‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 5)Chapitre 41 sur 75 · XII. a · texte numérisé non relu

XII. a

et Zuridi avaiaiit abandonné l'esprit de la Réforme , tous 9 celui de l'ancienne Confédération ^

Cependant les mois, les années s*éoouléreiit. Le commerce cessa. Aucun voyageur n'entra dans la Valteline ou n'en sortit sans être. inquiété. Le gouverneur de Milan ne négligea aucune occasion d'accroître l'aigreur des Valtelins. Dans la Rhétie, l'impatience du peuple et l'agitation des partis atteignirent le dernier terme. Dans le pays du monde qui s'enorgueillit de la plus grande liberté d'opinion, les moins appai*ens parlent souvent le plus haut^. Aussi les avis aboa<daieat-ils. «Â quoi bon les traités? disaient les uns, puisque nos alliés nous abandonnent à nos destins? Sermens de cour, religion jouée I Punissons nos amis en nous unissant à leurs adversaires. » D'autres : c( Faisons comme nos pères, et que nos armes nous soient en aide! » D'autres encore, à qai la rose paraissait le moyen d'édiapper à toute difficulté : a Allions-nous avec Milan, en réservant Venise et la France. » Dans la multitude des conseils^ il était plus facile de discerner ce qui était à rejeter que d'en trour ver un seul qui fut salutaire. Il eût été plus difficik encore de distinguer ce qui provenait d'amour pour la patrie de ce que dictait l'esprit de parti. Hercule de Salis voulut un jour tenter de rapprocher les cbefs des fiictiens : il les invita tous aux noces de son fils Rodolphe. La joie amena des réconciliations, des ser* mens, des manifestations généreuses : enfans de l'ivresse, le lendemain les avait tous emportés. Le peuple

* Recès de Baden. — A Porta, î26. — Tous, hors le roi, abtikkx^ nant les Rhétiens , It confiance se tourna de son côté.

> • Et quelquefois le mieux; et de Unt de sons différens, font une Yoix. • De Fie.

finit par soupçonner fortement ses chefe, qui l'empêchaient de prendre ka armes. Les plus emportés étaient les plus las. Mieux le joug de l'Espagne que d'être toujours ballottés , toujours déçus ! Fuentès se riait de cette agitation. En semant le bruit qu'une armée française avait été vue dans les Alpes ^ il obtint des cinq Cantons qu'ils missent garnison dans les trois forts de Bellinzone. De ce moment les villes suisses n'hésitèrent plus à se prononcer contre ralliance que l'Espagne prétendait imposer aux Grisons. Zurich et Berne pro* mirent bon secours en cas de guerre. Cette assurance releva la Rhétie. Douze enseignes passèrent les monts et allèrent occuper, les unes l'entrée de la Valteline , les autres celle du Misox, du côté de Bellinzone ^

Un homme avait imprimé ce mouvement : c'était Pascal, ambassadeur du roi de France auprès des trois Ligues. L'éloquent Italien s'était acquis, dans des missions en Angleterre et en Pologne, la confiance de sa cour. Maître en l'art de l'intrigue , celui qui tout bas nommait les Grisons une multitude demi--sauvage, leur constitution une folie du hasard, savait à voix

* GaDmartin et Pascal promirent aux villes assemblées à Arau ( à janvier 1606 ) 50,000 couronnes si elles s'engageaient dans one guerre oCfeoaiTe ; mais ils ne purent les y entraîner, « les traités qu'elles avaient avec les Grisons étant de nature purement défensive. • Elles craignaient d'aillears de voir les cinq Gantons prendre le^ armes pour l'Espagne. Alors les Grisons leur demandèrent des troupes pour garder la Valteline. Elles promirent chacune SOO hommes et 1000 écus. La France promit 0000 écus par mois pour l'entretien de cette garnison. Les Vénitiens conseillaient un accommodement. Ils firent 5000 ducats . à la condition que 1500 Lorrains traverseraient librement la Rhétie. Mais ce passage fit courir aux armes les cinq Gantons. Siri, S86. — SittiUr, 425. — Sprecher, VI, 4 S* — L. de fVattevilUj contin, <U son kiitotre tuUst , mil. dan» la BibL. dt Berne,

haute publier leur éloge et leur prodiguer les caresses. Sa correspondance avec les communes était bien plus fréquente que celle des chefs de l'État; son autorité, bien supérieure à la leur*. Quelquefois cependant il lui arrivait de se prendre lui-même dans ses pièges. Les Grisons avaient dés longtemps pour principe de faire tout ouvertement. Le secret n'était bon , à leurs yeux , qu'à cacher les sourdes menées des partis. Pascal leur conseilla néanmoins, s'ils voulaient le succès, de se donner un gouvernement dont les projets ne fussent pas éventés sitôt que conçus. Il les persuada d'instituer un conseil secret, qui, revêtu de grands pouvoirs, conduisit les affaires avec la prudence et l'énergie nécessaires. La Rhétie à qui, dans son désespoir, tout moyen de salut paraissait acceptable , se rangea de son avis. Le conseil fut composé d'hommes proposés par l'ambassadeur de France ou agréés par lui. Les communes ne se réservèrent que la paix, la guerre, les alliances et les aliénations de bien public.

Sur ces entrefaites Venise, engagée dans une grave querelle avec Rome et TÂutriche, envoya de nouveau Padavicino au-delà des Alpes. A Goire, l'ambassadeur demanda 6,000 hommes et le passage pour des troupes que la république levait en Lorraine^. A Zurich, à

' La pénurie du trésor ne permett«t pas même d'envojer é» gers aux communes. On profitait des occasions.

> Fra Paolô et plusieurs prédicateurs correspondaient avec Genève et avaient embrassé la Réforme. « C'est la plus grande consolation éi monde, écrivait un Genevois à Doplessis-Momay , de se trouver es compagnies et assemblées, par les maisons de la noblesse de Venise, et onir parler si efficacement de la vérité de Dieu... Et les sermons publics, lesquels sont teb qu'on les pourrait faire à Genève, mais avec telle ardeur que la foule y est très^grande, et faut s'avancer beaucoup

Berne^ il remplit les salles du Deux-Cents de sa colère contre Paul V, qui venait de mettre Venise à Tinterdit, et il exalta la noble résistance 4^ ses concitoyens* Les témoignages d'approbation qu*il reçut le comblèrent d'espérance; mais les villes n'allèrent pas jusqu'à lui promettre du secours. De retour en Rhétie, il y trouva le peuple irrité de ce que Venise n'avait-contribué que par de faibles sommes à la défense de la Valteline; les grands mécontens de ce que^ dans ses nécessités, elle ne leur versait Tor que d'une main appauvrie. Le voilà cependant qui , se prévalaqt de l'alliance des deux républiques^ fait des levées. Le tambour bat. On annonce le passage de troupes lorraines. Les communes n'ont pas été prévenues ^ Une voix s'élève du sein du peuple : « Nos chefs ^ nous vendent, un jour à celuici, l'autre à celui-là. Ils vendent jusqu'à l'enfant dans le ventre de sa mère. Sommes-nous donc nés pour que Juifs, Turcs, Lorrains nous passent sur le corps? et pour qu'ensuite les puissances qui se disent nos amies nous bercent, dans nos périls, par de vaines paroles, et nous abandonnent dans le besoin ? L'heure n^est-elle pas venue de renoncer à toute alliance étrangère, afin de recouvrer notre ancienne paix et notre ancienne liberté? Il est temps de nous être en aide à nousmèm^. »

à 7 arrifer. • Correêpondanee de DapleuU, X. — Samtmdi, HUtoire deê BépiUfL itaL et HUioirt deê FranfoU, XX.

i Du oifMns les Eapt^gnola a»iindent et affirmaient qu'il n'était pas question du passage dans le traité avec Venise. D'honnêtes gens , Jnvalta entr'aotres,. assuraient que les communes avaient été avisées et montraient l'article concernant le passage écrit dans le traité.

> « Unsre Newe Twinghem, Unsre Gro^ansen. • AnKom, BttndfMraaf', ruhr, 1607, mu.

A l'ouïe de ce langage du peuple , Français et Espa-* gnols cherchèrent à profiter de sa colère. Les Espagnols surtout, timides jusqu'alors, conçurent l'espoir du triomphe et de la vengeance K La multitude a^ait loreille attentive à tout ce qui flattait ses ressentim«[is. c< Plus de passage, lui criérent-ils ; plus de conseil secret. Libre aux communes à qui il plaira , de renou* vêler alliance avec Milan. Fuentés nous promet une belle route. Où passait un mulet, il en passera trois. Que tarde le peuple à s'assembler pour faire respecter son bon plaisir ? » Bientôt se formèrent des attroupemens. Les hommes de Courvalden les premiers firent flotter leur bannière et descendirent à Coire '• Tout le ^uple les suivit. Entre cette ville et le village d'Ems est la plaine de Rosboden : il la choisit pour y planter ses drapeaux. Tous les pouvoirs s'humilièrent devant le sien. Ses premiers actes furent de dëdiirer la loi q[a'il avait feite autrefois contre les soulèwmens populaires^, d'abolir le conseil secret, et de défendre que jamais institution semblable reparût chez un peuple libre. Il interdit aux prêtres des deux confessions de se mêler davantage dea choses civiles et môme de prendre paît aux assemblées des communes. Recevoir pensioii de l'étranger fut déclaré crime envers la patrie. Le passage fut refusé aux soldats de Venise et tout Rhética qui la servirait menacé de perdre les biens et Thon-

*' L'Évêqae Jean V surtout UUhkom, 174. — Ausfabroog der Redil- Mmeo dos Golteshaoses ober das Slift Gbur. Fol. mas. —^ A Ports, 1S7. — Stettler, 418. — Pascal -^ Tons l«s partis tioablaiént Feau pour povvoir y pécher.

* Mars 1607» le lundi de Pâques. Anhom,

^ Dreysieglerbrief , qu'ils nommaient Scbeluienschuior ( couvrecoquins ).

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neur. Lucius de Moor osa d'élever contre cette rësoltt"iion : « Nous avons fait alliance avec Venise ; pour 4e cher nom de Dieu ^ ne nous jouons pas de la parole donnée ^ » Il n'eut pas plus tôt dit, qu'une balle rasa sa tète. 11 eut été foulé aux pieds si ses amis ne lui eussent fait im rempart de leurs corps. Les premières affections de Moor étaient pour la patrie. Son adage était : ^ Bonne cause veut bons moyens. » Ses traits exprimaient rhéroique candeur qui l'avait fait aimer de Henri IV* Mais déjà la vmx des hommes modérés avait perdu le droit d'être écoutée. Le flot grossissait. Tout ce que le peuple avait vénéré naguère , il le couvrait de mépris. Des femmes^ comme il arrivé dans toute émeute^ se faisaient remarquer par la violence de leurs cris et par leurs malédictions contre les grands. Les derniers du peuple parlaient avec arrogance et gou* ▼emaient la diose publique. Ils pressaient la multitude d'achever son œuvre et de nommer le tribunal exécuteur de ses vengeances^. Le peuple choisit quatre* vingtHjuatre juges qui n'eussent pas exercé d*emploi, ni touché de pensions. Quelques hommes de sens se trouvèrent réunis aux démagogues les plus emportés. Chacun des juges reçut ^ selon l'ancien usage, une garde de huit miliciens. Le peuple rentra dans ses foyers.

Jusqu'à cette heure le parti espagnol avait tout conduit. Mais un torrent ne se laisse pas contenir. Pascal attendait qu'il débordât pour y entraiiier ses ennemis*

* Après une vive agitation, aS voix se prononcèrent contre et la pour Venise.

> Javaltà. 11 en fat, malgré lai. Il n'en dit pa» moins : > Pessimus in turbis aempor sortitor honores. •

Lorsqu'il vit le strafguéricht occupé de l'arrestatioD de6 suspects^ il envoya ses émissaires désigner à la vengeance du peuple Béli et le capitaine Baselga ; l'un , officier du prince^évèque^ répandait Tor et les encouragemens de l'Espagne; l'autre avait pris la part la plus active au projet d'aliiance avec Milan. Béli s'enfuit dans le château épiscopal. Une troupe de Prétigoviens l'y suivit et l'en arracha, sans se soucier de la colère de Tévèque. Le^ strafguéricht fit arrêter innocens , coupables , de tous les partis indistinctement ' • Une troupe courut à Davos saisir Faravicin ; elle fut désarmée. Alors une multitude confuse ^ y monta de Coire et des bwds de la Landquart ; le sang eût coulé à grands flots si deux hommes respectés pour leur intégrité. Florin Sprecher et Salomon Buol, n'eussent, en se jetant entre les partis , fait tomber les armes de leurs mains '. Personne n'osa se porter accusateur contre Moor ; il n'en fut pas moins condamné à racheter sa vie au prix d'une forte amende. L'évèque passa en Tyrol. Bavier, bourgmestre de Coire , le banneret Tscharoer, Jean-Baptiste de Salis s'enfuirent en Suisse. Jean Gouler et Antoine Sonvic se présentèrent en diète et invoquèrent la médiation des .Confédérés,

Les seigneurs des Cantons furent vivement émus lorsqu'ils apprirent comment, dans les trois Ligues, les hommes du commun foulaient aux pieds le magistrat. « II y va, dirent-41s, de la réputation que nous avons auprès de l'Empereur, des rois et des princes. » Ils se hâtèrent d'envoyer Holzhalb, de Zurich, et

* Berahmte Bandter.

' £in gcwisser lOsammcngertiTler Hiniffen.

' Chronique Sprecher, mss. — AU, viu, 388.

Hessy, de Glaris , demander la liberté des hommes arrêtés par le tribunal populaire, la dissolution de ce tribunal et le rétablissement de la loi qui interdisait les soulèvemens armés. Le strafguéricht repoussa les députés. Us se tournèrent vers les eofnmunes. Une haie de hallebardes leur ferma les chemins ^ Une ambassade de Tarchiduc Maximilien ne fut pas mieux reçue. Les Confédérés écrivirent aux Grisons : c< Nous ne pouvons plus longtemps vous voir fouler aux pieds les lois de vos pères, vous jouer du droit des gens et donner aux sujets de vos voisins Texemple de la rébellion. Si vous né vous hâtez de rendre force à la loi , nous emploierons notre pouvoir à rétablir chez vous le repos ^* » La fierté de ce langage souleva les Rhétiens. Us savaient le mécontentement des paysans suisses, ce Ce que vous exigez dans l'intérêt de quelques hommes de parti j » se bornèrent-ils à répondre, a nous Tavez- vous mandé du consentement de vos peuples, des villes et des campagnes ? »

Le strafguéricht poursuivit son œuvre. Pendant quelque temps Fépée que la colère du peuple lui avait mise en main frappa des deux côtés , menaçant tour à. tour Français et Espagnols. Mais l'adresse de Pascal finit par la faire pencher et tomber sur ses adversaires. Une intervention tumultueuse des Espagnols en faveur de Béli et de Baselga ne fit qu'ajouter aux soupçons dont 'Ces deux hommes étaient l'objet. Plusieurs communes descendirent à Coire, tambour en tète^.

* Le peaple leur cria t « Vous tvons-noiis envoyé une ambassade lorsqn*en 15S8 vous avez puni les capitaines qui avaient pris part à la gnerre du roi de Navarre?»

* Du ià juin.

' I^e 22 juin.

Afin de hàler le cours de la justice , elles tinr^it les juges enfermés^ leur faisant parvenir la nourriture à travers le poèle^ jusqu'à ce qu'ils eussent porté leur dernière sentence. Alors tout le poids de la fureur populaire tomba sur'les tètes de Béli et de Baselga. Tous deux ils avouèrent , dans les tourmens de la torture , avoir reçu de Tor pour faire triompher la cause de l'Espagne. Tous deux ils furent condamnés à mort. Baselga demanda pour grâce dernière de n'être pas décollé sur le monticule, lieu du supplice des criminels. Il Tobtint. Mais les gardes ne l'eurent pas plus tôt appris que, sans se soucier de la décision du tribunal , ils allèrent quérir le condamné , le traînèrent à travers les mes, et l'immolèrent sur la colline, en vue de toute la vallée ^ Béli fut traîné vers le même lieu, pâle, à cause du sang qu'il avait perdu ; nu, parce que ses membres délicats et enflés par la i^flure ne pouvaient supporter de vétemens. Tout faible qùll était, il prit la parole. Enfant du monde , il avait méconnu ses devoirs envers une patrie qu'il aimait. Ce n'était pas qu^il n'eût cru la servir en lui donnant le gouverneur de Mikn pour ami; mais il avouait que le fils d'une république ne peut sans crime mettre à trop haut prix la faveur des princes. Il dit, invoqua Jésus, et, sans vouloir permettre qu'on Im • bandât les yeux, tendit la tète au bourreau '. Ce sang versé, le strafguéricht fit prompte justice du reste des accusés. Il bannit les uns, déclara les autres déchus da droit des patriotes, et les condamna tous à de fortes amendes. Des communes furent mulctées. Sous le man*

* Le 14 juillet 1607.

' Récit de la mort de Béli par le cellérier épiscopal Hugueli. Le cellfrier glissa dans la main de l'infortuné un médaillon béni • insigne lacrandis in agone induJgentiis. >> — Anborh* — Tschokke.

teau de la justice les pauvres s'accordèrent^ en riant, pour dépouiller les riches* La peine fut moins proportionnée au délit qu'à la ftMrtune des accusés et à la haine du peuple. Ceux qui parlèrent le plus haut furent ceux qui avaient à cacher le crime d'appartenir à la France plus qu'à leur pays. L'iniquité lava l'iniquité.

On apprit ces choses à Baden au moment où deux députés, choisis par les Cantons, allaient partir pour la Rhétie. Aussitôt la diète donna l'ordre au bailli de Sargans d'occuper les passages, et aux milices des Gantons de se préparer à marcher. Le jour fut pris d'entrer en campagne ^ Comme toutefois des pensées différentes avaient dicté la résolution, les protestans s'assemblèrent à Arau, les catholiques à Gersau, pour s'entendre sur leurs vues particulières. Les villes ne voulaient que rétablir l'autorité du magistrat. Les catholiques avaient surtout à cœur la cause de l'évèque et de la religion, a Les Ligues , dirent-ils, sont incapables de se gouverner elles-mêmes. Notre tutelle leur est nécessaire. Il faut qu'elles s'engagent à ne plus contracter d'alliance sans notre consentement. Nous verrons s'il ne convient pas d'abandonner les Dix-Droi* tures à l'Autriche, pour qu'elle y rétablisse la vraie foi. Nous occuperons Meyenfeld et Malans pendant ' quelques années , pour gage de paix. » L'archiduc Maximilien et le gouverneur de Milan rassemblèrent des troupes. Mais à la nouvelle de ces mouvemens, les villes reculèrent; les armes tombèrent de leurs mains. Les Grisons, de leur côté, se rallièrent, catholiques comme protestans. Ils se rirent de l'insolent orgueil des

* Le 18 août — Pascal. — StclUer, 4»i. — PorU, n%. Rccès de Daden, août et septembre.

396 HlSTOlâB DE LA 8UI86E«

Caotons. Pascal se rendit de oommune en commoney eo pacificateur. Il les harangna avec 1 éloquence propre au pays. Toutes elles lui donnèrent par écrit Fassaraiice de leur fidélité à l'alliance française. Plusieurs amis de la France, dispersés par la terreur, étaient eocoie sur la frontière : naufragés, qui attendaient sur le rivage de savoir ce qu'ils avaient à espérer ou à craindre. A la voix de Pascal, les Rhétiens s'assemblèrent à Ilanz , pour revoir les sentences du strafguéricht. Plus jaloux de rendre le repos au pays que de maintenir Tœuvre d'un tribunal souillé par ses ri* gueurs, ils rappelèrent tous les fugitifs indistinctement. S'ils laissèrent peser sur eux des amendes , ce fut moins comme peine que pour couvrir les grands frais de l^ir procès ^ De tous les fugitifs, levèque, réfugié à Feklkircb, rentra le dernier en Rhétie. Condamné à paLyer 1 ,200 couronnes et à jurer de respecter désormais les droits souverains du peuple, il attendit plusieurs années quelqu'appui de l'étranger. Las enfin , il revint humble et tremblant ^. Il ne restait plus à Pascal , pour avoir réduit la Rhétie, qu'à faire révoquer la loi contre les pensions. En ne distribuant les lai^esses du roi qu'aux communes qui se déparlaient de cette ordonnance, il l'eut bientôt &it rejeter'. Dès lors les vo-

* Estimés 4S0,000 florins, oatre 50,000, don des Confédérés. Le roi fit 50,000 francs, Venise 3,000 cooronnes.

' En 1610. € Si les Suisses n'eoaent retenu les Ligues , dles renaoenl contraint à revenir ou k abdiquer. • EUkhorn, 178.

* Ceux qui venaient de voter contre les pensions , à Davqs, aUaienl prier Pascal de leur distribuer leurs pensions ; ils les croyaient une dette. — Carrêêfxmdanee de Poêcal avec la eour. Elle montre l'importance attachée à sa mi8sion.^In8tr. k Pascal. —CeUe^données à Gaumartin, 1604, « en lui conférant, comme récompense, l'ambassade en Silisse, toujours tenue autant et plus importante qu'aucune autre.»— ^ Anhom, alon pas-

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lontés de Henri IV ne rencontrèrent pins de résistance diez un peuple qui naguère , fort de son courage et de son union , avait mis sa gloire à ne recevoir sa loi que de Dieu et de la liberté.

Ainsi deux grandes monarchies se combattaient dans les Alpes^ non par les armes, mais par Tor et Tintrigue* La France l'emportait^ grâces au nom de Henri IV et à rhabîleté de ses agens. Toutefois les vallées appuyées an Saint-Gothard étaient toutes espagnoles par Tintérèt et la religion. La Suisse continuait donc d'être partagée^ à l'extérieur, entre deux centres d'attraction; à l'intérieur^ en deux camps. Les ministres déclamaient contre l'Antéchrist. Les capucins condamnaient les hérétiques au feu étemel : parfois ils les y envoyaient avant le temps. Martin Duvoisin^ passementier bàlois, accusé par des pèlerins de s'être exprimé légèrement sur la religion de Rome , fut condamné à mort par le magistrat de Sursée. Comme il marchait au supplice, de» députés de Baie accoururent hors d'haleine, une lettre du Conseil en main. L'avoyer lucemois prit la lettre, la mit en poche sans l'ouvrir, et ayant fait procéder à l'exécution : « Allez ^ dit-il aux députés de la ville confédérée , rapporter à vos seigneurs ce que vous avez vu. » Baie, dans un premier mouvement d'indignation, ne songea qu'à des représailles. Puis elle céda à la clémence, se persuadant que par là devait se faire reconnaître des deux religions la meilleure ^ Plus d'une

teor à Mejenfeld , dans son récit de Tannée qn'il nomme AnQog De lAentlc rUstlCe. — Pascal résidait k Tosis , à portée des Engadins, non à Goire. Sa dignité ne loi permettait pas d'habiter ce nid d'Espagnols» . ^ Oclis. — ^Hottinger, 9SS.— • On n'abandonne pins sa vie poar Christ. La religion cTest

Forcer à son parti , et puis exterminer Celat-là qu'on ne peot à salut amener. •

VEicarboi.

mSTOIRB DE LA 5Ui8aB.

fois les deux partis prireiU les armes '. Les cathoUqoes s'inquiétaient des rapports des villes avec Venise^ , aecusëe de protestantisme ; avec les Etats généraux ^ et les princes d'Allemagne ^ qui les sollicitaient de s'unir à eux; avec Charles IX de Suéde ^ qui leur demandait des soldats. Les villes ^ de leur côté, étaient dans de continuelles alarmes depuis que les États catholiques avaient ouvert la Suisse aux Espagnols et que des troupes étrangères foulaient et refoulaient les iiords de la Reuss. Les diètes se passaient en récriminsitions. Le théâtre de querelles toujours renaissantes était la Thurgovie. Durant trois siècles , Thistoire de cette province a été celle du combat des deux cultes sur un sol gémissant. Zurich encourageait les écoles y le chant , la prédication. Elle s'était érigée en protecteur du petit peuple contre les rigueurs des baillis catholiques* Les cinq Cantons, l'évèque de Constance et l'abbé de Saint- Gall lui disputaient le terrain* Us ne permettaient pas aux couvens de vendre aucune terre , de peur qu'dle ne tombât dans des mains hérétiques. En 1610, une rixe de village enflamma la querdle et faillit allumer une guerre de religion. Prés des frontières de Vanden pays de Kybourg , le village thurgovien de Gachaang se cache entre les vignes et les vei^ers. Tous les hafaîtans étaient réformés. Le château appartenait à Hector de Béroldingen, d'Uri, officier qui avait servi Philippe Il sur terre, sur mer, jusque dans les deux Indes. Catholique ardent , il avait obtenu des Cantons d'avoir sa chapelle. Ses gens, vieux croyans comme lui, avaient des disputes incessantes avec les villageois. Un

A Recès des Diètes. — Manaels de Lucerne, Zurich, Berne.

> Qoi leur demandaient un eroprant de 40,000 florins.

> La paroisse comprenait plusieurs communes luricoises.

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jour 9 une croix se trouva plantée sur la tombe d une femme protestante. Les paysans crurent que les papistes voulaient conquérir le droit d'être ensevelis dans le cimetière. La croix fut renversée , remise , renversée de nouveau. Sur ces entrefaites des époux arrivèrent dans l'hôtellerie du village pour y célébrer leurs noces ^ . Au récit de la croix deux fois érigée , le cortège s'émeut» Des valets de Béroldingen étaient présens ; ils s'échauffent. Ils dégainent; on les désarme. On les poursuit jusque devant le château. Un coup de feu part des fenêtres ^. Aussitôt le tocsin sonne ; on accourt des villages zuricois; 800 hommes se trouvent réunis. Ils pénétrent dans la demeure de Béroldingen , le blessent , dévastent sa chapelle et n'épargnent pas son cellier» Les jours suivans, Béroldingen parcourait à cheval les cinq Cantons , les appelant à la vengeance et criant : ce On a fait outrage à la mère du Dieu du ciel et pillé ma maison; impossible de le souffrir ! » Les cinq Cantons prirent les armes. Madruce, qui commandait en Lombardie 6,000 lansquenets ^ se tint prêt à les secourir. Vainement les villes réformées offrirent leur médiation ; Zurich ne se fiait pas à elles. Elle comptait bien plus sur Tamitié des princes d'Allemagne. Ce fut l'ambassadeur de France qui sut faire agréer un accommodement. Des délégués de Zurich , Luceme, SchafFhouse et Glaris jugèrent les Thurgoviens; Zurich^ ses sujets^. Elle montra par la convention de Sempach que les anciens Confédérés ne se désistaient point du droit de juger leurs ressortissans. Béroldingen reçut 2,200 florins d'indemnité. Les

* Le 10 mai 1610.

* Avec les cris : KeUer » llnncisfiit. f^aierl. Stg,

* A Franenfeld et à Winterlhour.

Thurgoviens payèrent de iaibles amendes; Zurich, A^OOO florins pour ses sujets. Ainsi s'apaisa cette flamme^ à la voix de Tëtranger^ après que les Confédérés eurent refusé de prêter l*oreiUe à celle de leurs frères ^

L'étranger régnait sur les Suisses dégénérés. Le monarque qu'ils avaient élevé sur le trône leur parlait en maître. La simple menace de leur retirer leurs pensions suffit pour que Messieurs de Fribourg déposassent Tun de leurs collègues, Henri Lambei^er, moins dévoué qu'eux aux intérêts du roi ^. Il existait dans Fétat un état qui le dominait. Le prince voulait lobéissance de ceux qui recevaient de lui la solde. Quatre à cinq cent mille écus, jetés annuellement aux chefs des Cantons , les tenaient dans la dépendance '•

A Pnppîkoffer, U, 152. — HeWetia» II, 5S6. — Meye^sSàbw. Geschichte, 674. Vaterl. Slg. — Stadiin, Zoger Geschichte. — Ghroo. helT. dans la Wasserkirche, à Zurich.

s En iSOS. Réélo en 4606 , il fut de nouveau déposé. U/Ugtr, damé U Sekm* Moêum, iSiS.

* • Quant à la dette, en payant un million pour prix du reDOBveUe«> ment de ralliance , on s'était , dans le fait , libéré d'acquitter le reste. • CapeBgue, VIU.-^ully, IV« 211-335, 36S, V, 227, VI. 192.— Gaornartin, mémoires des dettes de France, nus. • Elles ne montent pins qu'à 6 millions, savoir i pour argent prêté par les villes et les particalien 469,000 fr. ; intérêts dus, 257,000; arrérages de pendons, 460,000; service de guerre, 2,600,000. — Les 400,000 fr. versés annuellement se partagent comme suit : appointements des colonels, commis etc. 12,0001 censés d'argent prêté par Berne, Bàle et Zurich, 117,000} penâons 46,000 ; rachat des dettes 300,000; service de guerre 180,000; mens, ports, etc. 6600. • — On distinguait les pensions de rdU, buées par la main du gouvernement, des pensions à voUmU, quiTariaient et que l'ambassadeur fisisait diercher à Solenre , pour tenir ceux qui lei recevaient dans le devoir et conférer avec eux secrètement Les tcnles de la dette étaient payées ou non selon les besoins. La France donnaft volontiers en paiement du sel de Bourgogne, liant les Cantons avec cette province par le commerce.

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Les ambassadeurs de Henri lY vantaient à Tenvî la gloire de son règne : les haines domptées , la centralisation du pouvoir 9 réconomie introduite dans les finances > les revenus accrus » le peuple allégé. Les pensionnaires du roi répétaient ces propos. Zurich et Berne , alliés naturels du prince , comptaient sur son affection particulière^ Cependant Henri mettait à son amitié la condition qu'ils n'entretinssent pas avec les Réformés de France des rapports trop étroits. Us l'éprouvèrent lorsque, en 1605, ils envoyèrent Georges Grébel et Jean Jacques Diessbach intercéder pour le duc de Bouillon ^ , chef remuant du parti calviniste. (( Les accusations qui pèsent sur le duc sont plus graves que vous ne le croyez, » dit le prince d'une voix sévère. Bouillon s'était retiré dans sa principauté de Sedan. Craignant qu'il ne recommençât les troubles civik , où qu'il n'allumât la guerre entre l'empereur et lui , comme Robert de la Mark l'avait fait entre Fran<^ cois I^^ et Charles V , le roi se disposa à l'assiéger. Six mille Suisses, sous Nicolas Praroman et Gaspar Gailati^ se mirent en marche pour le joindre^. Mais avant

A Mars 1605. — Mss. Golbert, 82. Grand accueil était fait ^ Bonillon et à Lesdigilières , lorsqu'ils venaient à Berne. ManueU. — Bassompierre, i606. — Sedan, ville de refuge , académie , Genève du nord i place par laquelle les calvinistes communiquaient avec les protestans d'Allemagne. Corrtêpondante de DapU$M, X» — StetiUr, 4S8é — - Initruetionê am capUame Cwrion allant en Sniête de la part du roL « Gardes bien les portes de vos pays , Genè\'é et les Grisons » dit le roi aux députés. — Que V. MaJ. a^assure qdenos supérieurs ne feront rien relativement aux Grisons sans y avoir bien réfléchi — Vos supérieurs ne réfléchissent que trop. • — Les députés allèrent Jusqu'à menacer Henri de mesures de rigueur, et à dire • qu'ils désiraient éviter à leurs supérieurs de grandes dépenses. » M^er'ê Sehw, Geêch^, I, ^78.

* On remarqua dans celle petite armée une compagnie de Zuricois^ au départ de laquelle la seigneurie n'avait pas mis d'empêchement. XII. a6

leur arrivée un accord termina le différend. Leur retour fut une course de plaisir. Le jeu fut permis aux soldats^ contrairement à l'ancienne discipline. Ils rentrèrent en Suisse au commencement de mai de lan 1606^ et xlonnérent à leur courte campagne le nom de u guerre des œufs de Pàque ' . »

Le roi de France ne s'était hâté d'étouffer ces discordes intérieures que pour pousser d'autant plus vi* vement les préparatifs d'une vaste entreprise. Il avait conçu^ si l'on a dit vrai^ le plan d'une république chrétienne. Quinze états de force égale Teussent composée : cinq monarchies héréditaires , six électives et quatre républiques. La diète de leurs représentans etit maintenu l'Europe en paix. Les dépouilles de la maison d'Autriche devaient servir à élever les états du second ordre au degré de puissance que leur destinait Henri. Les Suisses recevaient la Franche-Comté , l'Alsace et le Tyrol en partage. Des projets qui embrassaient l'Eu* rope entière s'élaboraient de longue main^. Bongars y disposait l'Allemagne; d'autres la Bohème, la Hongrie. Henri IV espérait dans Jacques Stuart, successeur d'Ë<* lisabeth d'Angleterre. La Hollande , Venise^ le duc de Savoie étaient ses alliés naturels. Il ne lui manquait plus qu^un prétexte pour déclarer la guerre^ lorsque s'ouvrit la succession de Clèves et de Julier. Alors Charles Emmanuel , des alliés du roi le plus impatient, se dé-> clara. Il devait entrer avec Venise en partage du Milanais ^. Un régiment suisse, levé par lui, partit sous

« Mém. Tigiir., i«9. — Stettler, 42S, — De Thoa, CXXXIV.— Zvlaoben, VI. — Ochs.

' Sully, Économies royales, V à VUI.

* Une partie do dnché d(n*ait écbeoir aux Cantons cathoHqoes, pour qu'ils ne seconrnssent pas l'Espagne. Le dnc ae toornait et se retoornait.

le colonel Stockar de Zoug ^ Bientôt les levées commencèrent pour le roi. Son trésor était plein : la voix des enrôleurs fut partout écoutée avec transport. Deux rëgimenSy sous Gallati et Fégueli^ se trouvèrent en quelques semaines prêts à joindre les drapeaux de France^. Au printemps de Tan 1610, tout s'ébranla. Henri IV, les cheveux blanchis, rentrait, après onze ans, dans la carrière si souvent baignée de ses sueurs. Il distribuait encore à ses amis de ces mots heureux qui jadis les avaient enchaînés à sa fortune, a Je ne suis pas votre roi, disait-il, le matin du 14 mai, à Anjorrant, député de Genève; mais vous trouverez tou-* jours en moi un père^. » Quelles heures après, vastes projets, longtemps médités^ majesté^ gloire, grandeur, tout avait passé dans la région des sooges. Le couteau de Ravaillac avait tout fait évanouir. Les Suisses , la pique baissée, faisaient la garde autour de la chambre nommée du trépas. Puis ils accompagnèrent la dépouille de Henri IV à Saint-Denis , sa dernière deimpatient d*entrer daos le champ des combats. N^ociant an mariage avec la cour de Fontainebleau , il demandait pour dot Nenchàtel , qu'il comptait échanger contre le Paya-de-Vand. ( Voyes encore : Jiufr. d Carron, envoyé à Nenchàtel en i0i5, pour obtenir préférence en cas de vente. Ârch. Tnrin. Négozz. Mazz, iii.) Henri, de son côté, en donnant au duc la Lombardie , avait dessein de se faire céder par lui la Savoie. Tout en parlant d'abandonner la Francbe^Comté aux SuisBes, il n'était pas très- dé terminé à y renonter pour lui-même.

^ En 1009.

' « Chacun vouUit en être. > Les cinq Cantons toutefois» quand ils surent que le roi voulait frapper la maison d'Autriche, rappelèrent leurs gens. — Lettres de M. do Refuge. — Mercure français, 1. 4i7. — Mémoires et documens inédits sur la Franche- Comté, I, Si7. ^ Mémor. Tigur. — Stetder, 447.

» Spon, I» 474. — Registres. — Bérenger, 11, 346.

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meure ^ . Dans leur patrie , les cœurs s'émurmt à la nouvelle que ce grand prince avait cessé de vivre ^ En Rhétie^ les principaux du pays vinrent , le visage couvert d'un voile, et poussant de grands soupirs^ témoigner leur deuil à Pascal. Les Espagnols se félicitèrent. Avec Henri IV tombait le système laborieux de transaction qu'il personnifiait en lui. Les partis^ qui s'agitaient en frémissant sous sa main puissante^ reparurent. L'action et la réaction recommencèrent.

* MathSea, de la mort dn roi Henri. Arck. CarieuMu, XF^GS.— L'EstDîie, IV. — Bassompîerre. — Tons les bruits semés dans l'étranger pir les partis étaient ans en Suisse par les coreligionnaires. On ne dooli point que l'assassinat de Henri ÏV ne fût le signal d'une vaste cotupiialion ourdie par la cour romaine.

^ « La douleur est profonde et sans hypocrisie ; car ib oompreoBenl li portée de l'événement r

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