‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 5)Chapitre 32 sur 75 · LIVRE X. GHAP. V · texte numérisé non relu

LIVRE X. GHAP. V

et des fidèles. » Henri le pressa de lui demander une grâce. Béze répondit : « Je n'ai rien à souhaiter f sinon que Votre Majesté vive de longs jours y pour assurer la paix de la France. » Se raTisant toutefois^ il pria le mo* narque de jeter un œil favorable sur TÉglise de Lyon, qui ne jouissait pas encore du bienfait de la tolérance. ' Il se joignit à MM. de (jenéve pour supplier le roi de les délivrer du fort de Sainte-Catherine , cette épine à leur pied. Henri leur donna le fort. Vingt- quatre heures après^ il n'en resta pas de traces. Le roi de France prenait volontiers les députés genevois par le bras et les comblait de oaresses. Il laissait dire autour de lui ^ : « Sans cette ville le roi n'aurait pas la couronne sur la tète. » Mais les députés s'enhardissaient-ils jusqu'à lui rappeler la dette qu'il avait souscrite : « Vous êtes pauvres^ leur répondait-il ; je le suis aussi ; » puis il s'éloignait, le front sévère. Le duc ne tarda pas à se v(Mr contraint à la paix. Il ne conserva Saluées qu'en cédant à la France le Bugey , la Bresse et le pays de €iex : Gex , la conquête des Genevois. Henri crut faire assez en déclarant qu'il considérait la république comme comprise dans le traité de Vervins^ bien qu'elle n'y fût pas nommée. La signature de la paix se fit à Lyon , le 1 7 janvier 1 600, au milieu des fêtes du mariage de Henri IV avec Marie de la maison des Médicis *.

^ Par BiroD entr'autres. Le gascon disait : • Mes prédécesseurs ont mîs le duc en pourpoint ; Je le mettrai eu chemise et j'agrandirai Genève. •

» De Thou, GXXm à CXXV. — Stettler. — Spon. — Mémoires de Bassompierre, I, 59. — Sully, II, 838. — Fragmens sur Genève. — Les Suisses avaient été vainement sollicités de prendre part h la guerre. Si Bassompierre dit vrai (Mém. I, 185, édit. d'Amsterdam 1703) un traité secret promit au duc Milan, au roi, Genève et la Savoie.

300 HISTOIIUS DE hk 8inS8B.

Ainiî le «eîziéme siècle achevait son cours, loin de mB cooimeiiceiBeas. Genève et Rome l'avaieat emporté tour à tour, L'Europe avait été 9^ la veille de proclamer rindépeadauce des esprits» L'unité avait été ptè$ de se reconstituer par Falliance du sacerdoce et de Tempire. Le traité de Verviqs relevait réquUihre et la liberté. La France sorUdt d'une double lutte, aguerrie, plus intelligente et pli^s fiére que jamais. L'Espagne se montrait sur son déclin. Ses {provinces étaient dépeuplées, ses forteresses sans défenseurs, ses galères sans soldat«^ L'âme qui gouvernait tant de peuples , Espa* gnols , Italiws , Bourguignons , Bataves , Maures j Péruviens , Mexicains , était près de laisser sans vie le vaste corps qu'elle faisait mouvoir ^ Philippe II mon*rot peu de mois après la conclusion de la paix, laissant la def d'or au duc de Lerme , le trône à un prince élevé dans l'obéisswce. On raconte de Philippe III, qu'un tremblement le saisit la seule fois qu'il osa wttredire le ministre que son père lui avait donnée Les Confédérés , entre ces deux puissances, étaient deseen* dus du rang qu'ils occupaient au commencement da sièda* Ce n'^était pas que le cœur leur eut failli ; mais seuls ils ne s'étaient pas agrandis \ et ils s'étaient d«F-

* Philippe U avait, en 1596, fait connafitre qoll ne payerait plna les intérêts de ses dettes. Le capital avait été dévoré avec le revenu. Depuis Attila Ton n'avait pas va de plaie semblable à celle dont le despotisme d'an homme avait frappé vingt nations. BankC', — SismondL — 625,000 hidalgos au pourpoint troué, à la parole emphatique ; des moînes sans nombre ; l'impôt écrasant le reste de rindustrle, telle était l'Espagne. — Décadence du commerce et de C industrie de CEâpagne au il* eitele^fior ff^eiet.

' La conquête du Pajs^de-Vaad , la seole que la Suisse eût faîte, l'avait plus affaiblie que fortifiée , par les jalousies qu'elle avait allomées. Les Confédérés eussent mieox aimé voir ce beaa pays savoyard qoe sujet de Berne.

UYRR X. CHAP. y. 301

Tisëé. Le chiffre de lenr popvdfttioti les pkçaiit dons les dentiers rangs parmi les peuples de TEurc^e; msis leur esprit belliqueux ks rapprobhait do premier ^^ Aussi était-ce encore à qui de l'Espagne et de la France leur prodiguerait le plus de caresses ^. Les négociateurs qu elles envoyaient aux Canton^ étaient toujours dioi-** sis parmi les plus insinuans. Ceux de France ^ plus adroits et |rfns généreux f Taraient emporté jusqu'à oe que les guerres civiles eussent fait tarir leurs ressour«cesé Alors les Gantons des Alpes s'étaient livrés à Phi^ lippe II ; la religion et la politique avaient donné les vil*« les à Henri lY. S'associantà la fortune du Béarnais^ elles lui avaient prodigué Tor et les soldats^. Elles partageaient maintenant son triomphe. Genève y après un siècle de lutte héroïque , se reposait dans la gkiire de Henri. Elle n'était plus ce faible municipe^ cher^ chant dans la poussière de se» chartes la preuve que ses franchises avaient été violées. Son indépendance s'appuyait sur des traités écrits dans le droit pubbc européen. Son vieil ennemi grondait biœ enoore acH tour d elle ; mais léS dernières conquêtes de la Franche le refoulaient vers l'Italie. La maison de Savoie ne cou--

* « On les entend, dire eilcore , dans Tesprit de leurs ancêlf es, qu'il est ihjosie que le pain knanqne ï qui manie le fer. • Ils espèrent qae la mort de Philippe U leur ouvrira les chemins vers quelqu'une de ce» contrées « où le blé s'offre à la main qui veut le moudre. • Scipio di Ctutro al daee di Terranovtu

* * Lorsque le frère Diodato, inquisiteur général, faisait publier âxta Milan la défetise à tons hérétiques de se montrer dan le duché, il exceptait les Confédérés seuls et les Grisons, qui n'étaient liés qu'à s'afasteiljr de^parler religion et à dépaqueter leurs marohaudiaes devant rinqn!sition. •

* De 1570 à la fin dn siècle, les villes suisses avaient prêté 336,000 fi. ^ la couronne de France.

302 HISTCHRB DB LA SUlSfiB.

serrant plus qu'une [m>vinGe au-delà des A^ies, devait s'accoutumer à chercher son agrandissement dans la "Péninsule. Le flot vint , il est vrai , longtemps encore battre ces murs qu'il avait déjà si souvent frappés ; mais ce fut toujours avec moins de chances de succès. La grandeur de Henri IV rejaillissait sur toutes les villes suisses et retenait l'épée de leurs ennemis dans le fourreau. Les cinq Gantons la considéraient eux-mÀmes avec surprise. Pour achever de leur ôter les doutes qu'ils pouvaient avoir encore sur sa conversion , il ne restait au roi qu'à leur payer leurs arrérages ^ Le plus grand nombre des Confédérés voyaient avec joie se rétablir l'équilibre européen et se relever une couronne, leur alliée naturelle.

IL Un des premiers actes de Henri IV, après la paix de Vervins, fut de fixer le sort des protestans de France. Il leur garantit, par l'édit de Nantes, la liberté de conscience dans tout le royaume, et celle de culte dans les lieux où ils la possédaient^. De nombreuses places de sûreté leur furent laissées. Les ordonnances précédentes leur avaient procuré de courtes trêves; cellenâ devait leur donner la paix. Les deux partis s'étant discrédités par le fanatisme, la tolérance osa se montrer. La philosophie essaya ses pas. ,

Cependant le réveil que nous avons vu se manifester dans FEglise romaine continuait de s'étendre. En

^ La grandeur de la France n'inspirait pas encore de craintes. Berne senl avait éprouvé de Tinquiétode en la voyant, à peine relevée, mettit. par la conquête do pays de 6ex, le pied en-deçà do Jura.

* Il leur assurait nne part à l'enseignement, des chambres mi*partks» etc. 760 paroisses , 4000 gentilshommes suivaient encore la reiigioB réformée. Ils comptaient 25,000 hommes en état de porter les armes lorsqu'ils les posèrent,

UVRE X. GHAP. T« 303

gagnant la France, après les guerres civiles, il prit un développement nouveau. C'est dans les tempêtes sociales que les caractères se retrempent et que les âmes tendres s'ouvrent plus profondément à la pitié. Aussi vit - on apparaître de nobles âmes , la consolation de la terre^ et d'utiles congrégations se former. Les Ursu-^ Unes se vouèrent à l'éducation de leur sexe. Les Bénédictins de Saint-Maur consacrèrent leurs jours à la jeune noblesse, leurs veilles à de sa vans travaux. Le cardinal de Bérulle fonda les prêtres de l'Oratoire , du milieu desquels sortit l'éloquence sacrée. La solitude de Port-Royal se peupla d'hommes partagés entre Tadoration et l'étude , qui comprirent comme les Réformateurs la doctrine de la justification par la foi. Saint Vincent de Paule fonda les sœurs de la Miséricorde pour soigner les malades, et les missions, pour porter les secours religieux dans les parties les plus reculées du royaume. Les mains délicates des filles de la no-* blesse se prêtèrent avec joie aux services les plus humbles; le christianisme rend tout possible; foi toujours ancienne et toujours nouvelle.

Ces mouvemens religieux se montraient aussi en Savoie, Pendant qu'elle avait été française, cette province s'ëtait associée à la vie littéraire du royaume. L'académie florimontane, à Annecy, avait cultivé la poésie, l'histoire et la langue. Vaugelas en sortit ^ . Puis

* CI. Bottet adressait à Mad. Marguerite ces vers charmans :

• Ores que la yermeille aurore Repigne ses beaux crins dorés

Aecueillez-vous, nymphes , compagnes Des montagnes.

304 HISTOIRB Dfi hJL 8UIS6E.

les Jéraites s*éCaietit emparés de celte vie. Ils avaient fondé des collèges à Annecy^ à Chambéry, i La Roche, à Evian, à Thonon. De leurs écoles était sorti celui que déjà Ton nommait le « rassérëneur des âmes ^ » Ftaii-* cois de Saks faisait toutes choses sans hâte et sans ef* fort. « L'orgueil se cache sous l'extase, disait -il; de* meurez dans le chemin ordinaire des vertus ^. >i Gomme Jésus, il appelait à lui les enfaas et les donnait en exemple au monde. Comme Jésus, il parlait en images et en paraboles ^. Jeune encore, tel était son zéle^ il avait

Qai tenez ai^ntîns niisseaax ;

Oovres-moi v06 freschettes prôes.

Peintes des plus gayes coolears , Et ces corbeilles diaprées Par vos subtiles mains sacrées, Fettes rire de mille ûmrs, Qae Yoire main entortilloane

La conronne Promise d'un nœud immortel A la princesse Margnerite,

Qui mérite Que vous lui dressiez des autels. >

I/es Histoires de Ch. de Seyssd , la Sayoiaiade de d*Urfé» l' Amédéide ée Dal Bene, bien d'autres chants encore, {>armi lesquels je me garderai de nommer ceux du duc lui-même, sont des monumens de la vie littéraire de la Savoie à cette époque. Arch. Tarin. — BibL de l'Unipeniié. — Hiitoiré dt Breae de Giùehenon, article : Favre. GriUêt , Diciiomnairê éê Savoie,

« Grillet, I, 125.

' GEuvres de F. de Sales , édition de Biaise. — Lettres inédiles publiées par M. Datta. — Godeau, évéqnes illustres. — Vie par MarsolUer, panégyrique grossier et pourtant plein dTintéréL — Biogr. universelle. — Vie de Claude Granier.

* « Sans tant se sonder devant le visage de Dieu, ne lui demandons de jouir de lui phis qu'il ne se donne. •

▼isité Bése à Génère , espérant de convertir le vieillard. Sous un visage aussi doux et ausei riant que le sien, la dévotion osa se mcmtrer dans les eours. Toutefois le fils des montagnes fuyait le grand monde, et repoussa la pourpre^ qui l'eût entraîné trop avant dans les embarras du siècle. Claude de Granier, évèque de Genève, avait [Mris le jeune homme pour son conseil , avant qu'il f&t son successeur. Charles Enifimanuel , ayant résolu de ramener le Chabtais à l'unité, ne trouva que François de Sales, avec quelques capucins S qui voulussent l'entreprendre. Sales marcha sans bruit sur une terre fumante encore, parmi des peuples désolés. Poiat d'injures ni de violence. D'Hermance et ses hom-*mes d'armes avaient Tordre de lui prêter appui ; mais Sales eût voulu n'employer pour arme que la parole. Il en fut ainsi pSusieurs années , durant lesquelles il gagna ifudques âmes. On en vint à chasser les ministres, à proscrire leurs livres, à récompenser les conversions ; cependant le GhaMais ne revenait point encore. A la fin, le duc se montra. Le saint s'y était pris selon Dieu , le prince agit à la manière des hommes ^. Par saB-orduss, la place qui aboutit au temple des Augosdm, à l%ionon, fin couverte de tentures ; la messe fut pvéparée dans le chœur, sur deux autels, et des in-

^ Eatre «litre» le père Chéniliiii. -^ A/cî» diapntationis Jinèitc cam quodam minîstro iitareitîco» I4SS. — iMIre da ^d'AvaUy. -f-- Hgréftble nouvelle à tops Jsons catholiques, i598. Ma$, de la BibU de CUnivereifé de Twrin, — GfllUa christiaDa, Epiae. Gen. — HotUnger , 972.

* |je|>«ideJ5«l«, daiit«a)»réliace^ Hfre de l'Atnonr dhdn, ne peut trop admirer la Justice du duc , sa grandeur et sa débonnaireté. Tout bas , il disait à la mère Angélique de Port-Royal , en confidence : « le duc est un prince habile selon les hommes , perdu selon Dieu. • Il y ent dans St.-Fr«nçois du Fénelon , du Montaigne et du Maxarin. Il me rappelle CaKio par le contraste.

Page 1