‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 5)Chapitre 31 sur 75 · LIVRE X, CUÀP. V · texte numérisé non relu

LIVRE X, CUÀP. V

ter les tennes d'une capitulation. Les deux régimens livrèrent leurs armes, qui leur furent aussitôt ren* dues. Us déposèrent leurs drapeaux, que Henri leur remit dans les mains, en les invitant à les porter aux Cantons, en signe de sa bienveillance. Il leur fit donner le témoignage qu'ils ne s'étaient rendus qu'abandonnés de l'armée de la Ligue et n'avaient pas bougé de leur place de bataille. Les lansquenets levèrent vainement leurs piques , dans l'espoir d'obtenir aussi leur grâce ; le souvenir d'Arqués et de leur perfidie était trop récent; ils furent impitoyablement massacrés. Au retour de la poursuite, le roi fit appeler Aregger, et se dépouillant de la cuirasse qu'il avait portée dans ce glorieux jour, il en revêtit le héros. L'armure de Henri IV à Ivry se voit encore aujourd'hui dans l'arsenal de Soleure ^

Après la bataille ^ les Suisses des deux eamps, vainqueurs et vaincus, se rapprochèrent : ceux-ci la honte, la reconnaissance, la colère dans le cœur. Us eussent voulu , avant de reprendre le chemin de leur patrie, avoir eu l'occasion de signaler leur courage. Tout-à-coup, cédant à ce besoin, Jost Lussy, d'IÂiterwald, s'approche d'Antoine Haffner de Soleure, avec lequel il avait plus d'une fois combattu dans les

. * De Thoa, XGVUI, et de vite suft, LVé — Barzaens (de Sanée) be« roam helvet epislolœ, 215. — Davifa, XL — D'Aubigné, SSi. — Mém* de la Ligne, IV. — CayeL ~ 0n Piessis. — Sismondi XXI, Si. — Lettre de Biron àDbhailian • dans le Reeneil de divera mémoires. Paris, iSllé — Le Gonservatenr suisse, I, iS2 , raconte comment Ab. Moncbet , de Colombier , reconnut son prince, le duc de Longueville , et le sauva en Ini donnant son cheral. Mdncbel eat pour récompense la recette de Colombier et la fdace de trésorier général, bien qu'il ne sût ni lire ni écrire. «A cause de cette recette, il mourut débiteur de i60,000iivre9k Sa veuve fit faillite. • M, de Ckamhrier.

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mêmes rangs, a Tu es un brave, lui dit-il; je le sais, et c'est pourquoi je jouerais volontiers des poings avec toi. Je ne te hais pas. L'honneur seul me fait parler, n Haffner interrogea du regard Âregger^ son colonel^ et ayant lu dans ses yeux la permission de combattre, il s'avança. Sa taille était petite auprès de celle de Lussy; mais il ne lui cédait ni en force ni en hardiesse. D'un coup de sa grande épée de bataille^ il partagea le sabre de son adversaire, comme il l'eût fait d'un léger bâtdti. C'en était fait, si Lussy n'eût pris une arme nouvelle de la main d'un soldat , et ne l'eût enfin arrêtée sur le coeur du Soleurois, en lui demandant s'il en avait fait assez pour l'honneur. Haffner lui répondit eti se jetant dans ses bras. Il reçut en don l'arme qui avait acéompli sa défaite et ne crut pas se déshonorer en la déposant aussi, à son retour, dans l'arsenal de sa ville natale ^

Déjà la nouvelle de la bataille d'Ivry se répandait en Europe, y portant le deuil ou la joie. On la reçut â Berne au moment où l'on y rejetait le traité conclu par les chefs de l'armée avec le duc de Savoie; ce ftirent des transports d'allégresse. Lucerne fut consternée. Schwyz et Âppenzell se réunirent aux cantons qtn refusaient des troupes à là Ligue ^. Le^ Yalaisaiis^ Apréë de vifs débats^ se rangèrent à ce pai^li. Grégoire XIV avait remplacé Sixte V sur le trône pontifical. Les Italiens disaient de lui plaisamment que^ né avant terme , il n'avait pas apporté dans le monde assex d'élémens terrestres. Dans son zèle inconsidéré^ il prodiguait à la Ligue les trésors recueillis par Sixte Y. Il

* Hfiifecr, 287.— Bosîngcr, 269.— VaterL SIg. llafiner était le père (fo clironiqneur.

^ Zurlauben, 258.

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chargea Lussy de lever encore 6>000 Suisses pour MayeDDCt Mais à peine, en y faisant entrer beaucoup d'éU'angers, Lussy put-il rassembler la poiti^ de ce nombre. Le duc de Savme eut la même peîne k composa un corps de 3,000 Confédérés S Le^ Cantons étaîwt pleins d'officiers qui enrôlaient k l'envi , ma-r Sfsylement pour la Ligue ou le roi, mais pour d'Eper- QQn, pofir Lesdiguières, pour Montmorency» C'était à qui se ferait fort dans le bbuleversemant général.

Cependant la victoire avait ^ en France eomme en Suisse , fait paraitrie Iss droits de Henri lY sous un jour nouveau* Pqiit la muUitude , les arrêts du ciel se prononcent par le sort des batailles. Les timides oommencèfent à craindre moins d'unir leur fortune à 4îeUe du roi. Le peuple prêta Toreille aux traits de gaillardise ou de bonté du Béarnais. Son armée s'étaot ac* criie de 1 4,000 hommes en quinze jours, Henri IV œ vi$ assez fort pour entreprendre de bloquer Paris. Il s*empara du cours des rivières , nourrices de la capitale- La famine, qui qu fut la conséquence, les burliesque^ fureurs di^ h Ligu^ et la générosité du prince oqt rendis ce ^iég« faniteux ^. Henri laissa ses soldats pprt^r au bojii 4» feurs piques des vivres aux Parisiiens • Il fit prel|i^€^ des paysans, arrêtés lorsqu'ils condiMMV^nt am: ppt^j^es des cfaarreUes de pam, et , leur o£Frant quelque argent : « Le Béarnais est pauvre , leur dit-il; s'il avait davantage, il vous le donnerait. » Sa clémence lui nuisit moins que ses amours. Trop souvent , déguisé en fils de la campagne, il oublia, près de la belle Gabrielle, les heures et le devoir. Le duc de

« Commandés par va nefèa deLvasy. « Pas on tiers n'étaient Suisses. • SiiUrjrm — Biuimgir,

^ Cinq cents Saiases da régiment de Béroldingen étaient dans Paris^

Parme Fen punit en lui faisant lever le siège de Paris. Dés lors Henri dut recommencer à reconquérir ville après ville el province après province. Sa pauvreté le contraignit de licencier Aregger, Diessbach et Hartmannis. Heidt lui ramena 1,5d0 Confédérés. «On re* doutait les Suisses^ nous dit l'historien de ces guerres S plus que tout le reste de Tarmée. » Henri les payait, les soldats par des saillies , les officiers, par des lettre ' de noblesse. Sous ses drapeaux , ils fîirent toujours victorieux. Mais quels que fussent leurs fidèles services, ils n'avançaient que peu ses affaires. A dix villes par an ^ Henri eût mis sa vie à conquérir son royaume. H Tacheta par son abjuration ^. Dès lors tout céda à sa fortune. Il fit son entrée à Paris le 12 mars 1594, à 4 heures du matin, à pied. Les Suisses le précédaient et le suivaient. Leur destinée était de se trouver au premier plan dans toutes les grandes scènes de l'histoire de France. Ils traversèrent la foule silencieuse, balayant la ville d'un reste de lansquenets, et portèrent ainsi sur le trône le premier des Bourbons. Clément VIII, heureux de voir l'équilibre rendu à l'Europe et l'indépendance au Saint-Siège , prononça Tabsolution. Le fer, l'or surtout se chargèrent du reste. Les grands^ qui s'étaient rendus indépendans dans les provinces, firent achetés l'un après l'autre. Il eu coAta

^ DaTila«

'.U renonça à la foi réformée en présence da fils d*iui ministre dn Pays-de-Vand, le cardinal Du Perron. Une lettre de sa main apprit anx viUes Baisses son abjuration. Berne n'y voulait pas croire. Le sire de la Violette Isi montra qu'Henri avait eu deux raisons : • Sauver son rojamBe des Espagnols et se mettre plus à même de servir Berne. » Voyei le jugement de Bèze sur l'abjuration de Henri dans sa lettre h Sully, mss. de Gotba, appendice de sa vie par Schlosser. 11 l'excuse par la nécessité de fermer les plaies de la France.

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AO milUoiis à Henri IV pour achever de réduire ses ennemis. Pour ses amis^ parmi lesquels il comptait ses bons compères , il jugea qu*il leur suflfirait de Thonneur d'avoir été ses compagnons dans ses mauvais jours *.

Arrivèrent d'un même pas à la cour ces hommes qui s'étaient mesurés dans cent combats. Calvinistes et Ligueurs , il feUait , pour leur faire oublier leurs vieilles querelles, les entraîner vers un but commun. La guerre fut déclarée à TEspagne. Les Confédérés se trouvaient assemblés à Baden, quand Nicolas de Watteville vint implorer pour la Haute-Bourgogne le secours de leurs armes , ou du moins celui de leur médiation. Le roi de France attaquait à la fois les Pays- Bas et la Franche-Comté. Les régimens Vischer et Cressier faisaient partie de son armée et l'aidaient à conquérir une province , la barrière des Cantons ^. Les voix se partagèrent. Luceme ne s'exprimait plus par la bouche de Pfyffer. Le héros venait de rejoindre ses pères, loué par les uns d'avoir sacrifié sa vie à ses convictions , accusé par le plus grand nombre d'avoir fait sa religion de sa politique et d'avoir immolé la bonne foi, la liberté , la patrie , en holocauste à ses dieux. Luceme , en cette circonstance, s'exprima comme il l'eût fait. Elle insista pour que l'on secourût les Francomtois. Sans même attendre la résolution de la diète, des hommes d'armes prirent, en grand nombre, le chemin de la Bourgogne. Ils joignirent mille de

^ De ThoD. ^ Davila. — Gapefigne.

' Morfontaine, ambassadeur do roi, montra, de son côté, la maison d'Autriche, avide de la monarchie nniversellc, ne démordant jamais de ses desseins, et ce qu'elle n'achève pas an siècle, le remettant au suivant.

leiirs compatriotes , que le pape avait levés pour la Ligue ^ avant l'abjura tion de Henri IV, et qui se trouvaient employés à la défense de Salins. Henri leur ayant témoigné son déplaisir d'avoir à les combattre : « Votre Majesté, répondirent-ils ^, n*a pas de meilleur moyen de nous montrer son amitié, que de respecter des pays qui touchent aux nôtres. Nous agirons de manière à ne pouvoir être accusés par personne de oouar* dise ou de trahison. » Tous les Confédérés s'accordèrent sur la nécessité d'envoyer une ambassade en France ^. Ils choisirent Béat de Bonstetten, de Berne, et Jean Meyer , avoyer de Fribourg. Les députés eurent quelque peine à arriver , à travers les partis en armes, jusqu'au roi, qu'ils trouvèrent a Troyes. Us lui exprimèrent le bonheur d'avoir vu se relever un trône, à la prospérité duquel celle des Cantons était liée. Mais leur joie s'était mêlée de douleur , lorsque le monarque, à peine en son Louvre , avait volé conquérir une province que les traités plaçaient sous leur sauvegarde. Ils étaient résolus à ne pas permettre que la guerre éclatât sur leurs frontières. Le roi, mal aflermi sur le trône ^ et qui avait besoin des Suisses, écouta favorablement ce langage. Des conférences s'ouvrirent à Lyon , sous la médiation des Confédérés , et , le 22 septembre 1 595, les rois de France et dXspagne proclamèrent la neutralité de la Bourgogne par un traité nouveau ^. Henri coynbla les envoyés des Gantons des témoignages de sa bienveillance. Les Suisses établis à Lyon, comme fils d'un peuple libre, se présentèrent

^ Le i août 1595.

' AbscbeidederJahrrechn. zu Baden. •

* Dumont/V, 3i3. Le gouverneur de Milan ne fut sensible qu'à la lenteur des Confédérés. Ingratis servire neftu.

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à soD audience sans fléchir le genou ^ GenéYe reçut des lettres de naUiralitë , qui donnaient à ses citoyens le droit d'être traités oomme Français dansée qui touchait aux successions.

Le roi de France n*ent pas plutôt , par ces actes , témoigne sa sympathie à ses alliés , quUmpatient de reprendre les armes , il ëcriTit à Cressier et à GaUati ' : u Je cours en Picardie, assiéger La Fère. Mes amis ^ je m'assure que vous auriez du regret qu*une si belle oc*casîon se passât sans tous. Comme ii y va de Vboii<neur^ je n'en dis pas daTantaçe. n Les braves coururent. L'année suivante ] ils se trouvèrent au siège d'Amiens avec Sancy, leur cobnel général. Ils aid^ rent à conquérir la paix de Vervins ^ et méritèrent à Ittir patrie d'y être comprise honorablement. Cette paix ferma le siècle et mit fin à 40 ans de combats. Le traité de Cateau4!]!ambrésis , fruit de la rivalité de François 1^ et de Charles V^ servit de base à celui qui termina les guerres de Philippe II et de Henri IV. Henri rendit le Chablais au duc de Savoie , oubliant qu'il avait promis aux Genevois le partage des conquêtes Élites en commun. Deux points demeur^ent sans solution : le sort de Genève et le différend relatif au marquisat de Saluces. Les bons catholiques ne prononçaient encore le nom de Genève que pour la maudire. Aussi lorsque Bellièvre et Sillery , représentans de Henri IV , voulurent la faire insérer dans le traité , le légat menaça-t-il de partir. Les Espagnols

* Le cérémonial françab par Godefipoy, I, S5S. -^ Sjpon. ' Le 37 Dovombre 1595.

* Le 3 mai tftSS. Dumont, V, 566. — Tboo, GXX. — Davîla. — . Henri ae fa&ke de laùre vatoîr celte paîi. Lettre ait» Cantont , du i5 Juin,

Philippe et Henri juraient de s'aimer comme CrÈm.

398 BinoitB DB ul sman.

dédarèreot qa*ils n'oseraient signer l'acte où oetle yille aérait comprise ^. La question en litige entre la France et le dnc de Savoie ftit remise à l'arbitrage de la oonr romaine.

Clément YIII ne réussit pas à terminer le différend. Charles Emmanuel s'agita; il multiplia les intrigues ; il essaya d'obtenir du roi de France qu'il abandonnât Genève ; dans la certitude de réussir s'il traitait luimême, il se rendit à Paris : ce fut inutilemoit. U ne resta que le canon qui put vider la querelle. Henri s'avança. Bourg fut pris par un corps suisse et par deux r^;imens français. MontmetUan , Chambéry, fu* rent emportés d'assaut par les Français et les Suisses , escaladant à Tenvi. Plus de mille soldats fureot trouvés dans la place, avec le sire de Yersoix ; les as^ siégeans étaient moins nombreux. Le roi s'étant approché de Genève, témoigna le désir de voir Théodore de Bèze. Le vieillard, que l'on nommait le chef de la Réforme % se rendit au camp. Sous la gravité^ Béze cachait la finesse d'un esprit vif et gracieux. A la vue du roi, il porta ses regards au ciel et dit : « 0 Dieu, laisse maintenant aller ton serviteur en paix ; car mes yeux, avant de s'éteindre , ont vu le libérateur de la France

* Vaioement Sillery fit observer qae Genève, étant dans Fallianoe des Gantons» se trouvait comprise dans l'article qui les concernait Les Bspagnob ne le nièrent pas, mais ils n'en persévérèrent pas moins à s'opposer à ce que la ville de Galvin fût nommée dans l'acte. — V. Mémoire an roi dans Duplessis, Vin, 261. — Mémoire du comte de Toumon, ambasj. de Savoie, présenté à Berne. — Guichenon, II, 356. — Spon, preuves, n* 09. — Stettler, 1598 et 99.

' * Le pape des huguenots. > Je lis dans les Mémoires de la Force ( mss* dans les Ârch. de France) : « Le roi lui fit donner de l'argent pour subvenir è ses nécessités. • De Thon dit 6 (M) écns d'or. J'en doote. Paie n*en dit rien. Bèze aimait sa pauvreté.

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