‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 5)Chapitre 5 sur 75 · LIVRE X. GHAP · texte numérisé non relu

LIVRE X. GHAP

de ses compagnons d'œuvre S dans leur simple costume^ chacun avec deux gentilshommes de leur province^ s'assirent sur les bancs qui leur avaient été assignés en un lieu reculé de la salle. Les regards cherchèrent Calvin ; mais Genève avait demandé ^ pour le laisser partir, qu'on lui livrât des otages du premier rang ^. hoTsqiie les ministres furent invités à prendre la parole, ils fléchirent les genoux et implorèrent la bénédiction de Dieu; puis Béze s'étant relevé, fit avec sagesse , avec éloquence , l'exposition de cette foi pour laquelle on les avait crus dignes de mort. Il montra en quoi les Réformés s'accordaient avec l'Église romaine, en quoi ils en difieraient. Après l'avoir entendu, le cardinal de Lorraine laissa échapper : o  la mienne volonté que cet homme eût été muet, ou que nous eussions été sourds. » Il fîit huit jours à composer sa réponse. Il commença par faire ressouvenir le roi, qu'il était le fils et non le chef de l'Église; les évéques, que c'était comme juges qu'ils avaient à prononcer sur des hommes séparés de l'unité. Puis, choisissant entre les matières controversées » il s'attacha à défendre celles de l'autorité de l'Église et de la présence réelle. De ces thèses , l'une devait lui servir à montrer les protestans en contradiction entre eux; l'autre les appelait du terrain de la dispute sur celui de la soumission. La réplique de Bèze fut renvoyée à la semaine suivante.

* Viret, Lépine, Malo, Marlorat, Morel, la Boissière, Desgalan, Martin , Tobie , Bouquin, Latoor, selon de Thon, XXVHL Au lien des quatre derniers noms, se trouyent dans l'Histoire des églises de Bèse (bien plutôt de Desgalars), ceni de 5. Paul, Sphia, Fola, Fornay, Barbette. Il artjr était attendu ; la reine avait exprimé le désir de voir ce prédicateur, Florentin comme elle.

< Spon, S07. — Calvin n'en fut pas moins , par ses lettres, l'àme de la conférence.

Dans Tintervalley les ministres prêchèrent dans le château de Saint-Germain. Ils s'entretenaient journellement avec la reine et les courtisans \ lorsqu'arriva Hippoiyte, cardinal de Ferrare^. Il se présenta moins en prélat qu'en homme de cour. François I^'' et Henri II l'avaient honoré de quelque confiance ; il sut s'en pré* valoir pour prendre un grand ascendant. Il blâma la solennité donnée aux conférences et demanda, avec larmes, l'éloignement du jeune monarque. Quand vint le jour du colloque, il fit avancer le général des Jésuites, Lainez, qu'il avait amené comme son théologien. Lainez parla un langage nouveau : il proclama la controverse permise à Poissy, le scandale du monde chrétien; c'était au seul concile de Trente qu'il appartenait de condamner l'hérésie. La dispute fut de nature à faire comprendre à la reine la nécessité de sortir des voies qu'elle avait ouvertes. Le clergé de France l'en persuada mieux encore en votant, pour neuf années, un subside de seize cent mille livres. A ce prix la cour prit l'engagement de maintenir l'ancienne religion.

' « Pendant que les tbéologîeus Wirtembergeois recevaient audience de la reine de Navarre et déchiraient Bèze, celui-ci se trouvait dmns un appartement voisin expliquant à la reine le prophète Jonas. • Satler, Geschichie von FFurtemberg, IV. — Touf les jours, pendant le colloque, il y avait des conversions aux doctrines réformées. Martyr à Calvin, — Jeanne de Navarre s*écriait : « Plut6t jeter mon fils et mon royaume i la mer qu'aller à la messe. • Philippe II, de son côté s*indignait de ce que « ce qui se faisait à Genève pût aussi se faire impunément en France. • Mémoire» de Condé, II; deThou, XXVIII. — Quelque temps la cour s'amusa de ce spectacle.

^ L'arrivée du cardinal est comiquement décrite par Martyr dans uue lettre à Bullinger. • Âdest, maximà pomp&. Adduxit viros , ut jactanl. 4oclissimcs , qui nos in dispulatione vorare decrevernnt ut escam panis. • Lies larmes du cardinal ayant coulé, sa suite l'imita. Bèze et Martyr ne dédaignèrent pas d'égayer la cour à ses dépens.

Gnise^ Montmorency, Saint-André s*accordèrent dans ce dessein. Ils s'unirent à Philippe II pour ce arrêter le cours d'une peste qui menaçait d'envahir l'Europe entière ^ »

Calvin y de son côté, rallia le camp de la Réforme. A la puissance de ses adversaires il opposa son activité ; à leur politique , sa foi ^. Il fit voir à Dandelot et à Coligny, qu'ayant souvent exposé leur vie pour leur prince , ils ne pouvaient faire moins pour le roi du ciel; à Longueville, que Dieu n'avait pas seulement promis aux fidèles les félicités à venir, mais de les garder sur la terre. Guise berçait la vanité du roi de Navarre par de brillantes promesses ; Calvin avertit le faible prince^ qu'il ne s'était pas acquitté^ à beaucoup prés^ de ce que Dieu requérait à bon droit de lui; qu'il eût donc à se hâter, avant que la mort vint le surprendre^. Naguère il excitait le zèle des églises; maintenant il le modérait^. Les nouvelles étaient pleines des bénédictions de Dieu. De toutes parts on demandait des ouvriers. Abandonnant leurs paroissesj^ les ministres demeurés dans le Pays^de-Vaud coururent dans ce vaste champ ^ au point que Lausanne demeura sans pasteur ^. A Genève , plus de mille au-

* Paolo Sarpi. — Bèie. — De Thou. — Castelnau et les additions de Laboureor. — Sismondi, XVni, 2iS, — Bèse voulait s'éloigner; la reiae le retînt — De nomiveni gentilshommes bernois firent à Martyr, à son retour, an cortège d'honneur jusqu'à Zurich. Rachat,

^ Sa correspondance de cette époque dans notre édition de Rachat ,

* « Et lui montrait que la tardiveté des grands avait fait tellement avancer les petits qu'il lui était difficile de reculer. »

* « De s'égayer beaucoup , et de s'emparer des temples , ce n'avait jamais été son avis. » ^ux frère» de Pari$, 26 février 1561.

* Manuel de Lausanne. — « Les ministres, repris par leur conscience,

diieurs se pressaient aux leçons de Calvin ' • L'enthou-t siasme pennit d'ajouter à la sévérité des édits : Tadultére fut puni de mort ^.

Ce fut en ces circonstances qu'arriva la nouvelle du massacre de Yassy. La reine, dans ses ménagemens , avait défendu le culte réformé daas les villes, o^ Ton ne croyait pas qu'il pût se rencontrer avec l'ancienne religion sans combat ; mais elle l'avait permis dans les campagnes^. Cependant Coudé, Dandelot, sans se soucier de Tordonnance, avaient maintenu le prêche dans Paris à la tète de 400 gentilshommes, de 300 vieux soldats, de bourgeois et d'étudians. Guise prit le chemin de la capitale. Il devait passer par Vasçy, petite ville de Champagne , où depuis six mois était une église protestante. Comme il approchait, il entendit sonner les cloches. — « Qu'est-ce? — Le prêche des huguenots* — Par la mortdieu ! » s'écriat-il 9 en mordant sa moustache , comme il faisait dans ses grandes colères. Tous ses gens aussitôt de se précipiter vers la grange où se tenait le sermon. HoQin^es, femmes , enfans , ils massacrèrent tout ce que leur fureur atteignit. Le duc était là, l'épée nue à la main. Ce fut le signal de la guerre civile. Guise courut s'emparer de la personne du jeune monarque ; Condé et ses gentilshommes prirent Orléans à la course^. La Normandie,

demandèreot de nouveau la discipUne; mais oe lèle passa avec les çirconstaDces. •

* Lettre de B. de Beaulieu à Farel. Genève , S octobre 1561. > Rosel, VI, 70.

* Édit du 17 janvier 1563. ---De Thon, XXIX. — Mémoires de Condé, II. — Bèze. -*- D'Âubigné, 1 , 2, 92. -— Davila, III. — On comp. Uit 25»0.00 personnes qai suivaient à Paris le culte réformé. Bçzê à Calvin,

* Orléans devint la place d'armes du parti réformé. C'est d'Orléans

toute la noblesse du midi de la Loire , Vienne, Grenoble, Valence arborèrent le drapeau de la Aéforme. L'éloquence de Viret lui donna Lyon^ Béze, que la reine avait retenu en France, anima tout de son esprit. Gentilshommes et bourgeois, noblesse brillante et puritains austères jurèrent de ne poser les armes qu'après avoir conquis la liberté des consciences et celle du roi. La discipline de Genève fut introduite dans le camp. Ni femmes, ni jeux de hasard. Le soir et le matin , les cœurs s'élevaient au Dieu des batailles ; puis les ministres parcouraient les rangs , pour exhorter à la crainte de Dieu les soldats et les capitaines. Tous chantaient les Psaumes mis en vers par Béze et par Marot. Les chefs étaient entraînés par l'exaltation des masses^. Les deux partis envoyèrent en Suisse demander des prières et de3 soldats ^,

A la demande du roi , les députés des États catho-» liques s'assemblèrent à Soleure^. Ceux des villes ne tardèrent pas à y arriver. Ils tinrent à peu près le

qae Gondé envoie à Berne le jeune cTErlacb , qu'il avail à son service , demander du secoars, Stetler, 1563. Bèze convoque à Orléans le synode. Il y publie les manifestes de son parti. On le rencontre partout, écrivant, parlant, préchant avant la bataille, consolant les blessés, calmant la soif de la vengeance , lorsqu'après la prise de Rouen , Marlorat et plusieurs autres ministres eurent été immolés. BaUaini retp, ad CaUfinum €i Bezam. — Béu, VI. — - Fayi Beza,

* D'Aubigné, I. m, cb. 7.

* Gape6gne. II. — Béze. — Mémoires de Lanoue, 1562. ,

* Roset, YI, 74. — Bem an Gondé, 23 avril 1562. —Pièces dans les mas. de Bétbune. — Gondé publia un Traité, vrai ou supposé , dans lequel on lit : « On armera les Cantons protestans contre les catholiques. Le duc de Ferrare, avec une armée composée d'Espagnols et des troupes du pape , attaquera Genève , la forteresse de la nouvelle secte , et passera tous les habitans au fil de Tépée. • De Tkou , m, 142.

* Le 26 avril 1562.

même langage que, vingt ans auparavant^ on leur avait adressé pour les détourner de prendre part aux guerres civiles d'Allemagne. Us firent craindre que les discordes de la France ne fussent pour les Confédérés, s'ils s'y jetaient ^ le signal de nouvelles dissensions en-* tre eux. Plutôt envoyer des ambassadeurs travailler à la réconciliation des partis ^ Des semaines se passèrent sans formuler de résolution^. Mais tandis qu'on délibérait y les capitaines faisaient des levées. Frcelich , d'une valeur et d'une expérience bien connues , enrichi , prodigue^ était le vrai souverain de cette multitude avide de combats à laquelle il semait l'argent de la France. Il eut bientôt réuni quinze enseignes , à la tète desquelles il franchit le territoire de Berne et passa y le \ 5 juin y la frontière^.

Violens murmures à Berne dans la bourgeoisie et lea campagnes. On ne comprenait pas que la seigneurie eût permis le passage à des bandes , qui allaient exterminer la sainte religion de Dieu. Il fallait y courir aussi. Arriva de France Christophe de Diesbach , que Berne avait envoyé s'enquérir de Tétat des choses. Il avait été le témoin des périls de la Réforme. Lyon suppliait les

* iDftlnictioos aux dépotés.

* Neuf Cantons prirent la chose ad référendum, le iS mai. — HaUer, anno i562. — Coignet, correspandamce , danê la Dibliath, royale. Accusé détenteur et d*étre l'ami des Réformés, il fut remplacé par d'Ortuds. Le nouvel ambassadeur paya les arrérages. Il y avait huit ans qu'on ne livrait rien. Amb. d^OrbaU, BibL royale. Luceme, Schafithoose, Glaris, Solenre et Schwys ne voulurent pas donner de soldats qu'ils n'eussent reçu i&0,t)00 1. que le roi leur devait , et qu'une sentence , rendue à Payeme par des arbitres ( le S4 juillet 1561 ), leur avait reconnu. Beeéê de SoUure. Correep. deê amb, françaU.

* Haller^s Ghronik. — Davila. — De Thou. — Les deux villes durent se borner à défendre à leurs sujets de suivre le floL

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villes suisses de lui donner huit enseignes pour sa sureté. Berne n'accorda ni ne refusa ce secours : elle ne doutait pas que son silence ne fût comprise Diesbach le premier, dès qu'il vit que la seigneurie manquait moins de bon vouloir que de courage ^ distribua ^ des brevets de capitaine à ses parens Jost ^ Benoit , Gabriel et Nicolas de Diesbach. Le dernier^ homme d'expérience , accepta le commandement de l'entreprise. Antoine Tillier, Bourcard , fils de l'avoyer Naegueli , et cinquante jeunes gens de famille y impatiens de voir la carrière des armes se rouvrir sous leurs pas, réclamèrent l'honneur d'être de l'expédition. On eût trouvé trois fois le nombre d'hommes demandé. A peine sortie de Berne y la bande aventureuse mit ses drapeaux au vent. Quatre compagnies du Valais l'avaient devancée, sous Ambuhl et souslnalbon^. A Lausanne, de Goumoêns, d'Arnay, deux Praroman se réunirent à elle. Trois enseignes accoururent de Neuchàlel. A Genève^ cent chevaux grossirent la petite armée^ qui se trouva forte de 5 à 6,000 hommes ^ . On s'avança sur Maçon, on la prit, on la perdit; puis on se renferma dans

^ « Surtout de ces booimes accoutumés à porter les armes à l'étranger malgré les édits. • SteUUr» nus, 1562.

* De concert avec des envoyés du baron des Adrets et de la ville de Ljon.

* Siettler. — De Thou, XXXf. — Lapopelinière , recueil des choses mémorables de France, I. — D'Aubigné, II. m, ch. 22. — Bèze, XI, 225. — Lettres du nonce , S. Croix , à Borromée , dans Gimber et Danjou, VI. — Manuel de Lausanne. — Annales de Boive. — « Genève entraîna les Valaisans , peuple fort rude. • Correspondance de BeUiêvre, B. royale ( P. pères, 869 ).

* Calvin et ses amis venaient de composer 40,000 1. pour servir à la solde de ces troupes. H y avait mis son dernier sol. Lettre d Madame de Navarre, i Juin 1563.

60 mSTOttS DB LA. SUISSE.

Lyon^ Mais biaitôt Berne , vivement pressée par les ambassadeurs du roi' de rappeler ses gens, leur commanda le retour, si la patrie leur était diëre ^. Lyon était en danger^; Diesbach supplia ses seigneurs d'accorder un délai ^. Vainement Bëze l'appuya. Berne envoya Béat de Mullinen renouveler ses injonctions. Les hommes d'armes , ayant recueilli les voix , se prononcèrent en majorité pour l'obéissance^. LesValaisans et les Neuchâtelois demeurèrent seuls sous les drapeaux jusqu'à la fin de l'année, qu'ils forent aussi rappelés parieurs seigneurs.

Tandis que les auxiliaires du parti protestant rentraient en Suisse, un nouveau corps de 3,200 hommes des Cantons catholiques prenait le chemin de la France '^. On lisait sur leurs drapeaux : «r Nous

* Sonbîae y commandaiL

' Goignet et Mendosse. Le 14 mars, d'Orbaîs iosista sar le rappel de Ums les Suisses restés à Lyon. Reeé$ de Baden. Il paya soigneusement à Berne ses peonons, et demanda 8,000 hommes , « pour que les Réformés ne se jettassent plos dans le mîdît • B. royaU, amb. ttOrhaU [SmiU de Mortetnar, 339J.

' Sons peine de bannissement

* Voyez, snr l'état de Lyon et do midi, VEntréprUe pomr narprendtê Lyon (en upîemifre 1563) , uUm la délibération ç«i en fat arrêtée à Geméwa par J, Calvin , Th. de Béxe, Spifame et Paetorean ; et le Diecoare de la guerre de Provence par Loyi de PerusBliê, dans Cimber et Danjon, lY,

* Ils envoyèrent Nicolas de Mole, gentilhomme.

* Beaucoup de Lyonais, désespérant du salut de lenr ville , partireot avec eux. Berne feignit de punir ceux des ofEders qui étaient membres de ses conseils, en leur interdisant de siéger jusqu'à P&ques. Christophe de Diesbach ne fut privé du droit de bourgeoise que pour le recouvrer bientôt , à la sollicitation de ses frères d'armes.

[ ' Hafher, Mémoires mss. (C'est le père de l'auteur de la Ghroniqae

de Soleure ).

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marchons pour garder Charles dans la foi^ » Une division espagnole passa la frontière sur un autre point. Guise recevait des forces de toute part. Les Réformés eux-mêmes travaillaient à se donner des ennemis en renversant^ dans tous les lieux où ils étaient les ' maiires ^ les images et les autels. Us soulevèrent par cette conduite une multitude grossière^ indifférente à la chose publique, jusqu'à ce que, déchaînée, elle se montre implacable dans ses fureurs ^. Lçur ruine paraissait certaine si l'étranger ne leur donnait du secours. Condé s'était adressé, pour en obtenir, aux princes d'Allemagne et à la reine d'Angleterre ^. Elisabeth avait rempli son trésor par son économie ; ses flottes, ses armées étaient formidables; elle comprit ce que demandait sa gloire. Six mille Anglais débarquèrent au Havre, tandis que trois mille reitres et quatre mille fantassins, levés en Allemagne avec Tor d'Angleterre, arrivèrent à Orléans. Les nations semblaient se donner rendez-vous sur les terres de France pour y vider la grande querelle des partis religieux.

Guise venait de prendre Rouen d'assaut; les Suisses, seuls dociles à sa voix, s'étaient abstenus de pillage^. Les nouveaux auxiliaires des Cantons et les Espagnols l'avaient rejoint. Son armée, grâce à ces renforts , se trouvait de seize mille fantassins et de deux mille ca-

* « WiT fahren dran, Gott woell sy walten ! Deo JQDgen Koenîg Bym GlAaben z'bbalten. •

Mise, Tigur,, !, « Le beitia; la grande Uorièrt. De Tbou, XXX. — Bbze, Vif.

* Calvin j avait envoyé Sjpifame. Les reitres arrivèrent en novembre i Orléans, et les s, 200 Suisses catholiques dans le même temps & Paris. May^ hiêtoire m'diiaire des Salues, V, 281. *"

* Gastelnau ,1,1. IIl, cfa. 15. Girard, Dict. des officiers suisses, article Fralieh,

yaliers. Condé, ayant, de son oôtë, réuni 8^000 fantassins et 5,000 chevaux , marcha sur le Hâvre^ pour se réunir aux Anglais. Il n'avait pas la moitié de Tinfanterie de l'ennemi , mais il avait le double de gens* d armerie. Sans s'en douter, les deux armées s'avancèrent prés de Dreux, sur les bords de TEure, parallèlement Tune à l'autre ^ ; Guise, avec l'avant - garde catholique , était déjà hors de vue, lorsque Montmorency, à la tète de 28 enseignes suisses, de 17 françaises et de 8 escadrons , entendit les tambours des Huguenots. Il se tourna brusquement et leur fit lâcher une volée de canon. Condé et Coligny eussent voulu remettre la partie; mais il n'était plus temps. Après une courte prière, ils lancèrent leurs escadrons, de gauche et de droite , sur les colonnes ennemies, essuyé* rent, sans se laisser étonner, le feu de quatorze pièces , puis la salve des enfans perdus, et donnèrent si furieusement qu'ils chassèrent tout devant eux. Montmorency fut fait prisonnier. Son monde se dispersa. Les bourgeois enrégimentés de Paris, qui s'étaient enfuis les premiers, coururent annoncer dans la capitale la perte de la bataille. Les Suisses seuls étaient restés immobiles^. Traversés plus d'une fois par des charges de

> Le 19 décembre 1562. —Bèie, VI, 226. — Bèie fut présent I la bataille. Fayi Beza, p, 45. — Aubigné, III, cb. 15. — De Tbou , XXXIV. — Davila, III. — Vielleville. — Casteloaa, IV. — Tarannes. — Lapopcliniëre, I, 1. 9. — Lanoue, Mémoires et Discours politiqoes et militaires, p. 591 (édition de BMe). — Mémoires de Gondé. — StctUer, II, 209. — Ânt Hafner (témoin ocalaire). Mémoires sarles gueires civiles de France, de 1562 à 75. — Zurlavben, Histoire militaire des Saisses, IV, 509. — Dans les archives de Gimber et Danjon , V t Lettres de deux espagnols ; Dbconrs de la bataille par M. de Lorraine , et Vf, Sle. -Croix Ix Borromée. — Sismondi , XVIII.

^ « Les nôtres renversèrent tout ce qui se présenta et eûmes leor ar-

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cavalerie 9 ils avaient toujours reformé leur hérisson. Ce n'était plus Frœlich qui les commandait. La cour de France ^ qu'il avait servie quarante ans » et pour laquelle il avait remporté plusieurs victoires dont d'autres avaient eu Tbonneur^ venait d'assister à ses funérailles ^ . Mais Tammann^ qui l'avait remplacé ^ ne lui cédait pas en courage. Souvent on Tavait vu , dans le conseil^ différer d'avec ses chefs ^ mais toujours pour être d'un avis plus hardi^ que toujours il avait été prêt à exécuter. Il aimait pour le combat l'heure du jour naissant^ comme étant celle de la belle humeur du soldat. On eût dit qu'il ne lui restait que la tète et le cœur, tant son corps avait été mutilé par les batailles^. Sous ce brave , les Confédérés opposèrent aux escadrons le mur branlant de leurs longues piques. Autant de fois Condé revint à la charge, autant de fois ils lui présentèrent un ' front de fer. Us le contraignirent de suspendre la poursuite et de rassembler tous ses gens pour charger de tous les côtés à la fois. Alors Condé, avec les Français, Coligny à la tète des lansquenets et des reitres, assaillirent de nouveau. Les lions, jusqu'à ce moment, s'étaient

UHerie en noire possession plus de demi-heure. Nous les eussions suivi davantage; mais nous trouvâmes leurs Suisses en tête, qui nous en em* péchèrent. Nous leur fîmes quelques chai*ges, mais il est malaisé d'enfoncer tel hérisson. Cela fut cause de notre perte. • Mémoires da $ire de Mergty. — « Deux ou trois fois portés par terre et leurs rangs traversés, se reûrent néanmoins toujours et ébranlèrent bien fort les Allemands. > DUeoMr» de M, de Lorraine, — Le fait parut incroyable. « J 'envoyé h V. S>* un escrit que les Suisses ont escript à leur patrie de la bataille; mais je m'en doupte fort que la chose se sera passée ainsi qu'ils disent • Schvemdià Orange , i6 janvier i565. Arek. de la maiêon dOrange,

* Portraits et Vies des hommes illustres, par Thevet : Vie de Frœlich. — Grasser, her. helv. — Il mourut le k décembre an faubourg St.- Germain.

* Valerl. Samiung.

64 HlSlOnUS DE LA SUISSE.

tenus tranquilles 9 sans aTancer ni reculer d*un pas. Mais lorsqulls Tirent approcher ces lansquenets, qu'ils avaient renocHitrés dan^ tant de combats , ils firent la moitié du chemin, et donnèrent si puissamment qu'ils les renversèrent et les firent iuir loin d*eux. Les reitres à leur tour furent repoussés à grands coups* C*était en avoir fait assez pour que la retraite fftt permise. Mais huit canons ayant été laissés sur le champ de bataille^ les braves ne purent se résoudre à les abandonner à Tennemi. Ils marchèrent, pour les régner, dans Vé^ tat où ils étaient. Ce fut alors que leur sang coula à grands flots. Antoine de Zourlauben, blessé trois fob, allait recevoir le coup mortel, quand son fils Oswald se jeta devant Tépée ; il expira en s'écriànt : c< J'ai sauvé mon père ^ ! » Tammann perdit la vie à la tête du corps qu^il commandait depuis peu de jours. Louis Pfiffer, capitaine des enfans perdus^ prit le commande* ment, qu'il devait conserver longtemps avec glaire '« Il ne restait de la noble phalange que des débris épars. Schwaller, avoyer de Soleure, avait succombé. Les corps de vingt et un capitaines jonchaient le sol K Réunis six à six , dix à dix , relevant des pierres pour remplacer leurs armes brisées , nos Suisses se défendaient encore lorsque , ô surprise ! Guise et Tavantgarde catholique se montrèrent aux regards. Tous

* Conservatear saiase, VIU, SiS^ Trait toncbant, an miliea'de plasiean siècles de gloire civile et militaire. Ant de Zonrlauben a décrit les gQcrres de France, les troubles de sa pairie en 1585 et son voyage en Terre-Sainte.

* Il commandait la première compagnie d'enfans perdus , on de grenadiers , dont il soit fait mention dans les services Suisses. May^ y^

* Douze, suivant le récit de la reine mère à Bochetel ( SL Laurent )4 Castelnau, add* de Laboureur, IL

étaient épuisés ^ Les Réformés étaient vaincus par leur victoire. C'était à peine s'il restait à Condé 200 chevaux réunis. Guise avait attendu ce moment pour paraître sur la scène. Il avait été, peut-être avec une secrète joie^ le témoin de la défaite de Montmorency. II avait vu , sans s'ébranler^ couler par torrens le sang des Suisses* Tout4-coup il s'avance à la course et force ^ à leur tour^ les Huguenots à fuir. Condé, s'opiniâtrant à ne point abandonner le champ de bataille ^ est fait prisonnier. GoUgny réunit les débris de ses divers corps , repousse ceux qui le poursuivent et fait sa retraite au pas ^ en bon ordre. Ainsi finit la bataille de Dreux, tour-à-tour perdue par la faute des deux généraux^ qui tous deux furent pris, et regagnée par la grande habileté de leurs lieutenans. Les Suisses y eussent conquis une gloire égale à celle de leurs pères s'ils eussent combattu comme eux pour la patrie et les alliances^. Les historiens français, qui d'ordinaire ont tressé des couronnes à leur nation avec les lauriers conquis par nos soldats, n'ont pu refuser aux Confédérés une part dans le récit de cette affaire ; leur silence en d'autres occasions est le prix attaché à tout service mercenaire.

Louis PfyflFer fut nommé par la reine colonel du

* La bataille avait doré d'ane heare à cinq. — « On nous a tué 1,500 hooimes, la plupart Suisses. • Ste. -Croix dBorromée,

' • Venchvendetes Heldeoblot. » HalUr, Us reçureat» à Soleare , la solde de bataille. Geax des capitaines qai avaient sarvéca à cette joarnée firent frapper one a>édaille d'or pour en rappeler le souvenir. D*an oôlé se VQÎI représenté St. Thomas, le doigt dans la plaie du Sauveur, qni tient one croix à laquelle est attaché un drapeau avec la croix blanche des Suisses; de l'antre on lit : Soperstites helv. légion, duces superatis in vigilià D. Thome apud Druidas bostibus, banc societatem insti* tuerunt anno 1567.

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