‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 5)Chapitre 48 sur 75 · CHAPITRE UI · texte numérisé non relu

CHAPITRE UI

LES IMPERIAUX ET LES ESPAGNOLS Blf KHETIE.

L^Emperear et PEspagoe resserrent lenrs Doeads. — Massacre de U Valtelioe. — Les Aatrichiens daos le Val Mooder. — Les E»pagook dans la Valtelîoe. — La Ligoe Grise. -^ CaniiNigiie des Bernois, Zaricois et Grisons. — Combat de Tirano. — Retraite,

— Conrad de Béroldingen. — Recoars à la France. — Gueffier.

— La Ligne Grise se donne à TEspagnc. — Meurtre de Pompée Planta. — Expulsion de Béroldingen et réduction de la Hante- Ligne. — Réveil de la France. — Traité de Madrid, 1621. — Qiète de Luceme. — Irruption des Impériaux. -— Soomtssma 4e la Rhétie. — Diète des Confédérés. — Le bourgmestre Holzhalb. — Ambassade à Milan. — r Les massues du désespoir.

Lorsque la guerre de trente ans éclata , les maisons d^ Autriche et d'Espagne resserrèrent leur union ^. L'Espagne compta sur l'Empereur pour la défense du Milanais, et Ferdinand regarda les riches plaines de la Lombardie comme ses magasins les mieux assurés. Mais Venise et les Grisons séparaient les deux m<xiar* chies* Le passage de la vallée de l'Adda, le chemin de Vienne à Milan le plus court et le plus secret, venait de leur être refusé. Elles jugèrent devoir le conquérir. Les Grisons les y provoquaient. Ils ne négligeaient

* Le dnc de Lerme quitta la conr le 3 octobre 1518 ; avec lui tomba sa politique. /Inn. Ftrdinandœi, VIII,

aucune ooeasiou de manifester leur haine envers la nuiison d'Autriche. Ils avaient éloigné les Suisses, offensé Venise , blessé profondément la France. Même le bouclier des faibles, le respect qu'inspirent le droit et l'innocence, ils l'avaient perdu. Des exilés soulevaient en tout lieu l'inimitié contre leur patrie. Plu« sieurs d'entre eux étaient en armes à ses portes : les Planta dans la vallée de l'Inn , Joseph à Capaul devant le Luciensteig, Giover à l'entrée du Misox. L'attaque se préparait sur tous les points. Le plus faible était la YaUeline. C'est dans cette province que se trouvait un peuple abruti, mobile, impatient du joug K Tous les jours il avait quelque sujet nouveau de haïr ses maîtres. Comme l'iÊglise romaine avait fait le trafic des indulgences, les baillis Grisons satisfaisaient leur cupidité par la vente du droit de grâce, le plus glorieux des attributs de la souveraineté. Us encourageaient la délation; c'était pour composer avec le crime. Le parricide se rachetait comme la faute la plus légère. Le gouvernement vivait des vices dii peuple comme il eût dû faire de sa vertu. La grande inégalité des fortunes ajoutait à la facilité d'émouvoir la multitude. Il est rare de rencontrer les qualités du citoyen dans les lieux où quelques hommes opulens se font remarquer au milieu d'une foule indigente. Le riche s'y montre superbe; le pauvre paresseux, avide et rampant. Sous un ciel du midi, ces vices se joignaient à des passions impétueuses.

*■ D'animo gagliardo, mal al servire disposlo. — «Si vous vous faites lire les écrits nombreux de ces temps, vous verrei des seîgnenn tremblant que leurs sujets ne noorrisscnt un ressentiment , un espoir ; k silence de la peur dans tout le pajs, la soif de vengeance dans tous les cœurs. • CaniU,

La religion les alimentait ; car les prèlres» dans lear ooih £essionnal , n'avaient garde de se montrer plus sé?ém que les baillis sur les sièges de la justice* Leur popularité reposait sur leur indulgence. Des forfaits ne pou-» yaient-ils obtenir le pardon au tribunal delà pâoitence, la graceà celui du juge?les monts étaient prés^aTecleurs forets épaisses. Les bandits s'y jetaient. Ils y renoon'traient les aventuriers que les villes d'Italie avaient, de leur côté^ rèje.tés de leur sein. Leurs poignards ëtaieat i qui pouvait payer leurs coups. L'E^gne les ayant pris à sa solde , Robustelli se mit à leur tète et s'approcha des frontières de la Valteline ^ •

Les Grisons n'ignoraient pas ces mouvemens. La vague rumeur d'une invasion avait, le 2 juillet, dispersé le strafguéricht de Davos. L'on savait la mî de vengeance que nourrissaient les prêtres valtelios contre les hérétiques de la province. Plus d'une fois le bruit d'un projet de massacre avait couru; Vbor* reur de ce qui se disait avait empêché d'y ajouter foi. Peut-être les baillis eussent-ils demandé des troupes aux Lignes 9 s'ils n'eussent craint de diminuer kor revenu. Ils s'étaient contentés de faire occuper les principaux passages par des milices valtelinea. Ce^ pendant une lettre interceptée de Planta trahit l'exis-

^ Guiçcianli rapporte de Ifilan mille pîsloles pour solder on pre< mîer coup. Cantà, 330. — Sprecher, dans des noies de sa maia écrites en maifge d'un exemplaire de sa chronique, à la page iH, donne • dans sa correspondance avec Milan. les preuves des motiÊi qoe bi ^* Ue avait de se confier dans TEspagne. Ce qu'il réussit le mieux k prouver, c^est sa propre loyauté. Au reste, elle se lit à chaque page deseï éeriU. « Quoique proiesUnt, il aimait, dit Quadrio, la vérité plus que •on parti. • Un tel éloge , de la bouche d'un adversaire, vaut bien des titres de noblesse.

tence d'une oonjuration ^ ; Favis arriva de Zurich qu'un carnage eflfroyable se préparait. On n'y prit pas garde. Dieu frappe d'aveuglement ceux qu'il veut perdre. On eût dit la Rhétie fascinée , comme l'oiseau sous le regard du serpent dont il va devenir la proie. Toutefins, le ciel» assura-t-on, sensible aux calamités de la terre, multiplia les avertissemens. Les cloches de Saint-Martin, à Tirano, sonnèrent, ébranlées par des mains invisibles. Des voix d'anges firent entendre des mélodies pleines de tristesse^. Les évangéliques dirent plus tard avoir entendu ces signes célestes, mais ne les avoir pas compris. Déjà les hommes qui entouraient RobustelÛ ; Besta, Paribelli, Guicciardi , les Vénosta, Paravidni, se glissaient dans la province. RobustelU lui-même arriva, de nuit, à Grossotto, où s'étaient rassemblés les hommes les plus marquans de la vallée ^« ir C'est avoir assez souffert, leur dit-il. Dussions-nous succomber, ne vaut-il pas mieux mourir une bonne foi$ que d'avoir toujours la mort devant les yeux? Mais cent mille Valtelins habitent des rives du lac aux sources de l'Adda ; le saint Père a béni nos armes ; l'Espagne nous seconde, notre succès est certain. Vainqueurs, vous pourrez dire à vos fils : Si vous êtes Ubres et catho* liques , vous le devez à nos bras. » Schénardi , le savant jurisconsulte, se chargea de montrer au monde

* Porta , îSS. « Ast fmtn consQia hnrnana, nbi jadicia inUaot di« vioa. •

' • Et ces corbeam trouvés gelés en ariil , ces flammes dans le ciel , qui ont toat annoncé daifemenU > SpruUr, 155. « Et la oomèle » eia forme de pertaisane, grande comme dnq lances , élinceianle, courant contre le septentrion. • MamuerU du château de Momgemtmi,

* • FaTcat exercHlom Dominos pleuti et forlitndiu vesirc. • Latrc du GrégQÎrt XI1L • Le fait accompli, Dieo l'approava par des miracles, n Buêca, — BelUrini, relut, «M.

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que la Yalteline avait le droit d'être Ittire. Plusieiirs pariaient d'attendre encore ; de s'adresser «nx catholiques de Rhétie et de s'ériger en une quatriteie Ligue , après s'être affiranchis avec leur secours. — a Non , non^ s'écria Yénosta; le temps n'est plus des moyens termes. Qui tire l'épée contre son maître doit en jeter le fourreau et n*espérer qu*en sa valeur. » Son entraînement acheva de vaincre la résistance. Alors tout conjura : les prêtres de la vallée ^ au nombre de plus de cent^ les nobles sans exception, le peuple^ altéré de pillage. Une multitude conspirait; aucun ne. craignait la trahison. L'abbé de Dissentis, Sébastiea de Castelberg, encourageait sous main la province à ac« complir le sacrifice sanglant qu'elle méditait à l'honneur de Dieu. Le jour fut fixé : le 26 juillet. Mais voici que Timpatience s'empare de'Giover et de sa bande. Sans plus attendre^ il pénètre dans la Mésolcine, passe le fiernardin et se jette dans la vallée du Rhin postérieur y comptant arriver à Coire sans coup-férir. Mais assailli par les drapeaux du Rheinwald et de la vallée de Schams, il fut vivement repoussé U Instruit de son revers et de Téveil des maîtres de la Valteline y Robustelli résolut de hâter l'exécution de son des^ sein^.

' Jusqu*à s. -Victor, sods Misox.

^ Déjà les seigneurs se faisaient livrer les clés des lîaii forts, et retenaient les lettres. Us arrêtèrent an courrier envoyé par Robustelli à Psravicini , d'Ârdenn ; le courrier eut la présence d'esprit de jeter ses lettres dans l'Adda. H n'était plus temps de reculer. — ^ Des écrits sor ces elfeires de la Valteline, qui occupèrent longtemps l'Europe entière, se rencontrent dans toutes les collections diplomatiques et les grandes bibliothèques; à Londres, Musée Britannique, n* 4097; à Paris, Archives et B. royale; à Milan , Archives , Âmbroisienne , etc., à Turin , Arcfa. Jklauo, III. — Les principales sources sur le massacre de la ValteUiie

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' Ce fut dans la nuit du 19 juillet 1620 qu il descendit à Tirano. La pluie , a[Nrès avoir duré toute la nuit^ fit place à l'aube d'un ciel pur ; les conjurés en conclurent que les pmssances célestes se déclaraient pour eux. Ils placèrent des postes sur toutes les routes^ pour qu'aucun de ceux qu'ils avaient dévoués à la mort ne pût s'échapper. Puis, quatre eoups d'arquebuse donnèrent le signal ; toutes les cloches y répondirent en sonnant le tocsin ; le massacre commença. Aux premières lamentations des blessés^ aux rires diaboliques de ceux qui portaient les coups , le peuple eut bientôt compris ce qui se passait. Alors tout courut aux armes^ le petit nombre pour se défendre^ la foule pour attaquer. La femme du bailli Capol, s'étant hasardée dans la rue pour savoir la cause du tumulte , tomba percée d'une balle. Le bailli^ cerné dans son palais, tint bon jusqu'au soir , et des assassins durent brûler les portes pour arriver à lui. Antoine de SaUs, juge criminel de la vallée, homme de grande considération , chercha vainement un refuge chez le capitaine des milices Omodéi, aussi généreux qu'il était bon catholique; les meurtriers l'y suivirent. Enderli, bailli de Téglio , qui avait passé la nuit à Tirano ' , trouva le temps de barricader sa porte , et se défendit jusqu'à ce

sont : Ballarini, compendio délia Slorîa di Como. <— Rovelll , Storîa di Como, lU, 2, pf 160. — Cantù» Storia di Como, II , 226. — Prospeclo dello governo délia Valtelina (de J. SimoDÎs ), 1791. — Origine délia sollevatlon. — Relation al Storia della stala délie cose, 39 sept 1620. -^Raggioni della risolniion ultimamente fatta. — Quadrio. — LaTîuari.

— Capriala. 1. VU. — Ziliolî, II. — Nani, 1. IV. — A Porta. — Sprecher. — Uljssea von Salis, Fragmente der Staalsgesch. Veltelins, p. XII,

— Planta, Hist. of the Confédération, III, 27 — Vaser, der Weltlinev Iford. — Tschoike. — Richelieu , 1. XV, 3ft8.

* Ghes Barufiiui, dans son hôtellerie.

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^*im coup de feu le renyersa sur le plancher ; alors les tîcaires pénétrèrent dans sa chambre^ finilëreiii longtemps son corps^ le mirent en piAces et le jetèrent dans l'Adda. La lète du ministre^ Antoine Basso, ayant été portée en triomphe ^ à la pointe d'une pique , et déposée sur la chaire du temple protestant , le peuple Ini eria : (c Descends, Basso, descends, tu as assez pt>^ ché ^ I* Il ne servit de rien à Catanéo de se faire ua honeliw du cœur de sa femme, prodie parente de RcAttttelii et des Vénosta* Le chevalier Lazzéroni s*étant enfui, nu, par le toit de sa maison, avait cherché son refuge dans les eaux du Qeuve. Trahi par sa femme, si Ion dit vrai, il en futdré; sa grice Ini fut offerte s'il ahjurait. u Moi, s'écria^-t-il , renier Christ, qui m'a racheté par son sang! » 11 tendit la gorge aux bourreaux. L'époux de sa soeur, Maffisi Catanéo, qui loi avait donné le signal de la fuite, fut, tnen que cathottque, immolé sur-le--champ. Quiconque montrait de la pitié pour les victimes était aussitôt frappé. Les flots de TÂdda, rouges du sang de soixante cadbivres , Goomrent apprendre à Téglio qu'il n^exislait plus à Tirano d'église hérétique»

Les évangéliques de Téglio célébraient leur culte quand Âzzo Besta, tout couvert de sang, arriva dans le bourg , assembla les catholiques et les pressa de masaaorer les ennemis de la religion. Il les assura qu'en immolant les sectaires, ils ne feraient que prévenir leur propre ruine, conjurée par les ministres à Davos et à Jiergan^. Le peuple, à oe discours, se précipita, pèle*

* « Basso, cala, Batso, cha abbastanaa bai ta predioato. • Andréoaaia, ministre aosi, eut le même sott.

^ « Que des soldats hollandais et grisons éti^nt cachés panni enx. • 4Ufmig Antiquités de Bormio, -^ Aetaf «Ofia Mla ^iaofitu

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mAe arec les assassms , vers le temple où les Réforméi étaient réanis dans un religieux silence. Les portes îa^ rent rompues. Des coups de pistolets et des cris effroyables succédèrent au calme de la dévotion. Le ministre, Pierre Danz^ de Zouz ^ tomba, priant encore, au pied de sa chaire. Le choix ne lui fut laissé qu'entre Tabju-* ration et la mort. Antoine de Fédericis, sénateur vé** mtien, qui avait cherché dans Texil la liberté de pro« fesser TÉ vangile , périt par le glaive. Marguerite , fille de Gaudeace Guicchiardi, opposa vainement sa t6te innocente et la vive éloquence d'une enfant de qua-> lorze ans au fer qui menaçait son père; elle ne réussit qu'à recevoir le coup fatal avec lui. Des hommes , des femmes, des enfans s'étaient réfugiés dans le clocher | les furieux entassèrent les bancs, y mirent le feu; les flammes achevèrent ce que les arquebuses et l'épée avaient commencé.

Lorsque la nouvelle de ces massacres parvint k Son** drio, chef'^lieu de la province , la communauté se pvo^ nonça contre les brigands qui souillaient par de tek forlaits le sol de la Vaiteline. Catholiques et protestans se donnèrent la main. Des mesures forent prises pour protéger les biens et la vie des habitans. A Tapprâche des hordes sanj^tes, descendant de Téglîo, deston«* neaux furent remplis de pierres et les rues barrioadées. Le capitaine général ' , Jean-André Travers , apparu tenait à la faction espagnole; on ne le haïssait pas ; il seconda ces prépanudfe de défense et envoya demandeif du secours au-<klà des monts. Ses courriers furent

* Second magistrat de li province , grand juge et tribun do penple h la fois ; chargé de veiller an maintien des droits do peuple, et, à ce litre, olioiai par l« Vaiteline entre lee Gffi0oi».^Le diancelier Paravicini s'a- Bît à Travers pour sauver ceux qu'il put, tout lélé catholique qu'il était

tues par les paysans. Cependant la nuit sarvint. Les prêtres , anges de ténèbres ^ se glissèrent dans la foule< Les principaux bourgeois > qui faisaient partie des ooihjurës, mirent en œuvre la parole et Tépée. Au matin ^ les corps de plusieurs protestans furent trouvés gisant sur le carreau. Alors l'angoisse s'empara du reste d'entre eux. Us se réunirent au nombre de soixante* dix pour essayer de se défendre. Travers ne le leur ayant pas permis ^ ils passèrent^ armés comme ils Tétaient, à travers le peuple silencieux, étonné, et parvinrent presque tous dans la Haute«-Engadine, par les gorgM étroites et sauvages du Val Malanka. Bientôt ar* rivèrent Robustelli, Guicciardi, Besta. Guicdardi se rendit au prétoire, et , s'adressant à Travers : ce Ton règne a cessé, lui dit-^il; hâte*toi de retourner <hns ta patrie. » Puis il courut exhorter le peuple à s'associer à l'œuvre sainte et glorieuse, si bien commencée. La soif du pttlage irrita la soif du sang. Les débiteurs se montrèrent les plus jaloux de servir le ciel en frappant leurs créanciers* Un boucher se vanta d'avoir immole diai;*huit victimes. Plus de liens, plus de pitié. Le tigre est moins dangereux dans sa fureur que l'homme dans son fanatisme. Un vieillard, qui fut pris pour le ministre Alexius, fiit promené sur un àne, la queue de l'animal dans sa main; puis des furieux lui coupèrent le nez , les oreilles , la bouche et ils Tachevèrent à pe-» tits coups. Alexius s'était enfui avec Jénatsch, alors pasteur du petit troupeau de Berbenn ' • Plusieurs feo»mes furent sacrifiées. Gonstantina, de Bresse, d*mie beauté remarquable, n*avait pu partager l'amour d'un

* BiMius et JénalBcb avaient été envoyés ni mois en Vâlleline par le synode.

jeune homme qu'elle avait charmé ; il cacha sa soif de vengeance jusqu'à ce jour^ et la fit mourir de sa main. PaolaBaretta ^ noble vénitienne^ naguère opu-* lente, à cette heure indigente et exilée pour Tamour de l'Évangile 9 fut outragée, traînée dans la boue, et envpyée à Milan , où l'Inquisition la fit mourir dans les flammes* Une autre exilée pour la même cause,, vénitienne aussi, Anna de Liba, s'était enfuie. Elle finit par tomber, presque. morte de frayeur, sur un roc^ au bord du chemin, son enfant en pleurs dans ses bras. Des paysans l'ayant ainsi trouvée , lui ordonnèrent d'abjurer. Elle s'y refusa. Us voulurent lui enlever l'enfant. Elle le retint de toute sa force, et, découvrant son sein pour l'apaiser en le lui donnant, elle dit d'une voix ferme : « Vous pouvez tuer mon corps, que voici; mais vos coups n'arriveront pas à mon âme; je la remets I ô Dieu , entre tes mains. » Elle dit et tomba percée d'une balle. Les insensés la mirent en pièces. L'enfant était remarquablement beau ; ils l'enïmenèrent à Castione , leur demeure.

Cent quarante personnes furent immolées à Sondrio* Le massacre y dura trois jours. Dans les villages inférieurs de la vallée, à Traona, à Berbenn, le peuple se laissa retenir par l'humanité, la conscience ou la crainte ^ • Les catholiques de Morbégno escortèrent le prédicateur protestant jusqu'à ce qu'il fut en sûreté , sur terre de Chiavenna. Lorsqu'arriva Robustelli , tous les réformés avaient eu le temps de s'enfuir ; cependant nombre de personnes furent immolées par le fer, la flamme , ou écrasées contre les murailles. Dans les

* • Trente-cinq bandits , iccoanis de Milan , ne parent eiécnter grtnd*€ba8e. »

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hantes vallées, les évangéliqnes étaient pen nombreux. Bormio ne fut pas souillé de sang. Cependant Fammann Christian Flongi ne sauva ses jours que par une fuite précipitée. Robustelli, s'étant rendu à Brusio , pour s'emparer du col du Bernina, fit fusiller trente prêtes* tans, et livra leurs maisons aux flammes : il fallait par un feu de joie célébrer aux yeux des Yahelins la liberté reconquise ^ Environ 600 personnes avaient péri d'une mort cruelle ^. Plusieurs, fugitives, égarées dans les sentiers des Alpes, y succombèrent à l'épouvante et à la faim. On trouva, bien longtemps après, de leurs cadavres dans les lieux les plus reculés et dans les cavernes des montagnes. Ceux des fugitifs qui réussirent à passer les monts se dispersèrent dans la Rbëtie et chez les Confédérés '•

Robustelli , sous le nom de capitaine-général , prît le gouvernement d^une multitude ivre , sans lois , font occupée à se disputer, les armes à la main , l'héritage de ses victimes^. Bormio reconnut son titre. Clna-^ venna se trouvait avoir, dans Fortuné Sprecher de Bemegk, un gouverneur vigilant, qui sut contenir la

' Laviinri, 159. La Valleliiie, dans sa forme , ressemble au Valais. EUe s*étend vers le lac de Côme comme la vallée da Rhône vers le Lé^ mai). Mais l'Adda n'est point ennemie, comme le Rhdne; le hasnn est mervelllensement fertile et bean. Sur les flancs régnent de vastes foréis.

> Selon BolU, p. 3S^0, la province avait A»,OSO àmeSé Robwtdli 4i% 100.000, p. 4&7.

* Les secoura leur fnrent partout prodigués , surtout à Zurich*

* Il eut un moment d'hésitation à l'aspect de son œuvre , comme pinsieurs après la Saint-Bartbélemy. MalB seitppelanlqoeFrédéileBoRoaiéa Ptfiitbéale , et eaftnéMit les prélres lenoaioer le nowreaa Maocbibé», il se raffermit. Arrivèrent de Rome des indulgences pour tout ce qui avait pris part au massacre. LmiuMri, ISA* — Qiuuirio, II, 153. — Couli.— AiheriL -— RobvsleAU envoya des sigans en tons lie«i.<— Lesminis^ très Alciius et A Porta implorèrent de leur côté les cours du NonL

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province > y maiotenir Tordre et [{rendre les mesures commandées par les circonstances. Des milices occupèrent Rive^ et , non loin des lieux où TAdda se jette dans le lac de Gome, le rocher de Corbérie. Une atla-que fut repoussée.

Lar Rhétie frémit d'effiroi. Mille voix s'élevèrent. c( Courons^ s'écrièrent les uns ^ éteindre la flamme de rinsurr^ctiofi dans le sang des rebelles. » D'autres^ ayant appris que des troupes autrichiennes approchaient^ ne voulaient rien pr^ipiter. Les communes catholiques de la Ligue grise , conseillées par l'Espagne , allaient jusqu'à prendre la défense des Valtélins. Ils avaient se* couéle jovg qui pesait sur leur religion ; la cause était évidemment celle de Dieu. La diète s'assembla à Coire. Seul«Sy les Dix-Droitures prirent la résolution d^in*^ voquer le secours des cantons de Zurich , de Berne et de Claris , et de marcher sur la Valteline. Deux mille hommes se réunirent sous Jean Gouler^ sous Ulysse^ fils d'Heccule-de Salis ^ et sous d'autres capitaines. Us dè&^ cendirent^ les uns à Chiavenna^ les autres^ par des chemins que le pas de l'homme avait rarement foulés, dans le val de Malanka ^

Ils venaient de partir quand le cri : « Les Autri-^ chiens! » retentit dans toute TEngadine. Les Planta, Goriolans nouveaux , s'étaient mis en mouvement. Les impériaux, en rangs serrés et nombreux, s'a van-

* Dn 3S an 25 jnillcL II partit des miliciens des Dix-Droilares, de Goire, du Domleschg de Flîms, de Schams, d'Alvenetir, de la Bré* gaille, etc. • Ce fut le cinquième soulèvement Les Grisons furent brisés* chacun traita avec les étrangers. Par ordre da roi j'attendis tf être nécessaire. > Gueffier. — Venise promit 16,000 florins d'or et n'osa se montrer. « Oatus amat piscem , sed non vuU tangeae flumen ; • langage des ministres de Rhétie.

çaient dans le Val Moutier ^ oommaiiclès par BildtroD. Les habitans de la Tallée, prenant conseil de l^ar courage, non de leur.petit nombre , coururent aux annM et attaquèrent l'ennemi. Les cabanes de Sylva furent bientôt toutes la proie des flammes. Les paysans durent céder au nombre et à la tactique des vétérans de r-Empereur. Vainement Blasius Alexandre essaya-t^il de les ramener au combat ; le bruit que les Valtelins passaient rUmbrail, pour tomber sur leurs derrières ^ acheva de les disperser. Les vaïbqueurs pillèrent Sainte -«-Marie 9 le Val Gave ^ et tuèrent tout ce qui n*avait pu fuir. Les maisons furent incendiées. Ceux des habitans qui professaient Iji foi réformée s'enfuirent au nombre d'environ 1 ^500, de tout âge et de tout sexe ^ chez les Grisons et chez les Suisses, Les catholiques^ et tous ceux qui demeurèrent''^ durent prêter hommage à l'Autriche dans les mêmes termes que ses sujets du Tyrol. Les desseins de l'Empereur et de l'Espagne , bien que voilés encore sous des paroles de cour 9 commençaient à se manifester ^

Gep^i^ant les cohortes rhétiennes s'avançaient dans la Yalteline. Sprécher^ à la tète d'une division y bflMait les insurgés y leur prenait, au pont de MonteUo, huit pièces de campagne ^ et s'emparait de Morbégno^ après une affiiire sanglante* La division descendue par le Val Malanka chassait^ de son coté, les Valtelins devant elle et entrait à Sondrio. Tous les habitans avaient abandonné le bourg , Tarchiprètre en tète. Tirano fut occupé. La moitié de la province était soumise, lorsque

' Des d^atés ayant été demander raison de la violation de la paix, ^eçarent pear réponse i « Faites droit aui bannis. L'Antricbe obserren l'alliance héréditaire. • Féria promit de ne point secourir les Valtelins.

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les choses changàr«nt subitement d'aspect. PiflMn(db>f à k tète de 500 hoimmes de vieilles bandes espa^pio^ ies^ occupa,, sur le territoire He Chiavenaa^ Meisuola et Nova di Riva; d'autres corps de troup» pënétréront par les montagnes et se joignirent aux Yaltelins» Les Grisons se reployérent pour couvrir Chiavetina. Les Espagnols fortifièrent le pont de G^uda » Morbégno^ le fort de Massagri > à ,dondrio , et celui de Flatta- Maki ^ Ils entourèrent Tirano de murs et couvrirent de retranobemens la Tejrra-PIana de Bormio , du côté par lequel on y descend de l'Engadine. .

La consternation de la Rhétie fut grande* Mais eUe s'accrut encore quand les communes cathoUques de la Ligue grise témoignèrent leur jcHe de cette irtuptioub Elles avaient donné asile aux fugitifs des deux autres Ligues et s'étaient unies étroitem^it aux cinq Canetons* La Rhétie s'était brisée comme la Suisse* Lorsque les Confédérés combattaient à Laupen et à Sempachi les villes se reposaient sur les bergers et les bergers sur les villes. A la Maberheide les bommes libres de te vallée de * rinn comptaient sur ks hommes libres de la vallée du 'Rhin* Mais l'ambition de quelques-uns et l'avidité du grand nombre avaient banni des Alpes et de te plaine la f<tt des anci^s jours. Les Rbétieni venaient de déchirer de fait l'alUance fondée à Vaaerol par la vertu de leurs ancêtres.

Toutefois les deux Ligues n'avaient pas en vain demandé de leurs alliés le secours que leur refusaient leurs frères. Berne sentait encore daM ses veines couler le sang des héros. Voyant les anciens ennemis des

' Die Burg. ^Tscboike. ~ Sprccher, i90. — On prêchait à Milan comme pour une croisade. Cantk,

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Suisses menacer l'indépendance et la foi , elle apfpela 2,000 hommes sous les armes et en- donna le commandement à Nicolas de Mu*llinen , en Yiui respirait le yieA amour delà religion et de la patrie ^ Elle ne se laissa retenir ni par les représentations des Cantons catfidi^ ques, ni par celles des ambassadeurs de France et d'Espagne^. Pleins d'enthousiasme, ses soldats prirent, le 3 août 1 620 , la route de F ArgOTie. Mris, arrivés à Mellingen, ils trouvèrent le rivage d^ la Reuss occupé par des troupes de Luj^eme^et^es Bailfiogel-li^ bres, prêtes à- leur disputer le passage^ Le noâoe avait persuadé les cinq Cantons de fermer les chemine de la Valteline. Mullinen, se détournant^ passa le fleuve à Yindisch. Jacques Steiner le joignit avec 1 ,000 Zuricois, ils allaient prendre le chemin d*Uznach, lorsqu'ils reçurent Ta vis que , de Rapperschwyl au Rhin^ le tocsin appelait le peuple aux armes ^. Le Lucemoîs Helmlin , bailli du Sargans , convoquait tons les paysans. Peu de jours auparavant^ il avait fait enlever des bains de Pfeffers le baron de Tiefenbach , secret envoyé du roi de Bohême auprès des Grisons ^. Schwyz soulevait les villages de la Marche et du Gaster. Plutôt que de commencer la guerre civile, la petite armée fit un nouveau détour, traversa le Toggenbourg et descendit par les monts de Gambs vers le

*■ MaDoel da Conseil , 25 jaîii 1620.

* Miroo et Gasati; Recét de Baden»

* Lettre de Berne à MalUnen , ordonnant le détour et la (nromptîtnde, 5 apût. La correspondance des Gantons montre qalb se préparaient à k gnene civile.

^ Hauts cris en dièle, 2S juillet Sentence : il sera libéré et païen 3,000 florins. Des bandits Fenlevèrent et le traînèrent à Insprack , oè il eut la télé tranchée. Leu. — May, hitt^ tnss. -^ Bonorrando l'a?ait demandé à rÉkcteur. Porta, 960.

LIVBE XI. CHAP. m. 469

Rhin. Elle D*eut pas plus tôt ofîs le pied sur le sol de la Rhétie qu^ les drapeaur/les deux Ligues se réunirent aux sieps^ Une pàsUe des milices des communes descttidte à Chiavenna. Douze cents hommes s'avance-^ reni afec les Suisses dans TEngadine y sous le vieux Goulw^ l'honneur du pays. Jean Gouler était beau à voir. Il parlait ëloquemment plusieurs langues. Son histoire de sar patrie montre quelle était son érudition. Tons reconnaissaient en. lui les vertus qui font le hérts ^ A rheure.de se mettre en campagne, il persuada les deux Isigues 'd'envoyer à G^ris , supplier les commutfea des* vallées du Rhin de joindre leurs armes à celles de leurs frères, a Qu'avons-nous besoin , reçu** r^oit-ils pour séponse, d'aller répandre le sang des VaK ielins? Us nous l'assdrent eux-mêmes : ce n'est pas de potre Souyers^ineté, c'est de tyrannie spirituelle qu'ils sont las. »

Déjà Suisses et Grisons descendaient des sommets abruptes du Gasanna, que couvre à peine un léger duvet de verdure , et , de rocher en rocher y de précipice en précipice y ils arrivaient dans le Val Fédéria et dans celui de Luvin, terre de Bormio^. Abandonniant leuiis sombres cabanes de mélèze , les habitans des deux vallées s'étaient cachés dans les forêts. L'assurance de n'être point troublés dans leur religion les ramena ; ils demandèrent grâce à genoux et jurèrent obéissance. Des retranchemens avaient été construits, à force de bras y d'une montagne à l'autre y de Prima à Terra-Plana^ d'arbres ^ de terre et de rochers entassés.

* «Son pareil serait diificile à trouver. » Mem, Daooùmuu — GAn. > Lci«'seplcmbrel620.

Le Florentin Jean de Médlcis était» avec 1,500 hom* mes, derrière ce rempart. L^s Grisons le-txlurnèrent. Les Zurieois coururent droit à luit Attaqué de toutes parts , il s*enfuit en Valteline ^ protégé par la nuit tombante. Les vainqueurs «itrèrent à Bormîo. Enivrés par le succès , ils oublièrent leur première discipline. Les temples furent pillés. Le peuple Vit avec horreur les hérétiques faire des vétemens des prêtres les housses de leurs chevaux, des patères leurs coupes de festin , des saintes images l'objet de leurs plaisanteries; Ms prévirent que le ciel se vengerais ^ L'armée suivit » sans beaucoup dWdre, les bords de*rAddâ. BHe*s*avança jusqu'à Grosio, repoussant tout ce qui lui résistait. Hercule de Salis avait été demander le secours de Venise % et deux messagers porter Tordre à un corps rhétien, à Poschiavo, de tomber, le 11 septembre^ sur le dos de Tennemi.

C'était à Tirano que les Espagnols et les Valtelins avaient réuni leurs forces. lis avaient 500 cavaliers, de la grosse artillerie , une infanterie nombreuse. Spinola, Vives, de Watteville, les meilleurs officiers de TEapagne, et ses meilleures bandes y étaient. Pimeii* teUo commandait en chef. Venise fit prier les Suisses

* • Relaliene deUa impia aceleragine dei Beraesî , Zarigani e 6rîgioni ete|ici« 1610. « De figure sacre fèaen> benagtio a i loto liri di moficbeUi... Gamki per camicias, aU>]e ckite a cavftUi et qfidai voUctq far bever al baptisterio^ ma nissuno a'inclinô a farl6, cke coat piacqne al signor. •

* SaMs monrol à V^niae , en recommandant à son fils la rel^on , l'alliance française et celle qni unissait les deux républiques. Son coq», embaumé , fut transporté à Soglio. Les Grisons habilans des terres de Venise formèrent un corps sons Jacob Baretta, et se disposaient à francbir le Val Gamonica , quand se répandit la nouvelle du désastre de Tirano.

d'alteodre, pour ajiaquer, qu'elle eût pu leur faire parvenir de Tartillerie; mais les braves se persuadé-* rent que le courage leur eu tiendrait lieu. La seule question pour eux fut de savoir qui marcherait le premier à Tennemi. Les Zuricois avaient attaqué les remparts de Terra-Plana ; il fut convenu que cette fois 300 Bernois et Grisoifs formeraient l'avant - garde ; qu'ensuite marcheraient les Bernois sur la grande route; que les Zuricois s'avanceraient à leur gauche^ le long du fleuve , et les Grisons à leur droite , dans les montagnes, dont ils étaient accoutumés à frayer les senliers. La route était étroite, serrée entre les murs du vignoble ^ • Sans se donner le temps de former son ordre de bataflle, Mullinen s'y jeta, bouillant comme il était, entraîné d'escarmouche en escarmouche. Toutà -coup une grêle de plomb jaillit de toutes parts et la terre fut jonchée de morts. Pas un mur qui ne cachât Tennemi. Ce ne fut pas un combat, mais une boucherie. Une balle avait frappé Mullinen au bras. San$ s'émouvoir, il essaya de rallier ses gens. Une attaque de cavalerie fut repoussée. Mais Effingner, Friching, Wagner, Bonstetten mordirent la poussière. Pas un homme qui fût sans blessure. Alors le colonel, arrachant une hallebarde des mains d'un soldat, exhorta ses braves à se souvenir de leurs ancêtres et s'élança vers les murs de Tirano. Sa taille , sa foroe , étaient d'un hercule; il s'ouvrit chemin. Mais bientôt les ennemis, l'enveloppant, lui crièrent de se rendre, u Je suis Mullinen, leur répondit-il en langue italienne, et mourrai les armes au poing , comme il sied à un sol-

* Les mnrt y ont deai ou trois fois la hauteur d'homme. A Porta,

dat. » Berae perdit en lui un homme ardaat pour l'Ëvangile et redouté des mauvais* Suisses. Son défaut était un excès de- vaillance ^ Tous ses oi&cierSy exc^ Binder, avaient partagé son sort^ après avoir contraint Tennemi d'admirer leur cQurage.

Cependant Steiner et les Zuricois, moins prompts que MuUinen , avaient attaqué, rangés en bon ordre. Ils repoussèrent Tennemi , emportèrent ses retran€he« mens et s^avancèrent jusqu'aux portes de Tirano. De leur côté Gouler et les Grisons descendirent^ en escarmouchant, les bois dechâtaigners et firent aussi reculer les Espagnols^ Ulysse, fils d'Hercule de Salis, et f lomi, frère de Fortuné Sprecher, leur donnaient Texem^* Sprecher avait escaladé le premier les remparts de Terra-^Plana ; il perdit la vie dans ce nouveau conSbat^ en recommandant à ses compagnons d-armes sa patriei sa femme et ses enfans. Les soldats des Ligues empoi^ tèrent le château fort qui dominait Tirano, tandis que les Zuricois attaquaient les murs de la place. Le mV heur des armes bernoises sembla réparé. Déjà les Val<« telins fuyaient. Les Espagnols se préparaient à aban-^ donner le bourg* Il ne manquait aux Confédérés que les moyens d'achever leur victoire. Point d'échelles, point d'instrumens de siège. Après sept heures de combat ^ les poudres et les balles vinrent à manquer. Le secours attendu de Foschiavo n'arrivait pas. U fallut songer à la retraite. Les restes du noble de Mul«

* « Il était de grande vertD , mais trop bouillant et trop soudain po« HD Suisse. • Mém. $vr les troubles de la Valteline , 228.

* An moment où il réconciliait deux soldats. Il éuit fils de ce Spreeher, Tami de Genive, qui dix fois avait été landammann et a?ail réconcilié les partis en armes sur le cimetière de Davos. Chr^ nuu

* Plusieurs avaient combattu de sept heures du matin à cinq da smr.

UVRB XI. CHAP» Ul. 473

liflei^efcceux ^ ses officiers furent confiés à la terre ^; puis Tarmée se remit en marche, laissant derrière elle sa caisse militaire et une partie de ses bagages, non ses drapeaux. Les Yaltelins rendûpit grâces de la vicCbire à Farchaiige Michel, qu'ils avaient vu, tant qu'avait éuré la bataille, les cQftteaipler d'un œil attentif, du haut du temple de la Madone. Les prêtres avaient adroitement placé Timage du saint sur la coupole du temple '.

Gouler et Steiner, airivés à Bormio, résolurent de s'y fortifier et d'attendre du secours. Quelques capitaines voulaient aller renouveler le. combat; les miliciens des Ligues ne pensèrent pas comme eux. 11 ne Kftait de poudre que la charge de quelques mulets. On avait appris qu'une gwmde confusion régnait dans la Rhétie; que les Pl^ta la* parcouraient en tous sens, et que les Smjs de l'évéqu^roclamaient hautement le triompl^e de la vieille foi. Tout-à-coup un messager vint annoncer que 1,500 hommes des petits Cantons, sous Conrad de Béroldingen, avaient franchi les hautes vallées et campaient au confluent des deux Rhins, entre Rhézùns et Relchenau* 11 était question d'ériger en quatorzième canton la Ligue grise et d'abandonner à l'Autriche l'Engfadine avec les Dix-Droitures. Les Grisons, à ces nouvelles, repassèrent précipitamment les Alpes. Les Suisses les suivirent, à la surprise de l'ennemi, à l'étonnement de Venise. Ils s'arrêtèrent sur les

* Les Yaltelins déterrèrent ses restes pour les donner anx chiens.

* Les estampes da temps reproduisent ce prodige. — Sprecher, 211, etc. — Laviaarî, SOI. — Porta, 569. — Der Kelchkrieg, so ton den Calvinischen Bundten, etc. Altorf, 1620. — Gmndliche Wiederl^ung. — Steltler. — La caisse militaire renfermait 40,000 écus (reçus de Venise ? ) RelaU al Feria , 29 sept.

Vl74 HUnOiRS DK LU ftUtSfK.

bords d« ftfain^ entre Zkers et Mayenfold^ à queues lidue» d^ camp de Béroldingfm. Li« ôelgfes^ qui eou* vrirenC prématurément les ipoatiy Cannèrent les patsages et firent un rempart à la Yalteline.

La diète suisse, celle des trois Ligues s'assefl^Ièrent* Celle des Confédérés fut Image de la confusion ^ Im villes TOttladent qu'il ttt question, avant tout, dtes affaires de Rhétie; les députés catholiques, que Ton songeât d abord aux différends de Berna avec Fri'bourg, dé Zurich avec les cinq Cantons, de Claris avec Sckwy z , tous relatifs à la religion. Les délibérations se [M*olongérent sans résultat. Dans la diète des trois Ligues, les communes réformées cédèrent. L^deux cultes furent déclarés libres. Les jésuites obtinrenL^de pouvoir fonder des écoles où il Jeur plairait. Les alliances suisse, française et autriphienne furent oon* firmées. Celle de Venise, ^de l'alliée naturelile des Gri" Sens, fut rejetée à jamais. Les décrets des strafguéridhts de Tusis et de Davos furent anéantis'. Yaincus/les Réformés mirent leur espoir dan) la France. Guler et son gendre, le sage Meyer, bourgmestre d^Coire, avaient appris que le duc de Luynes, qui gouveraait Louis XIII depuis la chute du maréchal d'Ancre, voyait d'an oeil plus favorable les affaires de la Valte^ne. Ils ne pouvaient croire que la France abandonnât à la maison

* En septembre et octobre.

* Les biens ecclésiastiques apparlieadront à la majorité ; libre à la minorité d'avoir son cnlte. Sera puni quiconque ne sera d*aiicime des denx religions. Sont défendus toat sonlèvemeot et tonte correspondanoe des communes entre elles. Articles Juréi d Tia». --«Thomas de Schanenstein , ayant été consulté , conseilla de tout remettre à l'arbitrage de trois catholiques , trois protestans et trois Suisses. Les arbitres furent nommés» Juvalta , Sprecher, etc. Le peuple des soldats rejeta ce qu'ils prononcèrent. Porta, 580.

LIVRB XI. CHAP. m. 475

d*Autridie les passages des Alpes '• Dans cette pensée , ils prononcèrent le nom de Tambassadeur du roi. Les deux partit s^acoordéarwt à demander son retour.

Le 6 nofeitbre^ Guetter fit en triomphe son entrée à Coire. Nobles, bourgeois, paysans se portèrent en armes aB*deirant de lui ; on eût dit le Muveur de la Rhétie. Les chefs de la Haute-^Ligue, apprenant ces manifestations^ en conçurent de Tamertume et résolurent de troubler la joie des bonnes gens de Coire. Quelques braves se rendirent dans la ville, tout occupée de fêtes ; ils' se glissèrent dans la maison du bourgmestre Mever, le liaient et4'emmenèrent csrptif à Ilanz. La colère fut vive et Teùt été bien plus si Meyer n'eût réussi à s'échanper. Cependant ks villes suisses s*é*taiei4 enfin décnées à envoyer une* dépirtation joindre ses efforts à ceux de l'ambassadeur de France pour la paix de la Rhéfte. Des conférences s*ouvrirent à Ilanz '. Gueffier se vantait de pleins pouvoirs de son ibaitre et se proclamait l'arbitre ^Icn partis. Il commença par pnposer aux trois Ligues der s'engager à ne faire aucun traité sans le consentement de la France. Puis il parla longuement de rétablir Tévêque dans ses prérogatives. La surprise fut extrême. Les communes' eatholiques , tout en paraissant vouloir remettre leur cause aux représentans du roi trè^-chrétien , et aux très-sages et magnifiques députa des Cantons, se riaient d'eux en secret. £lles ne se confiaioit que dans l'Espagne.

* « Après av<rir vené doute mtllioiis en on siècle pour s'aasnrer de son amitié. • Miron.

* Le 20 novembre. — Sprecher. Notes de sa main dans un exemplaire de aa chronique, 178. — Porta. — Stettler. — Tschokle. — Sirî, V, 475. — Raeeoltà di rapporti. — Brochures, comme : De prelcnsionibus Rheti« in loca ad feudnm Mediol. perthicntia, et Stato dellc miss. rhet.

A cette heure même trcÂs députés^ Pompée Planta, Giover et de Mont^ sollicitaient en leur nom^ à Milan, la restitution de la Yalteline aux seuls eath^qnes des Ligues. L'évéque la demandait pour lui«.Rome Toulait la province libre sous sa protection. Sur ces eutreMtes se répandit la nouTelle fatale de la birtaille gagnée, le 8 noTémbre, à PragUe^ par les armes de l*Empereur; de k chute du roi de Bohème et de la ruine de Ymdtm protestante en Allemagne. Alors la Ligue grise s^exprima plus ouvertement. Elle menaça les deux Ligues de se sépaffer d'elles, si elles ne rompaient avec la France. Les ambassadeurs des Cantons se retirèrent. Les trappes bernoises reprirent le chemin de leurs fofers^; les 2iUricoi& restèrent seuls. Gueffier toujanrs impérieux; toujours étranger «ux sentimens qui font battue les cœurs d'hommes libres ^ éclata en menaces, tr Farb mort Dieu I s'écrîa-t-il, je vous ai fait'perdre la Valteline; je vous ferai perdre votre pays^. » Il fit connaître à la cour TinutAité dp ses efforts.

Cependant^ les envoyés de la Haute- la j^c re(^ vaient^ à Milan , du gouverneur Gomès Âlvarés de Féria , l'accueil le plus fier à la fois et le pjus care^ot. « La Yalteline, leur disait-il, vous sera restituée; mais huit ans ^encore elle aura des garnisons espagn(^es. Les Yaltelins conserveront leurs libertés. Point de culie pour les hérétiques. Libre à eux de. vendre leurs biens et d'abindonner la province. Ces points posés, noas allons faire alliance. Le passage sera libre pour m^ Espagnols. Nous pourrons enrôler chez vous jusqti a

^ Binder était resté lenr seul officier. Deatêche min,

* Quelqa*an lui répondit : t Si vous avei fait et sî vous fait» ^^

vous dites , vous êtes un traître au roi et aux Ligues. • Les p*^^

pleuvaient sur lui.

6^000 hommes. Chaque Ligue recevra 1^800 florins d or amiueUement. En cas de guerre, nous tous en*- Tenx>ns à nos frais le secours de 6,000 soldats. Vous proposerez les termes de cette alliance aux Dix-Juridietions et particulièrement à la Maison-Dieu. La Ligue qui n'y souscrira pas aura perdu tout droit sur la Valteline« Je vous donne huit semaines pour accepter ou rejeter ce traitât »

Toutes 1^ communes de la Li|^ç grise agrdérent ce que l'Bspagne leur offimit. Les Reformés des deux autres Ligues forent quelque temps muets de stupeur. Puis un Cri partit de l'Engadine : « Us ont vendu la reli£pion et la patrie I » Les malheureux que les Autrichiens avaient chassés du Val Moutiep allaient de lieu en lieu , vivant de la charité. Us maudirent Pompée Planta comme ils avaient maudit Rodolphe, accusant les deux frères d'avoir ereusé lahime où la Rhétie se plongeait. « Le ciel, ajoutèrent-ils, ne redeviendra pas sfrein que nous n'ayons immolé les nouveaux Guise. » Dans toutes les crises des répuhliques il s*est reolbontré de ces hommes fui sentent plus vivement que le vulgaire les outrages jiits à la patrie r simples et pur^omme au Grutli; ivres d'indépendance, commQ les enfans de Genève; ou le cœur plein de colère et de vengeance 9 comme les Engadins Jénatsch et Blasijis Âlexander. Sentir et exécutef était pour ces denders une même chose. Aussi le mot qui menaçait les jours de Planta n'eût pas été plus tôt prononcé qu'ik montèrent à cheval. Ces deux hommes d'église étaient ceux qui avaient inspiré les trihunaux de Tusis et de Davos.

' Convention» le 6 février. Scwranmccie ViMonli aooompagna lei députés à leur reloor, demanda hait eueignei et sema Tor.

478 HinOlRB DE Lk SUISSE.

Jéoatsch airait dés lors qulMë la Bible poor Véfée» Blftsius était un des exilés du Val Bfoulier» L*aMe%De ku Ried et Christian de Hofae&balken se joigairetit à eux. Partis le soir de Gruach S dana le Prétigtu , ib chevauchèrent toute la nuit, elarriyèrent par la fmk^ matinée d*un jour d'hiver devant le château de Rie(«* berg, dans le Domleschg. Planta l'habitait depnis son retour de Milan. Us brisent les portes^ pénétrent jusqu'à lui et le percent de coups ^. Im Riei^y le voyant étendu sur le ventre^ le fraffie encore de ta hache d'un bras si vigoureux que rinstrument traverse le corps et le fiche au plancher. -Puia les meurtriers, le front haut, passent au n^eu des sentinelles de B^td* dingen et s*en retournent^ tranquilles, dans le Pr^-* gau ^. Plusieurs amis des Planta furent ainsi frappés. La fureur avait pris le nom de la loi*

CependaDt le coup n'avaiufait qu'avertir les Espagnols. C'était peu , 4ant que Béroldingen campait ^avee ses 1,500 hommes sur le sol de la Rhétie, al ^e la Ligue grise refusait de reconnaître la Io| de la majorité des communes. Il faiblit Yasser les étrangert el té^ duire les rebelles. Les deux patriotes s'adressènent dans ce but aux Bngadins. Le 20 mars, par uilk nuit sombre, qiielques cents hommes se mirent en marche, et, filant par l'étroit sentier de Muras, entre les forêts et tas prédipîces, Tablide du Buratobel à leurs pieds.

* Groce PMUgois. 0tie oenltiDe do braves s'y étainit téeak aom de le figne des gêtu de eœmt, ( Qtukenigetu)

^ 11 ft'eiifiiit de son lit dans rappartement de soa geodre. Hère, de Salis , et fat troavé qai se cachait dans une cheminée. ,

* Dans le chiffre d*an emprunt faijt , à cette époque , aux GUîsoos par les villes -saisses se trouve povtte une somme de 0,00e llroes^Mr tt$ meurtriers de Planta. {C&mmunieathn de M. Théophile éê Mokr, )

UVRE XI. CHAP. m. 479

daos le Domleachg. A dé&ut de clai-- TOUS, les eaux ëcumaiites de TÂlbula^ roulant dans la profondeur avec le bruit du tonnerre, leur mdiquéreat le chemin à travers les ombres. Plus d'un brare paya sa hardiesse de la vie. Arrivés en vue du Domleschg, ils se partagèrent en deux troupes, qui suivirent le8*deux bords du Rhin. Leur nombre s'accrut chemin faisant. lies postes des catholiques furent refoulés. Jénatsch , tmiiomn en tète de sa troupe , n'apercevait pas plus tôt des partis ennemis qu'il courait à eux, sommait leurs chefs, le pistolet en main, et feur imposait la retraite. Les Suisses^ craignant d'être enveloppés, se reployèrent en hâte sur IlanZé Les Engadins, j<ûnts paries drapeaux de Davos, se pressèrent sur leurs pas. Ils atteignirent Béroldingen non loin de Yalendas^ avantageusement posté sur les hauteârs de Prada. Arriver, se précipiter sur lui, sans songer au nombre ni à la position , ce fut l'affaire d'un instant. Le combat dura sept heures. Le sang coula à grands flots. Le soir les Engadins se retirèrent sans être poursuivis ^

A la- nouvelle de ce combat, répandue de vallée en vallée, le Prétigau, Cq^e, le •Schalfick prirent les armes. Qe fut a qui courrait siir Béroldingen, dont les gens plus occupés de butin ^pe de victoire^ se retirèrent de village en village, toujours combattant. Arrivés dans le Tavetsch , cent Ptrédgovi^ gravirent *d'un pas ra- ^de les neiges des hautes Alpes pour prendre les Suisses à dos. Aiorseeux-ci , abandonnajU leur artillerie et leur butin, regagnèrent, comm^'ils le purent, le Val d'Urserén par TOberalp, poursuivis jusqu'à la fron-

< Le fti avril iSSi. « Ce fat te faniUème Mmlèvemenl. • Gm/jUr. Il v^ttl la gloîie de l'avoir inspiré. — Mwrê» est anjourd'hui le ScAjn.

tiére. L*aMife de Dissentis s'enfuit arec eox '. Les vainqueurs poussëreut un cri de joie que rm^Êkent tristement les échos des AI]^. La ||aiito»i^»M^ fut contraiote de se rallier et d*i^g|idoiHier I amilâé^de Afilan. Le Misox^ occupé par àt8 bande^^paiipMk»^ et dans Tespoir d'être secouru par les Suissest^qni du Gothard étaient descendus à Bellinzone^ prolongea seul sa résistaace. Il fallut'y mardier^i, Le» (kapeawE des communes descendireAt le Bemardmi^' livpèKant plusieurs combats et chassèrent les E^iaguk. Les Suisses ne se montrèrent pas. .

Ces mouvemens s'accomplirent dans leimoii'd*avriI de Tan 1B21 . A cette époque le succès couronnait partout ailleurs la politique autrichienne et Tœuvre de Rome. La Réforme était chassée de Ja Bohème* Les prêtres répandaient l^au* bénite en . aboDdaiii|e .anr tout ce qu'elle avait souillé. On crofait termk|ée la guerre d'Allemagne. L'Espagne^ loin de renoiinefer la trêve qu'elle avait conclue avef. la BoUand^^ eugeait la soumission. Tandis qu^eUb ^wiisaii rhérîlier du trône d'Angleterre par lespoir d'un mariage avec une in&nte, des )nissiennair|f^ romains se répandaient dans les iles britaoniqi(esj Us gagnaient de| hairtes classes; les conversions se^omptaient par cent mille. Les jésuites^ instituteurs^ coustisaus^ politiques, bramines dans llnde , mandafins en Gfaiae , civÛisateiirs dans les Amériques , allaient à la conquête du monde. L'Espagne et IJ^tridie marchaient à eelle de Ffu* rope. Elles se donnli'ent une main à travers Ut vallée

' Sa correspondance fit connaître sa participation , telle de Gneflier et celle du nonce, évéqne d'Adria, aux mouvemens de la Valteline.

* fiaptÎBle de Salis, qui comoiandait à Giilavenna, refol l'ovdfe de passer la Furcnla, avec SOO hommes ; mais la baulear des neiges lear ferma le chemin (mi-avril).

uyRB XI* cflAP. m. 481

delIAdda^ et de lautre elles subjuguaient la terre» La France ne voyait pas ces progrès d*un œil in-» différent ; mais occupé à réduire les calvinistas^ de Luynes ne portait pas aux affaires extérieures Fatten* tion qu*elles mëntaient« Les représentans du roi, Marcamont à Rome , Léon Brulart à Venise , Gueffier diez les Grisons , dans leur haine contre les républiques, les alliés naturels du monarque, compromettaient ses intérêts par une conduite plus passionnée que prudente. Gueffier avait livré la Valteline aux Espagnols ; d autres leur donnaient l'Italie ^. Venise finit par envoyer une ambassade extraordinaire mettre sous les feux de la cour les suites d'une politique ruineuse* Un nouveau pontife, Grégoire XV, l'appuya. Charles- Emmanuel joigm't ses instances aux leurs. Ennemi du repos sur ses vieux jours comme dans ses premières années, ce prince s'était laissé persuader que les vœux des Bohémiens l'appelaient à régner sur eux. Lorsqu'il avait vu s'évanouir cette brillante chimère, il avait offert à l'Empereur , en échange du titre de roi, des troupes pour soumettre ses sujets rebelles. Durant ce temps il n'avait pas cessé de former de nouveaux plans d'attaque contre Genève '.Espérant, à cette heure, que

* Lesdignières, Luforce, Ghftlillon marchaient wss la bannière royale. A Foi'x , dn centenaire qui avait reça le premier de la main de Calvin le lMi{>t6ine évangéliqne , abjura le dernier.

> Botta, Storià d'italia , IV, SSi. — Goneq). dans la Bibl. royale. •— Trop aoarent les correspondances des envoyés des princes auprès de nos répvbliqfies ont porté ce caractère d*ane malveillance née de la passion, de la vtnité blessée^ on seolement de l'ennoi d'an séjour prolongé chex «Q peaple de paysans et de républicains.

' Les ansbWes de Turin sont pleines de plalis contre Genète. (Projet 4s père Abraam au moyen dn capitaine Baudicbon ; projet de J. Molîtee, etc.); de sollidialions do duc à Rome , à Paris ; de promesses dn XII. 3i

482 H18T0IRB DB La. gOiSSE.

des affaires de la Valteline naîtrait quelque diffërend qui lui fournirait Foccasion de s'agrandir , il appelai! la France à se montrer. Alors les affaires de Rhétie re- I prirent aux yeu^ de la cour de Fontainebleau Timpc»^

tance que Henri lY leur avait donnée. On se fit un point d'honneur dé œ que la politique conseillait. De tel prix que fût la province , il fut jugé que la gloire d'un roi de France ne lui permettait pas de rabandooner ; qu*il convenait de montrer aux alliés du monarque qu'il pouvait les secourir ; de faire sentir sa préseooe à ritalie; derendreVespoirà rAIlemagne^ le courage aux Hollandais; de réveiUer chez les uns la crainte el diez les autres Taffection. Bientôt il ne s*agit plus que de savoir qui serait envoyé presser la restitution de la valUe de TAdda. Bassompierre venait, à la tête des Suisses, de déployer contre les calvinistes une valeur brillante. 11 donnait de l'ombrage au favori de Louis XIIL De Luyaes lui laissa le choix de l'avoir pour enneeiiou de s'éloigner pour quelque temps de la cour avecde grands avantages. Bassompierre accepta d'aller à Bladrid^ en qualité d'ambassadeur extraordinaire* Philippe ly succéda sur ces entrefaites au trône et à Tincapacité de Philippe UI. L'envoyé du roi trésnJirétien se présenta à la nouvelle cour avec une pompe inaccoutumée. Il sut à la fois éblouir y charmer et inspirer la crainte. Cent propositions lui furent faites, ùti parla

libre pasiaget (foifres (fane partie dn PajB-de-Yaod; depiétalionB a» YalaDgin et Neach&tel; des rapports d'agens sur la foioe et la fiâtkaa des Tittes saÛMB; (• avec Iforat et Gominea on peot aootenîr toales lean forces»); d'invitations à Fribouig et ans GaatoascatlMiUqees de ae point seconrirLaasaime lotsqn'eUesera assaillie. yojfeB jfiyiri co SHum% Maxzo, m, as . sf Qétiélu XIX, M 4 19. — Puantes déUdM quOqm temps le duc de Venise, en loi donnant quelques oompegnics conbc Genève. Berne se hita de Jeter dans cette ville 10$ hommes»

LITRB XI. CUkP. uu 483

de vendre la Valteline au pape. Il fut question d'en faire une quatrième Ligue^ Bassompierre fut sourd à toute offfe autre que celle d'une restitution pure et simple. A la fin ^ le 25 avril , les ministres espagnols signèrent le rétablissement de Tétat de choses de 1617. Les Confédérés et les Yalaisans devaient être invités à accéder au traité de Madrid, comme garans que la Rhëtic en remplirait les conditions ^.

Les Cantons s^assemblérent à Lucerne, pour savoir s'ils accepteraient le rôle que leur assignaient les grandes puissances. Toute l'Europe fixa les jeux sur cette diète. La France envoya le sire de Montholon ^ seconder les efibrts de ses ambassadeurs ordinaires Mîron et Guef*^ fier« Ils répandirent cent mille écus pour porter les Confédérés à accéder au traité de Madrid. L'Espagne feignit de ne pas sç montrer. L'envoyé du duo Albert d'Autriche et le président du parlement de Dôle, Thomassin , parurent seuls s'être chargés de sa cause. Au« tour de la diète se firent entendre les accens passionnés des bannis de la Rhétie et ceux des envoyés valtelins^ Guicciardi et Paribelli. Les communes des trois Ligues firent connaître le résultat de leur vote^. Elles avaient,

* Chaque fois . lonant la dextérité des ministres espagnols à la! donner un reras, il se levait» comme pour reprendre le chemin de France.

^ Par mi article secret il fat stipulé que le roi trës^hrétien conti* Doerait dTenifiécber qœ les Grisons ne ^attiassentatoc d'autres qoVec la niaiaon d'Âutridie et la coaronne de France. Jmbauadê ^ B$pagne . par BoBêompierrê* — ReUuion nuê. de Miron, — Mercure d^Éiat, — Lînage, L 221. — Léonard, ÎF. ^ Suttier, 605^ >- Laaffer, XlIL -^ SpreeUer, — Porta, 41 S. — Bohan, Mémoireê, 147, — Capriaia, — 40 brodivres répandues par les Valtelins, entre autres Miconi del clero ni papa e ai re par impeguarli, etc.

* Moite long , en style de chancellerie suisse.

* Par leors envoyés Bnol, Montalte et Lefaner. Pressées par les instances et les brusqaes menaces de Gueffier^ les communes frétaient soumises

484 mSTOI&B DB LA 80^B.

après beaucoup d*hésitatton , souscrit le traité de Madrid; elles réservaient leurs droits spirituels et temporels. Les Cantons protesta ns, qui s*étaient' assemblés à Arauy firent savoir leur adhésion. Restaient les catholiques. Us avaient peine à se persuader que l'Espagne songeât sérieusement à abandonner la YalCeline. Féria rassemblait de nouvelles forces. Des troupes impériales se concentraient en Tyrol. Le nonce Scapi jouait un double rôle. « Sa sainteté veut la paix, » disait-il à tous. u Partant, faisait-il entendre aux Réformés, il oonseille l'acceptation du trùté de Madrid. » Mais s'adressait-il aux catholiques, il comprenait leurs scrupules a se porter garans d*un traité qui avait fait si peu pour la religion des Yaltelins. Inquiets de l'effet de ce langage et de celui .des intrigues secrètes de l'Espagne, les envoyés de France proposèrent des ajlditions aux articles de Madrid. La religion romaine eÂt été proclamée libre dans toute la Rhétie. Le droit lui eût été recouin de fonder , où il lui plairait , des églises et des monastères. L'évéque eut recouvré toutes ses prérogatives ^. Mab oes propositions nouvelles éloignèrent les protestans sans rapprocher les catholiques. Les villes et les Grisons s'en référèrent au traité. Les sept Cantons déclarèrent qu'après n'avoir retiré que de Tingratitude de leyrs efforts pour pacifier la Rhétie, voyant TaflËdre dans les. mains des trois plus grands monarques de la chrétienté , ils jugeaient bienséant de leur en laisser le soin ^.

l'ane aptes l'^ulve , ^Ilcs de la Baiae^Engadiae el de Sdians les dernières. -« Carrmp. dé Gnêffigr. — > JmaUUf 144 •— GmUr's Darwitlkmg des Bundtner Fr^hêiukâmpf.

* « DieLoeernerarMçkol. »

' L'envpjé de Venke, LioaelU, voyant le irai4é rejeté» tenta de por-

Les Grisons, renversés par ce résultat, jetèrent autour d*eux des regards inquiets. La chambre dlnspruck veûait de4enr fermer l'approvisionnement du vin et du blé. Us envoyèrent, pour s'enquérir des causes de cette manifestation hostile, Bprécher et Juvalta*, hommes d'une haute considération, que le récit fidèle qu'ils nous ont laissé d«s malheurs de leur patrie nous rendent encore chers à cette heure. Ces députés rencontrèrent à Inspruck des visages froids et sévères. Us apprirent avec quelque étonnement que, bien loin d'avoir à se plaindre de Toccupation du Yal Moutier et de mesures récentes, les Grisons étaient accusés d'avoir détruit l'alliance héréditaire. Pour une preuve , on leur en donna cent : l'abandon de la foi catholique par les communes d^ Dix«Droitures et de l'Engadine, sujettes de l'Âutricne ; l'expulsion des moines ; le sang de Béli , celui de Rusca ^ les exils de l'évéque. Les réponses des députés ne furent pas écoutées* On leur déclara qu'ils sellaient entendus à Imbst, village du Tyrol. Mais cette nouvelle eonfô^ rence ne servit qu'à les instruire de nouveaux griefs de Tarchiduc et de prétentions dont, jusqu'à cette heure, la Rhétie n'avait jamais oui parler. Le loup daignait démontrer à l'agneau le droit qu'il avait de le dévorer* Tandis que les conférences d'Imbst étaient à dessdu. traînées en longueur, le peuple des Ligues, les yeux fixés sur la Valteline, se lassait d'en attendre la resti'* tution de négociations mensongères. De jeunes tètes se persuadèrent qu'il suffirait de quelques mille bras pour reconquérir la province. Us dirent; des- commumss se levèrent. La France, Venise, les villes suisisès s'efforce-

ter les villes suisses et les Grisons à la gaene; les viUès iniililemeiit * Le SI juillet

480 HISTOIRB 0R LA SUISSE'.

rent vainement de les retenir; une résolution de la diète des Ligues fut arrachée^ qui ordonnait une expédition ^ . Six mille hommes ^ se réunirent tronf usément dans la Haute*-Engadine^ mal armés, sans discipline. Us descendirent le Val Pédénos i aveuglés par Tespérance. Bormio fut emporté. Mais auprès de cette Tille les Espagnols avaient construit le fort Féria, puissant carré de remparts. Un officier habile, Octarien Sforza, descendant des Yisconti, s*y était enfermé avec huit enseignes. Il fit pleuvoir sur Bormio les boulets rouges jusqu'à ce qu^il Teût réduit en cendres. Les Grisons n'avaient ni vivres ni grosse artillerie. Ils étaient commandés par des officiers sans expérience. La faim ne tarda pas à les ramener honteux à leurs foyei*S9 avec encore plus de précipitation quHIs n'en étaient sortis.

Alors les négociateurs de TÂutriche à Imlist maorierent les députés de la Rhétie, et , les laissant debout devant eux : « Vos gens, leur dirent-ils, avaient pris rengagement de ne commettre aucune hostilité tant que dureraient nos conférences ; mais ils sont sans foi , sans loi, sans honneur. Tel d'entre nous, qui tous parlons, aurait dix tètes, que s'il se rencontrait dans vos vallées il n'en remporterait pas une. Nous serions en droit de vous traiter rigoureusement; mais nous voyons bien que ceux qui ont trompé notre prince

* t Point de guerre plus inutile ni plus dangereuse que celle qoi se fait tunalttieoseiiiint » MauhiamU Décédé, L. II, ch, $0,

* Poru dit 9«000. ils partîreoi le Si octobre iSti, so«s Jaques a Ga» sutt. Hartmann Planta (qniy fnt taô), Pierre Galer; entraînant les milices de la Ligue grise. — Sprecher, SS9. — Jnvalta ,151. — Tfaeatmm eorop. I, 676, — « Ge fut le neuvième soulèvement et le dernier, a Gueffier.

vous ont joués les premiers. Nous touIobs donc bieo TOUS laisser partir sains et saufs. Allez faire connaître à vos Qrisons quelle est la clémence d'un archiduc. »

. Ce fut le 1 7 octobre 1 €21 que les envoyés des Ligues furent ainsi congédiés. Le même jour, sans déclaration de guerre^ les Impériaux entrèrent en Rhétie, le fer et la flamme à la main. Le peuple^ ignorant de quelle injure il pouvait s'être rendu coupable envers TAu- Iriche; se reposait sur l'alliance héréditaire, comme au sein de la plus profonde paix. Tout-à-coup les bandes ennemies pénétrèrent dans TEngadine par le Val Moutier, le Martinsbruck et Val Samnaum. Le premier jour elle» furent repoussées. Mais le lendemain Strédel et Baldéron, prenant de nouveaux sentiers, descendirent à la tète de 8,000 hommes sur Schuols par le Val Scarla. Planta guidait leur marche. Le peuple de l'Eugadine leur opposa ce jour encore une mâle résistance.' Les femmes combattirent avec leurs époux > les filles avec leurs pères, leurs égales en courage. Mais les Impériaux, ayant passé l'Inn sans être aperçus ^ firent ployer les paysans devant la supériorité de leurs forces. Femmes, enfans, tout ce qui n'avait pu fuir fut immolé. Les cabanes forent livrées au pillage^ Quatorze cents vaches furent vendues aux Tyroliens , qui suivaient Farmée. Un second corps de 8,000 Autrichiens, sous Brion, parti de Montafun , avait traversé le Slépina et descendait dans le Prëtigau, brûlanti saccageant, n'épargnant pas même les enfans dans le ventre de leurs mères. Les Prétigoviens .allèrent à sa rencontre. Trois Sprecher ^, Meinrad Buol, et Jénatsch,

* Auprès de la soorcc d* ean minérale.

* Jean, frère de Fortuné, Flouri son fils, cl André Sprecher. Mém, de famiUe.

le premier en tout péril^ se mirent à leur tète. Ils frappèrent d*une main si ferme que, si les habitons de Saas eussent gardé leur passage , peu d'ennemis éfasMf échappé. Les patriotes revinrent du combat Gomme en revenaient leurs aïeux, tout couverts de sang autrichien. Mais les temps n'étaient pas les mêmes. L'antique union ne secondait plus l'antique valeur. Tandii que Brion reparaissait, que Bs^déron descendait le raide sentier qui de la Fiuela conduit à Bavos, ki dbnmunes n'accouraient pas au secours des communes. Les Zuricois, restés jusqu'alors à Bfeyenfeld; repre* liaient le chemin de la Suisse. Le Prétigau fut d(»np(é« Féria, d'une autre part, s'avança sur Chiavenna, a b tète de 7,000 Espagnols et des Suisses deBéUinzone. Baptiste de Salis avait, à Chiavenna, 400 hbtnmes. 0 ferma la route par un abattis d'arbres et combattit jusqu'à ce que cinquante d^ siens eussent mordu b poussière; puis il fit sa retraite. Féria nomma GeiW* loni gouverneur du comté. Les biens des hérétiques furent livrés au soldat» Les catholiques chantèrent va Te Deum. Les jours suivans les Espagnols oocupéreat la Brégaille et y ârent cesser le culte évangéUque.

Baldéron s'avança vers le Rhin. Les communes, dans Teffroi , envoyèrent le» imes âpres les autres de* mander la paix ou un armistice. Il leur ordonna de livrer leurs armes. Rodolphe de Planta se trouvait pré* sent. Les députés^ supplians , le conjurèrent de s'employer à sauver la religion évangélique. (c Le sort des armes, leur répondit-il ^ a tranché cette question en Allemagne. » Peu de jours après il abjura la foi réformée. Coire fut occupée. L'heure était venue pour te Ligues de recevoir la loi des puissances qui naguère recherchaient par tous les moyens leur amitié. Les f^

UVBS XI. CBAP* 1«. 489

tigoviens» livr^nl leujn» armes et leurs drapeaux; puis, environnés de })ataiUons autrichiens, ils furent ookitraints de demander grâce, à genoux, et de jurer obéissance, ils livrèrent les titres de leur union avec les Ligues, les Gbnfédéigis et la France. Et cependant l'ennemi pillait à plaisir leurs villages. Le soldat, dans ses rapines, suivait l'exemple de ses chefs. C'était à qui maltraiterait les pr^poiés des communes. Les vaincus furent employés à élever les forts qui devaient perpétuer leur servitude ; le Frakstein dans le Frétigau , le fontaho dans TEngadine ^ Ils obéirent et se turent. Un trésor seul leur restait , mais qu/ils estimaient d'un prix plus grand que leurs biens et que leurs vies : ils suppUérent Baldényï de ne leur point ôter TÉvangite. Le guerrier ivre, superLe et colère leur répondit : a II ne*m'iroponte quelle religion vous ayez; je n'ai pas d'ordre quant à la religion. » Le culte évangéUque ne fut aboli que dans le Val Moutier. Mais des capucins en grand nombre se répandirent dans le pays.

Près de 1,500 Rhétiens prirent, malgré l'hiver, les sentiers des Alpes et s'enfuirent chez les Confédérés. Tous ne réussirent pas à atteindre une terre franche. Blasius fut arrêté comme il cherchait à passer le col Fanix ^. Traîné à Inspruck , il adoucit, en composant de beaux chants religieux, les rigueurs d'une captivité longue et cruelle^ , exhorta par lettres ses frè-

* BlokkaSêer. J'en ai vu les restes. Les milices tjrolieDnes et les laiisquenels tranill&ieat à Tenvi.

* Sur la frontière de Glaris, par des paysans. Planta accourut le voir dans les chaînes , lui reprocher le meurtre de son frère et demander son supplice.

' « Lsla ubi sanctomm psallit nova cantica sempcr

490 HISlOIRiB DB LA SUISSE.

res à la constance et tendit sans re^t sa tèie au bourreau* Huit cents fugitife Yéeureqt plusieurs semaîiMt à Zurich des dons de la charité. Un grand nombre atlérént porter le secours de leurs armes à leurs corélh gioDuaires d'Allemagne et appr»dre la guerre tons Mansfeld. Jénatscfa fiîit de ce nombre. D'autres trsiaè' rent leurs jours en Suisse, dans Tattoite d'un sort meflleur. Partout on les rencontrait , im(doraiU k pitié.

La diète s'asséknUa. Le bourgmestre de Zuskky Holzhalby prit la parole ^ w Le sort de la Rhëtie, ditil , est le miroir du nôtre. C'est en vain ^'un peuple se croit défeqdu par les créneaux des Alpes et par sob héroïsme ; c'est en vvn qu'il se refiose sur ses alKances ; les puissances les plus redoutées penchent vm leur ruine dès qu'elles se déchirent à l'intérieur, ta' qu'ici nous arons été gardés par la persuasion desrâ qu'on n'attaque pas impunéoimt dans ses foyers ^ peuple libre. Mais c'en est fait de cette croyance, â nous n'allons délivrer nos alliés des Ligues. Direi'- YDus : Qu'avcms^^nous à faire delà Rhétie? Elle est le rempart de notre Confédération : un rempart que Tefinemi n^a pu franchir que sur les corps amonoelés d'un peuple de braves. L'Autriche, entends-je àtrt^ a des droits sur les Dix-Juridictions. Ce serait que »

Glofia , laus et hooor, benedictk), robar ameoqae Hnc ego nunc propero ; mando Taledico ; valele. • Il f allai lui cooper sept doigts des pieds, qu'il a^t en gelés dans^ ▼oyage. 5a main droite fat coopée avant qae le bownean loi tianclilt

tate.

* Près de céder à ses goAto miliUires , il avait sa se vaincre, av»t i€jeté les soUicitotions de Venise et de la France, qai lai promeUaieDl gloire sons leurs drapeaux, et avait réservé à sa patrie le tribnt os nobles facaltés. VaterL Samlang,

UVKE XI. CHAP« m. 491

cause devrait être jugée selon le pacte héréditaire et non par Tépée. Si lalliance qui nous lie à la défense dès Grisons est autre chose qu'un titre moiteur, Vheure est venue de le montrer! En quel temps secouprons-nous nos frères dans le besoin si nous ne le fiiisons aujourd'hui? et si nous les abandonnons^ dé quel droit oserons-nous y lorsque nous serons attemte par le péril ^ réclamer à notre tour Tassistance de nos amia ? Comment Tatlendre après que nous iturons en<aeigné par notre exemple à ne point tenir compte des traités ? »

Ainsi parla 2«urich. Berne Tappuya. Les Confédérés furent émus. Us résolurent d'envoyer trois ambassades : Tune en France ^ les deux autres à Tarciiiduc Léopold et à Milan. La dernière fut chargée d'inviter le gouverneur à renoncer à l'emploi des armes contre la Rhétie, et à restituer la Valteline^ Hélène d'una nou-: ▼elle guerre de Troie.- Les Confédérés s'oflfraient comme garans dés trois Ligues. Des envoyés rhétiens se joignirent aux députés suisses ^ Les uns et les autres furent accueillis avec de singuliers égards. Féria leur exprima combien il était sensible à l'envoi d'une aussi illustre ambassade. Jamais un tel honneur ne devait sortir de sa^ mémoire. Il avait , il est vrai , résolu de ne plus entendre parler des affaires des Grisons ; mais la présence d'envoyés d'une puissance aussi redoutée que l'était le corps helvétique le faisait changer de sentiment. Ildit^ et fit préparer un splendide festin. D'autres banquets succédèrent à ce banquet. On but à Phi^ lippe IV. Les heures se prolongèrent à table ^ au grand déplaisir de la sobriété espagnole. Des chaînes d'or f u-

^ Juvalta , Florin et Gugelberg.

rent ^stribuées, avec le portrait da roi K Les promesses ne furent pas épargnées* Le fier Espagnol lowk la main à tons les députés à leur départ^ de la meilleure grâce du monde. D^ qu*il les sut partis , il se toontt vers les envoyés grisons^ qui seuls étaient demeofésa Bfilan, et, Vépée au poings il leur dicta la loi dn vainqueur, a II y aura, leur dit-il , alliance eatit l'Espagne et les ligues. Le passage ne nous sara jamais refusé. Vous abandonneres la ValteHne et BomuD pour une somme de 5,000 florins d or \ que ces pith vinces vous paieront annuellement. Vous renoncerai toute allkince avec la Basse-Engadine et les Dix-Bn»tnres. Le onlte protestant ne sera point rétaUi dam Ghiavenna. Le colto romain sera professé libremeot dans toute l'étendue de vos montagnes. Des juges ion partiaux répareront les torts faits wax Planta. » L'Antriche igouta à ces conditions celle de roccupatioD, à' rant douze ans , des villes de Coire et de Meye&tiU* Cette sentence impérieuse^ parée du nom de con veatioBi fut proposée aux communes terrifiées de la Rhâie. La France leur promettait un vain secours. Blks œ recevaient des Confédérés, paralysés par leurs disco^ des, que des paroles d'une vaine compassion. La toiH mission fut acceptée dans la douleur K

Cep^idant les bandes de Baldéron vivaient de la dépouille des peuples , sebn les usages de cette guerre

^ Et 60 doublons à chaque député. « Geai des Canlons cttboliqaei seob acœptèrenL • StettUr, nui,

' Lé chiffre fut porté à 26|000 couroanes,

» En Janvier 1623, — Steltler. —Porta, 45i. — Jof alla. - Sp^ cher, 844. — Tschokke. — Lauffer. XIV. — RdaUon de raml«»** Baden , au commenccmont de 1623. — Discours sur Télat lameoUbic des Ligues.

tITRB XI. CHAP. m. 493

craeQe qni trente ans désola rAUemagac. Le général se rendait de lien en lieu^ jetant ses ordres à Taventuret selon que les lui dictait Tivresse ou le caprice^. Il avait confisqué les biens des fugitifs ; ses gens pillaient le reste* Les paysans n'avaient plus rien qu'ils pussent appeler leur. Ils étaient confondus avec te bétail de leurs écuries. Un jour , il prit envie à un porte*enseigne de gravir, monté sur le dos d'un Grison^ la rapide sentier qui deDalvetz conduit à la fertile hauteur de Lutzein. Un valet fit avancer le. villageois, le frappant par derrière. « C'est ainsi , dit TÂutrichien , qu'il faut dompter l'orgueil de ces vachers. » Les malheureux furent réduits à faire bouillir l'herbe des champs pour s'en nourrir. La chèvre même du pauvre lui avait été enlevée. Rodolphe de Planta goiH vemait les deux Engadines comme un fief de l'Autriche. Les communes avaient adieté de lui chèrement le privilège de conserver le culte é^angélique; partout néanmoins oè se trouvèrent des troupes allemandes ou espagnoles, les Bibles furent brûlées et les ministres chassés impitoyablement'. Soixante- quinze églises se virent privées de la parole de Dieu, le pain des âmes. L'évèque avait repara. Profitant de la terreur qu'inspiraient les armes étrangères, il reconquérait tous ses droits. Les moines de Gourvalden rentraient dans leurs couvei^. Le deuil du pays était la joie des prêtres. Les capucins se montraient partout, sur les pas des lansquenets. Baldéron, voyant les INx- Juridictions soumises, leur ordonna de recevoir les bons pè-

* Le peuple ravait nommé • le non? el Holopherne. •

> Dea cadanes furent déterrés et traités avec ignominie, à Cbiavenna, l Mcyenfeld.

res et de chasser les prêcheurs ^• Les religieux ^voyirent des hommes d*armes quérir les paysans et tes leur amener, garrottés s'il le fallait. Les habitans de Lutaen furent ainsi conduits dans le temple, au bout des piques autrichiennes, et sommés d'abjurer. André Spiécher prit la parole : «r Moi et les miens nous somma certains de la vérité de TÊTangile; nous mourron plutôt que de renier notre foi. Qui pense ici conuDe moi se lève et me suive. » Tous les paysans sorlirat avec lui ^* Les bonnes gens se dirent, cherchant da» le regard les uns des autres ee qu'ils pcmiraient penser: c( Les biens , la liberté , la' patrie , nous avcms tout perdu ; nous sommes près de mourir de faim; Aim^ la vie il la faut quitter; nnis nos âmes ! »

Dans ce même temps un homme d'honneur et è courage, Turing Enderli, de Meyenfeld, qni avait dâ fuir en Suisse pour avœr frappé un Autrichien, eocoor rageait ses compatriotes , 'fugitifs comme lui, àaiarcher à la délivrance de leurs frères dans le désespoir* Ayant réuni dans le Sargans cinquante hommes iati^ pides , il fit avertir secrètement les villageois de m dessein. Quelques-uns, en petit nombre, avaient tenu des armes cachées. Les autres se répandirait dtfs l'épaisseur des forêts : elles devinrent leur arsesal* b y taillèrent des massues ^ qu'ils garnirent de pointes de

« U 21 ayril i^SS. — Ddia missioae dei capueîni btte àA I6S1- 93. Trente, 1702. — t Les catholiques mâme étaient descendos ao polo^ qu'ils croyaient au salut des hérétiques , tant ils ignoraient les choses de Bien , et qu'ils épousaient leurs filles. » ^ Si les vainqueurs euseatélé modérés dans leurs exigences, ces vallées seraient pent-élre encore iv tricbiennes.

> Biogr. d'André Sprecher par le pasteur de Lutsein.

' Sparren und Keulen. On en conserve à Davos dans la salle do <^ seil , qui sert d'arsenal à la commune.

UYBB XI. CBAP. nu 405

fer avérées* Calait iWme qui avait décidé la victoire à Morgarten et à Nœfels. Ils se dipent en la contemplant : (( La (ronde avec laquelle David tua Goliath était moins puissante que nos morgenstem. Dieu se glorifie dans le fiiible. Allons donc et montrons*nous au nom de Bîeu ! n Leurs mouchoirs , mis à leurs bonnets^ de-* vaient leur servir de ralliement; mais Tennemi^ qui avait eu vent de leur dessein, les déconcerta , en pre* nant le même signe. Us ne s'en réunirent pas moins, ,1a nuit suivante, veille du dimtiiiche des rameaux ^ ; ce jour était le dernier que leur eût donné Bald^on pour se décider à recevoir les capucins. Des envoyés de la commune de Schiersch se rendirent auprès du général de TEmpereur : « Demain^ lui dirent-ils, nos gens viendront au temple. » Auprès du temple campaient les Impériaux.

Dès que Taube parut , des troupes de paysans se glissèrent des hauteurs de la vallée, Tarme d'Hercule en main, le couteau pour poignard, la faulx en guise de lance. Des timides cherchaient à les retenir : u Quie pouvons*nous? Tennemi est partout. II est le premier monarque du monde. Nous serons fauchés comme rherbe. » Les braves répondirent : « Frères , ne dites pas ainsi ; notre dessein est de sauver Thonneur de Dieu ; nous attaquerons avec son secours, et il nous donnera la victoire sur les impies ! a Ils dirent et marchèrent. Des femmes se couvrirent de Ja blouse des bergers. Les bonnes gens de Klosters et de Cemeus se levèrent les premiers, puis ceux de Saas. Tous entrèrent dans le temple de ce village^ et un prêcheur , de ceux qui s'étaient tenus cachés^ recommanda leur entreprise au

« Le 1 A/3 4 avril.

496 BBVOin DB LA SUISSE.

cieL Comme il parlait enoore, im agneau, kfêMic la neige, entra dans le temple : la pi^Mf^ T ▼û'^c&t Tassaranœ d'un seoonrs diiîn. Us se Femk3it en mi^ avee un nouveau C9nrage4 Jean Jeudi mardiaii a leur t^ ^ On assurait qu'il était sous le charme et que, diaqne fois qu'il nevenait d'un combat, et secouait aon jnste-au-corps, il en faisait tomber unegnèle ife balles. Il est- une providence pour Tenfant et pour le fanve. Ceux de Kublis, de Jénatz, de Fëdéris, ceux aussi de h sauvage vallée de Saint^Antoine se joignirent à leurs frères. Tous ils descendirent ces terrasses et ces vallons, naguère. si riants à leurs yeux, mélange gracieux de forêts, de vei^rs et de prairiea, terre si bien nommée le Val des Prés '• Us enveloppèrent les Autridiiens qui s'étaient reployés sur le châleau4brt de Kastds et les sommèrent de se rendre ; si non nulle merci. Les Impériaux répondirent : « C'est vous, canailles, qui aura à nous rendre grâce si vous rentrez dans vos foyers sains et saufe. » Ces mots suffirent pour décourager Vci paysans; car ils n'avaient aucune arme de siège. D^ quelques-uns parlaient de retraite, lorsqu'un bomme accourut de Scbiersch, avec de Ixmnes nouvdlea.

* • Je ne diaigs de râavener les ennemis, dit-il à sei coid|m^iii»s; à «oQs de ne pas les laisser se relever. •

^ Pnai'gaw» Tantôt le Tal a^élaigit, tantôt il se resserre de maaiire à ne laisser à la Landqnart qn'nn passage étroit Les terrasses pendent •n pied des Alpes. Sdse grands Tillages, beaocoap de hameans ec de nétairieséparses ornent ces pentes. L'herbe est la pins Inxoriante, le hêtail le plos beaa de la Rbétie* « Le bon Dieo, disaient les p&lres dans lear prière, garde nos chers troupeaux (Der liebe Gott behalte das IMe Vieh )• » Tons les tioms de Henx sont romans ; la langue allemande n'en a pas moins prévalu dans toute la vallée. .V07. HUtar. Merkw, Sekm, Gegenedn von H. FuiU, 1802. — Pragmênê dâ dironiqaes, mM. — GtmàUg der Sehweit, Graubundien, von Rôder amd Tekamer,

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