LIVRE XU C0AF* i
règne. Les affidree se mélèrepl aux plaisirs. Les privilèges des marchands suisses furent confirmés. Heari dut promettre^ en cas de prélentions fondées de ressort tissaus des Cantons ^ de répondre devant des aiiiitres et de se soumetire à la sentence. Quatre cent mille éeus devaient être payés annuellement. Le 20 octobre , le serment fut {Hrété dans la cathédrale ^ richement fleurddisée. Saguer , avoyer de Berne , jura pour les Confédérés. Le roi répondit : « Aucun de mes prédécesseurs n'a connu comme^moi votre vertu ; comptei sur le roi de France , comme sur votre meilleur ami. » Pendant le repas qui suivit la cérémonie , il s'avança encore et, se tenant debout, but un verre à Phonu^ir de ses bons compères ^ Tous les assistans, les cardinaux les premiers , reçurent Tordre de Timiter» Les chaînes d'or, les médailles fuirent distribuées^. Puis lesandbas-sadeups reprirent séparément le chemin de leur patrie, les catholiques d'une part , les réformés de l'autre , oflBrant à l'étranger l'image de leur désunion. L'intérêt seul les avait rapprochés encore. L'intérêt les avait portés à une démarche que condamnait le sentiment national. Le dix-septième siècle commençait d'une manière bien différente du seizième.
* «El les amlMasMlettn lui firent raison, avec laqoeHe le roi s'en reioimia an Louvre. •
> De Thon, OXHX. *« Mercme français. ^ Mathieu, U, i6S, etc. Décade de Legrain,!. VUL— Pièces diverses, mss. dans la BibBolb. royale. — « le croyais que Palliance de tSOS avait coftté 8 millions ; mais Gneffier Bfapprend qifH en eoftta i,S00,OOS écas. • Labarde. — Alliances de Finince avec les Suisses , 884. — Stettler, &08. — Ghron. de Lucerne, mss. — Vaterl. SIg. — Gchs, Gesch. von Basel. — Groos. — Meyer's Scbw. Geseb. 471. — Zorlailben , VL — Len , IV, 424. — Cérémonial du renonvellement d'alliance, dans Milsoneao. ~ Mémoiress
360 HISTOUB DB LA SU18SK.
Tandis que ces choses s« passaient en France y les puissances du midi IraTaiUaient toute la chaine des Alpes. L'Espagne^ vaincue dans les diètes, cherchait à s'assurer du moins les passages des monts : cdui de la Valteline , chemin de Viorne ; le Saint-Gothard, qui ouvrait à ses soldats et à ses marchandises les voies du Rhin ; le Valais , une des portes de l'Italie , et la roule par laquelle elle pouvait secourir la Haute-Bourgogne. Le duc de Savoie , de son côté , n'avait pas perdu l'espoir de réduire Genève. L'ambassade suisse était à peine de retour dans ses foyers, que la nouvdlese i-épandit d'une tentative de Charles Emmanuel pour s'emparer de cette ville.
Depuis que Henri IV l'avait déclarée comprise dans le traité de Vervins, Genève s'était abandonnée à la sé<curité K Les gentilshommes de Savoie venaient de nouveau s'asseoir à la table des citoyens. Avec le plaisir reparaissait la vieille cordialité. L'arrivée de troupes espagnoles dans le voisinage de la ville donna bien
trëft-vériUibles ( BibL royale , Mortemar, supçï, ft5S ). — Ordre tenu cd la récqption, etc. — Marie de Bourbon, r^nte de Neochàtel, menait de moorir ( avril 1601 ) après avoir 28 ans gouverné le comté.
* De Thon, CXXIX. — Snfly, écon. royales, IV. — Journal de rËtoile, m. — De ViUars, oontinoé par MalLogre, n, 403. — Spon. — Gaichenon, h 737. -^ StetUer, 410. — Hdveda, IV, 110. — RegislRs de Genève , lOOS. — Simon Gonlart sor l'Escalade, commençant par : • Cité qnej'ai, d'ane ardeur indomptée, depuis trente ans si souvent convoitée, etc. » -r- Supplément à l'histoire de Gonlart -^ Relation de l'Sscalade.— Giunts divers, l'un à 168 couplets , sur l'air : m Rendons à Dieu l'honneur suprême. • — Arch. Turin , N^goss. oo Sniiieri , mai» m. Traités avec les Suisses, paquet VU. — « Cario Emannel ragnagliail conte di Boglio drca la morte di sno cugino, ucciso alla scalata, • daus Storia delli Âlpi maritime di Gioffredo, publié dans les M onum. hist. patrix , édita jussu régis Garli Alberti.
quelque inquiétude, mais elle fut passagère. La promesse que fit Berne d*un prompt secours, eut bientôt rassuré ^ • lies vexations des officiers du duc étaient pour le commerce un sujet fréquent de plaintes ; le président du sénat de Chambéry, La Rochette, vint offiîr ses services en C01U* pour obtenir un mode de vivre qui les fit cesser. Que craindre encore? On ne ferma plus alternativement la porte Neuve et celle de Rive. Cependant, dans la nuit du 21 décembre, la plus longue de Tannée, les mêmes bommes qui, durant le jour, avaient fatigué les Genevois de leurs prévenances, s'assemblèrent,, bien armés. Le duc avait passé les monts ^. Lorsque la nuit fut le plus sombre \ quelques mille bommes , Télite de ses armées , s'avancèrent jusqu'à Plainpalais. A quelque distance de la porte Neuve , d'Albigny , qui commandait , fit mettre pied à terre à 300 cavaliers, gens de marque pour la plupart, destinés à escalader les murs. Ils s'approcbent de la contreescarpe , descendent dans la boue du fossé , passent
^ En septembre. Genève pril à sa solde Du ViUards, gentilhomme dauphinois. Berae tint 400 hommes prêts à marcher. — Le duc de Bouillon se trouvait à Genève, fuyant le ressentiment de Henri IV. — Biron , gonvemenr de Bourgogne , devait , disait-on , • amener an doc des gamemens de Bourgogne. • Supplément à GotUart. « Disse Rochett^, un secondo Sinone, vivessero pure licti et siccori , perciocchè nissum vicino avevano che fosse più di G. Emannele , solUcito délia libertà loro. • Botta, lîl, hk9.
' Le doc était à Estrambiëres.
' Pé onna nay qu'étivé la pé nairé
Y veniron, y n'étai pas pé bairé»
T étivé pé pilli non maison , Et no tûa sans aucuna raison.
Onna bella demanzé Pé on matin que fassivé bein fray.
Sans le bon Dy nos étîvon tos pray.
362 HISTOiaB DB LA SUISSB.
sur des daîes; trois échelles , garnies de polies sour^ des^ sont dressées ; elles étaient teintes eo nw* I et faites de pièces emboîtées , de manière à pouyoir s'aUon* ger ou se raccourcir ^ A mesure que les hommesd'armes se succèdent^ un jésuite écossais ^ le père Alexandre , les encourage : « Montez , montez : chaque éôheloii est un pas vers le ciel. » En même temps il lew remet des amulettes , préserratif assuré contre une mort rù^ lente ^. Sonnaz s*élance des premiers : il atait à veiiger son pére^ tnë dans le combat de Monthoux. WatteviUci sire de Yersoix^ le suit ; puis Brunaulieu , Tauleur du projet. Picot porte en main le pétard destiné à faire sauter la porte Neuve. A mesure qu'ils arrivent , ils se couchent^ serrés^ sous les arbres du parapet. Quand les trois cents ont presque tous gravi la muraille , d'Albi*^ gny dit tout bas : « La ville est à nous I » On court porter au duc la. nouvelle du succès.
Mais au moment où Charles Emmanuel croyait tou-* cher au triomphe, Dieu^ est-il écrit, abaissa ses regards sur ses pauvres enfans de Genève. Une sentinelle, à la tour de la monnaie, entendit quelque bruit. Un homme fut envoyé. Il vit les ennemis , lâcha son coup d*arque« buse et n'eut que le temps de crier : a Aux armes ! n il tomba percé de coups. Se voyant découverts , les Savoyards coururent à la porte Neuve. Ils allaient la faire sauter et ouvrir la ville à l'armée réunie à Plainpalais , quand un soldat , Jean-Jacques Mercier ' , sauva Genève en abattant la herse. Alors les assaillans se portèrent vers la Tartasse, la Monnaie et THôtel-de-
* On les voit dans l'arsenal. Des marteau en acier , tranchant d* on côlé, étaient destinés à briser les chaînes des ponts-levis et des mes.
^ t Ghristi f aofert pœnam mortis f cruxaohit vîncala t etc. •
* 11 reçut la bourgeoisie en récompense, il était du P.-de-Vaud.
UVRB XI. GIIAP. 1. 363
Ville ^ Mais déjà ils reacontraient de la résistance sur tous les points. Une femme ^, leur jetant un pot de fer plein de soupe , brisa la tète de l'un d'eux. Le cri : Aux armes ! aux armes ! retentit de rue en rue. Le bruit des cloches^ qui toutes sonnaient le tocsin* se mêla aux cris des femmes , des en£ans et au mouvement des citoyens., qui ^ demi-vétus, mal armés , se portaient où les appelait le tumulte du combat. Jean Canal , ancien syndic , oubliant son grand âge , se jeta des premiers dans^ mêlée et tomba percé d'un coup mortel. Des bras^Us jeunes que le sien s'avancèrent pour le venger. Les citoyens qui succombaient étaient remplacés par des citoyens; les Savoyards venaient d'être mis hors d'état de recevoir du secours. Un coup de canon ^ pointé avec bonheur , avait^ en renversant les échelles dressées contre le rempart , emporté les espérances de Charles Emmanuel. Cependant , ne distinguant pas , dans l'obscurité , d'où le coup était parti , et croyant que le pétard avait fait sauter la porte Neuve, l'armée tout entière de Savoie s'avança ^ sonnant la charge , avec des cris de victoire. Mais elle ne tarda pas à faire sa retraité devant la herse abattue et devant le canon , qui la poursuivit , en faisant de larges brèches dans ses rangs. A l'intérieur aussi , les Savoyards reculaient. S<mnaz les ralliait encore. Budé ^ l'apercevant : a C'est vous y Sonnaz , lui cria-t-il ; je vous reconnais sous ce haubert noir. Rendez-vous ; je vous garantis la vie. » Sonnaz jeta les yeux autour de lui. La plupart de ses
^ • Criant : Vive StYoie ! vive E^gtie ! ville gagnée ! A mort ! Ii mort l Et d^à ils croyaient mesurer le drap et le velours des marchands qu'ils allaient piller. •
^ Elle demeurait au-dessus du corps-de-garde de la Monnaie*
' Chef des étrangers à la solde de Genève.
compagnons d'armes étaient gisans. Brunaulieu venait de succomber ; vainement on lui avait offert de le descendre du mur avec une corde; il avait voulu mourir sur le lieu de sa défaite ^ Plusieurs, cherchant à fuir, s'étaient précipités dans le fossé. Watteville s'était brisé la jambe. D'autres avaient trouvé la mort. Sonnaz se rendit lui treizième. Une heure avait suffi pour faire passer Genève du bord de l'abîme au comble de la joie. Le jour, en se levant, montra les échelles brisées, le nombre des morts ^, le péril et la délivrance. B^ vivait encore. Telle était sa surdité que le tumuRe ne l'avait pas tiré du sommeil. Lorsque ses yeux eurent contemplé ce que l'Éternel avait fait pour Genève, il entraîna le peuple à Saint-Pierre , se répandit en actions de grâces et fit chanter le psaume 1 24°^ ', qui se redit encore à chaque anniversaire de l'escalade.
Bientôt toutes les églises réformées répétèrent ces accens. En même temps tout ce que Genève avait d'ar-
* • Bnmtnliea, Tentreprenear,
Son faonnenr Y perdit avec la vie.
Tu payas aussi , Picot,
Tonécot Watleville, le baron, Qui passait dedans Tescadron Pour le pins fameux volontaire.
An lien de combattre en guerrier Prit nos gens pour apothicaires, Et fuyant montra le deirier. •
> Dix-sept Genevois avaient succombé: Canal, Bandière, Vandel. Gailatin, Gabriol, Gambiagne, Bogueret, Mercier, Baptista, Dabolo . Uumbert, Monard, Poteau, Bouserel, Guignct, Petit, Mnxy. Leois noms furent gravés sur la pierre.
^ « Oh! qu'Israël peut bien dire en ce jour, etc. * — « Vous avet laîl là une belle cacade , • dit le duc à d'Albigny.
dens amis^ se levèrent pour lui ofirir leurs bras. La Suisse protestante courut aux armes. Le dimanche qui suivit le jour de l'escalade , les milices , attendant Tordre de marcher, se rendirent en armes dans les temples ^ Le comte de Toumon s*étant présenté à Berne y chargé d'assurer que le duc n'avait voulu que prévenir les Français , n échappa que par un prompt départ à l'explosion de la fureur populaire. Dix mille écus, don de Maurice de Hesse^ servirent à élever le rempart qui porte son nom ^. « Je n'aurais qu'un pourpoint y écrivit ce prince , que je le partagerais avec Genève. » Le roi de France accueillit avec vivacité Chapeaurouge ^ envoyé de la république. « Ventre saintgris! vous y étiez, lui dit-il; vous m'en devez le récit ; » et quand il se fut fait raconter l'escalade en grand détail, il ordonna qu'il fût payé 6,000 livres par mois à ses bons amis , pour l'entretien de leur garnison ^. Duplessis Momay demanda de pouvoir lever un régiment. Déjà l'armée de Genève portait le ravage jusqu'aux environs de Chambéry. Mais à la nouvelle de ces hostilités, les grandes puissances craignirent de voir se rallumer l'incendie , mal éteint par le traité de Vervins. La France, l'Espagne, le pape , les Confédérés, s'accordèrent pour commander la paix ^. Des dé-
* VaterL Slg. — Ochs. — 4200 hommes allèrent aagmeDter la gar« nison de Oenère.
1 Fragmens sur Genève, p. 96, iOi. — Le bastion fot achevé en 1607. — • Genève périra-t-elle, pour que nous ayons à demander où est Dien?» Momay.
* Us forent payés Jusqu'à la mort du maréchal d'Ancre.
* Arch. Turin. Geméoe.XFIII et XIX. Le doc à ses négociateon « « Je veux consentir à ce que Genève soit démantelée ou partagée; St- Gervaîs leur appartiendra* ■ A d'AUpgny : « Je ne puis de mon estomac digérer ce mot paix, qui me ravale quasi à l'égaKté avec eui. Facilement
366 HlSTOlftE DE LA 80I86B.
piités de Gkirû y Bàle y Soleure y Schaffliouse el Appenzell, réunis à Saint-JuUea à la prière de l'ambassadeur de France , en dictèrent les conditions le 21 juillet 1603. Le duc reconnut que Qenéve était comprise dans le traité de Yervins. Il s'engagea à n*élever aucun fort, et à n'entretenir aucunes troupes, à la distance de quatre lieues des frontières. Puis il se retira tout en grondant. A la lutte armée succéda une guerre de plume et de secrètes intrigues. Jean Sarrasin répondit au Cavalier de Satfoie , de Jean Buttet , par le Ciiojnen de Genève : au plaidoyer par le plaidoyer , à la grossière plaisanterie par des plaisanteries non moins grossières. Tant que vécut Charles Emmanuel y il y eut toujours qndque trahison ourdie contre Genève. Plusieurs furent découvertes. La Rivière , La Rudesse , Chenalat ^ expièrent leur crime sur Tédiafaud. Deux gentilsfaconmes français y la Bastide et Du Terrail, devaient cacher 1000 soldats sur des barques employées à conduire
ils en inféreront la renonciation à mes prétentions , à qnoi jamais je ne ▼eox consentir. Proposes au pins qu'ils soient compris dans Vervtns, ce ualbeoreiix traité» Vcalltoal oeqne jepois.» Oyail^.Une grandepailk de la lettie est die la main tremblante éa princei La Rochette an d«e: « Les Suisses vont se retirer si nous ne sifnons l'engagement de n'aveîr ni vaisseau , ni gens de guerre à 6 Heues à la ronde, de payer les frais de guerre et de donner quittance de tons droits sur Genève. • — I>on Inigo, arrivé à Crans , pressait au nom de Philippe UL — « Aucun mojen de résister à cette bourrasque française et suisse. • -~ Par un article seciet MM. les conseillers de Genève se firent accorder de porter l'épé» sv tems du duc, • comme gentilsbommes. » *- Dumont, V, S, 2S« ** Lalûg, I. SOS. — Data. SI6. — Spon, II , A9S. — « Mes amis, lonet Dku. vous avei la paix, • cria La Rochette aux gens du peuple qui attendakot l'un sur l'autre pressés» craignaaile retour des ravages de la guerre.
*■ Peut-étie Gbenalal, du Deux-Gento, fot-il moins coopsi^le de s'élie vendu an doc que de s'être exprimé avec trop de vérité sur la manière dont la chose publique éUit gouvernée* Son bie», qui conaislait sa 2,6eo écas , échut à l'État.
U¥ftE XI. chàp. 1. 367
du bois daB8 k pcwu Arrêtés à Yverdm ^ ils eurent le sort de ceux qui les avaient derancës ^
Heureuse la rëpuUique> si la paix eût aussi r^é dans ses murs ^. liftais déjà commeoçaient . ces luttes intérieures, qui, après Tavoir sourdement agitée dans le dix-septième siècle, ont fixé, durant le dix«huitième, les regards des nations sur elle. Tant que les ennemis avaient ébé sous les remparts, le péril commun arait absorbé les esprits. Le pouvoir des magistrats s'était approché de la dictature» Après la paix ils cherebérent à le conserver entier. Mous avons vu le Deux-Cents prendre la place du peuple} durant la guerre, les Vii)gt;-Qnq avaient cessé de convoquer le Deux^-Cents. Tandis quef, pour couvrir une dette de 120,000 écus d'or, une capitatton de un pour cent était ajoutée aux impôts ^> les riches réalisaieni de grands bàiéfices. Ils avaicat le monopole du sel. Us prêtaient des sommes considérables à la chambre chargée de maintemr la république approviûonnée de blé ^. Les voies de justice avaient été, pendant la guerre, suspendues en faveur dea débiteur») quand les tribunaux se rouvrirent, la situation du pauvre peuple n'en parut que phis mal«* heinreuèe. Cependant le raécettèentement avait attendu , pour éclater^ le jour de l'escalade. Bèze était a peine descendu de la chaire, que la foule se porta dans les rues, demandant si les magistrats, qui avaient pourvu
* Le 19 avril 1609. — L'an, hardi aventnner, réfugié pour nn meartre M Lomxre, aons les yeux du roi ; l'antre, grand pétardear de places.
> Mémoirei maa. de J» L. MaUet — Vidal, notes msu eitraites de di- ?er8 ivgiaira et reooeils ( Bibliolh. de M. le prof. Gellérier. j. -* àibfégé dea antiqnilés de Genève par Foiget; maa. dana la Bibl. de Berne.
» DoSdéc. 1698.
* Établie en 1595 , sur nn fonds de 500,000 écns.
si mal à la sûreté de la viUe^ n'étaient pas les complices du Savoyard. Philibert Blondel était syndic de la garde. Naguère il s'était montré l'ami des libertés communes. Mais comme il s'était rapproché de la seigneurie, les citoyens se persuadèrent qu'il pouvait avoir trahi sa patrie aussi bien que leur cause ^ . Les Seigneurs dierchérent à changer le cours de la colère du peuple. La multitude demandait la tète des treiiie jurisonniers faits la nuit de l'escalade. S'associant à sa fureur, le conseil prononça contre eux la peine des incendiaires. Leurs tètes, séparées de leurs corps, furent ajoutées à celle des 54 Savoyards, trouvés morts sur le champ de bataille, que le peuple avait élevées sur autant de piques aux lieux où ils avaient succombé ^. Mais les citoyens ne renoncèrent pas à demander la punition du syndic de la garde. Les Vingt-Cinq, cédant les uns à la crainte , les autres à la haine qu'ils portaient à Blondel, le firent arrêter. Deux fois ils le déclarèrent innocent; cependant ils le dépouillèrent de sa charge et confisquèrent ses biens. Deux ans s'écoulèrent. Le Deux«Gents n'osait ni condamner, ni absoudre. Aucune preuve contre Blondel. Cependant nul avocat n'avait le courage de plaider sa cause. Enfin les rigueurs extrêmes de la torture arrachèrent à sa foiblesse un aveu qu'il se h&ta vainement de rétracter. Il fut roué en place publique. Ses membres écartelés furent dispersés sur les
* En s'élevant, pendant la goerre, contre ceux des seignenrs qai ne payaient pas de contrîbotionset en demandant qae les saffnges foiieBt secrets. — Les élections secrètes sont la ressonice d'one république corrompue ; le vote iranc et motivé, la vie d'une république saine et libre.
^ De Tbou. — Guîchenon. — « On compte 67 têtes ; il y a 67 ans que Genève a secoué le joug de Rome. » Vainement les prisonniers offrirent rançon.
frontières et sa tète fut exposée sur les créneaux du Molard.
Pendant ce procès le peuple n'avait pas cessé de réclamer ses anciennes assemblées ; le Deux-Cents^ de demander le droit de se réunir au moinsî une fois la semaine en temps de guerre > une fois par mois en temps de paix. Il s'était ressaisi du privilège de laisser faire dans son sein telle proposition qu'il jugeait convenable ^ Plusieurs de ses membres tonnaient contre l'omnipotence du sénat > qui^ contrairement aux édits^ interprétait^ jugeait et s'était attribué la révision de toute sentence. Déjà quelques voix menaçantes se fai-<saient entendre. Pierre Prévost demandait pourquoi , dans une république , il n'était pas permis aux citoyens de châtier le magistrat^ quand il avait failli. Les ministres se placèrent entre le peuple et la colère de la seigneurie. Simon ôoulart prit la parole. « Les enfaiis^ dit-il , ne peuvent avoir la sagesse de leurs pères et doivent par conséquent être traités avec indulgence. Nous Vous prions , Messieurs , de ne pas vous roidir contre le torrent^. » Attaqués de toutes parts. Messieurs s'adressèrent, pour les vaincre, à chacun de leurs ad«versaires en particulier. Ils reconnurent au Deux-Cents le droit de juger en dernier ressort. Us promirent au peuple de lui soumettre tout statut qui pourrait paraître contraire aiix édits. I..es pasteurs furent l'objet
* Malgré la vive opposition du synàïc J. Maillet. Le^ SOO élarelU Sarruin au sénat, hors des propositions des Vingt-Cinq, à Janvier iSOà* — t>ins les éfections de 4603, le peuple ne* voulut pas se laisser astreindre à nommer les sjndics, deux dans le haut, deux dans le bas de la ville. — I>escombes fnt emprisonné et privé de prendre part à l'assemblée des citoyens; Il réclamait trop vivement pour eux.
> Le S9 décembre 1608.
des plus grands égards. Bèze ayant cessé de vivre % et ses restes ayant été déposés avec respect dans le cloître de Saint-Pierfè , Messieurs voulurent que les ministres reçussent tous à Tavenir le même honneur. Le clergé se laissa peu à peu détacher de la causç populaire et obtint en distinction ce qu*il perdit en autorité. Une ordonnancé sur les vétemens sépara Tbomme de qualité du roturier et dti simple artisan. L'aristocratie s'assit insensiblement victorieuse dans Genève. Tandis que le duc de Savoie dirigeait ses efforts contre la ville de Calvin, l'Espagne travaillait avec non moins de persévérance à s*assurer des passages des monts. Azévédoy comte de Fuentés, gouverneur de Milan, était un de ces hommes fermes, infatigables et sans pitié, formés à Técole de Philippe IL La France ayant envoyé f'épandre des écus dans les Alpes, il y distribua des doublons et recueillit ce qu*il avait semé. Un an ne s^était pas écoulé depuis lé renouvellement de Talliance française, que les sept cantons et TAppenzelI catholique renouèrent la leur avec TEspagne ^. Onavait fait des concessions à Tune des puissances; on en ït à Tautre. L'article de l'ancien traité qui ouvrait aux Espagnols le passage « à travers les pays médiats et immédiats des Cantons » reçut une extension nouvelle. Les deux parties s'engagèrent à fermer leurs (chemins aux ennemis Tune de l'autre. Les marchandises d'Italie, qui jusqu'alors avaient suivi la voie des Grisons, devaient prendre la direction du Saint-Gothaid et du lac dé Luceme. La France fit éclater son indication. Four caUner ses ressentimens, les Gantons lui
« Le 13 octobre 1605.
* En 1604.
f^ LIVRE Xf. CIIAP. 1. 371
doBtièrefii, pà^n aete pàrtieulier, l'aMirailce qa hueane et>nventk>n postérieure à ralliancê fraaçàfse fit pouvait l*aiïaibtir^ Tous ces traités faisaient de la SiHsse le ma'rehe -* pied des étrangers. Nous ne tar«éerons pas à voir leurs années passer et repasser sur le sol helvétique. Les pères de la patrie l'avaient vendue.
Le passage du Gothard conquis, il restait à Furnlë» à9*aftsurer oetix de la Valteline et du Valais. Tant que )a l^ranee avait été déchirée intérieurement et que l'Espagne avait possédé le Milanais en paix, lesValaisans avaient vécu dans fouMi. Mais depuis que la première de oea couronnes s*é(ait relevée , et que Henri IV se préparait à agrandir le théâtre de la guerre, la vallée du Rhône était devenue importante. Les deux ptiis^ sanees rivales' y semèrent Tor*. Pour rEspagiic,*^
s^agissait de relever l'évéque et d'étouffer la Réfbrmew* La (àche était difficile. La nonchalance et la mauVaiiié vie des prètim valaisans les avaient dépouillée do #es^ pect du peuple. La plupart savaient à peine lire« Les Églises étaieart sast gloireé Lorsqu'un elere avait ëlé chassé de son pays pour inconduite, ou rejeté pour incapacité I il était sûr de recevoir la ccmsécratioa dans U Valais, S'il se trouvait daaa les diuios quelque savoir ou quelque piété, c'était chec les seetaires^.
* Partant , qne les pamges fwaffnl fermés aui cnneinia de la Fnncr (ISS3).
' 0(8 i98&, Alemanni trarailie poar rBapwgmî ; il invite réréqne à w rendre )i Milai», loi propose alKattee;. fia iSM, Mâsnam TenonreHe ces proptmlioiM. Refiis du ptasage à dei^Crbvpcs destinées ponr la Boor . gogne. Refus an dire, en 1606 , du ptssage du St-Beraard pcmt «ne armée. En 1603, les Valaisans hésitent à accorder an doc le'seeour, dft selon les alliances.
' Le banderet de Sion , Jean de Plalea« rbomme le pfnt riche du
Les miDistres de Lausanne et de GenëvMvaient prêché partout la foi réformée ^ Partout leurs colporteurs avaient répandu les bibles et les traités évangéliqnes. Afin d*arréter ce torrent, Fuentès écrivit au pape et au duc de Savoie : il leur demanda d'envoyer en Valais les pères capucins.
Alors se glissèrent le long du Rhône ces hommes , que nous avons tus ramener le Chablais à la foi romaine ^< Après avoir attendu deux mois à Saint- Gingolf^ ils se hasardèrent, sous la protection de noble Antoine Quartéry, capitaine du gouvernement de Saint*Maurice , à paraître dans cette ville , o^ pwsonne n'écoutait plus la messe. De Saint-Maurice ils se rendirent k Sion , sous l'abri de députés des Can-* tons^ qui y allaient renouveler l'alliance de 1533. Les pâlies Chérubin ^ Sébastien et Augustin , préchèreot en langue française; les pères François et André, accourus de Luceme, en langue allemande. Il relevèrent le courage Se Tévèque. Us changèrent les dispostticms des
Valais, fait un legs ooDsidérable « cœtui viroram lilleratonim cîtitalis seduoenals studlom relîgioDif reformatas profitentiom. »
* Jacomol , Aleiios et les ministres de Lausanne, de Vevey, da pays d'Aigle. Oh montre à Sion, sous lé rempart dé la porte de Contbey, U maiton oh ils prêchaient. Man. diif^ers. — Senebier. — RelSlion des missionnaires capucins de la mlàsion de Thonon, par le pète Perrelta , d'Asti ( mss. dans la Bibl. de ITIniv. de Tarin ), — La tradition.
^ Relation des missionnaires. Une dispute eut (ien devant le temple de Bex, entre le père Chérubin et un ministre de Lausanne, sor la
présence réelle. Les pères s'introduisirent en 1601 ; à Sion en I60S«
Observation sur la relation des capncîns, mss. — Relation des ambassadeurs Gastille et Miron. — Magasin de Lebret — Extrait des Archives de Valère et du KatendarUun du vénérable chapitre. — Contre dm armes telles que celles des capucins les habitans des Alpes se saut toiH jours montrés faibles.
chanoines. Comme ailleurs, le petit peuple était pour eux. Pour adversaires ils avaient le bailli Josseti et la classe la moins ignorante. Tout le pays s^ëmut. Les Réformés demandèrent une dispute de religion. Les pères s'y prirent avec plus d*adresse. Usant de leur crédit à la cour de Turin, ils gagnèrent quelques ca« I»taines influens, qu'ils savaient jaloux de la faveur du duc, et les achetèrent à leur cause ^ Alors ils portèrent les Yalaisans à s'allier à l'Espagne ^ et à mettre la religion aux voix. Tout le peuple descendit sur le pré de l'évéque, non loin de Sion. L'Espagne et les Cantons catholiques avaient promis bon secours en hommes et en argent. Les protestans étaient appuyés par la présence d'envoyés des Grisons et des Cantons évangéliques. La France témoignait secrètement un grand intérêt pour les libertés du Valais. Des deux impulsions la première fût la plus forte. Le peuple déposa les magistrats qui passaient pour amis de la Réforme ; puis il donna deux mois aux protestans pour rentrer dans l'Église ou quitter le pays. Telle fut la résolution de la majorité. Mais l'intervention des villes suisses et de la France empêcha qu'elle ne fut mise à exécution. L'Espagne dut recourir à de nouveaux moyens de faire triompher sa politique dans le Valais. Dans la Rhétie , la lutte des deux puissances sottleva de plus violens orages. Habitans d'un sol stérile, les Grisons reçoivent de l'étranger le sel, le vin et le pain en quantité considérable ^. Néanmoins ils possèdent tout
* Lettres de Cb. Emmanuel aax Yalaisans , du i A et 15 mars 1603.
^ Diètes de Sion , fin 1608; de Viége, février et mars 1604. Jossen fnt remplacé par Inalbon. Le capitaine et le banneret da dixain de Conciles forent aussi déposés.
' Le sel et le blé leur coûtait annuellement 500,000 florins. Écrite
374 ItlSTOlEE DE LA SUISSE.
ce qu*U feut à un peuple qui ne ?eut ni commander a d autres, ni leur obéir. Du moins il était encore paraû leurs magistrats quelques hommes, en petit Bombre, qui le pensaient* C'étaient des vieillards, dont fdusieurs avaient été honorés de la faveur de grande rois et n'en avaient pas moins conservé la simplicité de leurs pères. Ils arrachaient péniblement à la terre une nourriture chétive, allaient couper de leurs mains le bois dans la forêt , et rentraient le soir avec leurs troupeaux, mêlés à leurs serviteurs , dont leur vêtement ne les distin<guait pas. Se rendaient-ils au marché, ou ^ l'assemblée des chefs de la nation , c'était à pied , portant dans leur sac ^ le fromage ou le ' lard , qu'Us mangeaient sous le branchage, auprès d'une source, dont l'eau les désaltérait. Ils étaient paysans, mais nobles de oœur. Leur innocence était le meilleur de leur hieo« Vainement on parlait autour d'eux du trésor que possédui la Rhétie, comme terre de communication, ttiiir^l'ka* lie et TAutriche ; ce trésor, à leurs yeux, coûtait à leur patrie plus qu'il ne valait. N'était-ce pas assez que k possession de pays sujets eut miaé les vieilles mmurs? Fallait-il enoore que l'aident versé par les princes adievât de changer les idées que l'on avait du bien et du mal? lies ridies de la nouvelle génér^tiofi avaient in« troduit dans leurs demeures ce qu'ils avaient vu <fains l'étranger : le luxe, les banquets splendides, prolongés et bruyans^ Le peuple les imitait. L'avidité crcHS^ait avee ks besoins. Dès lors plus de patrie. La liberlé ^tait devenue le privilège de recevoir à la fois les pen-
iCUl/ue de SaU$, 1803. Près de Malans crott un vin délicieux, inaif en pe lite qoatttité.
*' Des clous, dans la salle du conseil, servaient à suspendre ces de voyage.
wmt de rSspagnei de Venise el de la fnnce^ Les cooimunes mettaient solennellement à renchéfe les epi* plois publics* On achetait pour revendre; I9 justice, au décuple. Le plaideur le plus généreux était le plus pur. L'impudence était parvenue à ce point que des hommes^ de ceux qui ne s'estimaient pas le^ derniers^ s'étaient fait un office du soin d'acheter les suffrages : courtiers d'un genre nouveau. Les places qui s# payaient le plus étaient celles de bai)lis dans la Valte-» line. Cette riche vallée semblait aux Griscms avoir été placée au pied de leurs montagnes, pour suppléer à leur infertilité. Le vin que préférait Auguste avait été destiné par la providence à mûrir pour eux* Les baiUis descendaient en conquérans. Ils accusaient et pro«nonçaient. Les causes jugées par .leurs prédécesseui» étaient reprises et jugées de nouveau. Les successkms étaient renversées; les veuves, les orphelins dépouil*» lés. Riches, pauvres. Ions étaient mis à contribution. Point de compte rendu. Point d'appel à Rome contre les nouveaux Verres. Point de terme à leurs concussions. Lorsque, dans une démocratie, la corruption a gagné le peuple, rien n'an*^te son cours; les hommes honnêtes luttent en v^in conti*e le torrent ^.
> PaicaL
3 Sprecheri Pallas» V et VL — JovalU , )S. — A Porta. --- Pascal. Relalîon de ÎM. do Refuge ( Bibl. royale, Miss, étr., 107). — Relation de Méri de Vie. — - Rohan (édition de Petitol ), p. i27. — Tschokke. ^ Slettler, hit, — N. Samler far Bundten. — Collection de docamens de la Soc historiqne de Coire, I, 6S. — « On cherche où est le gonvemement de ce peuple. Dans les communes? Maïs tout y dépend des princîpanx; ceux-ci de qui leur donne. Ce qu'ils viennent de vendre au roi, ils le vendent à Venise, et le lendemain à l'Espagne. Alliances sur alliances. Us avouent qulls sont en marché avec tous , et qn'ib appartiendront à qui les paiera le plus. Les ministres étrangers, surpris par cette instabi-
C'est ce que les patriotes des trois Ligues ne tardèrent pas à éprouver. Lie clergé se fit leur organe. Ce qu'étaient les éphores en Grèce , les censeurs à Rome , les pasteurs Tétaient chez les Grisons. Leur rèle^ dans la société cÎTile^ était de veiller à ce que l'incnrie et le désordre n^amenassent pas la mine de la république. Des hommes instruits se trouvaient parmi eux. Les grands , il est vrai , pouvaient seuls envoyer leurs fils recevoir rinstriiction à l'étranger. Les serviteurs de rÉglise devaient se horner à celle qu'ils recevaient, les catholiques, dans quelque couvent, les Réformés, chex des pasteurs distingués par le savoir. S'ils fi^uentaient une université , c'était peu de temps. Mais ils suppléaient à des études insuffisantes par la vivacité , le mordant et la persévérance, qui caractérisent les Rhétiens. C'était en tous pays que l'accroissement des richesses , des jouissances et des vices des grands avait ému le zélé des classes religieuses et souffrantes. Bans la Rhétîe ils avaient dés longtemps allumé la bile des pasteurs. Les hommes de Dieu ne se bornaient pas à gémir, sur les plaies de leur patrie; nouveaux Jonas, ils annonçaient une ruine prochaine , si le peuple ne s'amendait. Ils finirent par prêcher sans retenue le devoir d'opposer une barrière aux pratiques criminelles des ^nds.
La Haute - Engad^ne leur prêta l'oreille la pre-
IJlé de gouveraement , croient-ils être parvenus à enchaîner le torrent, survient une nouvelle tempête qui renversa leur œuvre; tout se fait avec de l'argent ; mais la manière de donner importe autant que la somme. • De VU. — PoicaL — Mercure ^Ett^î, 112, — On se rappelle les Étoliens , avec leurs panégyries , leurs foires tout-à-coup métamorphosées en gouvernement , leurs cités toutes indépendantes , leur soif de gain . leur peu de honte et de scrupule sur les moyens, leur intrépidité. Ib étaient recherchés de tous et ne craignaient ni Philippe, ni Alexandre.
mière; puis les Dix* Juridictions. La Brégaille, Poschiavo, Avers y Stalia, Bergun, Oberhalbstein s'émurent à leur tour. Des envoyés se rendirent dé oom* mune en commune. Toutes portèrent leurs regards sur Hartmann de Hartmannis. Nous Tavons vu combattre sous Henri IV en héros. Il était hai de la tourbe des grands^ parce qu'il n'aimait que la patrie. II n'était pas pour Talliance française. Ses efforts avaient empêché que les trois Ligues n'en fissent une avec TEspEagne. Venise lui ayant bit pffirir 7,000 sequins^ pour prix de son suffrage ^ sar main avait repoussé ce don avec la colère de Thonnéte homme. Il appartenait à celui que le soupçon même ne pouvait atteindre de prendre en main la réforme des abus.
Il proposa aux communes d'envoyer chacune vingtcinq représentans à Goire pour y travailler. Le grand nombre des envoyés devait empêcher leur œuvre d'être facilement renversée. Les communes se contentèrent de nommer chacune deux députés. Elles ne choisirent aucun des hommes qui/ dans les derniers temps, avaient acheté ou vendu des suffi'ages. Les députés descendirent à Coire. Comme ils y arrivaient^, de sanglans nuages^ après s'être promenés sur le pays par un ciel pur, s'arrêtèrent sur le Calandà; l'on crut un présage de malheur. Les envoyés des communes ne tardèrent pas à laisser voir le motif qui les faisait agir : c'était le désir d'entrer en partage des profits des grands* Le mal , assuraient-ils , venait
* Par Alex, Hiardo ( Ajardo , dans Pascal ) en 1599.
' Le 13 janvier 1603. Journal de Ketelius. Ifi Galanda domine la ville.
378 HISTOIRB DE LA SIOSSB.
de œ que T^lecUon aux bailliages se faisait dans les diètes, où quelques hommes domioaient ; le remède était de la confier aux ooaunuues^ à chacune altemaiiTement. Hartmannis prit la parole. Il fit voir que le moyen proposée devait accroître le mal et le rendre sans remède; que, quand des particuliers s'égaraient^ les communes conservaient le drmt de les juger; mais que I lorsque les communes viendraient à ËiilUr , aucun tribunal ne pourrait les reprendre : il dit; mais inutilement. Ceux qui Técoiitaient dévoraient en espérance des places lucratives , ils se prononcèrent en très'grande majorité pour ce qu'ils osèrent nommer une, réforme. Avant de se séparer , rassemblée décida que les frais de sa convocation seraient supportés par les hommes dont le crime Tavait rendue nécessaire; entre autres par Diétéguen de Salis et Rodolphe de Planta, qui s'enrichissaient à cette heure même comme gouverneurs dans la Valtelinp. Elle renouvela la défense de trafiquer des charges publiques ; mats ce trafic n en cessa pas pour cela. Le marché ne fit que se transporter de la salle du Conseil dans les cabarets des villages. Ceux qui venaient de faire la loi furent les premiers à la violera Des hommes qui n'avaient connu d'autre soin que celui de leurs troupeaux furent élus au gouvernement des province^ La première chose qu'ils y firent fut de vendre les places de Ueutenans et de secrétaires , pour laisser ces deux employés administrer à leur place. Ridicules aux yeux des sujets, les nouveaux baillis furent la hçnte 4^ la république. A
*• « C'était aaiei pour celoi qui voulait one charge de ne pas se moDtrer lui-même, tandis que sts païens et ses amis agiasaienL > Il fut question d'acyoindre aux baillis des receyenrs, pour contrôler. Mais on fit observer qu'il y aurait deux bourses & remplir pour une. Jwalia, 50.
UVEB XI. CUAP» U 379
là vue du résultat de ses efforts ^ Hartmannis reoommaoda sa patrie au del et mourut de douleur ^
Telle était la Rbétie lorsque Henri IV lui demandai en même temps qu'aux Suisses, un renouvellement d'alliance. Il importait d'autant plus au roi de réussir qu'il était l'allié de Vaaise et que, cette république veilr lant avec soin sur ses frontières, la Valteline restait le seul passage par lequel la Lombardie pût communiquer avec l'Empereur. L'or fut répandu à pleines mains* Les^ Grisons ne se bornèrent pas à accéder au traité; ils allèrent jusqu'à promettre le passage aux armées franr ^ises qui chercheraient les chemins de Milan. Cet aN ticle, il est vrai, fut glissé parmi les autres d'une main subr^tice et ne fut pas soumis à Tacceptation des communes^. Le roi, qui jusqu'alors n'avait eu chez les Grisons que des envoyés temporaires , résolut d*entretem'r auprès d'eux un ambassadeur permanent.
A peine rallianoe française fut-elle signée que Gian Baptista Padavicino' se rendit à Coire, avec beaucoup d'or et des pouvoirs étendus, pour traiter d une aJUance semblable avec Venise. Seul le sénat vénitien se montrait encore jaloux de l'indépendance de l'Italie. Il échauffait contre l'Espagne les princes de la Péninsule, U
* Leu. — Ardoser, benihmte Graobundter, 55. — Sprecher, V, 225« — A Porta, SI 4. — Tschokke.
* Pascal. — Zorlaaben, VI, tk9. — U le leor fit solKdter conraie one
gr&ce.
* Cbancelier de Venise ( iSOS )• « Voici venir un noble vénitien que l'on disait aller tenir l'ambassade ordinaire en Angleterre. U séjourne dix jours à Ghiavenna, s'arrêiô en tous lieux, mande les principaux et promet à chaque Grison t sequinsi tellement que les libéralités du roi paraissent petites auprès des siennes. Après trois mois il se présente k l'assemblée.» Reiat, de$ Griionê; BibL royale, Mis», étr, 207.
s*appuyait sur la France, mais sans se donner à elle ^ Inquiet de voir les Grisons se livrer à celte puissance , il tenta du moins d'obtenir, comme efle y renrôlemoit et le passage. Le peu de commerce des Grisons se finsait par des colportenrs ^ Vénitiens pour la plupart ; Fadavicino les fit servir à son but. Il exploita la cupidité de quelques hommes influens^ qui ne s'étaient pas vendus à la France. « Pourquoi, dirent-ils^ nous priver des avantages d une alliance avec nos voisins des rives adriatiques ? de notre république avec leur république? Cinq mille de nos compatriotes vivent sur leurs terres, adonnés à des moyens divers d'existence^ prot^és par eux contre l'inquisition. Nous n'avons pas d'alliés plus naturels. C!omment pourrions-nous craindre, en nous unissant à eux, de déplaire à la France , dont ils sont , comme nous , les amis ^ ! >» Les partisans de Venise ajoutaient, lorsqu'ils s'adressaient à des Réformés : « Assurons-nous le droit de nous intéresser efficacement pour nos coreligionnaires en Italie. Qui sait si nous ne verrons point bientôt l'Église évangélique déployer sa puissance à Venise , et de cette ville se répandre sur la Péninsule ! » Ces discours furent écoutés. Vainement les ministres s'écrièrent : « Malheur aux hommes qui méprisent la paix de Jéhova ! qui prennent conseil d'autres que de l'Étemel ! qui se retirent en Egypte, sous l'ombre de l'infidélité! Qu'y a-t-il de commun entre Christ et Bélial? » Vainement les pa-
* Nani, 1, 7. — « Des princes et états de la chrétienté, • dans le Mercore d'État. Plus pour Venise, non pins qae pour la Suisse, d^espoir de sfaccroitre ; mais elle songeait à sa conservation et à sa gloire.
* « Qui est dévot à Venise Test au roi. > Va$eain Pascal démontraH de son côté que les Grisons étaient trop petits pour avoir deux alliances. « Gose incompatibile. • AaMOfu ewJttt Callianu de VenUé, 1611.
triotes rappelèrent tant d'expéditions malbeureuBes h Milan ^ à Naples,, à Sienne, a Rome. Ils montrèrent; les Grisons séparés par la nature de cette Italie ar-dente , fertile en poisons cachés sous des fleurs , et dont l'air leur avait toujours été mortel. Us eonjurè*^ rent le peuple de considérer combien il était fort, ap-« puyé sur Dieu , sur ses qiontagnes ^ sur les treize Can-* tons , sur ses alliances éternelles avec Tempereur et Ic^ roi ; l'inutilité de nouveaux appuis ; le danger d'irriter TÂutriche et l'Espagne, dont la Rhéfie avait^ plus que d'aucune autre puissance , ou des bienfaits à attendre ou la vengeance à redouter. Ces paroles furent perr. dues. Les ministres furent renvoyé&^à leurs fonctiom^ les patriotes traités comme s'ils eussent été les serfs de rÇspa^pQie* Le traita fut conclu pour dix ans K Venise obtint le passage et le droit de lever 6^000 hommes. Des ambassadeurs nombreux ^, ivres de joie, avides de recevoir l'ordre de Saint-Marc^ ou. des anneaux d'or ^ coiururent à Yeiiise la signer. Aucune idée des malheurs qu^its^ appelaient sur leur patrie. . Cependant le gouverneur de Milan n avait pas vi« d'un. œil front ce qui s'était passé dans. les Alpes. Dés qu'il ^vait appris la conclusion de l'fiUiance française , Û avilit envoyé Ba{mste Sacco , en demander une copier Après l'avoir lue, il avait écrit aux Rhétiens :, « Neuf feis^ depuis le commencement du siècle , vous avez re» fiiséVoffire qve l'Ej^vigiK vous, fait de son alliance, ei vous ouvrit à cette heure aux Français le chemin db Milaj^ I Vous m'obligez à âeyer à l'entrée de la Lomr
* Aoûl 160S. Sprecher, V, 197. — Drnnonî, V, 2. 21, — Dt Thou,
' J. Gnler, U. de Salis> Ang. Travera, Bapt. de Salis, Tbomat de Schaoenatein , Joachim de Jochberg, eic
383 HISTOIRE DB LA 8t»68E.
hardie un fort qui la ferme à rennemi. *> Lorsqu'il sut ralUance avec Venise , Fuentés se mit à l'œuvre. A Tembouchure deTÂdda dans le lac de Côme, sur sa rire gauche , s'élève une colline d'un mille italien de circuit. De la cime, la vue s'ëtend sur une oonroime d^Alpes et de forêts. Au nord , elle plonge sur les thI-^ Mes de Ctiiavenna ; à l'est, sur la Yalfeline. Des marata fiévreux , un air insalubre entourent le pied du mon* ticule. Ce fut le lieu que Fuentés choisit pour Kexécu*^ tlon de son dessein. La Rhétie ne tarda pas è appren** dre que les Espagnols y transportaient les matériau d'une forteresse. A cette nouvelle, une vive agitation se répandit dans ses vallées. Peu s'en fallut que d*nn premier mouvement tout le peuple ne courût niiner Totivràge à sa naissance. Quelque^ homtnes plus circonspects, qui, plus tard, furent acctisés d'être les amis de TEspagne, obtinretit avec peine que l'on commençât par envoyer ilneambassade à Mihn. L'évèque Jean FlougI , de Ratichaspermont , choisit pour son représentant un homme intelligent, actif, Georges B^i , d'une ancienne famille de Davos , Tadministrafetir des droits de là maison d'Autriche à Kastds ^ ' Les députés se "présentèrent deVant le gouvémen de Lombardie, deux triiités à la rûlàin. L'un était na vieux parchemin, tiré des archives épiscopales, pat lequel Bianca Maria , duc de Milan, garantissait aux Prisons le libre coàiinerce , à ht condiiion qu^'^Ss veillassent à la sûreté de leurs chemins. Le second' était le traité' fait après la destruction de Mnsso , qui peMait qu'aucun fort ne pourrait s'élever dans la contrée sans
* A Porla, 215. --^oll. FkNrin, dans TAmbrobieane à'Milaa.— Siri Mercorius. — Caùlii , sloria di Gomo, U, S 00.
la permission des Grisods. Munis de titres aussi claira^ les députés se montrèrent pleins de confiance. Antoine Sottvic paria |)our tous. Il démontra que les tours aux^ quelles on travaillait y sur le Monteoehio^ étaient plus rapprochées de la frontière des Ligues que celles d'Ologna^ qui avaient été précipitées dans le lac; que l'Espagne n*avait pas le droit de fermer te passage ; que le gouverneur ne pouvait se permettre cette violation deé alliances, ni les Grisons la souffrir. <v C'est bietiy répondit TEspagnol ; inais achevez. Le traité feit après la niine de Musso porte aussi, qu'entre Milan et h Rhétie Taihitié doit être aussi sacrée que si les deux peàples n'en faisaient qu'un. Or vous avez oublié cette tër>^ amie, qui vous donne le vin> le riz et le blé. Yoiis vous êtes attachés de jiréférence au roi très-chrétien. >i'B& prdnonçant ce mot, FuentèS découvrit Sa tète blanchie par rige; il s'indina' profondément, et poursuivit avec une amére ironie : « Votre alliance avec ée monarque vous rend illustrés et puissahs. Voilà que vcus venez encbre de prendre Venise pour appuis Si vous tenez à obtenir quelque chose de l'Espagne, alliez-vous aussi avec elle. » Le gouvemetir se montrant inflexible, les députés consentirent à une conférence de six d'entre eux avec six sénateurs italiens. Ainsi séparés du reste de l'ambassade , les m députés grisons furent ciraoavenus, gagnés. Béli fut particulièrement l'objet des libéralité du gouverneur. Une alliance fut conclue, qui accordait à TEspagne le passage et, l'enrôlement. Restait à savoir si les Ligues la ratifieraient, h Hâtez- vous, dit Fuentès aux députés à leur départ, avant que vos alliés aient eu le temps de renverser votre ouvrage. »
A la lecture du traité , les chefs des Ligues furent vinfiipent émus. Ils envoyèrent en Suisse. Les Cantons
catholiques négociaient eux-mêmes une alliance avec Philippe III. Quelqoes-ons eussent vu sans peine le oonunwce d'Italie abandonner la route de Coire pour celle du Gothard. Cependant les Confédérés conseillèrent l'acceptation ^ L'alliance allait être coaclue; les Grisons allaient même s'engager à n'accorder aucna passage que le gouverneur.de Milan n'y eût consenti , lorsque De Vie accourut, h Ne comprenez-vous donc pas y leur dit-il, que Fuentès demande la ruine de vos traités avec la France et de celui que vous venez de conclure avec Venise? qu'il vous enlève de tous vos droits souverains le plus beau ; celui d'ouvrir et de fermer vos vallées à qyi il vous plait? Vous vous livret à l'Espagne ; et pour quel prix? Pour le libre commerce, dont vous Jouissez d'ancienneté^ » On alla aux voix. Clergé, patriotes I Vénitiens, Français se prononcèrent contre l'alliance espagnole, qui fut rejetée à une grande minorité ^. Les ^chaînes d'or reçues par quelques-uns des députés des Dix Droitures furent renvoyées à Milan ^. Le gouverneur ordonna d'achever les murs du Montecchio ^. La forteresse sortit de terre, menaçante, horrible à voir pour un peuple libre dont elle
* « Holzhalb , le Zuricois , loi-même conseille l'adhésion. • Ainsi k rapporte Thomas de SchauensteÎD , doctanr dans les âmt droit». M- §aèr« reettar de TUsiveraîfté de Pavie,.k celte heure laodaminaMi de TnaÎB et député des Ugues» homme de plus de savoir que de aanMrfaire. — Recès de Baden. — Sous prétexte d'arrérages, $0,000 écn% furest à ce moroenl versés dans les Ganfoiis catholiques. Siri, ISS.
' * • Dans la coofiafoceque tes Confédérés les sortiiont d'aAàe, ei fv le roi les aidera. Ils lui demandeotet à Venise 15,000 ducats. Us se tel k la providence. • PaacaL
* Plusieurs furent frappés d'amendes comme ajant dépassé îeors pouvoirs.
' Mars ii forts que , lorsque le général Rambaod les vonlal fdrv santer à force mines , en 1796 , il n'y réussit qu'en partie.
changeait la patrie en une prison. Les Yaltelins seuls , animés d'une double haine contre la tyrannie et contre la Réforme 9 la contemplèrent avec espoir ^ Fuentés, comme pour faire entendre qu'il ne renoncerait plus à son dessein, donna ^on nom à la citadelle* Il la remplit de soldats et de canons; et pour témoigner son mépris aux Rhétiens, il fit saisir sut leurs terres quelques déserteurs qui s*y étaient réfugîési
Un cri de colère retentit dans toute la Rhétie* Les chefs des Ligues firent avertir les communes de se tenir prêtes à prendre les armes au premier signal. Ils crurent cependant , avant de montrer le fer, devoir essayer ce que pourrait la menace ou l'intervention. Ils recoururent à Venise, à la France, aux Confédérés^. Venise craignit de troubler la paix de l'Italie. Henri IV achevait de cicatriser les plaies de son royaume; il n'était pas prêt à recommencer la guerre. Il conseilla d'opposer des retranchemens à la forteresse espagnole. En cas d'hostilités, il promit 25,000 couronnes par mois, à la condition que les autres alliés de la Rhétie la secourraient proportionnellement ^. Quelque argent , donné par Venise et par le roi, servit à couvrir de fossés et de remparts l'entrée de la Valteline. Les Confédérés se bornèrent à échanger des lettres avec Milan. Ce n'était pas que le nom de l'Espagn^e les effrayât. Leur courage n^était mis en doute par personne. Mais Berne
* Ctntù» iOi. — A PorU, 8&-i9A.
* Aux Confédérés comme garants da traité de iSM.
* c II encoaragea ces gens étranges , an teint vermeil et au gros cul, à bien défendre leor pays, teur promettant bon ingénieor et bon chef de guerre an btisoîn. • Pontanieu portefeuiUe, n** 452, 453 (dans Capt*