‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 5)Chapitre 46 sur 75 · XII. a · texte numérisé non relu

XII. a

OU par haine du parti régnant, ou par l'attrait d offres brillantes ^ L'Italien acheta d'eux secrètement ce qu'il n'avait pu obtenir des communes assemblées. Bientôt des vallées de la Rhétie; comme de celles de b Suisse^ des volontaires partirent en foule; Il fut inutile de garder les passages : ils en prirent que le pied de l'homme avait rarement franchis. Un héraut ^ aux couleurs de la république, fut envoyé à Bergame leur ordonner le retour. Ils n'en tinrent compte. Un tribunal fut nommé pour les punir. Il condamna les mercenaires à de fortes amendes. Un Bàlois, Jacob Jundt, fut mis à mort pour avoir violé son serment de ne plus conduire de nouveaux soldats à travers les Alpes rhétiennes. Néanmoins Padavicino triomphait. Il s'en^ hardit. Il osa proposer ouvertement le renouvellement de l'alliance de 1 603. Les dons aux communes dénient recommencer; la pension annuelle de chacune des Ligues être portée de douze à dix-huit cents sequins. Alors Gasati se hâta d'accourir. A son tour il offrit aui Grisons Talliance de son maître. Vélasco ^, qui avait remplacé Fuentès à Milan y n'approuvait pas tout ee qu'avait fait son prédécesseur. Il consentait à raser le fort, l'horreur des Grisons, et promettait à chaque Ligue 1^500 ducats de peasiôn annuelle, 2,000 en temps de guerre. Il voulait en retour le passage pour ses Espagnols, comme le leur donnaient les cinq Gantons, rengagement de la part des Ligues de ne point Vaocorder à Venise, et le droit pour son maitre de lever

* Un ordre» en chiffres, arriva de s'opposer à l'alliance fémtieooe, non pas aux levées. Papiers de Gueffier.

1 Homme médiocre, qui disait de lui-même : « Par la grâce de Dmh* Je descends de qni descends , et je suis ce que je sois. Pas de val en G»tille, où le sang de mes ancêtres n'ait coulé pour la foi. •

2 à 6,000 hommes. A la nouvelle que les Espagnols convoquaient une diète, tous les partis s*agitérent avec, une nouvelle fureur. Hercule de $alis se prononça, hautement pour Venise. Rodolphe de Planta, fin et. hardi, agit pour la maison d'Autriche, tout en se montrant dévoué à la France. « Les voyez-vous, ne tarda pas à dire le peuple, ces Espagnols chaperonnés à la française? m La fortune considérable de Planta lut avait enflé le cœur. Il déployait un grand faste dans, son château de Cernetz. L'envie suivait ses pas. On lui reprochait ^ de porter, comme juge, des sentences, d'une rigueur extrême, qu'il convertissait en de fortes, amendes pour qui pouvait se racheter. Ses partisans et ceux des Salis étaient tous les jours aux prises^ nouveaux Guelfes et nouveaux Gibelins. Casati souleva les uns. Gueffier et Padavicino parcoururent de leur coté, le pays, animant le peuple contre l'Espagne. Les pasteurs , encouragés par les villes suisses , prêchèrent en hommes persuadés qu'il s'agissait du salut de la patrie et de la religion. On alla aux voix ; onze communes seules se prononcèrent pour Milan ^.

Planta jura que l'alliance vénitienne serait aussi rejetée. A sa voix , 50 Engadins se levèrent. Ils s'adjoignirent, chemin faisant ^ de nombreux partisans de l'Espagne et de la France^ et coururent^ remplissant

' jQvalta. — «Il avail en peu de lemps fait rouer treize brigands. » — Mercure d'État — « Des pires sont les Planta, exdtanl jeunes gens à moquerie, s'acquérant ainsi crédit, soutenant grande correspcmdance avec les princes et faisant bon marché des franchises du pays; conférant les charges, se gaussant, envoyant aux galères, recevant de toutes mains et attirant à eux la souveraineté. • Justi/Uation dm Strafg, de Totsmie (TuêU).

* Juvalta, 100. — LeU^e de Breilinger, 19 mars, et des qliatre villes « d'Arau, 30 mars 1617. -^ Steltler.

Fair de leurs cris, à Tusis, où demeurait Tambassadeur italien • Padavicino n*eut que le temps de fuir, le désespoir dans le cœur, sans autre consolation que ceHs d'avoir tu les propositions de l'Espagne rejetëes eoflime les siennes K Cependant Planta n'avait pas foit assez. Il fallait qu'un strafguéricht achevât d anéantir le psrti vénitien y qui s'agitak encore. La Basse^Engadine, k Yal-Moûtier et plusieurs communes de la Maison-Bien descendirent à Coire, les drapeaux au vent. Ils rétablirent la loi contre les pensions ^ pour en frapper leurs adversaires. Des communes furent niulctées. L'évéque, accusé d'avoir enfreint le serment de ne ptnsnm* miscer dans les affaires civiles, fut réduit à devoir sod salut aux évangéliques de la Maison-Dieu; ils'eufsit en Tyroly emportant ses joyaux. Ce flot passé, le tôt contraire se leva. Le parti qui venait d'être ooniamné en appela aux deux Ligues demeurées étrangères h Kinsurrection. S'il était coupable, ceux qui ataieot agi pour Milan ne TétaîenC pas moins. Les deux lig^ nommèrent un tribunal de révision. Les joges, rèùtk à Ilanz, dans le mois de décembre de l'an 1617, proclamèrent innocens les bommes que le straiguériektde Coire avait condamnés. Les membres de ce stnfgo^ richt, cités à [Kiraitre, s'assemblèrent de leur cité. Ils opposèrent condamnation à condamnation, vei^^^ à vengeance. L'irritation atteignit le dernier point.

Ce fut en ces circonstances que se tint^ à Coire, le synode des pasteurs évangéliques^. Les hommes (k

* • 11 a vainement employé iOO,000 seqnrns en deai aiiSi Gafat)* premier des neuf soulèvemens. » Gueffier.

> Kesselbrief. — Le bourgmestre Lnc BéK piéndaît.

> Tandis que Zurich célébrait en paix son jubilé.

Dieu s'ûttvrireat leur cœur : ceux de TEogadine avec lue chaleur pasMoanëe. Les hautes vallées de Tlnn n'étaient pas &i pauvres en hommes de savoir et de fjé^ aie .qu'en fruits de la terre. Lia langue ladine , que pajrlaient ces hommes éloqueus^ n'était ni sans grâce ni Mns dignité. Elle avait sa littérature ^ Â ce qui pouvait lui manquer 9 ils suppléèrent par le sentiment profond des maux de leur patrie. La Rhétie n'était qu'une plaie. Le peuple, ses chefs, tous vendus, étaient tous armés les uns contre les autres. Les jésuites avaient fait de nouveaux efforts pour s'établir en Yalteline. L'évéque de Côme venait d'acheter des chefs des Ligues la permission de visiter cette province ^. Les moines la parcouraient malgré la loi. Les Valtelins voyaient avec horreur le collège mixte de Soodrio, fondé avec l'or du roi Jacques d'Angleterre, et dans lequel le ministre Alexius cherchait k introduire la discipline de Genève. Mais ce n'ëtaîx pas dans les provinces seulement que TÉglise réformée était en souffiance. Dans les communes des Ligues où remportaient les Espagnols, les mariages mixtes étaient empêchés, le temple et Le cimetière étaient refusés aux protestaus. On contraignait les évangéliques de célébrer las iéLes romaines. Les pasteurs choisirent A Porta^ l'un d'eux, pow l'envoyer à Davos ^^ faire à la diète

' A commencer par sa traduction du N. Testament.

' Pour le prix de 600 florins. — Quadrio, Les magblrals qui a\«ient reçu celle somme furent punis d'amendées bien plus fortes. Spreeher {(rad. ttUcm, ), 58.

' m Les baillis entretiennent l'ôcole à leurs frais. • C'était avec for du roi Jacgoes. -^ J Porta, 249. — Caniu, 210. — La Valtaline ou Mémoires sur les troubles^ etc., 1651. — Gherubini predica, in cui si montra cheginsU e santà e l'imprese di cacciar gli eretici délia Valtelina. Milan, 1611.

438 HISTOIRE De la SU185B.

des Ligues rénumération de leurs griefs. A Porta termina son discours en exprimant sa douleur de se ym menacé par des hommes dont le rôle eut dû consister à fiure régner la piété et la justice, ce Nommez ceux que vous accusez, » lui cria-t-on. Il nomma Planta, qui frémissait, en l'entendant, d*impatience et décolère. L'assemblée renvoya les pasteurs aux communes, comme étant le souverain.

Dans les premiers jours de^l'année suivante, le synode s'assembla de nouveau ^ ; mais à Bergun, dans la vallée sauvage qu'arrosent, au sortir des glaciers, les eaux argentées de l'Albula. On s'entretint de nouveau des périls de la religion et de la corruption générale. Tolède venait , à Milan, de succéder à Vélasco. Il avait arrêté tout commerce'. Le cbancelier Faravicin, de Morbégno, avait été à Rome porter les plaintes des Vaitelins. Le souverain pontife l'avait exhorté, assurait-on, à ne point troubler la paix de l'Italie ; cependant, depiys son retour, le mot de liberté courait de bouche en bouche, et le bruit se répandait d*un plan de massacre defs évangéliques. A l'intérieur, le sang aTîdt coulé ^. Dans l'Engadine vivaient deux frères ; Ao' toine et Augustin , de la noble famille des Travers. Leur sœur était la femme de Rodolphe de Planta. Augustin était espagnol, Antoine , vénitien ; ils se bais* saient en frères. Tous deux ils avaient demandé la charge

• Le £5 avril 1618. A Porta, 256.— Anhom m»., ch. X. — Sletllcr, &81.— JuTalta, 107.— Tschol^e.— Les ministres étaient cent enviroo. Guefier. — Jastiflcation de Toscane f Tusis) dans le Mercure fm^» p. 1^5. « Après que, dans leur coupable légèreté, ils noos eurent meoé tantôt à l'une tantôt à l'autre des puissances, enfin nous recoorftoies à Dieu. »

' Février. Dès 1616 les fromages de l'Engadine ne passaient plus.

* JuvalU, 101. Sprecher, 70. A Porta. Tschokke.

d^ammaan. Les villages des deux Engadines s étant partagés entre eux , des émeutes avaient eu lieu bien longtemps avant la Saint-Mathias ^ jour de l'éjection. Des fenêtres on avait tiré les uns sur les autres; plusieurs personnes avaient été tuées. Enfin les deux partis s'étaient mis en campagne, avec canons et mousquets, et s'é.taient trouvés en présence à Zouz. Les Br^alUens avaient passé le Maloîa pour secourir Antoine Travers. Planta avait envoyé à Augustin 1 ,200 hommes des villages de la Basse*Engadine situés audessus du Val Tasna. Bien des morts jonchaient le sol, quand les femmes et les filles des combattaos s'étaient jetées entre eux , désespérées , suppliantes. La noble Aune de Juvalta \ avait arraché des deux frères un accord^ aux termes duquel Augustin devait être ammann deui: ans et Antoine les deux années qui: suivraient.

Après s'être fait raconter en détail ces faits récens, les pasteurs se levèrent. Tous ils jurèrent n'avoir reçu de présens d'aucune des puissances. Tous ils prireqt rengagement de n'en accepter jamais ?. Une voix dems^nda : u Est-il dans l'assemblée quelqu'un qui puisse Qommer des hommes qui aient conspiré contre r£glise de Christ et contre la patrie ? » Plusieurs répondirent : « Nous le pouvons ». Aussitôt ils désignèrent ceux qu'ils 8avai^llt avoir reçu l'or de TEspagne, et l'homme qui , s'il ne réussissait en Rhétie , devait s'employer à soulever la Yalteline et à faire subir aux prêcheurs de la province et à leurs troupeaux le sort de Zwingli. Des pasteurs de la plaine assurèrent que ces assertions reposaient sur des bruits sans fondement, semés par Sja-

; * Épouse do landanunann Lorent de Wicxels.

^Bl^ias et Tchuiçhi disaient savoir que iSOO doublons venaiei^^^V' river de Milan.

440 HiSTOIftB DE LA 801S8B.

Us et les Vénitiens. Âlexius^ président de TassembUe^ Tchouschî , Blasius Alexander^ Jénatsoh, Stoupp, Vuipius, tous les Engadîns et tous les pasteurs delà Valteline maintinrent ce qu'ils avaient ayancé. La majorité se prononça comme eux , et ^ jugeant la cause de . la religion inséparable de celle de la patrie , elle résotnt une adresse aux communes évangéliques^ qui les avertit du danger de Tune et de l'autre. On devait taire les noms des coupables jusqu'à ce qu'un tribunal impartial invitât à les prononcer. Déjà la haine contre l«s Espagnols avait plus de part aux déterminatioDS da clergé que le zélé religieux.

Le dimanche anMva. L'adresse fut lue dans les diaîres. Alors tout le pays s'ébranla d*un mèroe moove«ent> mais surtout les Ëngadmes, où demeiirait Rodolphe de 'Planta et son frère, l'impétueux Pampée. Le peuple se mit en marche y conduit par ses pasteurs. L€ Val M oûtiers * réunit ses drapeaux à ceux des nllages situés au-dessous du Val Tasna. Les hommesde Samada suivirent les pas de George iénntscfc*, génie passionné , main prompte à laisser tomber Tépée de la parole de Dieu pour saisir ceHe des batailks. Eatète marchaient Blasius et Tchooschi , pré!» à donner les preuves de ce qu'ils avaient avancé des întrigaes de î'Bspagne. Les drapeaux des deux Engadînes se reBeeotrèrent à Zoua^ Une circulaire invita les communes a

* Jusqu'alors G. Saluz, d'Ilanz, avait cTordinaire présidé.

^ Soulevé par le pasteur Joseph Dorta, de Vulpéra.

' « Deux parmi les pasteurs se montrent actifs p^s que tons les ao- %res, Janelt , de Bergan , et Jénatsofa, superbe, magnifiée soMat fios qn*ap6tre, méprisant sa charge ecclésiastique, dont le revenu ne suffit àsa prodigalité. Il a commencé par blâmer les p^écbeiirs qui se mêlaiettt^ politique. Puis un Salis l'a mis en avant. Tont-à-conp il s'est trouvé ricbe et excellent cavalier. • Juvalta, 111. Lettres de Jénatêch,

UVRB XI. CHAP. H. 441

nomoier ua strafguéricht , pour punir des bonmes CMtpaUes de haulie trahison. Les chefs de la république^ accourus dans l'effroi, cherchéi^nt vainement à ramener le calme K « Que Planta descende à Goire avec nous , s'éeriànent les communes ; qu'il s'y justifie ) s'il le peut , devant ^j<:^es impartiauK. a Planta avait fortifié son château de Geraetz et sa tour de Yîldenberg. Des parens , des amis étaient accourus ; enire autres le chevalier Robustelli , YaUelin , le fils de sa sonir. Robustelli promit anx Planta le secours de ses Italiens ; car ils ne se fiaient pas à leurs gens de rEo^- ^ine. Mais d^à 1 armée des communes descendait de Zouz à Gernetz^. Planta s'enfuit en Tyrol^ par le Fnidéra. Sa riche nMison fut livrée au pillage ^ et aa <x>rrespondance aaisie. Puis une horde descendit en Valteline, par le Val Malanca ^ pour arrêter à Sondrîo Tareliiprélre Nicolas Rusca ; queli}aes propos échappés m zéfe le faisaient accnser de trahison. Un second détachement courut dans la Brégaille saisir le landamoiann Jean-Baptiste Prévost, surnommé Zambra. La goutte atgiiê, dont souffirait le vieillard, ne lui fit pas obtenir ^ace; car il passait pour fiapagnoL D'autres encore furent arrêtés. Beaucoup prirent la fuite. Les oomfisunes vinrent camper, au sortir de la Via^Mala^ sur Ja plaine riante qui s'étend sous Tusis, dans le oonlMrr du Rhin.

Le premier acte de l'assemblée fut de renouveler l'alliance de la Rhétie avec le Valais. Elle proclama la liberté religieuse. Elle se prononça dans sa colère con-

* Porta dit : les minisAres de Goire. — âalazfit Crabriel^ {MMteim d«nf la vallée dTilaDx, les appnyèreot

* Planta offint six olages ; rej/tié.

* ■ Ses vétemens seuls sont eslimés 7000 florins. • Jag€m9nt,

tre la résidence d ambassadeurs étrangers. Puis elle nomma son strafguérîcht. Il fut composé de 22 juges , sous la présidence de Jacob Joders de Casut, que le strafguérîcht dllanz avait, onze ans auparavant, revêtu de la même charge. Neuf pasteurs lui furent adjoints, les plus jeunes et les plus hardis, w A l'homme de Dieu , disaient-ib , n'appartient pas seulement le droit d'enseigner , mais aussi celui d'inspecter les vicieux , héritier qu'il est de la charge d'Aron, d'Élie et de SamueP. » Ils devaient s'abstenir de juger. Mais ils diîrigèrent la délibération , entendirent les accusés et les témoins, écrivirent leurs dépositions. Les juges ayant pris place , Zambra comparut. Il reconnut avoir empêché le peuple de se précipiter sur le fort de Fuentés; il fut décapité. Rusca , Tun des premiers élèves sortis du collège Borromée, s'était opposé avec constance a la propagation de la Réforme en Valteline et à l'école mixte de Sondrio. C'était son seul crime; sa vie était irréprochable. On l'accusa d'avoir, dix ans auparavant, payé des malfaiteurs pour enlever le pasteur Calandrin et le livrer à l'inquisition. La torture ne lui arracha pas d'aveu. Il mourut dans sa prison, des tourmens qu^elle lui fit endurer. Ses restes furent ensevelis sous le gibet. Les catholiques les recueillirent et ks portèrent à Pfeffers ; il y eut des miracles ; TÉglise décrivit le nom de Rusca parmi ceux des martyrs ^. Les

* « Et da Stnfaédrin. > — Les ecdésiasUqiie^ romaîas et les plus modérés des ministres s'abstinrent de s'immiscer dans les choses civiies.— • Que s'il y eut parmi les pasteurs adjoints au strafguéricht quelque homme pieux et modéré , c'est qu'il n'osa refuser le fardeau. » JavatiA.

^ Vie de Rusca par Bojaeca ( secrétaire de l'éTéque d'Adria, nonce en Suisse }. Poèmes : 11 Parlamcnto. Il Popolo pentîlo. — Sprecher, 91. — Jnvalta, ilO.

biens des deux Planta furent confisqués ^ leurs jours abandonnés à tout venant ^ L^évéque^ de nouveau fugitif, fut déclaré indigne de sa charge et condamné à perdre les biens et la vie ^. Augustin Travers fut banni sans retour.: Beaucoup d'accusés furent exilés comme lui. Beaucoup furent condamnés à de fortes amendes. Juvalta^ noble patriote, fut imposé à 1,000 florins- Gomme il n'approuvait pas Talliance vénitienne, il était suspect d'appartenir à TEspagne. La ville de Coire s'était montrée peu jalouse de recevoir le stral^ guéricht dans ses alentours; elle fut, comme espa^ gnole, condamnée à 20,000 florins. La vengeanoe s'était assise sur le siège de la justice, et des hommes de Dieu s'étaient chargés, de lui amener des victimes, lorsqu'à la terreur répandue se joignit une terreur noor- ▼elle. La nature sembla vouloir rivaliser de colore avec les hommes.

A quatre milles de Ghiavenna se voyait^ au pied du Gonto, le beau village de Pleurs, entrepôt du conkmerce de l'Allemagne avec. l'Italie ^, Ses palais nom-

* Vogelfrey (gibier de potence ). Qui te livrera vivant aara iOOO éci»; qui apportera sa tête ,500. Jugement rendu contre Planta, 28 août 161^.

* Ses biens forent inventoriés, non aliénés, comme l'ont écrit ses partisans. — Stetller, &90. — ■ Je pris l'évéque sons ma protection. Ce fat le second sonlèvemenL » Gaeffier, Il ne voit dans ce monvement qne les Vénitiens. Pour l'ambassadeur français, il n'y avait làqae Veuiae, l'Espagne, la France; de droits, de peuple, de Rhétie» point (Lorsque Marins et Sylla, César et Pompée attiraient tons les yeux, Rome, la république, était-elle encore? ) — « Aliorum libertas ipsis servitus. » /( btum Grizioni a eaoi ConfederdtL

* La tradition veut que (f antiques mines aient recouvert le village de Belforte, sur lequel Pleurs eût subsisté. D'énormes granits se voient dans la vallée. 11 y a des grottes (crotti j comme à Lugano et dans les environs de Gomo. A.ujonrd'boi encore celte nature est en convulsion. Le voyageur s'arrête, au swiir des Uautes-Alpes, à contempler dans l'admiration

444 HlftTOIRB DE LAl SUISSE.

ènuxy ses ég^ms, ees places publiques^ ses promenades hai docMiaient TappaTeace d'une riche cité ' . Vîogt mille livM8 de cocan « trente mifle de soie sV iravaîUtienl an- MMUement. Des caiTÎères de pierre (Claire assuraient -dia^pie année IOO9OOO ëous de gain à ses habttans. Tendre an sartir de terre, la pierre durcissait à l'air ^; transformée en vases d'usage ou d'ornemeai , elle étaîc connue à Rone sous le nom de pierre de dôme. Le ttooC en létait Sormé ; soa sommet seul émit de craie tt de torre -végétale. Tout^-eoup, après de longue pluies , à mimit y wm partie du sd s'en détacha. Elle ronJa sur le ^vignoUe^ sur les^ëdrais, les orai^ei's et Jee oassines qui èordaîent le torrent de la Maira. £«e8 bergers de Roneaglia et d'Useione coururent à Pleurs, ce Le Conto a -depuis longtemps de larges fiasunes, dirent^ils effirayés; 4es vaches s*em éloignent «n mugissant. » Les habitans de Pleurs n'y prirent pas garde. On vint leur dire qu'à Caataaégiia , à Villa , à l^nnaii^ les Veilles avaient abandKMiné leurs ru^es^ en bruyans essaims, et qn'afirès avoir touivioyé -quelques momens, elles étaient tombées mortes à terre. Ils n'y firent pas plus d'attention^. SoudaiUy à l'heure où se répandent les ombres de la nuit \ tin vaste ébranlement, pareil à celui d'un tremUement

M la tristesse les merveUies de ces lieux , le bassin , les mooto et la cascade ( stoponda cascada d'aqoa freggîa ).

^ « Cours, porllqoes, colonades, salons ornés de rickes peialures, Éapts de Flandre, sièges de velonn .à franges d*or, brooae qni respice, etc.* PàmulmqMa, LtAUrettor»

^ Chlorile schisteuse; quoique grossière, onctueuse au toncber.

^ Tout était prodige cette année, 1616. La grande conète se montra. Capttmta, 4i2« — • Il y eut naissance de monstres et prodiges de Ions les élémens. > Guefitr.

* Des marchands étaient revenus le sotr -de la f#ire de Bei^game. Pas pn n^y manquak (25 aotiU, ancien style ) 4 septembre.

UYftB XK CHAP. II. M5

de terre, hpU toute la contrée; puis se fil nm sàlMce de mort. Une vapeur extraorduiaire , mêlée de pous*^ stère, reffijdit k eiel. Les eaux de la Maûra se perdis* rent. Le lieu où Pleurs avait été se trouvait couvert, à une hauteur de cent pieds , par les débris du Conto.^ Pas une pointe de docber qui marquât la place qu'avaient occupée les demeures des hommes* Les corps de 2,500 victimes gisaient sous Ténonne tam^ beau ^

Le désastre de Pleurs jeta l'elFroi dans la &bétie« Lm consciences s'émurent à l'idée de ces HÛUiers d'àmes qui avaient ^ en un clin d'œil , passé des soumis ou du repos du foyer, du sein de la priéore ou du crime, dana les demeures éternelles. Mais bientôt les passions se relevèrent. La chuêe du Conto avait eu lieu dans l'intervalle du jour de la mort de Rusca à celui de sa sépuW ture ; ks catholiques ne doutèrent pas que le ciel n'eût parlé ^. Le strafguérieht de Tusis poursuivit de s<Kk cèié le cours de ses vengeances. Cinq mois il sévil eo«^ tre les Espagnols. Il se glorifia d'être deveuu aussi inr* sensiUe à la pitié que pouvait l'être le tribunal, juge des enfers^.

Cependant la lassitude^ le sîleiiee des gens de bien , le désespoir des opprimés préparaient lentement une réaction. Le peuple commençait à avoir honte des excès auxqueb son nom s'était prêté. Le sang de Rusca criait

* Gftntù, 247. — Tschokke. — Anharn» la ruiae de IMean, avec deux cartes reproduite» dans Scbeacbier, iS6. — Descriûoae délia lacrim»- ▼ole evenîane di Piata» de Ben. Paravicîni. — Quadrio. — tieUre de Sfwecher an tribooal de ToBÎa; il était alors baiJIî à Ghiavenna.

' D*aatant moîna qu'il y avait à Pleure une église évangélique. -^ Martyrias Nie. Rusca, in ipso lempore que Pluriense muaicipium ruina opprimeretur, a Ruscone. Ingoldstadt, 1620.

' De U a pa naître l'expression Rfutdmnenikm jmlieia.

au cieh La victoire des ministres avait soulevé Tindignation à Luceme, à Inspruek y à Milan. Partout les fugitifs furent écoutés. Les Cantons catholiques oom* mandèrent aux Ligues de rendre le pouvoir à des juges réguliers , si elles ne voulaient que les Confédérés y missent ordre. Les villes s'accordèrent avec eux pour ordonner l'annihilation des actes du strafguéricht de Tusis ^ Les ambassadeurs de France et d'Espagne se virent et cherchèrent ensemble le moyen d'arrêter le torrent. Casati proposa d'occuper la Valteline^ de Vie de provoquer une réaction dans la Rhétie. L'Espagnol entra dans cette vue^ mais avec l'intention de faire tourner le mouvement à ses fins.

Ses agens se répandirent dans la Haute-Ligue, rc Les violences du parti français anéantissent la foi ^ direntils; elles répandent en tout lieu la maudite hérésie, n Bientôt les gens de Lugnetz ^ s'élancèrent du sein des rochers qui renferment leur étroite vallée. Us descendirent le long du Glener , faisant flotter leur drapeau pour le droit et la liberté. Leur chef était Balthasar de Mont^ frère d'un des bannis. Les drapeaux du Mi* sox inférieur, du val Calanca, de Dissentis marchèrent. Ils se réunirent près d'Ober-Embs^ à une lieue de Coire. Les concitoyens de Zambra ^, Oberhalbstein et d'autres

^ Stettler, A90. -^ Recès. G. Meyer, Montait et Rod. de Stlb ftvwcnt plaidé en dîMe la cause da penple de Rhétie.

^ > En 1619. « Là est la véritable Rbétîe , que les mœurs étrangères n'ont pas corrompue, aimant ses glaces, sa soKtade ; robustes peuplades, toujours semblables à elles-mêmes. » Dante/ Cermitê. > — PaniueUa, dam le Conterv. iaiise, IX, S58. t Vallées d'autant plus peuplées qu'elles sont plus stériles. > (? ) Daniel, « Ce peuple se répandait comme des essaims d'abeilles récemment essemées , par troupes confuses , cherchant leur

lieu. »

> La Brégaille au-dessus de la Porte.

L1VRB XI. GHAP; lU 447

communes les joignirent. Tous voulaient la révision de» sentences de Tusis. Mais à la nouvelle de cette insurrection, les villages de la Basse - Engadine^ encore occupés à punir les amis de Planta^ coururent aux ar-* mes. Davos ^ le Prétigau , le Schalfick, la Brégaille inférieure ^ et plusieurs communes évangéliques de la Ligue grise suivirent leur exemple. Les cohortes ennemies se rencontrèrent dans les environs de Coire. Ceux de Lugnetz tuèrent aux Engadins quelques hommes et leur firent des prisonniers. Cependant des communes qui ne s'étaient déclarées ni pour les Salis , ni pour les Planta , réussirent à faire agréer des deux partis un accord , aux termes duquel un tribunal impartial devait revoir les actes de celui de Tusis.

Le nouveau tribunal fit citer à sa barre les juges et ceux qu'ils avaient condamnés^ Les juges refusèrent de parakre. Ce qui se passait était ^ à leurs yeux^ l'œuvre des Espagnols. Ils s'adressèrent au peuple et demandé^ rent ce qu'il adviendrait si le souverain se montrait en contradiction avec lui-même; si le coupable de la veille pouvait s'ériger en juge le lendemain. Pour les bannis, ils accoururent tous, les Planta les pi*emiers. Les droits civils leur furent rendus. Les amendes, les confiscations eussent été restituées, sans la nécessité de couvrir les frais du strafguéricht. Le tribunal réviseur partit du principe qu'il appartenait à la modération de fermer les plaies de la Rhétie. Mais bientôt, s'érigeant en juge des juges de Tusis, incriminant leur bonne foi, accusant la soif de sang des ministres, il s'emporta à sbn tour et prononça que le pays ne renaîtrait pas à la paix que l'orgueil des tumultueux Engadins n'eût été

^ Au dessous du Val Tasna.

448 HlftTQftKK IftX I.A SMSftE.

brise. Une enquête fut dirigée contre Jënalsek et Bbsîtts. Ils furent suspendus de kur ministère. Uasios fut mis hors ka loi* Les Engadins furent sommés deae d^artir de leurs rigueurs envers les amie des PlaMa, et de remettre leur querelle au tribunal de Ceire. Ils refusèrent d'obéir. Trois hommes, Ténérables par Tàge et la Tertn, leur furent envoyés ; ik eurent peine à sauver leur vie. Citées à comparaître, les communes relielïes s'y refusèrent tant que lea prisoimiers , faits près de Goire, ne leur auraient pas été rendus ^. Alors le tribunal condamna la Basse-Engardine à une amende de i4^000 florins et il donna l'ordre aux communes des Ligues de mettre chacune 60 hommes sur pied pour préler force à cet arrêt. Les milices partirent; mais on ne tarda pas à les voir revenir en grande hâte; elles avaient ren* contré, prés d'Alveneur et de Filisur ^, ks oohortes nombreuses du Val Moutiers et de la Haute-Engadiae. De nouvelles rigueurs avaient soulevé de nouveaux orages. Les Salis , le clergé tomiaient contre la modération hypocrite qui ramenait au sein du pays les Planta 9 ses ennemis acharnés. Lee commîmes q^i avairat adopté les maximes sévères du straiguéricht de Tusis prirent ks armée. Davos et Bergun se kvè*

* Deui des prisonniers, le pasteur Vufpiiis et le capfCiBme Vioiasd, étaient Interrogés dans la torture snr le» pwmoleon de la dtioitaBB émeiur.- Auonn avea.

^ ÏAid. sepiembre 1619. — • â« soulèvement , dit Guefiier, par les ministres, Targent de Venise et Tappui des Cantons réformés. • — Là se rencontrèrent ceux de la Br^aîlle inférieure, do Prétlgaa» des tf»fre Tîntge», de Furstena» et ïtiûii é'aetfcs de b Maiioii-Dîeo ; d« la HMtQ^liigiie, ceux de Gropb, de Flim^, de âchflms, deRheinwald, de Tusis , du Heinscnberg. — Ceux de Davos n'avaient pas obtenu d'offrir à leur tour le siège à la justice suprême; de là leur mécontentement et d*aulres vues particulières. Sprecher, 118. — Juvalla, 186.

UVBE XI. CHAP. II. Ud

rent wxm* Toute» elles Tinrent camper entre Malans et Igû , dans les prairies adjacentes à la Landquaru Ordre au tribunal de Coire de mettre en liberté ses prisonniers et de se réunir à elles.

La consternation régnait dans la FÎHe^ lorsque Thomas de Schauenstein ^ sire de Haldenstein ^^ y entra. |1 était du nombre de ces hpmmes désintéressés, qu'une âme élevée rend étrangers aux factions. Le silence, pr<M duitpar la terreur, permit à sa voix de se faire entendra Il conseilla de verser à lavenir dans la caisse de TÉtat les pensions de France; de ne plus permettre qu'auopw ambassadeur résidât dans la Rhétie, et, pour assurer la paix , dV^rdonner qu'aucun des cbeis des partis^ qu'il fût Salis ou Planta , ne pàt de 20 ans occuper de ehar^ publique^. Ce langage jdut at| peuple; mai^ ii neut pas le suffrage des hommes dont il combattait Tin» fluence. Us surent rendre ridicule ce qui venait de paraître le salut de la Rhétie. La proposition de Schauenslein ne fut bientôt plus que la Iblie d'us de ces nobles esprit! qui croient pouvoir epfl^mnier la multitude pour la vetia qui les inq[>ire.

Cependant le peuple campé à Igis Avait annulé les sentences prononcées par le tribunal de Coire et ooi^

* Seigneorie indépeDdante, soa» U prolectioa des GrifoOBr Du ment les neutre, on doctrinaires, eurent la mijorité. Les partis en* ▼oyaient à Paris les uns après les autres* Guler de Veinegk j avait été, trompant Gueffier, défendre la cause que souillèrent plus tard les eicèa da tribunal de Tusisu Diéléignen ds UartmaBoia s'y lesdit au nom des neutres. Guler sut conquérir les égards. La cour 4kmna boH jours à Hartmannis pour quitter le royaume. Sfrtcker, âOi, iSSé Gmfier. Guefiier avait envoyé Uolina » secréiaice d'ambassade, parler « contre les doctrinairet» qui voulaient faire lépandre eotve Unis l'ar^ gent de Frwce, jus^i'aloa la pari de quelques-uns. »

' « Leur honneur sauf. >

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