XII. ao
dulgences pléaiéres furent publiées. Le 21 septembre 1 598> les évèques de Genève et de Sion s'avancèrent. On bénit les croix, les vases. Les voûtes se . couvrirent de festons. L*oraison de 40 heures commença. Alors arrivèrent de toutes parts des processions , portant les saints mystères et récitant des vers pieux. Il en vint d'Evian, de Taninges, de Bellevaux^ de SaiBt;-Cergues. Ce village^ le dernier à abandonner Tancien culte^ avait été le premier à le reprendre. Au milieu de ce mouvement, le duc et le cardinal de Médicis descendirent de Hautecombe. Autour d'eux se déployèrent un ciel, aox étoiles d'or, et de riches tapisseries, sur lesquelles de grands peintres avaient représenté la vanité des ckoses humaines ^ . Le duc s'assit. Suivi de quelques bourgeob de Thonon, le ministre Pierre Petit, la iète nue, fléchit les genoux et fit abjuration. Les voûtes du temple retentirent des cris : « Poean ! Pcean ! à l'Apollon éler^ nel I » Les processions recommencèrent. Des ambassadeurs fribourgeois ^ portèrent le poêle avec le bâtard Amé de Savoie. Tout-à-coup une nue passa, s'entr'ouvrit, et laissa s(»rtir de ses flancs une colombe blanche, portant des vers français à la gloire du prince, des vers latins à celle du cardinal. François de -Saks prêcha sur le texte : « Ce que je vous dis est esprit et vie ; » il dirigea contre la Réforme une parole qu'elle avait souvent employée contre FÉglise romaine. Lorsqu'il eut dit, le duc se leva. Il fit ranger les catholiques à sa droite, et se tournant vers les impénitens, demeurés à sa gauche, il les tança dans sa colère. Ses gardes
* • Entre antres deux grands squelettes de plate peinture, miroir da vanités du monde, si bien foriectans qu'ils semblaient. plein relief. •
> J. Meyeret Nie. de Diesbacb. Manuel dm Conseil 4U Vribowrg.
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reçurent l'ordre de les chasser de sa présence et de ses pays. Une grande croix fat plantée^ le soir encore^ pour signifier que l'Eglise romaine reprenait, après soixantetrois ans, possession de la rive du lac ^ . Des ambassadeurSy accourus de Berne et de Genève, les traités en main, firent entendre une protestation inutile.
Dans les Gantons , la semence répandue par Borromée portait ses fruits. La foule se montrait assidue à la confession. Les Jésuites se voyaient obligés de modérer le zèle des pénitens ^. La presse publiait successivement les vies de tous les Saints de la légende helvétique, l'histoire des monastères les plus célèbres et celle des pèlerinages les plus fréquentés ^. Ces écrits étaient partout répandus. Ceux qui traitaient d'autres matières ne recevaient pas d'accueil. Aussi quelques hommes cultivaient-ils seuls , et dans le silence , des sciences méconnues. Baptiste et Renward Gysat, à Lucerne, avaient hérité de l'amour de leur père pour les patientes études et le léguèrent à leur neveu Léopold. Baptiste était mathématicien et poète. Il nomma plus d'une superstition par son nom^. L'abbé d'Einsiedlen, Augustin Ab Yberg^ écrivit les annales de Schwyz
* Dans larae jadis de la Croix. • 0 merveille! on vit, sans engins , cette croix se dresser sans effort sous la main du doc. » Agréable nonveUe d tome bom cathoUqme$,
* La violence avait introduit la réforme dans- le Chablais , la violence l'en expulsa. Le traité de Nyon réservait la religion ; mais Berne , en le rejetant, s'était privée du droit de l'invoquer.
* Littene annus soc Jes; p. 187. Les Jésuites fondèrent les »odaUié$ mariani4fU9Ê, des caisses pour les proséljrtes, etc. — Beaucoup de prêtres étaient étrangers; les fils du pays n'aimaient que la guerre. Le maitre d'école était d'oidinaire un vieux soldat, son salaire celui du chevrier.
* Lncema litterata. — Len. — Le premier, Baptbte Gysat observa la comète de 1618. FeidUr, hUt. attron., 448. — Léopold est l'auteur de la Description du lac de Luoeme.
308 histoihb de la suisse.
tandis qu'un des conventuels, Christophe HarltHâ&n** retraçait dans un latin élégant leli hnnales du monastère. L'amitié les unissak à Guilliman S de Villa Suint- Pierre, prés de Romont. J. J. de Staël ^^ ehatioelier de Soleure, ayant <liscemé dans le jeune Fribourgeois le génie de l'histoire, le fit appeler à l'enseignement dans cette ville. Mais comme Sdleure était toute française , et que Tambassadeur de Henri IV y Qétr^sait du nom d'Espagnol tout ce qui s'opposait à se^nilieSi Onillrman , élevé à Paris dans leë doctrines de la Ligne , perdit sc^ écoliers et se vit réduit à s'éloigner de sa patrie^. Professeur^ Frihevirg'en'Brisgau, il 'écrivit, les yeux tournés vers tes montagnes, ses a Anti^piités^ i dédiées aux treize canton^. Stumpf, 5J9 ahs anpaMvaWt, avait fait hommage aux ^Confédérés du pesait vélntoe, plein de son érudition ; ils lui avaient 'téttidigntf lenr Teconnaissance po'r leurs dons et pfàr 'lemhs éloges ^. D^ux siècles plus tard, Jean Mutter offrit 6 ses odlapGitriotes de venir achever leur histoire au milMi d'eux y au prix d'un modique salaire; 41 leur siiffit*dfe la gloire qu'il répandait tut letlt* nom-, sans 't{uHls se crussent obligés envers sa personne. En 1598, 'le M ouvrage de Guilliman fut accueilli plus mal encore ^.
* De Fraaenfeld. Le livre des annales Diipartf IMtristaNlMIsieirii pmrttt Pribonrgen Brisgan, 1612.
^ Son nom était Vl^illeniain ; il le latinisa. Il arvait en une bootse d'étudiant à Paris.
' Stiel représenta 82 fois Soleore en diète. Sans JtmÉb tèeqpter b place de chef de la république, il ta goatefna par ses latthlifes.
* n perdit la boargeoiâe que Staël loi avait fait donner. Il fdt & Soleore de' 1591 à 95. Les écoliers s'étaient partagés en deax eamt».
* BnlUiiger ï Vadian.
* Un jour qne des villageois snisses le TBeonnoreDt, ili vôQtannt k jeter à l'eaa; il avait mis en doute la vérité de l'histoire de TélL ÉiM.
UVRS X. CHAP. V. 30^
Bks3é dans 3e& seuUmens les, plus cbiers^ récritvain fit servir aq plus vil usage les feuilles d'uoe histoire abc^ée desi Cooféd^rés^ à Ui manièpe de Florus,^ à lacfueljie il travailla^it. MuUei? et lui jugèrent que les Sui^^ àe leur siècle ne mentaient pas d*avoiir des li^slp^iens ^ Ui^ai et Vautre ils reçurent de Vétranger lea UonAenra qu'Us n'obtinrent pas daj^s leur patrie. L'empereur RodolpbiS non^m^ GuilU^jnan. S09 conseiller et l'hi^ripgraphe de sa maispn^ Goldast^ paqvre gentilhomme thurgoyien, paya pareillement d^ l'exil son amoi^r pour une muj^ingratie : Vhomme qui le poremier a jj^t/ë du jour suff le^ origines du droit g^mtEVuque tr^tn^ 4au$ la misère une vie ayeutureusp ^.
lia littérature religieuse seule était payée d'estime. Les ponces, la. protégeaient. Ils gouverpaiept les Canto^a catholiques avec une sagesse que l'expérience leur avai( enseignée. Les magistra.is suisses, dans lieur igno-
Tigurina , p. 28. — Moréru — Gasler, sur sa vie et ses écrits, Vienne 1788. Ses Habêpurgiea ont para à Milan; ses cinq livres D« rebuâ helveticU se trouvent dans le Theiaura» ki$t, heh, ; ses poésies jdans Molnar imc pou. et Danumu amphiik, êopieniÙB. Noos attendons une biographie de Gnillimann, de M. Dagnet, jeune littérateur fribooigeois.
*■ m Bien que je reçoive à Mayence un honoraire considérable, comn» je saia que vivre dAna ma patrie est le moyen d'en écrire Thîsloîre« ei que je ne sais pas un plos noble empLoi de ma vie , j'irais, s'ils me fûsûsDtoeni lonia é» pension. Qu'arrive^t-U coudant? L. Exe. »'«6swnbkint; on dinit une di^ de Pologne. On déclame contre l'idée 41'appeler un homme qui n'^ pas bernois , contre moi qui m emnaU pas ém iwU thUio»€ $m$9e.... /aurais tout sacct6é si j'avais oblenn de quoi exister en Suisse avec indépendance. Ils ne l'ont pas voulu , et j'en conc)iw quHk sont peu dignes d'avoir des historiens. • Lettres dm Si février ei d^ A«' noOi i7S7.
' De Heiminsfeld. — Ses écrits : Scriptores rerum gennanicarnm , 1616; Goprtit. imperii, h folio. — Catalogues Bil^ GokLastianae ; Fraofiofurti* — GoMisti epistol»,* p. 585 « « Odiosam dissidium a jesailis excitaium. • — Epist. ad Goldastum. — Nicéron, XXIX.
rance du droit canon , avaient quelque temps eu de la peine à discerner les limites de leurs obligations comme fils de rÉglise et celles de leurs devoirs conune pères du peuple. Mais un sens droit leur avait bientôt appris à repousser, comme l'avaient fait leurs pères S Texoës des prétentions ultramontaines. Us s'étaient réservé b coUature des bénéfices et l'examen des mandemens de FÊglise. Ils avaient fait justice du privilège , que réclamaient les clercs, d'être exempts des tribunaux civils. Ils venaient, récemment encore, de rqet» le légat de Clément VIII , parce que ce pontife refusait de reconnallre une dette de 40,000 couronnes , contractée par son prédécesseur ^. U devenait proverbial à Rome de dire : « Les Suisses doivent être laissés à leurs us et à leurs abus '. » Dés lors les instructions de h cour romaine à ses envoyés furent marquées au coin d'une singulière circonspection. Elles portèrent^ : ce Travaillez à accroître notre empire par la modération et la douceur. En mettant indistinctement la main à tout, on fatigue , on provoque la résistance* Le cristal est moins fragile que la matière des deux juridictions. »
* Entre antres à Sempach , en 1S70, et à Stantz, en 1&80.
' Par Grégoire XIV. Clément VIII renvoya les Cantons an cardiDal Gajétan, qui avait contracté la dette. Un fit arrêter deox neveux ih cardinal (1592). Grande colère de tons les Gantons. Les cinq demandent à Berne « de saisir les revenus pontificavx snr ses terres. • Berne ne wA ce qnlls vonlaient dire. D. Miisiven, Cinq ans les légats trouvèrent fcmé pour eux le passage du Gothard. Rome céda. Encore Délia Torre ne fut-il pas reçu à Luceme sans nne vive opposition.
' • Bisogna lassiar gli SvizEeri ne loro usi ed abosi. » — « Le AIpi son per gli Svizzeri et gli Svizzeri per le Alpi. • BenêivogUo. -^ Baiikë- :ar, Hetv.jura cirea sacra,
* Scotti Helvetia sacra. — Le cardinal d'Aquino à Tévéqne de Foligno. — Instructions diverses. — Raccolta di rapporli , atli , lettere. mctnoric, 1601-23.
Le nouveau nonce , Délia Torre^ se Gonformantà ces ordres, montrait une grande patience. Il saluait chacun. Il supportait de longs, d'ennuyeux discours. Il donnait fréquemment de ces repaa, prolongés jusque dans la nuit, dans lesquels les Suisses, comme les vieux Germains, aiment à traiter des affaires. Il se montrait grand admirateur des exploits de la nation et dé la sagesse de ses institutions républicaines ^ Il savait à propos doimerdes draps, des anneaux, la chaîne ou Téperon d or. Autre façon d'agir envers les Cantons populaires, autre envers- les sénats des villes. Dans les états catholiques, il répandait librement ses largesses; dans les réformés, il se servait d^entremetteurs* Comme les députés en (tiéte votaient selon des instructions ^, il n'y laissait porter aucune ai&ire sans avoir pressenti chacun des Cantons. Loin de la manière d'agir des ambassadeurs de France, il se gardait de promettre ce qu'il n'eût pu tenir. Les Pfyffer à Lucerne, Lussy dans l'Unterwald , Béroldingen chez le peuple rusé d'Uri, à Schwyz le riche et puissant Réding, étaient à sa dévotion. Gallati lui appartenait k Glaris, Tanner dans l'Âppenzell. A Soleure, il comptait sur le chancelier de Staël; à Fribourg, sur d'Affry, et sur toute une noblesse guerrière, factieuse, qui devait à l'usage des deux langues de s'ouvrir facilement le chemin de la fortune.
^ « Dans une république aucun citoyen , fût-il le dernier, n'est à mépriser. Salues donc chacun. N'épargnes à personne ses titres. Gagnes les greffiers. Saches passer sur des impertinences quand nous avons besoin des Suisses ; en d'autres temps, leur faire acheter chèrement leur pardon. Ne laisses pas un long temps s'écouler sans visiter les bailliages mixtes pour y rappeler les peuples à la révérence. »
^ Les idées sur la compétence des députés et sur celle de la diète étaient plus vagues encore et plus flottantes que de nos jours. — Zurich
Les évéques secondaient sa politique^ mais non tous avec succès. Pierre Rascher^ évèque de Coire^ Tirait à Feldkirch kin d'un peuple tumukueux. Ses chanoines s'étaient dispersés ^ Dans le Valais^, les protestans , braisant l'évèque et le Conseil , se riaient de rordonoance qui les bannissait du pays. Ils portaieM le peuple à rejeter Tallianoe Borromée y pour renouTekr ses traités avec Berne et s'unir avec les Grisons'. Jean Doroz avait succédé à Gorrevaud dans le titre d'évéque de Lausanne, sans pouvoir ol^nir, non plus que lui, d'établir son siège à Fribourg^. Au nord, l'évèquede Constance, André, fils de l'archiduc Ferdinand > revendiquait la souveraineté des communes thurgo-viennes d'Arbon, d'Eynach, de Hornet de Roggwyl, pour pouvoir y rétablir la messe ^. L'é vaque de Bâle,
siégeait au fauteuil , puis les cinq plus anciens Gantons sur nne estrade quelque peu élevée. Le bailli de Baden comptait les voix et décidaif en cas d'égalité. Le chancelier de Baden tenait la plume.
^ Brève infomiatlone delli Cantoni.
' Helvetica de Leu, dans la Wasserkirche, à Zurich : Correspondances des cICKgés des villes avec les réfbraiés du Valais. — Hotlinger, tSA. — Slettler, 405, Ui. — Miaistri Bernâtes ad Tigun 17 déc. i»93. —Bannis par un décret de 1592 , les réformés demandèrent fièrement «poor quel crime on leur ordonnait de regarder leur patrie par le dos? •
• En 1600.
* Mas. de l'évéqne Leniboorg. Le nonce poussait FHboarg k demmider le partage des bailliages qu'elle possédait avec Berne* liais Ftiboorg n'obtint pas l'appui des Confédérés et refusa celui que lui offrit FEspagne.
s Hottinger, 965.— Puppikoffer, 160.— il offrit à Zurich une dispute, qu'elle n'accepta point , r^tdant la came comme jugée. L'évêque n'en publia pas moins des Adu de la DUpnte. Le bruit fut répandu que fantistèsLéemann, préchant dans la cathédrale de Zurich, avait invité le diable à l'emporter si la doctrine catholique était la vraie , et que le diable l'avait aussit6t saisi, en présence de l'assemblée. Zurich dut descendre à se justifier par un manifesté allemand , latin et français. — L'au-
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GhristofAe Blarer^ continuait de traTailkr à reconsti* tuer son diocèse. Après avotir étouffé ta Réforme dans les conunanes voisines de Baie y il s'était tourné contre Bieime et la Prévôté ^ Il avait d'abord essayé d'^e^ ver aux Biennoîa les franchises, qu*iU devaient à l'empereor Rodolphe^ et leur droit de bannière sur TErgiiel. N'y ayant paa réussi y il 6Stsii à Berne ses droits souverains sur Bienne , pourvu qu'dle renonçât à son alliance avec Mootiers^. Berne accepta^ en réservant la religion et les frandiises de ses combourgeois. Vive irritation à Bienne, qui craignit de perdre son indépendaiice. Vives plaintes auprès des Confédérés, qui, re* doutant de voir Berne acquérir un double suffirage en diète y cassèrent la convention. Blarer , semblable au renard , qui n'abandonne une proie que pour tourner autour d'une proie nouvelle , reprit aussitôt le dessân d'amener Bienne sous sa loi. Dans de petites républi-^ ques , il suffit d'un homme adroit pour émouvoir toute une bourgeoisie inconstante. Henri Thellung^sutinspi* rer à ses condtoyens une crainte si vive de l'ambition de Berne, qu'ils se jetèrent en aveugles dans les liras du prélat ^. Blarer vint recevoir leur hommage ^. Il eût
tonomie des territoires empêcha probablement les Cantons d'avoir le sort de la grande partie de l'Allemagne. En diète , on s'était fait la règle de ne point traiter des matières de religion.
* Stetaer. S6I à 441. ^ Hottinger, »56. — Recès des diètes. — ApoL de Berne. — Vtterl. SIg. (ans brieflicben documenten ). — Der Bielersche Tansch. •— Horel , l'évèché de B&le, iOi.
^ D^a révèqne, ayant fait ratifier l'échange par le pape et l'empereor, travaillait à ramener Montiers an catholicisme. Les Confédérés rompirent le nœud qnlls ne purent dénouer (1606).
* Receveur du prince.
* Des députés de Berne, l'avoyer Saguer à leur tétc , ne furent pasécoutés.
* En 1608.
accompli la réductioa de leur ville , si la mort n^eût arrêté le cours de ses conquêtes. Tout ce qu*il possédait eu mootant' sur son siège consistait en un titre et de faibles revenus. Il avait relevé l'épiscopat, accru ses domaines^ fondé les hauts fourneaux d'Ondervillier et de Gorendelin. Les anabaptistes avaient été accueillis , les temples ornés. Il laissait l'évéché florissant à son successeur , Ringk de Baldenstein. Déjà les Biennois , dans le regret de leur précipitation , s'étaient reportés vers Berne. Des arbitres ^ nommés par les Codfédérés ^ fixèrent le sort de leur ville ' . Elle ne conserva sur TErguel que la juridiction militaire. La juridiction civile, les dîmes et la collature furent adjugés au prince. Il s'engagea à laisser les Ergueliens dans Texercice de la foi réformée. Dès lors, chaque année, le jour nommé celui « du serment^ , » Bienne renouvela son hommage et le prince jura de respecter ses privilèges.
En même temps que les évêques suisses battaient la Réforme en brèche, d'autres ennemis l'attaquaient, dans l'Âppenzell , au point de rendre nécessaire la séparation du Canton en deux états ^. Les deux communions avaient vécu 50 ans en paix : les évangéliqu€S voués à l'industrie, les catholiques au service mercenaire. Des vieux croyans habitaient dans les Rhodes extérieures , des protestans dans le bourg d'Appenzell. Même gouvernement. Des étrangers n'étaient pas encore venus faire aux deux confessions une religion de
* La sentence est connue sous le nom da traité de Baden (1610). ^ Scbwœrtag.
* Uelv. Bibl. IV, 50. -^ Stettler, 589, 596.-- Scbeuchier, Ult. belr. 104. — An. — Valser. — Bischofsberger. — Surtout Zeltvegaer. Gescbichte von Appcnzell , III , 1.
se hair. Le commerce était la igrande affaire. La jalousie qu'inspirait la prospérité de Saint-Galt était, pour les démagogues y la passion la plus féconde à exploiter. Un jour 9 un homme dont les joues colorées trahissaient la violence, Bucheler, s*adressant à ces sentimens de haine , s'écria tout^-coup dans la landsgemeinde : « Choisissez pour magistrats des hommes honnêtes, et non des voleurs. » Pressé de s'expliquer, il déclara savoir que les chefs du peuple avaient remis aux Saint-Gallois, pour le prix d'un quarteron d'argent, une bannière conquise sur eux dans le combat du Yœglinseck et des titres qui affranchissaient l'Âppenzell des péages de Saint -Gall. L'homme qu'attaquait cette invective était le landammann Isenhout, qui, pendant 26 ans, avait su maintenir le pays en paix et s'était acquis dans les diètes Testime des Confédérés K Accusé d'un crime imaginaire, et devenu tout-à-coup l'objet d'autant de haine qu'il l'avait été de respect , le vieillard de 70 ans se vit réduit à fuir. Le peuple fit rechercher dans ses archives , à Saint-Gall, dans les Cantons, la preuve de ce qu'avançait Bucheler. Des magistrats, des vieillards furent mis à la torture : ce fut sans résultat^. En ces circonstances, les Saint-Gallois élevèrent de trois schelings le péage sur les toiles, a Sommes-nous donc leurs serfs ! » s'écrièrent les Âppenzellois. La guerre allait éclater lorsque les Confédérés', par une sentence, dé-
* L'on dit qoe la haine de Bncbeler s'alluma le jour qu'il vit Isenhout, dans un pit>cè8 d'Appenzell avec Oberrîed, se refuser & faire usage d'antres armes que de celles de la vérité.
' • Quoi ! nos pères auraient été menteurs , qui disaient avoir pris une bannière surSt.-Gall, au Vœglinseck. »
* Bien des dièlcs s'occupèrent inutilement de cette affaire. 11 étatt
31 6 MISTOIRR I>E .LA SUISSE.
cbfèreDt Thonneur des deux éuts inatiaquaUe, reconniirent à Saiai-GaU le droU d'ajouter à $<m pi^ge et iiKvîlàreat les ÂpfieDzeUois à punir Bodielar. Plusieurs années les hoanétes gens sivai^nt vécu sous le joug du démagogue. Lie peuple détrouipé le condamna à 200 florÎM d'amende et a la perte de Vhoaneur. Mjôs rimtatîen contre Saûit^Gall ne toml^ pas avec le crédit de Buchelev. Le bruit ayant eour^i que , dans un almanadb^ publié à Saint -"Gall, Tours d'AppeoaeH était repréacvaté sans le s^e de sa virilité , la foreur fut extrême. Les bannières furent déployées. Il Ëdlut toute la sagesae de f abbé Joachim pour récopcitier les partial A.u reste ces dSférends n empêchaient pas TAp* pnaeU de croître en prospérité. T..es Rhodes catholiques, il est vrai, moins industrieuses que les réformées, ne les égalaient pad en richesse; aussi leur portaient*«Ues la mê«ae er^vîe que celles-ci «oanifestaÂent contre Saint-GaU; mais ce sentiment n'avait pas tronUé la paix du pays ^.
Le& premières haines religieuses» éclatèrent après un séjour du nonce Buonomi. Pes placard^ contre les hérétiques furent affichés par Conrad Tanner, élevé dans la Réforme , et qui avait embrassé le cathoVcisme en même temps que la carrière des armes. Les hommes
éduppé à Vaditn de dire que let Appenulloi» n'avaient pas conoJbaltn sans perdre aussi qaelqoe drapeau. Noaveaa crime. Il fallut qu'une déclaration de la diète mit leur honneur à l'abri. — Un SL-Gallois avait dit , assurait-on , que les Appenzellois faisaient leurs veaux eui-méraes. Vite une ambassade à SL-Gall.
* L'almanach fut supprimé. 30 mu 1579.
* Les pensions de France furent versées dans la caisse de l'État , à la demande de Kœlbener, le forgeron. ZeUvoeguer, )54. Nous avons m les Appenzellois se racheter de presque tontes servitudes ; entr'autres do droit de meilleur calel , pour le prix de 5,000 florins.