CHAPITRE IL
DE LA MORT DE HENUl IV A LA GUERRE pE TRENTE AITS.
KLapprochement des cours .de France et d'Espagne. — Attaquç contre Genève. —Alliances entre les États du second rang. — Le margrave de Baden, 1612. — Zurich dans l'alliance française, 1613. — Guerre civile en France. — Régimens suisses. — Berne rappelle ses soldats. — Colère de la France. — Échallens.
— Le Val Moutier. — Nouveaux régimens. -rr Bassompiçrre, colonel d.es Suisses, r- Défaites des calvinistes, -r D/échiremens jde la ^.éfQrme. — Arminiens. — Puritains. — Rigueurs de Berne. — Alliance vénitienne. 1615. — Alliance de Berne avec Charles Emmanuel, 1617. — Le concile de Dordrecht, 1618. — Réveil du zèle. — Marche du catholicisme. — L'-évéque de Lausanne à Fribonrg. — r Le Valais, -i- Les Grisons. — r Rappel de ('ascal. — < La lutte se renouvelle en Rhétie. -^r Rejet de Falliance vénitienne. — Rejet de Falliance espagnole. —«Rodolphe de Planta, rr- Strafguéricht contre strafguéricht — Les ministreis.
— Synode de Coire. — Synode de Bergun. — Soulèvement -— Strafguéricht de Tusis. — r Désastre de Pleurs. — Tribunal de révision. -n- Les juges de la veille acciùés le lendemain. — Nouveau soulèvement. «— Camp d'Igis. — Les neutres. — Gueffiec Victoire des protestans. — Strafguéricht de Davos. -^ Éruption de la guerre de trente ans. «• Prudence des Confédérés. — Zèle des Grisons.
Les Confédérés n apprirent pas sans surprise , peu après la mort de Henri iV^ que les cours de France et d'Espagne s*étaient rapprochées ^ et que la main d'une
infante était promise au jeune roi Louis XIII ^ Les gazettes y récemment imaginées, et les lettres des officiers suisses en cour , étaient remplies du récit des fêtes par lesquelles on célébrait cette alliance catholique. Ce n'était que danses , carrousels, et que spec^ tacles dans lesquels les preux de Charlemagne et les dieux de TOlympe s'alliaient aux pompes romaines. L'indifférence avait repris le masque de la dévotion. En même temps arrivait d'aqtres côtés la nouvelle des progrés du catholicisme. Venise était menacée par VEspagne. Philippe II revivait dans Ferdinand d'Autriche. L'équilibre qu'avait maintenu l'épée de Henri IV se trouvait rompu. Les grandes puissances se donnaient la main. Le lien qui les unissait se rattachait, à Rome, dans la main d*un pape en qui revivait la persuasion d'être le dieu de la terre. Baronius, Bellarmin appelaient le monde aux pieds de Paul V^. Ce mouvement se manifesta aux Cantons par une nouvelle attaque contre Genève. Charles-Emmanuel ne pouvait se résoudre à avoir inutilement levé les troupes avec lesquelles il se préparait à seconder Henri IV. Quelque temps il hésita s'il les emploierait à soumettre Genève ou Gênes : l'une, sous la protection de l'Espagne, l'autre de la France. Mais apprenant que la main de madame Elisabeth , promise au prince de Piémont par le roi Henri , venait d'être donnée à l'infant d'Espa-
* Ainsi, sous Loais XV, la cour de Versailles se rapprocha de la maison d'Aatriche. — Mém. concernant les affaires de France, 1610-20. — Flassan, II, 519. — Sally. — Dépêches de Castille, 1611-15 (BîbL rojale , Mort, suppl. 9312 ).
^ Le pontife donnait, dans le sein de l'Église , une place à tontes les idées particulières , mais il se montrait impitoyable pour le schisme. Mille saints, mille chapelles ; une seule invocation.
gne , il eavoya Tordre à son armée de passer ies Alpes ^ • Les Piémontais fondicent sur Genève^ dans Tespoir de la surprendre. Mais déjà 600 Va udois garnissaient les remparts. Messieurs de Gouvernet^ de Soubise, de Béthune accouraient avec leurs gentilshommes français; 2^400 Bernois s'avançaient sous Rodolphe d*ErIach et Nicolas de Mullinen^. Tous les Cantons protestans assuraient Berne d'un prompt secours. Forte de leur appui ^ elle repoussa les offres d'intervention de lambassadeur de France et des Cantons catholiques^. Son ëpëe fit rentrer celle du duc dans le fourreau ^.
Les villes suisses venaient d'être averties par ce coup du changement survenu dans la politique européenne, lorsqu'un prince allemand, souverain d'un petit pays,
* Siri, Djcmoric rccondile, II. — Lélî, IV. — Levassor, I. II, 68. — Correspondance de Dupicssis, XI, 167 elc.
* 1,800 hommes les saivaienl sous F. de Lulernau. Bûle , Schaflfhouse, Zurich surloiil, qui avait, en 160d , accédé au trailé pour It défense de Gentwe, promirent un prompt 'secours. Glaris, Soleure et Appenzell suivirent cet exemple. St.-G«M envoya de^Targent. Au moment où Charles Emmanuel avait menacé Milan, l'abbé de St.-Gall avait accordé à ^Espagne le passage et des soldats. Le duc , confondant la ville et l'abbé, avait aussitôt fait arrêter des marchandises, appartenant à la maison Scherer, Spindler ctSchauvinger de St.-Gall. Tous les Cantons étaient intervenus. « Si nos compatriotes ne reçoivent pas le dédommagement qui leur est dû , nous recourrons aux moyens par lesquels nas pères ont maintes fois secouru Tinnocence, et non plus qu'à eux le cœur ne nous manquera. « — Restitution s'était faite, avec dommages. Mais St.-Gall était devenue prudente, jirx. — Slettler. — Saluées, lll, 87. — Alt répèle les erreurs de Guichenon. — Zurlauben, VT, 299.— Watteville, contin. mss. ( Bibl. Bern. >— Recès des Diètes. Les villes de France envoyèrent promptement 60,000 francs , La Rochelle 10,000 , le Languedoc 10,000, Paris S, 000, elc.
* Les cinq Gantons , Lnoerne particulièrement, avaient refusé de rappeler leurs troupes au service de Savoie.
* Data, 288. — Dumont, V, 2, 166. Son Altesse promet de licencier tous les soldats étrangers , hormis 2,500 suisses, etc.
le margrave Frédéric de Baden*Hochberg y demanda leur alliance. Ses États étaient situés de manière à devoir, en cas de guerre, être les premiers attaqués; Zurich et Berne ne s'arrêtèrent pas à cette circonstance. Vainement les ambassadeurs d'Espagne et de France leur dirent - ils : « Vous pouvez , maintenant que les rois s'entendent, suspendre vos armes au croc. » La nécessité commandait aux petits états de s'^unir, depuis que les grands se donnaient la main. Dans cette persuasion, Berne, puis Zurich contracté* rent avec le margrave une alliance défensive. Elles promirent 2,000 hommes de pied; Frédéric, 500 cuirassiers et 500 mousquetaires , ou des subsides en argent ^ Bàle et Schaffhouse s'excusèrent d^accéder à ce traité par l'obligation où ils étaient de n'en contracter aucun sans le consentement des huit anciens Gantons. Berne fut près de se laisser entraîner par un premier pas à en faire un second d'une plus grande portée. Peu s'en fallut qu'elle n'entrât ^ dans l'alliance que les protestâtes d'Allemagne avaient conclue à Heilbronn, et à la tête de laquelle ils avaient porté Télecteur pala* tin , Frédéric , gendre de Jacques Stuart. Elle eût entraîné la Suisse dans la guerre de trente ans. Les villes^ ses sœurs , la retinrent au moment ou elle allait s'aven-r turer sur une mer dont elle ne prévoyait pas les orages. L'ambassadeur français, Gastille, jaloux pour soo maître du dévouement des villes suisses, s'opposa vivement à leur accession à la ligue protestante. Quant à leur alliance avec le margrave, il n'avait pas paru y
* Ea 1612, pour 19 ans. SteUler. -> CasUlIe, déptebes. — Reiatione clcUa nuDciatura 16iS.
2 En 1613, par Walther Rcllig, Thabile agent du duc SMtUr. lUciêd\'1rau, iepfembre.
prendre garde : il comptait la faire servir à ses fins. Quelles que fussent les relations nouvelles de la France, sa politique n*en continuait pas moins d*être^ en Suisse, opposée à celle de TEspagne. Ses agens se présentaient aux Cantons réformés comme des appuis; ils prêchaient la concorde; ils parlaient en patriotes. Ce langage leur avait fait des amis, même à Zurich, parmi les hommes qui avaient le pouvoir en main. Déjà du vivant de Henri IV, le bourgmestre Rahn, neveu du colonel Frœlich , parlait volontiers dans le sénat du changement amené par le laps des temps et de la convenance pour Zurich d'entrer dans Talliance française. Rahn était de ces hommes de savans labeurs^ tels que Zurich en a compté dans les derniers siècles plusieurs parmi ses premiers magistrats : héros dans le champ de l'érudition j comme leurs pères dans celui de la vaillance K Il croyait', comme quelques-unes des premières familles de Zurich , pouvoir sans scrupule entrer en partage de Tor du roi. Zwingle n'était plus. BuUinguer Tavait suivi dans la tombe. Mais dans une ville féconde en géuéreiix citoyens^ ils avaient laissé des héritiers de leur grande âme. Ils revivaient à cette heure dans un homme dont le courage et le désintéressement rappe* laient le leur. Breitinguer venait de se faire connaître dans le cours d'une peste, qui avait enlevé à Zurich le tiers de sa population ^. On l'avait toujours vu partout où le danger était le plus grand, le conseil le plus né^ cessaire. Celui qui s'était montré le plus dévoué des membres du clergé, en avait été nommé le chef. Comme
^ Il était vené dans les anliqaitéfl, le droit , la slalislique, la diplomatie , les langues.
' En 1611. Anlistès en 1613. Article Breitinger, dam VEncycL dû Erseh.
ses prédécesseurs 9 mais en un siècle différent^ il était rhomme des écoles el de la discipline. Il produisait à la lumière les prévarications des grands. Il s'exprimait surtout avec chaleur sur les alliances étrangères. Toutefois il ne s'était pas élevé contre celle de Zurich avec le margrave. Le magistrat avait interprété le silence des pisteurs comme la preuve de Tasseiitiment du peuple. Mais le traité ne fut pas plus tôt écrit, que Castille s'en prévalut. Zurich^ ayant abandonaé k système de ne point faire de contrats avec rétranger, refuserait-elle au roi de France ce qu'elle venait d accorder à un prince d'Allemagne? Les conseils ne trouvèrent point de réponse à ce langage. Les tribus gardèrent le silence. Une génération impatiente de voir se rouvrir la carrière de Thonneur et de la fortune arrivait aux affaires. Le traité fut conclu, que la nation, nourrie, depuis la Réforme, dans l'idée qu'aucune alliance ne pouvait se faire sans son suffrage, le croyait encore impossible ^ Castille annonça son arrivée . Quatre cents cavaliers, dans la joie, se portèrent a sa rencontre. Il fit son entrée avec le bourgmestre, a travers les longues haies des citoyens armés pour I accueillir. De jeunes seigneurs français raccompagnaient en grand nombre. Leur premier soin fut de donner le bal. A voir les dames zuricoises, belles comme elles étaient, se montrer vêtues à la mode vénérable des vieilles tapisseries de France, ils éprouvèrent d'abow quelque surprise ; mais la fête n'en fut que plus gaie-
* Dabey es dann blieb und rcdele jedermann da» beste daxo. f^ nuiniuent, cité par VagueUn,V édition. Il, 206. En 1620 le pcople «"• rjcoîs fut consulté pour la dernière fois. H parut • contraire à llïonn de la ville de rendre compte h ses sujets. •
> Tiei0;20 janvier 1618.