‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 5)Chapitre 45 sur 75 · UVRE XI. CHAP · texte numérisé non relu

UVRE XI. CHAP

lobre 1617 ^ Lies Espagnols rendirent leurs conquêtes. Charles-Enunanuel se condamna à attendre que de nouvelles circonstances lui permissent d'attaquer de nouveau. Les Suisses reprirent le chemin de leurs foyers , éclaircis par le fer moins que par la maladie. Une fièvre meurtrière les suivit. Elle se répandit à Ve* vey , puis au loin y dévorant les populations inoffensi* ves. Le général^ Antoine d'Erlach, ayant été au nôm-^ bre des victimes de la peste piémontaise, ce fut son frère Rodolphe, d'une grande espérance , qui ramena les auxiliaires dans leur patrie ^.

Ainsi les villes suisses secoururent Findépendance mourante de Tltalie. Tout ce qui se sentait menacé parla grandeur de la maison d'Autriche avait les yeux sur elles; les catholiques comme vers la patrie des braves^ les protestans comme vers uu berceau de leur foi.. Le jour vint que les républiques de Hollande envoyèrrent à leur tour solliciter leur appui , non^ toutefois cck lui de leurs armes. Longtemps unies par le besoin d'une défense commune y elles s'étaient divisée^ après la victoire. Deux partis s'étaient formés autour de deux croyances religieuses ^. Barnevelt, Grotius, les classes riches et instruites, faisaient profession des dogmes que Berne avait condamnés chez Houber et qu'Arminius enseignait à Leyde^. Le peuple et la grande par-

* Data, Traités de la maison de Savoie , I, 5i6. — Slettler. LTspagae se toorna contre Venise. Gonjaration de Bedmar, 1617.

' Stettler.^ Manuels, 38, 54.

* La liberté d?ile étant sortie de la liberté religieuse , TÉtat et TÉglise étaient étroitement liés.

* Atminias ayait étudié à Génère et à Bàle. « Mon Hollandais répondra pour moi , • disait volontiers Gryneus.

tie du clergé s'étaient attachés d'autant plus fortement aux doctrines de Calvin. Mais sous la théologie se cachait la politique. Les arminiens étaient fédéralistes , les calvinistes unitaires. Les premiers plaidaient pour les libertés des provinces ; les derniers s'étaient rangés sous l'héroïque drapeau des princes d'Orange. La Hollande n'était pas ^ comme la Suisse, une confédératîoD d^Êtats. Elle avait sa diète : les états-généraux; mais les députés n'y représentaient pas des^ pays souverains. Les nécessités de la guerre avaient créé ce gouvernement. Cependant il ne s'était pas si bien consolidé que les provinces ne réclamassent le droit de se régir à la manière des Cantons. Ce n'en fut pas moins aux villes suisses que Maurice d'Orange s'adressa. C'est dans leur sein que la doctrine de son parti avait pris naissance. Elles avaient condamné celle de ses adversaii'es. Maurice entretenait d'ailleurs avec la Suisse réformée d'étroites relations. A cette heure même ses fils habitaient le château de Montricher, dans le Pays-de-Vaud. Il sollicita donc les villes d'envoyer leurs théol<^ens au synode que, sans égard pour Topposition des pro* vinces , il avait copvoqué à Dordrecht.

Les villes confédérés, se montrèrent d'abord peu jalouses de répondre à l'invitation du prince. Ce n'était pas qu'elles ne portassent un vif intérêt à ces républiques qui ; comme les leurs, avaient grandi dans les combats , par le courage et la vertu ; qui avaient, elles aussi y triomphé des Habsbourg ^ s'étaient assujëti les mers^ et avaient contraint la richesse à venir habiter un sol toujours miné par les eaux. Mais dans un âge où les communications étaient rares encore, la Hollande et la Suisse se connaissaient peu. « Pourquoi , di-

rent les villes S envoyer si loin y pour une eause qui ne nous est pas familière? Pourquoi risquer de propager chez nous la querelle qui trouble les Provinces- Unies? Les théologiens avouent que les questions en litige , celles de l'élection divine , de la puissance de la croix de Christ, du libre arbitre de l'homme , de l'action de la grâce divine et de la persévérance des fidéles, sont des plus subtiles; qu'en des points aussi mystérieux les docteurs chrétiens ne se sont jamais exprimés uniformément ; qu'après tout il est permis de différer sur ces articles sans cesser de vivre en paix. » Cependant le stathouder ayant renouvelé ses sollicitations ^, le roi Jacques d'Angleterre et l'électeur palatin y ayanç joint les leurs, les villes suisses se laissèrent entraîner. Elles nommèrent députés ; Zurich, Breitinguer ; Berne^ le doyen Rutimeyer; Bâie , les docteurs Meyer et Beck; Schaffhouse , son premier pasteur , Conrad Koch ; Genève , Jean Diodati et Théodore Tronchîn ^. Ils furent défrayés libéralement par les États généraux ^. Le parti qui les avait appelés les reçut avec allégresse. Interrogés sur le rang auquel ils prétendaient : « Le dernier, répondirent-ils , pourvu qu'il nous soit donné de contribuer à la paix des Églises de Haliande ^. » Ils fu-

* A Araa. — TheoL Bedenl^en de Brdtinger. ' Par Bréderode.

* Ils partirent le % octobre 1618. — D^'à les arminiens ne ponyaient se montrer sans être insultés par le peuple.

* A 4 florins par jour; les évêqnes en recevaient 18. U en coûta un million de florins à la Hollande. .

' Ik prirent place après les Anglais et les Hessois. Les Anglais leur étaient en scandale, pour qui le pape n'était pas l'antechrist, et qi^ condamnaient vaguement les sociniens. A leur tour les Anglais se scandalisaient de la manière peu sévère dont le dimanche était observé \ Dordrecbt.

rent le rempart de l'orthodoxie ^, et signèrent giiment, après cinq mois de session , la oondamnati<« des doctrines arminiennes : partant, la ruine du parti républtcaîn. Orange avait jeté son épée dans la balance des idées y Bamevelt sa loge ; la tète du vaincu roula sur Téchaffaud ^. Dès lors il ne fut plus question dans les Provinces«Unies de vouloir se gouverner à sa mode , ni en religion^ ni en aucune autre matière* Les députés suisses rentrèrent dans leurs foyers en triomphe , publiant avec quelle magnificence on les avait traités ^, et comment le Saint-Esprit était descendu sur TÉglise. Pendant leur absence , Zurich avait célébré le jubilé de sa Réforme. Les autr& cités se préparaient à solenniser le leur. Toutes elles se plurent à réunir au souvenir reconnaissant du jour qui leur avait rendu rÉvangile^ celui de la victoire que la bonne cause venait de remporter. Toutes elles s'accordèrent pour jurer fidélité aux dogmes consacrés à Dordrecht. L'esprit de la Réforme parut se réveiller , mais traînant des fers et en face de puissans adversaires ^.

* Les Belges les nommaient : « mnrum sonm aheneam. « On avait répandu le brait qii*ib étaient arminiens.

^ • Nos canons de Dordrecht ont coapé la tète de BamevelL ■ Plaisanterie de Dîodati. Tronchin et lai prêchèrent sur la persévérance des saints et contre la morale mondaine.

^ • Wie slattlich and herrlich kostfrey. » Les Bftioîs firent leur rapport en deux mots : • Es bleibt dabcy. » Ocks. Beck ne parla plos do synode (sacro$ancta$xnodtt3) sans se découvrir et s^incliner. — Breitinger reçut deux coupes, portant :

« Eslo honor; assertam porrô deffende; nocentes A groge pelle lupos. »

* Acta syn. Lugd. Batav. 1620 ( par ordre du gouvernement ) chez Elzévîr. — Acta et scripta remonstr. 4620. — Moshemii, hist. concîlti, Dordr. — A Leinborch , cpist rcmonst — Lettres de Haies , chapelain des Anglais. — Arnold Kirchcnbist. — Brandt, Hist. des P. -Bas. — Hbt-

i R<»ne ne sommeillait plus. Pas de mouvement dans

I les Alpes , tant léger fût-il y dont elle ne fût avisée par I les capucins. Pas de vallée où son action ne se fit sen- I tir. Elle écrivait à ses nonces : « Gourmandez la timi- I dite des croyans ^ . Les difficultés viennent de ce que I vous avez à traiter avec des personnes en grand nomr I bre y d'opinions diverses , le plus souvent guidées par I rintérét^ bien qu'elles persuadent le peuple que tout I se fait pour le bien public et la liberté. Gagnez par I des draps de soie, ou des colliers d'or^ y quelques \ hommes qui soient vos instrumens^ et les mettez dans i votre confidence. En diète, évitez de parler de religion I et de contredire les villes. Faites certaines choses par I la France , certaines par l'Espagne. Caressez surtout t l'ambassadeur finançais. Ânimez-'le contre Berne et les protestans. Ne paraissez cependant vous occuper que de religion. Qu'avoir travaillé pour l'Église paraisse une grande récompense ^ . » Ainsi Rome gouvernait un peuple crédule. Fribourg se lassa de lutter contre l'établissement de l'évêque dans ses murs. Le prélat , Jean de Watteville, naguère un fils de Mars, mais qui, depuis qu'il s'était cassé la jambe le jour de l'escalade, avait fait le vœu de ne plus servir que le roi des rois , fit , > en 4613, une entrée solennelle à Fribourg. A la mort ' de l'abbé de Hauterive , les biens de ce monastère furent donnés à la raanse. L'évêque, unissant le zèle aux

lînger, 999. — Breitinger, epîsloU de rebns in synodo actis. •— fieck, îUn. mss. — Meyer^s Briefe. — Schriften im Ântistitîo in Basd. ' « Opposez Bellarmin an livre du roi Jacques. »

* On dirait des sauvages du Nouvean-Monde.

* Relatione délia nunûature de Svizzeri, 1612, de Ladislas d'Aquîno. — PhiL Honnorii Thcsanras polit. 1617, p. 474. — Lebrel, VU, 445. La cour à l'évoque de Vénafro, 1609, à celui d'Âdria, 1614.

436 HISTOIRB DE LA «UIMB.

goûts de i'hcmme du monde, eut bientoC dépensé Tenus et capital à créer de nouvelles paroisses , à orner les églises , et à se fiiire baUr un palais sur la place de Morat ^ Lorsque Berne se fut alliée avec Venise, les jésuites, secondés par les envoyés de France et d*£s«pagne, portèrent Fribourg & renouveler la demande du partage des bailliages communs. La guerre fut près d'éclater. Les catholiques d'Échallens saisirent cette occasion pour se remettre en possession de leur fculte^. Jalouses de régner seules sur lès Cantons, Rofne, TEspagne et la France voulaient les punir de leurs alliances avec des États du second ordre. Biles Teillaient à empêcher qu'ils n'en formassent de nouvelles. Depuis bien des années , le duc de Lorraine offrait à la Suisse catholique un traité aux conditions les plus avantageuses. Castille empêcha qu'il ne fut conclu, en arrêtant la distribution des pensions de France '• Il punit de la même manière Tabbé de Saint4^l de s'être allié avec Milan et d'avoir donné deux enseignes à l'Espagne^. La politique berçait ou agitait Urar à tour un peuple éfxanger à ses ruses et vendu par ses chefs. Mais c'était surtout dans les pays, les gardiens des Alpes, qu'elle se jouait du bonheur et de la foi des populations.

L'Espagne et les pères capucins avaient inutitement

* « Zélé et bon humaÎQ. • « Sibi vixit, mandi plas qnam relif^onis amator. » « Vigilant à défendre les brebis da loup. • Don Hilaire dé Skfoiê. -^ Lottêona Ckrùtiana , de f^ipéqaê L&nxbourg. • Novies palsatoD est Fribnigi in «jus honnorem. t

^ Arch. Laos, cahier BekalUne. — Le Gbronîqneor , 862, — Mannei de Berne. — Dépêches de Castille.

* Il leur offrait par Rod. Pfjffer, capitaine de ses gardes, iOS moids jde sel, puis , ce qu'ils en Tondraient à moitié prix, rendp à fi&le.

* Yojes note 2, page 407.

feit condamner par les Valaisan» les ëTangéUquea à Texil ^ ; la France et Berne avaient su rendre vain ce décret. Alors Rome et le gouverneur de Milan se déci«dérent à tenter de nouveaux eflPorts. Les jésuites se joi* gnirent avec les capucins^. Ils s'établirent à Conches et à Sierre. L'évéque de Vénafiro se rendit à Lucerne et dans toute là Suisse catholique^ pour y exposer le déplorable état du Valais, menacé d'être envahi par Thérésie ^. Il gourmanda la tiédeur des magistrats et réveilla le zèle endormi du clergé. Bientôt les dons arrivèrent et les missionnaires surgirent. L*un des bénéfices de l'abbaye de Munster fut destiné à faire étudier en Suisse dix jeunes Valaisans. Le preipier pasteur de Lucerne donna l'exemple de quitter sa cure et son troupeau pour aller enseigner le culte aux pauvres gens des Dizains. De nombreux ecclésiastiques suivirent son exemple. L'on vit y dans le seul canton de Lucerne^ quarante-deux personnes tout abandonner, pour aller dans le Valais chercher la brebis perdue ^. Tant d'efforts ne furent pas sans fruit. Les évangéliques furent réduits , en plus d'un lieu , à s'éloigner de leur patrie. Le riche Riédi s'établit à Nyou , dans le Pays-de-Vaud. Pierre Stolkalper, de la Tour-de- Duyn, et le bailli Maghéran se retirèrent à Berne. Les^

* Rome refose à l'évèqne \» paLUmn jusqu'à ce q^e les hérétiques, soient tous expulsés. 7 Juin i6(M(. Miae. tig. êi hem,

^ Ou plutôt ils les remplacèrent quelques années. On ne voit reparaître les missionnaires savoisiens qu'en iSOi^, qu'ils retiennent^ à la demande d'Antoine Quartery, avec le père Gësène , chargés de visiter les ^ évéchés de Genève , Lausanne et Sîon. — Venise venait de hennir 1^ Jésuites. MagMin ée Leittêi, VIL

* • Ce pajs à qui le pouls ne batjM^sqne plus.» LetirêdêCMquêd^ Vdnafro^ *— • Uri va être eoupé de l'Italie. • HeUii. âeila Pfunziatmre.

*> Les nonces en Suisse, dans l'belvetia. — Vallesia cfarisUana-

628 HlStOlftB DB LA 8UIS8B.

colporteurs de bibles furent menacés d*étre exposés au carcan. Une amende de 60 livres pum't le crime de mang^ gras le Tendredi ; les pauvres qui ne purent la payer eui'ent Toreille coupée. L'Espagne, croyant l'heure venue de détacher les Yalaisans de la France , leur fit proposer son alliance sous le nom d'un traité de commerce ' . Alors les agens français s*éveillèrent. Ils se répandirentà leur tour dans le Valais. Ils rallièrent la démocratie ^ , inquiétèrent la nation sur le sort de ses libertés et soulevèrent sa vieille haine contre l'évêque. Us firent si bien que les jésuites milanais furent chassés du pays. Le peuple, inculte comme ses montagnes, simple et facile à tromper , se tournait et se retournait sans pouvoir arriver au repos. Cessant de firapper la Réforme, le flux de sa colère se porta contre l'évêque. En ratifiant Télection d*un nouveau prélat , de Hiidehrand Jost, les Dizains le contraignirent à humilier sa crosse devant la majesté populaire et à déposer toutes les prétentions qu'il fondait sur la donation de Charlemagne^.

* Les disufis deBrig et de Gonches s'allièrent en 1610 à TEspagne, excluant les Français des passages , « sans préjudice de ralUaoee française. »

' « Nous n'avons su , pour repousser les Espagnok, que donner 2,000 ^cus par an et le sel de France. • Lettre de Du Befuge.

* En 1618. L'acte de renonciation dans Lescarbot , à la Gn. • D y a eu force brigues en cette élection. J'ai fait en sorte que l'électioD est tombée sur un notable, qui maintiendra l'autorité du roi, sans pennettre de nouveauté. Les jésuites ne manqueront pas de dire la religion en péril, parce que la plupart de ses parens sont calvinistes. > CoêtUU àU reine, iS décembre 1618.— Les instructions de Rome portent : « Que les capucins ne nous laissent rien ignorer. — Gardes d'offenser la France. — Ne la mêlez avec l'Espagne, de peur que, par diversité d'intérêts, font ne soit g&té. — Ghaufiéz. — Coupes aux fa^tiqaes le commerce de Milan. — N'oubliez de faire payer à l'évéqae sa confinnation. Qnanlo sia difficile il cavare denari di mano da questa gente. » Lebret, FIL

LlVltB XI. GHJkP. II. 429

L*évèque ne tarda pas à protester ^ Des députés arrivèrent des Cantons catholiques ; ils exprimèrent à leurs bons amis du Valais le mécontentement de ce qu'ils avaient appris, (c L'on assure , dirent-ils^ que Tévèque n'est plus chez vous Tobjet d'aucune révérence. L'on dit même que vous devez , dans votre prochaine assemblée, proclamer la liberté de religion^ contrairement à nos traités. Déjà vous avez agi contre ces traités en vous unissant avec les Grisons. Nous ne Toulons point gêner votre indépendance; mais nous TOUS prions de renoncer à des amitiés qui ne sauraient subsister avec celle qui nous lie. Si vous pensez différemment, nous vous offrons le droit, selon la coutume de nos bons pays de Suisse. Nous espérons que nos chers amis ne le rejetteront pas. » Les Valaisans répondirent par du mépris, ce Sachez que nous sommes aussi libres que vous. L'ancienneté des rapports que nous avons avec vous ne nous a pas empêchés d*en former avec Berne, avec la Savoie. Nous sommes amis de la France depuis les temps de Louis XIL Nous avons trouvé sage de nous allier aux Grisons ^ ': ne èroyez pas que nous y changions rien. » Après boire , ils ajoutèrent à cette réponse des paroles injurieuses. Les députés s'en retournèrent, bien surpris d'avoir été reçus avec tant d'arrogance. Ils ne manquèrent pas d'accuser de ces mauvaises dispositions la Réforme et de conjurer les Cantons de songer sérieusement à exterminer Thérésie dans le Valais.

Bientôt Tévêque fit entendre de nouvelles plaintes :

* Recadl de Mas. de Roten relatifs à H. Jost. — IlaocoUa di rapporth — Relat. délia nanziaiare. — Relations des ambassadean français , Re* fage et Miron, à leur coar.

> Ils renoavelèrent alliance avec Berne et les Grisons en i6iS»

430 HISTOIRE DB LA WiSBE.

H Les proœisioiis ne sont plus firéqueatées. Les places aotti doonéet à Thérësie. Vainemeot Sa Sainteté nous avait envoyé les jésuites et les capudns; oe peuple rejette les bienfaits de la miséricorde de Dieu. C'est k peine s'il reste quelques traces de religion à Sion et à Louëche ^ Dans notre dâresse, nous nous sommes vus forcés de recourir à la protection de la France ; mais les Dizains nous ont contraint à jurer de ne faire aucune alliance qu'ils nea soient instruits. Il n'est déjà {dus question que d'assembler le peuple pour nom chasser du Valais. Si vous ne passez les monts et ne nous- assistez^ selon vos promesses, il ne nous reste que d'aller remettre la crosse épiscopale aux mains du souverain pontife. 3) Sur ces entrefaites les Yalaiaans s'assemblèrent à Sierre ^, bien résolus à ne reconnaître au prélat aucun des droits de la souveraineté. L assemblée fut orageuse. Les députés soutinrent que l'Empereur n'avait pti donner la vallée du Rhône y qui ne lui avait jamais appartenu; que le peuple^ qui plus d'une fois avait regagné le pays trahi par des évèques infidèles^ avait acquis par sa vertu la seigneurie et le comté; que la cérémonie dans laquelle l'évéque, à son installation^ recevait l'épée, en était l'emblème et le témoignage^. L'évèque alla cacher ses chagrins dans son palais. Une main inconnue écrivit sur les murs

* V A LouÇche , où noas allions fairie notre visite aceoatamée , oovs avons été contraints de sortir dH lieu , au grand péril de nos joois. • Lsttrei de Cévéque aux Cantons.

' Endécanbrei617oai8?

' Un des députés invita ses collègues à soilolettre, à leor retour, leur eondttite à ^approbation de tears disaips fespedifs» n s'i^poyait de Tadage t « Qnod omnes tangit , ab omnibus approbari débet. > On mêlait le latin , le français^ l'italien , l'allemand* L^véqae troB?|ttt tant d'érudition « bien déplacée. »

LlYRB XI. GHAP. U. 43^

de sa c«lhédrale ; « Hildehrand , dernier étéque de Siop^ »

Dans la Rhétie^ les partis s'agitaient bien plus vio*^ lemment encore. Ils avaient été comme enchaînés tant ^

que Pascal avait représenté dans les Grisons la per- ■

sonne et le génie de Henri lY . Les trois Ligues avaient vécu tranquilles^ si Ton peut dire en paix le pays où les vices des grands étaient devenus ceux de la multitude ; où tous se jetaient sur la curée des pensions étrangères et des bailliages; où le crime n'était appelé de son nom que chez Thomme impuissant à Taccomplir. Les soupoons> les haines s'étaient assis à tous les foyers. Le zèle des pasteurs s'était éveillé, empreint de colère et d'à-* mertume. En même temps qiie la corryption des mœurs > ils avaient attaqué le papisme; peut -être Pascal les y engageait-il. Les évangéliques du Misox, depuis 25 ans sans pasteur, en demandèrent un ^. Mais à cette nouvelle irruption de la réforme dans une vallée italienne et voisine, l'archevêque de Milan, Frédéric, neveu de saint Charles Borromée ^, frémit

* A Porta. — Sprecker. — Stettler. — Tschokke. — Mejer Schw. Gesch. 493. — Pascal. — Gneffier, Mém. mss. — Linage (Il a en Timpadence de faire ioiprinaer sons son nom des Mémoires, présentés par Ardier à Richelieii , qai avait commandé ce travail , de s*en dire Tanteur et prétendre tenir les faits de la bouche du chancelier S^uier. Voyez dans la Bibl. royale, 589 suppl. une note de l'abbé Legrand ). — Raccoltà di rapport! storici, atti, lettere, memorie relative al fatti del Grigioni contra la Valtelina 1601-28; dans l'Ambroisienne , à Milan. Le recueil est de Joies de la Tour, prévôt délia scala. — Gapriata.

> En 1608.

* Frédéric était à Charles Borromée ce qu'est la copie à Toriginal. — ^ é II cardinale Federico Borromeo vi aveva fatto pnbblicare nn edditto, petchè niasupo, sotto pena di essere separato con lé censure dal consorsîo délia çhiesa, polesse aver commercio con Grigioni e Suiueri , e che anti non potessero essere allogiati da alcuno possando. In contrario, i

de doukur. Les cinq Gantons s'émurent. Les catholiques du M isox se jetèrent dans le temple profané par la présence du ministre , le souillèrent et enfouirent la cloche qui avait sonné le prêche ' . Il fallut la parole puissante de Pascal pour apaiser la querelle. Ce fut lui encore qui empêcha le peuple d'en venir aux mains dans les quatre villages de Zizers^ d'Untervaz, de Trimmis et de Courwalden, et qui y procura aux réformés le partage du temple ^. Tant qu'il gouverna les Grisons par sa prudence et par les largesses de scm maître, les Espagnols et les Vénitiens travaillèrent sans succès à obtenir Tenrôlement et le passage. L'alliance vénitienne ayant pris fin, ne fut pas renouvelée.

Jamais cependant Venise n'avait eu de Tamitié des Grisons un plus pressant besoin. Environnée d'ennemis puissans ^, elle avait sollicité les secours de TAUe* magne et des villes suisses ; mais ces secours ne pouvaient lui parvenir que par les Alpes rhétiennes. £lle envoya Barbadigo semer l'or dans ces montagnes ; il y recueillit des épines pour moisson. Où qu'il parût, Je

magistrat! VeDetiani mandarono faori ud bando, con cai damnaTano l'editto , il commercio approravano , delà ospitalità raccommidavano. • Sotia, Sfaria d'Ifalia, IV ^ 63.

^ Us remplacèrent la cloche par un balai. Les cinq Gaatons les eidtaient Ânt Goier était leur ÎDStrument. Menacés par les Lîgaes, ils s*appayèrent sur les cinq et sur leurs droits souverains. Pascal fit nailre quelque différend sur la limite des p&turages entre les catholiques de la Haute-Ligue et les gens d*Uri , qui ne songèrent plus qu'à leur noovelle injure.

' En i612.

' L'Autriche, l'Espagne et les tJscoques, £615. Sur 68 vofx, 58 forent contre Venise , et la plupart des dix autres ne furent pas pour elle. « Venise a beau montrer la réforme s'avançant en Italie, et le roi vendant le Pays-de-Vaud à la Savoie, la (lèche de la vérité perce les ténèbres.» Pascal,

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peuple, craignant le retour de la discorde ^ fil entendre des murmure» sur ses pas. « C'est au roi ^ disait Pascal, qu'il appartient d'ouvrir ou de fermer les passages des» monts, n Mais Pascal ayant été rappelé, les espérances de Venise se relevèrent. Plus heureux en Suisse que chez les Grisons, Barbadigo venait de négocier une alliance avee Berne et Zurich. Pour obtenir celle des Ligues, Venise leur envoya ^ ce même Padavieino, qui, treize ans auparavant, avait réussi par son adressé dans une semblable mission. Padavieino, sachant la France contraire, se conduisit avec une rare mesure. Il ne parla poînt de l'avenir et se borna à solliciter pour le présent l'enrôlement et le passage. Mais sa modestie refroidit ceux même qui l'eussent appuyé s'il eût fait entendre urae voix plus ferme. Il demanda une diète. Lorsque les députés des communes furent réunis, ce fut en suppliant qu'il les implora pour sa patrie; ce fut au nom de l'amitié naturelle entre deux républiques; au nom des rapports intimes qui unissaient Venise et la Rhélie. Ses larmes coulèrent abondamment. Les ambassadeurs des grandes puissances étaient tous accou-» rus : d'Hohenembs ^, envoyé de l'Autriche, Gasatî, de l'Espagne, et le successeur de Pascal, Gueffîer, superbe, violent, de ces hoBunes à qui il ne faut que peu de temps pour renversa ce que d'autres ont édifié a grand'peine. Leurs efibrts réanis l'emportèrent sur l'éloquence du Vémitien.

Une voie restait à Padavieino. Il ne manquait pas^ dans les Ligues, d'hommes disposés à seconder Venise,

« En 1616.

3 II aUéf oait i'alUanee hérédiuire. On lui répoockH : Elle embrassé 1« Tirol el les seignearies au-delà de l'Ariberg, non riialte.

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