‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 5)Chapitre 39 sur 75 · CHAPITRE h · texte numérisé non relu

CHAPITRE h

LBS CX>NFBDÉRÉS DURANT LE RÈGNB DE HENRI IV.

Renouvellement de l'alliance française en 1602.-^ Philippe III et Charles Emmanuel. — L*escalade. — Lutte de la France et de l'Espagne dans le Valais. — Leur lutte en Rhétie. — ^ Anciennes et nouvelles mœurs. — Hartmannîs et son essai de réforme. — Alliance française. — Alliance vénitienne y 1603. — Le fort de Fnentès. — Tourmente populaire. — Pascal , ambassadeur de Henri IV. -^ Conseil secret. -«- Levées de Venise. -^ Soulève-^ ment. — Béli et Baselgaé — ^ Vaines menaces des Confédérés. — Pascal demeure le souverain de la Rhétie. — Lutte des deux partis en Suisse. — Martin Duvoisin. — Affaire de Gachnang , 1610. — Langage impérieux de Henri IV. — Guerre des oeufs de Pâques. — Les projets de Henri. — Sa mort. -^ Deuil chez les Confédérés.

La pait de Vervins avait suspendu la lutte de la maison d'Autriche avec la France , mais ne Tavait pas terminée. Cette lutte ^ engagée entre François l^ et

Xli. !20

Charles Y, continuée par Henri lY et Philippe II ^ n'a cessé que lorsque Louis XIY eut contraint l'Espagne affaiblie d'entrer dans Torbite de sa gldre. C'était dono encore une trêve que les partis avaimt appdée ' du nom de paix. Les armes n'avaient été posées que pour les fourbir. Henri lY envoya des députations en Angleterre ^ en Hollande y aux« princes d^AUemagne , aux Cantons. Le dix*-septiéme siècle s'ouvrit en Suisse par l'arrivée d'ambassadeurs chargés de solliciter le renouvellement des alliances.

Le roi de France avait licencié ses régimens suisses comblés d'éloges^ mais sans les payer. Il s'était contenté de retenir les ntieilleurs eapitaines et éeux compagnies auprès de sa personne. Tel officier ^ y qui avait employé sa fortune à lever et à entretenir sa compagnie^ était revenu léguer à ses descendans sa pauvreté et le

honneur d'être de génération en génëratk» les créanciers de la Franœ. Les dettes du royaume s'élevaient à 300 millions; 36 millions étaient dus aux Suisses^. Dans ces circonstances^ Méri de Yic', »voyé du roi ^ peignit sous les plus brillantes ooideors la gloire de sa cour. Il n'y était question que de danses et de festins. Plus d'esercioes que la chasse , pin» de

« VMier, entt^tatra, 8*61111 rainé à lever «oniégiBMit T9élk$^àL > I]PapTèB StaUy. — Daniel, 1605.

* D^à Morfontaine était yenn, peu après la paix, promettre anx Confédérés, « pour calmer lear appétit, » des assignations sur les monlins d'Anvergne , les seb de Boiirgc>gne , etc. — Ses instmctions loi oidonnaient « de n'être point aussi libéral en promesses qn'on l'aTait été ; de ne pas laisser parler des défauts da roi ; de gratifier ks 6aiu et faire espéraanx antres qn'ib seraient bien reçus ; de prêcher Tunion ôontie le Tore ( lek espagnols ), et d'ëmpécherle mécontentement des Ciantons de tourner as profit de TEspagne contre la France,

guerres que celles d'àmôur. Un déplaisir troublait seul la félicité de cç régae : c'était le chagrin du prince, de ne pouvoir faire pour ses amis ce qu'il eût voulu. Aucun de ses prédécesseurs n'avait aimé comme hii les Confédérés. Aucun n'avait conquis son royaume à leur tète , et fait y comme Henri IV ^ l'épreuve de leur courage , le vrai fondement de l'amitié dans les âmes généreuses. L'ambassadeur Conclut eh demandant aujc Cantons leur alliance et 6,000 hommes.

^i les Suisses n ont pas la vivacité de l'esprit français, ils n'en sont pas moins avisés dans les affaires. Lacédémone sut mieux qu'Athènes et que Florence parvenir à ses fins. De Vie eut beau prêter à toutes les plaintes une oreille patiente; il eut beau presser les mains même les plus endurcies par le travail < ; il n'avança que peu la calise du roi. Le duc de Fuentès^ gouverneur de Milan, semait, de son côté, les doublons autour du Saint-Gothard. Henri IV crut devoir envoyer Sillery joindre ses efforts à ceux d'un premier ambassadeur. Sillery jugeait plus facile de traiter avec les hommes les plus subtils des autres dations qu'avec les montagnards froids et circonspects des Hautes- Alpesf. Dans cette idée^ il recourut à tous les moyens de Fart de persuader. 11 montra les Espagnols jetant la discorde chez les Cantons ; la France comme le plus ferme lien des Confédérés entre eux. Il réveilla les sympathies des deux peuples. Passant à Féloge du prince, de sa sagesse, de sa force, de sa clémence, il fit voir à combien de titres il avait mérité le nom de

* « Si dares que Narica eût doalé si elles servaient pour marcher on pour ioacker. • « Ils aiment les darif^dês pins que Darius. • — De Vie avait le spirituel Daniel l*Ermite avec loi. Contervûtem' $ui$te, VU, 79.

grand. Il rappela aux représentans des Cantons tant de courses de guerre^ de tranchées, de batailles, de poursuites après la victoire, auxquelles ils s'étaient trouvés ensemble, le monarque et eux ; et quand il les vit frémir d ardeur guerrière, il nomma Biron , qu'ils connaissaient tous, Biron, qu'aucun chef ne surpassait en naissance ni en prouesse, comme étant Tambassadeur extraordinaire dont le roi de France avait fait choix pour l'envoyer renouveler les traités. Un million d'écus d'or le suivait.

Biron, après avoir été promis longtemps , arriva en Suisse dans les premiers jours de l'an i 602. Des sdgneurs et des gentilshommes l'accompagnaient en foule. A son passage à Baie, le fol et brillant essaim se donna le divertissement de parader dans la ville ^ vêtu des larges fraises et des manteaux à grands plis , dérobés à la gravité des membres du Conseil ^ Une diète extraordinaire avait été convoquée à Soleure. Biron se lÀta d'en réunir les députés autour d'une table splendidement servie. A la vue de cette magnificence, ù celle de l'homme qui les avait commandés si souvent dans de glorieuses journées, nos Suisses, vieux soldats pour h plupart, se crurent transportés à la cour de France^. Ce n'est pas en Perse seulement que boire à longs traits passe pour vertu. Biron commença par se montrer en ce point l'égal au moins de ses convives. Puis s'adressant à ses compagnons d'armes : ce Si la France, dit-il, doit avoir quelque nation pour alliée, c'est assurément

' • La multilade de pies qui s'étaient mcmtrées à la fin de Ttatomne avait présagé l'arriTée de ces hôtes. »

* Tontefoîs ils déclarèrent « qu'ils n'anraient dn coanige à boire qu'apr(» l'arrivée du million qui leur était promis. •

celle qui toujours a joui de la plus haute réputation dé valeur. César déjà ne parle des Helvétiens que comme du peuple le plus brave du monde. £h bien, scellons la fraternité des fils de la vaillance. La France est le pays où la monarchie est le plus tempérée par la liberté. La Suisse est la terre où les libertés sont le mieux pondérées par la raison. Quoi de plus naturel que Tunion de la première des monarchies avec la première des républiques ? Aussi Louis XI n^a pas dédaigné d'être appelé bourgeois des Cantons^ tenant à honneur d'appartenir à la nation dont les exploits ^ comme ceux des anciens Grecs^ étaient célébrés en tous lieux. Vous , de votre côté, vous ne sauriez avoir honneur plus grand que de pouvoir vous nommer les alliés du prince le plus illustre du monde. » A ces discours, à Varrivée de quelques voitures chargées d'or, les États catholiques oublièrent les premiers le lien qui les unissait à TEspagne. Us donnèrent la main au renouvellement du traité de 1 582. Us ne se contentèrent pas de se lier pour la vie du roi; ils le firent pour celle du dauphin. Les Cantons, les alliés signèrent ' . Berne, dans l'espoir de s'assurer des avantages particuliers, avait fait partir pour Paris Jean-Jacques de Diessbach, que Henri lY honorait de son amitié. Le roi passa plusieurs heures à entendre le Bernois parler des intérêts divers du corps helvétique. U lui promit la garantie du ?ays-de-Vaud et le renou-r vellement de l'accord fait pour la conservation de Ge-^ nève. Mais sa condescendance cessa lorsque Diessbach voulut l'engager à céder le pays de Gex. Henri reconnut les traités des Cantons catholiques avec l'Espagne

^ Le 51 janvier 1603, dtns le collège de St. -Ours.

et avçc Charles Emmanuel, à la conditioa qu aucun passage ne serait acoord^ à ses ennemis et que les soldats confédérés fussent appelés à jur^ de ne point servir contre la France. Les Gantons prot^t^ns S^ réservèrent le droit de rappeler leurs gens en cas de guerre de religion ^ Zurich s'était tenu seul à Vé^ cart^.

Tous 1^ points arrêtés , le roi , dans sa joie , exprima le désir de solenniser TalUance. Quarante^eux ambassadeurs des Hautes Ligues prirent le chemin de Paris. Partout^ comme en 1 bS2, l'hypocras, les jambons de M ayence et la harangue des magistrats ^. Les représentans des Cantons s'avancèrent vers le Louvre, à travers une haie de gardes suisses et françaises. Les cent-suisaes les attendaient sur les degrés. Le roi^ plus gai f plus cordial que jamais , serra la main à tous les ambassadeurs. U leur fit montrer les merveilles d« son

* lis prirent aussi lears précautions contre les conséqaences qu'on eût pu tirer de la mention du pape dans l'alliance. — Les nouvelles conquêtes du roi sur le duc de Savoie forent oonpvists dtns le traité.

' U se réservait toutefois d'agir selon les drconstanees « s.'ll airivaît que le roi fût attaqué et demandM son secours. »

* « H. de Montbason , duc et pair , accompagné de force noblesse , alla au-devant des ambassadeurs un quart de Uene hors des portes de St-Antoine. A la porte, ils. forent reçus par M. de fifontigny , gouverneur de Paris, et par Messieurs les prévôts des. marchanda et les écbevins, suivis de tous les officiers et archers de la ville , revêtus de leur robe de cérémonie. Le roi ne pouvait trop honorer cette nation belliqueuse et forte , nécessaire à l'appui de cet État, > Mémoire tréêvéritabU de ce qui tW< pané dêptUê Cmrripée de» amboênuUwrê de$ Liguss. Cktobrê iSêS. • Sitôt déboîtés, le roi leur envoya de sa maison trois bouteilles.^ chacun de vin excellent et de Thypocras, MM. de la ville deux de vin et deux d'hypocras; et ont continué sans faillir, avec 8 on 4 écus en argent, que le roi leur a fait donner pour leur menue dépense tous les jours. Ibi^ dem.

Page 1