann et le pasteur Scbouler, Brcranner, Bnldi.
conciliant. Alors les catlioliques de Liûthal^ qui n*avaient pas fait difficulté de recevoir de Brounner les secours religieux, demandèrent un prêtre'. Les cinq Cantons s'adressèrent aux Glaronais : « Nous vous avons pardonné la conduite que vous avez tenue en 1 531 , parce que vous promites de rétablir la messe dans quatre paroisses; pourquoi n'avez-vous pas rempli cette condition? » Les évangéliques de Linthal cédèrent leur templeau petit nombre des catholiques. Schwanden élut un curé, puis le congédia, personne ne s'étant trouvé pour l'entendre. Les cinq Cantons exigèrent Taccomplissement littéral du traité. Glaris ayant recouru à la Diète , ils lui contestèrent cette voie. « Ceux qui n'observent pas nos alliances ne sont plus nos confédérés ; nous ne le sommes que de qui garde sa parole^. » En soumettant Glaris, ils eussent assuré leur pouvoir dans les bailliages du Rhin et séparé Zurich de la Rhétie. Us prirent les armes. La Diète se hâta de nom* mer des médiateurs^. Les landammanns Schouler et Tschoudi plaidèrent la cause des deux cultes , le pre-^ mier en sincère ami de la concorde , et le second en homme qui eût donné sa vie pour ramener sa patrie à Tancienne foi : il ne croyait pas qu'il y eût d'autre moyen de lui rendre la vigueur et la paix. Les médiateurs se prononcèrent contre les évangéliques^.C u x-
' Ils covoy{!renl ■ non au Conseil , mais aux hommes qui gouvernaient la république. • 1556. Lettre de Rosier, diacre à Luceme, 18
aotf/1564.
* • En ne tenant pas votre engagement , vous êtes revenus en arrière clfî la promesse que vous avez faite en 1529, d'être fidèles à la religion de % os pères. •
' A Ëinsiedlen, le jour de la St -Michel, 1561.
* Dont le culte n'eût été que toléré.