‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 5)Chapitre 4 sur 75 · XII · texte numérisé non relu

XII

ci en appelèrent à la justice des Cantons. Us s'adresse-^ rent en particulier à leurs amis de Zurich ' • « N'est-il pas un terme à la patience , et ne cesserez-TOus pas d'être les froids témoins de Tinjure que nous recevons? C'en eût été fait de Rome si elle eût attendu de roir à ses portes Catilina. Lorsque vos maisons seront la proie de Tincendie , vous regretterez d'avoir laissé le feu consumer les cabanes de vos voisins. Votre insensibilité se comprend d'autant moins , qu'il su£Brait > pour nous rendre le repos ^ devons montrer résolus à nous protéger, n Les Glaronais disaient vrai. Zurich ayant mis 8^000 hommes sous les armes ^ Luceme et Zoug donnèrent les mains à un arrangement. Unterwalden et Uri suivirent leur exemple. Il fut convenu % qu'il n'y aurait de prêtre à Schwanden qu'alors qu'il s'y trouverait des catholiques; qu'à Claris , le prêche aurait lieu après le prône; que dans la fête commémorative delà bataille de Naefels^ chacune des religions aurait sa cérémonie. Une part équitable aux charges publiques fut assurée à la minorité. Glaris s'engagea à ne pas permettre aux baillis qu'elle enverrait à Uznach et dans le Gaster d'entreprendre rien contre l'ancien culte ^. Schwyz persévérait à exiger que les Glaronais

* Bjcldi à G. Muller.

' Le 5 juillet l&6â. Celle affaire conserva le nom de la « Guerre des Tschoudi. » Aucun crédit n'égalait le leur. Des frères de Vbistorieo , Louis fut guerrier et pèlerin ; Jostfil treixe campagnes en France ; Pierre, l'ami de Glaréan , cultiva la science et fut la tige de la brancfie qui s'est fixée à Melz. Ils avarient pour amis les landammanns Schomo, In derHalden. Cependant Egide Tschoudi dut quelque temps fuir à Rapperscbwyl la col&re des réformés.

• Schwyz , de sa seule autorité, libéra presque d'appels le Oaster , sur la promesse que ses habilans lui fîrenlde se montrer bons catholiques et Gdèles à son drapeau. Fasbind, IV, 100.

acceptassent les décrets du concile de Trente, it ne ploya qu'en frémissant ^ . Les réformés expiaient chè- * rement Tarrogance avec laquelle ils avaient, en 1 530 j enjoint au petit nombre des catholiques de se ranger à la foi nouvelle.

La Suisse occidentale avait aussi ses mouvemens. Depuis les premiers jours de la Réforme, Tévéché de Baie était dans Tanarchie ^* L'évèque Philippe de Gundelshein avait fixé sa résidence à Forentrui, le chapitre la sienne à Fribourg en Brisgau ; les chanoines de Moûtiers s'étaient établis à Délémont. Tout ce qui touchait au canton de Berne, dune part, et, de l'autre, à celui de Baie, avait embrassé la Réformation. Lauffon, Zwingen, Granfelden l'avaient reçue. Farel, le vieux soldat de Christ, ne sut pas plus tôt que les bourgeois de Forentrui soupiraient tout bas après les libertés nouvelles , qu'il se rendit dans le val d'Âjoie ^. Le bourgmestre Faccueillit à sa table; mais son appui n'empêcha pas que, le lendemain , le prêcheur ne fût réduit à fuir devant la puissance épiscopale. Trois ans plus tard, Melchior de Lichtenfels succéda à Gundelshein dans l'administration de l'évêché^. La manse était

* Schuler, Geschichte von Claris, 186. — Tschoudi. — Trompî. — Fasbind , IV» 899. — Hallcr's Ghronik. — P. de Pierrefleur. H est plein de ces faits, qui préoccupaient vivement la Suisse. — Ruchat, VII , 46, aOS ; Vni, 9, 74 ; IX, J5, 77.

^ Leu, II, iSS. — Uoltînger, III. — Ochs, Geschichte von Base!, VI. — Kiichofer*5 Leben Farels, H , 14)- — Lettres de Farel dans la Bibl. de MM. les Pasteurs de Neoch&tel. •— Arch. bern. — Ruchat, VI, i07. — Le Chroniqueur. — Meyer's Locamo, 1 , 458. Appendice, 545. — More] , Statistique de Tévéché de Râle, 100.

< En 1551.

* Melchior fut d'abord nommé, par économie, simple administrateur de l'évêché ; maïs le peuple ne voulut obéir qn'à un évéque. Un impôt aoaleYA le mécontentement et produisit peu.

chargée de dettes. Il s'adressa aux seigneurs de Baie, à qui déjà les bailliages de Birseck, Zwingen, Lauffonj Délémont, Saint-Urzitz et Friedsberg étaient hypothéqués. Cette négociation n'était pas arrivée à son terme , lorsqu'il engagea à messieurs de Bienne, pour la somme de 7,000 couronnes, ses droits souverains sur leur ville et sur l'Erguel. Baie et Soleure en ressentirent une vive colère. Les habitans de l'Erguel, que la conven* tion faisait passer de la main d'un prince faible sous celle d'une ville qui, comme Berne, savait commander, s'insurgèrent, se mirent sous la protection de Soleure et de Bàle et se disposèrent à marcher sur Porentrui. Les Bàlois se tinrent prêts à envahir les terres qui leur étaient hypothéquées/ . Soleure prit les armes sans hésitation. Ce fut le moment que choisit Farel pour courir à Forentrui ; mais il ne tarda pas à être enveloppé. Des moines , envoyés par l'archevêque de Besançon, se pressèrent sur ses pas et le contraignirent à s'éloigner de nouveau^. Le sire de Vergy, gouverneur de Bourgogne, écrivit sérieusement aux seigneurs de Berne. Farel, de son côté, se rendit dans leur ville , plein de l'espoir que , comme en 1 535 , ils montreraient leur énergie. Mais les temps étaient changés. Emmanuel Philibert venait de rentrer dans Turin* Berne écouta la prudence^. Elle permit à Baie d'avan-

*■ Déjà du temps de Tévèque d'UUenheim , Uuffen et les bailliages allemands s'étaient secrètement alliés avec B&le. Délémont et la Montagne des bois en firent autant sous Melchior , et de son consentement* •— WL de BUe se jurèrent le secret — Ocks, FI, Si4. — . Morel, Statutique.

^ Lettre d'un inconnu , de Porentrui , au pasteur de la ville : tant date. — Berne au bourgmestre de Porentrui , 7 avril 1558. Demtsehe mittivtn. — Farellus Vireto , iO avril ; Calvino, 14 avril. '

* £t le parlement de DÔIe..

cér à Tévéque la somme suffisante pour rompre le marché qu'il avait fait avec Bienne. Elle laissa, sans l'empêcher , étouffer dans Forentrui les germes de la Réforme* Elle se contenta de renouveler son aUiance avec Moûtiers et d'organiser les églises du Jura sur le modèle des siennes. Baie s alUa à Tévéque et s'engagea à ne fius , désormais , con^act^ de combourgeoi** sie avec ses sujets. Soleure fut le plus longtemps à se calmer. Une tentative faite par la princesse de Neuchâtel ^ y pour ramener le Landeron à la Réforme ^ y avait mis le comble à sa colère. Les états catholiques eurent de la peine à lui faire poser les armes qu'elle ne vouait pas avoir prises inutilement.

Telle était la Suisse après la paix de Gateau-Cambrésis^ lorsque Emmanuel Philibert invita les Cantons à renouer d'anciens rapports. Les alliances , étoile des Confédérés , ne jetaient plus qu'une lumière incertaine. De nouveaux drapeaux avaient remplacé la corn* mune bannière , les passions du siècle la vieille affec*

* Jtqnelîne de Rohan , mère de Léonor de Longueville. Elle vînt à Neucfa&tel , en 1660 , pendant les troubles de France. Berne lai fit nn accueil magnifiqne. L'hôtel de Rodolphe d'Erlach lai fut donné pour demeure , celui de Jacques de Bonstetten au prince , et celui de l*avoyer de ^aUeville à ses gentilshommes. On fit venir J. Platenienx, pasteur de Monlreux, pour être son aumônier, et des musiciens de Lausanne pour lai donner des fêtes. Berne lui procura Fâchât de Colombier ( des trois fils de l'avoyer de Watleville) pour 60,000 écus d*or. René de Valengin était d'un parti opposé à celui de la princesse ; il fit élever fièrement sur ses terres an gibet à quatre piliers , en signe d'indépendance. — Ce fut à cette époque que les audiences cessèrent peu à peu de s'assembler, et qu'elles forent remplacées par le Trois États , • qui en était l'abrégé. > Stettler^ nus. 1561. — MontmoUin,

* Le Landeron avait, en 1557, recherché l'alliance de Soleure, pour s'en Cnre un appui contre Berne. — D^à en 1546, deox ministres, envoyés par If gouv^near , de Prangins , avaient été assassinés.

tion. Tous les jours éclatait quelque querelle ^ aliment pour rirritation des esprits. En ces circonstances, Soleure et les cinq Cantons n'hésitèrent pas à répondre à la proposition du duc de Savoie. Le traité de 1 512 fut renouvelé ^ . Un article secret promit aux Gantons^ dans le cas d'une guerre religieuse , 500 arquebusiers et 2^000 couronnes par mois. Le traité conclu y les alliés du duc s*adressèrenty avec ce prince , à Berne et à Fribourg y pour les solliciter de lui rendre ses pays ^.

IIL Jamais Berne n'avait joui de sa conquête avec sécurité. Sa victoire, en soulevant Fenvie, avait précipité la ruine de l'antique fraternité^ la force et la gloire des Cantons. Cette c^use d'affaiblissement avait multiplié ses périls au dehors^. Partout se montraient des envoyés, chargés de rappeler les prétentions des ducs de Savoie ^ . Cependant Berne avait su tirer avantage

' Le 11 novembre 1560. Il renfermait, avec des garanties commerciales , nn article qui rappelait la restitntion du Paysde-Vaad en 1475.

' Naegueli va disposer le Pays-de-Vaud à se bien défendre. Tillier amène à Berne un ingénieur, un plan de fortification à la main; celaici reçoit 24 couronnes, une paire de chausses et un pourpoint de soie aux couleurs de la république. Stettler, msê, 1560.

* Un quart de siècle se passa sans que Berne réussit à placer ses non* vQaux droits sous la garantie d*un traité.

* La pauvreté de Charles III ne lui permettait pas de s*y présenter en personne. Ses envoyés s'étaient adressés des mépris de TËmpereor aux diètes de Tempire. Vingt fois il en reçut la promesse d'une assbtaace qu'on n'était pas en mesure de lui donner. L'apparition , avec grand brait de fanfares, d'un héraut d'armes impérial devant le sénat de Berne, en 1548, son ordre à L. £xc. de se ranger, et de rendre au bon duc ses terres , appartiennent à la fable. Guicbenon a tiré ces détaib d'une pièce inauthonliqnc de^ Archives de Turin; Negozz. coSuizxeri, Mazzo 1 bis, 32. — Guichenon. Il, 2S8. — Costa. — GriUct, — Cibrnrio, ^-^Lt Chroniqueur, p(fgê ilà^

au long exil de ces princes pour intéresser à sa cause ses nouveaux sujets. Plus de taillabilité^ Les leds, qui , selon Tusage de TÉglise , se payaient au troisième denier y avaient été réduits^. Les biens ecclésiastiques avaient été mis en vente. Le bon peuple du Pays-de- Vaud avait d*abord , il est vrai , détourné les yeux , comme d'un sacrilège. Il avait laissé des Bernois acheter, à bas. prix , les pvieurés^ les cures , les vignes et les champs^ la propriété respectée de l'Église. C'était ainsi que tout ce que le monastère de Romain-Motiers possédait sur le territoire d'Orbe^ était échu à Pierre de Graffenried^. Jost de Diesbach, bailli d'Yverdun.^ ayant acquis la cure et Téglise de Saint-Christophe, avait fait de l'une un four^ de l'autre sa maison de campagne. Bravant le scandale ^ Michel Augsbourguer avait transformé l'antique église de Notre-Dame de Baulmes en une écurie pour sou bétail. Mais peu à peu les habitans du pays s'étaient* ravisés. Beaucoup de propriétés avaient été rachetées des seigneurs de Berne. Bientôt ce fut à qui aurait sa part des fonds de l'Eglise. De grands domaines furent divisés. Des terres longtemps négligées sortirent de main-morte. Il y eut déploiement d'activité, augmentation de richesse. Le pays se trouva dès lors compromis avec Berne et lié d'intérêt à ce qu'elle conservât sa conquête^.

La perte des États était bien encore pour le Pays-de- Vaud l'objet de fréquens regrets. Berne objectait à la demande de les réunir l'impossibilité de le faire. Une

* ■ En pays libre comme est la Suisse. • Orenu,

^ De moitié d'abord; puis ils furent réduits au sixième pour lesfiefl, nobles , an dixième pour les fiefs ruraux.

* Pour i8, 000 florins.

^ P. de Pierrefleur. — Archives de Vaud.

partie du pays était échue à Fribourg. Des trois ordres, celui du clergé n'était plus. Les gentilshommes étaient désaffectioDoés. On les avait vus refuser fièrement la bourgeoisie de Berne , et dédaigner de s'allier à des maîtres , dont le sang n'avait pas l'antique noblesse du leur ^ . Partout où l'on avait eu la coutume de ces assemblées d'États , on la voyait se perdre et disparaître^. Il fallut marcher avec les temps. L'intérêt^ qui na-* guère s'attachait à ces assemblées, fut absorbé par le soin où l'on vécut sur le sort définitif de la patrie, et par la question religieuse, la préoccupation de tous les esprits.

C'était surtout , en ce siècle , à la manière dont les peuples envisageraient cette vive question de la Ré- Corme , que Berne liait l'espoir de se les attacher. Nous l'avons vue, dans cette pensée, fonder une académie, envoyer des prêcheurs, seconder leur zèle. Elle commençait à recueillir les fruits de ce qu'elle avait semé ^.

* Docnmens de M. de GrenDS. — Recherches de M. de Mallinen. — Ruchat , dans ses mss. — Archives de Lausanne , passim,

* Les Gortis sons Ferdinand et Isabelle , le Parlement anglais sons Henri Vni , les États de France après Louis XU, n^apparaissent que comme des ombres.

' On a dit , après Ruchat , qu'il ne fallut aux Vaudois que peu de temps pour s'aûeclionner à Berne. On en a donné pour preuve une ordonnance, publiée peu de jours après la conquête, qui leur enjoignait de prendre les armes pour la défense du pays. Je n'ai trouvé nulle part oette ordonnance. Quelques villes reçurent Tordre de tenir un certain nombre de soldats ■ bien embastonnez ; • mais ces hommes d'élection furent choisis dans ce qu'il y avait de plus attaché an nouvel ordre de choses. Ce fut en 1545 que Ton songea à l'organisation militaire des nouveaux pays; ils Calaient presque les anciens en population; leur contingent fut fixé à 5,000 hommes sur 10,000. Ce fut en 1557 que les Vaudois marchèrent pour la première fois sous Tétcndard de Berne. De

Les mœurs s'étaient épurées. Il y avait du bonheur domestique y de la foi dans le ciel. Une nouvelle génération ^ instruite dés l'enfance dans la religion ré* formée 9 arrivait à l'âge mûr'. La prédication, les mandats achevèrent de battre en ruine le vieil édifice. Le drame, qui avait servi à l'Église romaine à charmer les regards du peuple, s'était tourné contre elle. On représentait à Baulmes ce la Chrétienté malade , » à Ligneroles « la Ruine de Jérusalem , » à Romain-Motiers u le Mariage de Sara, » toujours en dérision des prêtres. Le peuple entier accourait à ces spectacles, qui se prolongeaient de dix heures du matin jusqu'à quatre heures du soir, et dans lesquels on déployait une grande pompe ^.

Cependant la confiance de Berne était mêlée d'inquiétudes. De vives contestations agitaient l'Église, encore naissante, de ses pays romands^. Le clergé se

Both, Bemer KrUgwe$en. — Jrchive» de la guerre et ehaneeUerie de Berne ( Deuiseke Miêeiven )• — Pierreflear, — Chroniqueur, 375.

' Lorsqa'ane nouvelle génération arriva sar la scène, Berne osa prélever une taille sur le pays • pour le dégrever d'hypothèques. » Selon une Notice mss. sur les Curei du P.-de-Vaud, cette première taille , levée de 1551 à 1555, rendit 56,115 1. A quelle somme s'élevait la dette ? Selon \i Notice, Fribourg se serait chargée de 79,800 1. Berne de 1,500,000 1.; selon les Anecdotes fribourgeoisee , de M. de Lenzboarg, Berne de 120,000 et Fribourg de 50,000 (accord du 2 août 1538). Celte dernière ville, ne voulant point rester en arrière de Berne , leva, en 1555, 27,000 écus sur la partie du pays romand qui lui était échue. Les villes du Pays-de-Vand s'opposèrent vivement à cette infraction des coutumes. TverduQ , Morges ne payèrent qu'après avoir reçu l'assurance, qu'à Tavenir on les laisserait jouir de leurs privilèges. Le Chroniqueur, — Grenu, — Steitler.

' Pierreflear.

' Rudiat, y. — Arcb. bernoises. — Archives de Vaud. — Recueils de Mandats. — - Mss. de Ruchat. — Mémoire sur ce qui s'est passé en

composait de prêtres indigènes transformés en pas* leurs y de clercs sortis de la nouvelle académie et de réfugiés français. Or les derniers pensaient pour la plupart comme Calvin sur la prédestination absolue et la discipline; les premiers s'exprimaient sur la prédestination comme Bolzec , sur l'excommunication comme Zwingli. Leur ardeur à tous était si vive^ qu'on eût dit tout le christianisme renfermé dans ces points. Berne avait eu beau défendre , sous peine de bannissement^ de porter en chaire les matières controversées, les ministres n'en continuèrent pas moins de prêcher sur Télection divine, Viret et Valier, pasteurs de Lausanne, de demander la discipline de Genève.

Chaque année c'étaient de nouvelles représentations : a Les consistoires sont une ombre. S'ils montrent quelqu'autorité, c'est pour punir le pauvre. Arrive-t-il qu'une personne du sexe soit mise en prison, ses amans s'y rendent avec elle et la peine se change en une orgie. On s'incline devant les sorciers: on insulte les pasteurs. » Berne invitait les consistoires à punir, selon la rigueur de ses édits. Les ordonnances succédaient aux ordonnances; aucune n'était observée ^ Des années s'écoulèrent ainsi ^. A la fin Viret et Valier

1553 et 55 (Bibl. de M. Tronchin de Lavîgny ) Archives de Genève,

armoire : Affaires religieuses.

* Lausanne surtout supportait impatiemment le joug des mandats bernois. Les mœurs y étaient celles du temps. Une société de jeunes hommes, nus et masqués, célébraient dans la ville épiscopale la fête de Bacchus, chantant autour du dieu sa louange, avec grandes libations. Archives de P^aad ; papiers inttiiles,

' Ruchat. Dans les appendices de notre édition de Ruchat, nous avons donné les lettres de Berne aux ministres de Lausanne , le plan de con > slitution de Viret , etc. — Manuel de Lausanne. -<- Mandats baîUlvaux, Arch. de Vaud.

présentèrent un projet de constitution d'église et demandèrent son acceptation ou leur congé. Leurs Excellences répondirent : « Nous ne pouvons rétablir la papauté. Vous voulez la ruine de nos églises ; à nous n'en sera pas le crime ^ )) A Noël , Viret , ne pouvant prendre sur lui de donner la Cène , la renvoya de huit jours. Alors Berne congédia les deux pasteurs. La classe de Lausanne reçut Tordre de nommer à leurs places. Sur son refus^ la seigneurie fit mettre deux jours en prison tous les ecclésiastiques qui la compo- ^ salent , et nomma , de son autorité , Richard du Bois et Jean du Bosc, ministres de Lausanne^. Quarante pasteurs ^^ qui partageaient les convictions de Viret , s'attachèrent à son sort. Bèze ^ Marlorat, Tagault, Merlin^ Berauld^ les plus distingués des ministres et des professeurs, abandonnèrent leurs charges. Des fidèles nombreux suivirent leurs pas. Genève leur tendit les bras à tous. Calvin n'eut pas de peine à persuader les seigneurs de la ville d'instituer, des débris de l'académie de Lausanne, une école, l'ornement de leur cité. L'académie de Genève fut donc foûdée ^. L'ouverture eut lieu le 5 juin 1 549, dans St.-Pierre, en présence du peuple. Bèze fut le recteur de la nouvelle institution, comme il l'avait été de celle de Lausanne. Longtemps elle a été la grande école de politique, de théologie et de

* Welsche Missiven.

* BaUer*s Ghronik. — - Ruchat, Vil, 20. Appeadice.

' Qoaranle-un noms nouveaux se lisent en 1559 dans le Livre des signaiurte, — Manuel du conseil de Lausanne. — Haller's Ghronick. — Welsche Missiven.

* Calvin lui donna ses réglemens, comme il avait fait ceux du collège inférieur. — Roset, VI, 47. — Schlosser bc trompe lorsqu'il fait ser»' ir à fonder l'académie les dons de Bonnivard. Toujours pauvre « c'était le chroniqueur qui recevait de Genève l'alimcut

44 HISTOIKE DE LA SUISSB*

science de TEurope réformée. Ceux des réfugiés qui n'y trouvèrent pas leur place se tournèrent vers la France y dont le cours des événemens venait de leur ouvrir le chemin.

Henri II n'était plus. Un coup de lance inopiné lui avait porté la mort au milieu des fêtes par lesquelles il célébrait le double mariage de sa fille et de sa sœur. François 11^ qui venait de monter sur le trône ^ avait seize ans; majeur par la loi, il était mineur en réalité. Deux factions^ les Guise et les Montmorenci, se disputèrent le pouvoir. La jeune reine ^ cette Marie d'Ecosse, aussi belle qu'elle fut infortunée, ayant fait pencher la balance en faveur des Guise ses oncles , les vaincus abandonnèrent la cour. Avec le vieux connétable se retirèrent ses fils, ses deux neveux, Coligny et Dandelot, nourris par leur mère du lait de l'Évangile , le roi de Navarre, plus propre à ruiner une cause qu'à la servir, le faible cardinal de Bourbon et Louis de Condé, d'une valeur française ^ Des gentilshommes nombreux suivirent les princes^. CcMnme les Guise étaient les amis de Philippe II ; que deux d'entre eux étaient cardinaux et en crédit à Rome ; qu'ils se considéraient comme les chefs du parti catholique; leurs adversaires se rapprochèrent des Réformés, dont il n'était plus permis de mépriser le nombre ni le courage. Bientôt ceux-ci comptèrent deux mille Églises dans le

* La princesse de Gondé cl la reine de Navarre avaient embrassé par le cœur la foi réformée; leurs époux par ambition. Brantôme, III, 269- 811. — Vie de Coligny. — Mémoires de Coligny. Toutes les femmes de la reine mère étaient protestantes.

^ On y rencontrait M. de Longueville, prince de Meufchfttel ; lesévèqiics Montluc et Marillac.

royaume ^ Le peuple les nommait Huguenots : c'était le nom défiguré d'Eîdguenots y ou de confédérés ^ que s'étaient donné les enfans de Genève ^. En même temps que les Eglises prirent ces accroissemens , un esprit nouveau s'y montra. Pendant quarante ans que la cause évangélique s'était recrutée dans les rangs inférieurs^ elle n'avait emprunté sa force qu a la persua-sion. Elle n'avait opposé d'autres armes à ses ennemis^ que celles des premiers chrétiens : les exemples de ses martyrs. Aux yeux de Calvin , toute autre résistance eût été un crime. Mais lorsque les regards des grands

* « La contagion s'étend à toutes les classes. Le ma), il est vrai, n'a encore éclaté qne parmi des personnes du peaple, qai n'ont presque, rieb à perdre hors la vie. Ceux qui craignent de perdre les biens et la vie vont moins vile; mais à l'exception de la dernière classe du peuple, toutes les autres classes sont infectées, les nobles surtout, et notamment ceux dont l'âge ne dépasse pas &0 ans. Quand on a vu qne les ch&tîmens ne faisaient qu'empirer les choses, on a arrêté de sévir. C'est une espèce d'intérim. Calvin s'est acquis une autorité extraordinaire... Il y » 10,000 réfugiés \ Genève. C'est chose constante quun changement religieux amène toujours un changement politique. » J. Michiel, ambassadeur de Venise en France, en 1561, dans les Doeumens inédiu sur C Histoire de France, IX, 618. — « Ou marche vers un gouvernement semblable à celui des Suisses. » Saziano, 559. — « On publiait partout que ceux qni s'étaient élevés étaient gens mal sentant de la foi , qui avaient conspiré de tuer le roi et de réduire la monarchie en république, tout ainsi qu'est le pays de Suisse. • La Place, II, 566 ^. — En mai 1559, les Calvinistes osèrent tenir leur premier synode à Paris. Béie, II, 172. — Coligiiy présenta à la reine une note de 2150 églises. Bèze, 6G8. — Les ambassadeurs français en Suisse , d'Orbaîs, Coignct, étaient accusés par les Gantons catholiques d'être protestans. La politique de leur cour s'appuyait sur les villes réformées. Correspondance dans la Biblioth, royale,

* On lit déjà, dans Jeanne de Jussie, Euguenols pour désigner ceux de Genève; « alliance cuguenotte. » Ce nom fut d'abord donné, on France , aux marchands genevois qu'y amenaient lonrs alTniix^s ; puis à tous leurs frères.

se fixèrent sur la Réforme; que plusieurs d'entre eux l'embrassèrent , et que la foule des mécontens suivit leurs pas , la foi en Dieu s'unit à la foi en l'homme ; les premières mœurs cédèrent à des mœurs nouvelles ' • Deux sociétés, gouvernées par des chefs et des prin* cipes différens, se trouvèrent marchant ensemble^ confondues , les derniers venus au premier rang. Ces convertis nouveaux, ces hommes accoutumés à en appeler à leur épée, portèrent dans le camp leur bouillante indiscipline. A l'affront ils estimaient qu'il fallait répondre par l'affront, à la force par la force ; ils ne tardèrent pas à le montrer.

À Lausanne vivait un gentilhomme du Périgord, flatteur dans la conversation ^, hardi dans les combats, et qui faisait de la tyrannie des Guise le sujet le plus ordinaire de ses discours^. La Renaudie attribuait à cette maison tous les maux de la France. Il s'efforça à Berne, à Genève, comme à Lausanne, de faire partager sa cou» viction à tous les réfugiés. Il finit par leur offirir de concerter les moyens de résistance des fidèles répandus dans les provinces. Un exemple de ce qu'il y avait à faire venait de s'offrir à leurs yeux. Marie, reine d'An-

> DeThou» 1. XXIII. — Bèze. — Mémoires de Coodé. — Mézeraj, an 1559. — M. deSismondi , XVUI. Il ne sort plus seulement des presses de Genève , le magnifique Nouveau-Testament de Robert Etienne, son Thésaurus et des livres de religion sans nombre; mais des pamphlets contre les Guise , des appels aux États , au peuple ; en un mot : la guerre civile.

' « Un enchanteur , » dit Calvin.

* Roset, YI, 55. — Brantôme, UI, 212. — Mémoires de Gondé» I , 333. — Histoire du tumulte d'Amboise , dans les docomens pabliés par MM. Cimber et Danjou, IV. — De Thon, 1. XXV* — Rachat, VII, 80.

LIVRR X. CHAP. 1. 47

gleterre^ étant morte ^ « après un règne court et mau- Tais^ » ainsi s'ez primait-on à Genève ^ et sa sœur Elisabeth, montée sur le trône , ayant renouvelé les statuts d*Edouard VI, les réfugiés anglais avaient quitté la Suisse. Ceux qui avaient, à Ârau, avec peu de succès, fondé des manufactures de drap, comme ceux qui habitaient Zurich et Genève, avaient tous ensemble pris le chemin de leur patrie. On les avait entendus mêler les expressions de leur bonheur à celles de leur gratitude. « L'Évangile rend les hommes bons, disaientils en partant; que de consolations! que de secours ! nous n'avons connu aucun besoin. Dieu bénisse à jamais Zurich! Dieu bénisse à jamais Genève^! » Bientôt les Ecossais, apprenant que la Réforme se propageait aussi chez eux , s'étaient pareillement mis en route. Les uns, Knox était de ce nombre, pensaient avec Calvin ^ que la seule arme qui leur fût permise était la parole de Dieu; les autres estimaient que des sujets ont le droit de résister à la tyrannie de leurs princes. Il avait suffi à trois cents de ces derniers de se mettre en marche de Perth, pour que des renforts accourussent de toutes parts; les villes avaient ouvert leurs portes , et, le 29 juin 1 559, ils étaient entrés à Edimbourg sans coup férir. La Renaudie ne doutait pas que la victoire n'attendit les réfugiés de France pour les couronner du

' Le 19 novembre 1558.

' Haller's GhroniL — Ârch. bem. Mist, latines. •— Rachat, Vil, 6, 86. — Rofiet, VI, 59. — Les Anglais remirent à Genève, en prenant congé de la seigneurie, nn livre dans lequel ils avaient écrit leurs noms • en témoignage de leur reconnaissance. • — Lettre de Hom et de Ghamber aux Zuricois, février 1556.

* L'Ecosse dut à Galvin ses croyances consolatrices , ses usages hospitaliers, sa simplidlé de moeurs. — Robertson, hist. of Scotland, IL — Life of Knox, by Maccrie.

même succès. 11 affirmait que, dés que chacun pourrait manifester ses secrètes opinions^ les Réformés se trou* veraient plus nombreux que leurs adversaires. Il n'eut pas de peine à obtenir de théologiens et de jurisconsultes l'approbation de ses desseins. Pour se justifier aux yeux sévères de Calvin , il assurait ne pas songer à attaquer le roi, mais les Guise, ces nouveaux maires du palais. Calvin ne cessa pas moins de répéter, que Ton tentait plus que Dieu n'avait permis; que Tissue de Tentreprise serait malheureuse ^ Mais son ascendant se trouvait suspendu. Il y avait enchantement. Des gens de qualité, des artisans, de simples hommes du commun partirent : les uns disent au nombre de 70, les autres, par millier. La Renaudie nommait tout bas Condé le chef de l'entreprise. Déjà dans le Dauphiné, dans la Provence, les Huguenots s'emparaient des temples, comptant sur le succès. Déjà de petites bandes se mettaient en route des diverses provinces de France ; elles devaient se réunir le 10 mars, autour de Blois, où se trouvait la cour. Mais ceux qui croyaient surprendre furent surpris. Attaqués à l'improviste dans la forêt , beaucoup furent tués dans le combat; d'autres furent pendus aux créneaux du château d'Amboise, bottés et éperounés comme ils étaient; le reste se dispersa^. Telle fut l'issue de ce complot, qui signala la transformation d'une secte religieuse en un parti politique. Dans les

' Berne avise les ministres de laisser la guerre à qui appartient Fépée. Deuisch Missiven,

2 Calvin à Bullinger, épitre 229 du 15 mai 1560; 9t Blarer, é|rflre 250. — De Thou, XXIV. — Bèze , UI. 253. — Davila. I. L -- Gastelaau^ — Branlômc, lU. — Bayle, crîtique de l'hbloire du calrlnisme , lettre 16*. — Sismondi, XVIU, 139. — C'est chose étonnante que le secret gardé des mois par plusieurs mille conspiratft"«^

provinces du midi les plus voisines de la Suisse^ les gentilshommes ne purent se résoudre à poser les armes< On les vit teniir la campagne^ Montbrun à leur tête j des forces supérieures se rassemblaient-elles contre eux, ils fuyaient à Genève. Dans le Piémont, les Vaudois^ attaqués par Emmanuel Philibert, s'étaient laissés disperser. A la persuasion de leurs frères de France , ils prirent les armes, montrèrent ce que peut le peuple qui s*est donné Dieu pour chef, et conquirent la tolé*^ rance pour leurs vallées ^ .

A la nouvelle de ces mouvemens , Rome choisit l'évéque de Fermo pour l'envoyer aux courS de Turin et de Paris. La conjuration avait été tramée à Genève. Elle y avait eu un commencement d'exécution. De ce coin partaient tous les orages qui allaient fondre sur la France» L'heure n'était-^Ue pas venue de marcher sur Genève et d'en jeter les habitans en pâture aux truites du lac ^ ? Le nonce insista d'autant plus que la guerre eût délivré Rome des inquiétudes que lui donnait le concile de Trente. Vains efforts. Les cours étaient divisées d'intérêt. La France se borna à des menaces ^. Mais déjà la lettre qui les renfermait ne portait plus la signature de François IL II était mort après un règne

> Jaîn 1561. — Roset, VI, 66. — De Thou, XXVIL — Salaces, ÏI; 90i — Gilles» chap. 6. — Léger. — Gaichenon, U, 55. — Roboreoto» arch. hîsL III. — Rorengo. — Ferrero.

' Méseray, II, 794- — Lencio était le nom de Tévéque. — Grévier^ histoire de l'Université, VI , 85. — Paolo, V. — Roset , VI, 65, 66.

* Janvier 1561. La cour somme Genève de rappeler ses ministres, auteara de tons les troubles da royaume. « Que û le roi n'obtenait satisfaction. Dieu et le monde loi seraient témoins des justes raisons qu'il aurait de tirer vengeance d'une ville qui travaillait par dessous terre h ruiner son État. • — Bibliothèque royale, Béthane, 8^76, p. 29. Colbert,

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de 17 mois ^ Charles IX, son frère^ lui avait succédé, enfant encore. Nouveau nom , nouvelle révolution dans le palais. Une femme, qui, depuis vingt*sept ans , vivait en France sans autorité, prit l'enfant, le conduisit devant le conseil, lui mit dans la bouche Tordre d*o* béir à ce que voudrait sa mère. La chose publique passa de cette manière aux mains de Catherine de Médicis.

Etrangère^ inaccoutumée au pouvoir, entourée de chefs audacieux qui tous avaient des partis puissans , Catherine dut chercher à se maintenir par Tadresse au gouvernement de l'État. Aucunes sympathies, aucune foi ^. Elle voyait la majorité de la noblesse et ce qu'il y avait dans la bourgeoisie d'hommes les plus éclairés se porter vers la Réforme; elle crut arrivé le moment où les biens immenses du clergé deviendraient la richesse de la cour^. Les grands, les sa vans, les personnages les plus dignes du royaume, furent convoqués à l'une de ces conférences, que nous avons vues, en Allemagne et en Suisse, signaler l'avènement des nouvelles doctrines^.

La joie des Réformés serait difficile à dire. Ils comparèrent le jeune monarque au bon roi Josias. Les ministres bannis du Pays-de-Vaud n'avaient pas attendu ce moment pour rentrer en France. Mais leur zèle étant loin de suffire, de toutes les provinces on demanda des prêcheurs à Lausanne et à Genève. Des

« Le 5 décembre 1560. Gbarles avait dix ans et demi.

' « La reine est grosse, grande et forte ; elle a le visage rouge , la chair ferme, la poitrine bien formée , les dents grandes et belles, le parler, non d'une femme, mais d'une paysanne grossière. • Portrait de Catherine tracé par les ambassadeurs des villes suisses, envoyés ï Paris en

» De Tlion , XXVm. — Davila, II, 82.

gentikhommes , des artisans se trouvèrent tout-à-^coup avoir reçu le don d'annoncer la parole de Dieu ' . Berne permit à plusieurs pasteurs de ses pays romands d'aller^ eux aussi, c< dresser des églises en France^. » Les princes français demandaient Calvin ; mais'Genève ne voulut pas le céder. Elle prêta Yiret à Téglise de Lyon 9 puis à celle de Nimes ^. Docile à la voix du Sei-* gneur^y il s'arracha, tremblant de fiaiiblesse et demi mort, des bras de ses amis ^; les villes de France le reçurent comme un ange de Dieu ^. A la voix de députés de Gap et de Vienne , Farel sentit se réveiller le zèle de ses premiers jours ; il courut, quarante ans après l'avoir quitté, vers le lieu de sa naissance ; les temples ne purent contenir le peuple '^. La parole des prédicateurs était reçue avec enthousiasme par les provinces du midi , qui n'avaient perdu ni les souvenirs de leurs libertés municipales ^, ni ceux d'une première réformation. Les mœurs redevinrent graves, les prin-

*' Hallei^s cbronik. — Sletler. — Plus de mille Français quittèrent à ce moment le Pays-de-Vaad. Plusieurs y avaient formé des étaUissemens. Les nobles gentilshommes JuUan, David Du Perron et Prévôt de Beaulieu vendirent à la ville de Morges (1563) le Pra Rodet, dans la vallée do lac de Joux , et la verrerie qu'ils y avaient fondée — Roset , VI, 67. — • Dieu favorise cette œuvre, y répandant son esprit. * Wéber ( Gescbichte des Calvinismns, p. 51 ) fait une énumération incomplète encore des pasteurs de Genève qui se trouvaient en France.

* Le 25 juin. — Welsche Missiven. — Ruchat, VII , 55.

* « Bien qu'il eût fait son compte de ne jamais sortir du pays de sa nativité. >

^ • Le Seigneur le prenant par les cheveux. » ^ « Et de l'église en laquelle il avait tant occasion â% s'orner. » ' Instruction chrétienne de Viret. Préface,

' Bèze. 891. — Les Vies de Farel. — Il laissa Fabri à Vienne, Eynard à Grenoble.

* Le midi et le nord de la France différaient , bien plus que de nos j ours , de langue et d'habitudes.

cipes républicains. Plusieurs idées que Calvin n*avait pas pu faire prévaloir à Genève , furent accueillies en France : celle entre autres du sacerdoce de tous les fidèles ^ Chaque paroisse envoya deux anciens^ avec son pasteur, au synode de la province. Le zèle des anciens surpassa celui des clercs. La discipline fut partout reçue. Des grands , plusieurs furent les premiers à donner l'exemple de la soumission aux censures de rÊglise^ Les doctrines de Calvin^ sa foi, son âme, ses préceptes pénétrèrent dans toutes les veines de la France^.

Sur ces entre&ites s'assembla le colloque, convoqaé par la reine à Poissy, près de Saint-Germain^. Le cardinal de Lorraine^ jaloux d'y faire admirer sa facile éloquence , avait réseau de disputer, fût-ce avec Calvin. La conférence s'ouvrit le 9 septembre 1 566 , dans le réfectoire des religieuses. Le roi prit place. Six cardinaux, la mitre en iAtà et revêtus de leur camail, trente-six évèques et de nombreux représentans de rËglise catholique, remplirent le chœur. Bèze et dix

' Déjà Moifle avait dit : « Vous dm serei ane oadoo de préCres. » Pa» de réveil dans l'Eglise sans que cette idée reparaisse.

> Roset, VI, 69. — Bèie, II, i7S. — Discipline des églises françaises, publiée par d'Haisseaa, Sanmur, 1660, en 122 articles. — Voici qoelle était la forme d'excommunication de ces Églises. « Après avoir longtemps supplié , exhorté , adjuré de se convertir à Dien , comme il persévère en son impénitence endurcie, se glorifiant de son péché, to nom et en l'aotorité de notre Seigneur Jésus*Ghrist , nous le retranchons de la commu^o^ de l'Église, afin qu'il soit anathème et exécration, et que sa hantise soit estimée contagion, et que son exemple saisisse vos esprits de frayeur, parce que c'est chose terrible de tomber en la main' da Dieu vivant • Ainsi jusqu'il y a un siècle.

* Bèie, en son A* livre, et le 7* de La Place,-*Mémoires de Gondé, II, A90.

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