‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 5)Chapitre 6 sur 75 · XII · texte numérisé non relu

XII

66 HISTOIRE DE Là SOISSE.

régimeot de TammaDD, et tous les Cantoos qui ayaieat eu part à la levée coofirmèrent ce dioix. Le jour qu'il fut présenté à ses compagnonsd'armes» ils jurèrent avec lui de ne point dégénérer de la valeur qu'ils avaient montrée» Leurs regards^ comme ceux de la France^ se portèrent sur Guise , demeuré le chef et l'espoir des catholiques. La courtoisie de Gyise rdevait encore sa fortune. La nuit après la bataille , il avait par* tagé sa tente et son lit avec Condé ; les mêmes rideaux avaient enveloppé les douleurs du captif, les joies contenues, les pensées généreuses ou hautaines du vainqueur ^ . Guise passa la Loire et alla mettre le siège devant Orléans. Le sort de la Réforme paraissait tenir à edui de cette place , lorsqu'une main fanatique arrêta le héros dans sa course et renversa les espérances de son parti. La mort de Guise rendit le pouvoir à la reine mère. Elle fraya les chemins à un arrangement. Condé, las du prêche, impatient de revoir la cour, se hâta d'accepter ce qui lui fut ofert. La reine garantit la liberté de culte aux gentilshommes dans toute la France , aux bourgeois dans les villes dont ils étaient les maîtres^. On donna le nom de paix à cette trêve, faite en courant , entre les partis» Coligny, le der-nier à proidre les armes, se soumit à regret à les poser avant d'avoir conquis la liberté pour les égli-* ses de Dieu^. Les Suisses rentrèrent dans leur pa-*^

A GoDdé ne pot dcnmiir , Guise ne fit qu'on somme.

> A Amboise , le i9 mars i5SS. La gaerre était partooL Jamais «ne fénnion de forces , ni one bataille décisive. Ainsi le siècle.

s « Voas avet rainé plas d'églises par œ trait de plome, qoe tootas les forces ennemies n'eossent po en abattre en dii ans. » CoUgny é Condé, danâ LapopelsnUre, IX, 86S. — « Bèie revint à Genève et remplit l'&me de ses anditeors d^Bne donletir inconcevable, lenr représen^ tant les calamités de France. * Fayut.

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trie ^ , non point comme au retour des précédentes campagnes , mais le cœur plein de ces haines acliar* nées qu'inspirent les guerres de religion.

En même temps d'autres défenseurs de la foi romaine revinrent à leurs foyers y vainqueurs dans une autre guerre. Les intelligences s'étaient livré à Trente les mêmes combats qu'en France les armées : les Cantons y avaient eu leurs gens. Un noiivea^ pape avait recommencé le concile douze ans suspendu. De deux frères, sortis d'humble lieu, nous avons vu l'un^ le marquis de Musso, se faire un nom redouté | l'autre s'était élevé dans l'Église et avait succédé à Paul lY , auquel il ressemblait peu. Fie IV était jovial, adroit, conciliant^. Plus d'une fois on l'avait entendu prier les ambassadeurs de Savoie , qui le pressaient de publier une croisade contre Genève, de laisser l'Europe en paix. Ce qui lui manquait en gravité se trouvait dans son neveu , Charles Borromée. Le jeune cardinal répandait tout autour de lui l'ardeur religieuse qui l'animait. Il avait formé un collège pour discuter les quêtions controversées et s'occuper de la réforme de l'tjglise. Le moment de cette reforme parut à la cour romaine être venu, lorsque la reine de France assem* bla la conférence de Poissy, et que l'empereur Ferdinand se montra de jour en jour plus tolérant pour l'hérésie. Le concile de Trente fut convoqué de nouveau. Les Suisses furent invités à s'y rendre^. Même refus que naguère de la part des villes. Les états ca«

* Novembre i56S. Hailer. ^StettUr,

* RanlBe. — « Personne n*ett plus aUftché à votre nation , ni ae Ta jamais plos aimée. » Pie IV aux Suiueê 1660 (Àr^h, Latem, ),

* Baden, iS janvier. Ils enverront, id avril. Le 15 juin les viHes s'eipliquent.

tfaoliques , d étant plus retenus , ni par la France y ni par la crainte que leur avait donnée la puissance de Charles - Quint y résolurent de se faire re|M*ésenter. Rome se chargeait des frais de la légation, et désignait Lussy comme un envoyé qui lui serait agréable; Lussy fut élu ^ 11 lui fut prescrit de s^employer à la réforme de TÉglise j mais de protester contre tout envahissement des droits temporels '• Les prélats suisses envoyèrent, de leur côté, Joachim, abbé d*Einsiedlen. Joachim Eichom était le premier conducteur de Tabbaye qui ne fût pas de noble naissance; il n'en passait pas moins pour être agréable à Dieu et pour mériter le nom de seomd fondateur du monastère '• L*abbé de Saint-Maurice, envoyé de Tévèque de Sion , le joi-* gntt en route ^. L'évèque de Coire ^ eut volontiers pris le chemin de Trente ; mais les trois Ligues ne le lui permirent pas. Celui de Constance prêchait déjà la soumission aux décrets que p<»*teraient les pères, au grand déplaisir des Confédérés, qui craignirent pour leurs droits^. Dès que les députés furent partis^ et tant que dura le concile, ce ne fut, dans toute la Suisse catholique y que processions et pénitences> dans les villes que

' SleUler, 202. — Haller. — HoUinger, 865.

* inslractions à Lnssy, dans Vœgaeil, III, 159. — Helvetia, VII, 204. • il n'agréera point ce qoi pourrait être contraire à nos libertés , à nos droits , à nos louables et antiques coutumes. •

* Chronique d^nsiedlen. — Recueil des lettres et actes du Conseil, k Eindedlen. — Correspondance de Tschoudi 'arec l'abbé dans Areki;

fur Geuhichte ûnd Landeskunde wm Eschtr §md Hottingtr, I, i2S.

Kucbs, Leben von Tchudi.

* Jean Miles. Comme il ne pouvait • qu'écouter , • il ne fut pas admis à siéger. VaUêia ehriêiiana, 185.

* Thomas Planta*

* Bocceliii. — Instructions données à Lussy.

prédications et prières. Le pape leva 4,000 Goûfédérés à tout événement ^ .

Le 20 mars 1562, le père Diamante, de Tordre des ermites de Saint-Âugustin , présenta les ambassadeurs suisses aux pères assemblés ^. a Voici y dit-il , les re-^ présentans de ce peuplé invincible et fidèle qui , tout voisin qu'il est des ennemis de la foi, n a jamais voulu contracter avec les Moabites exécrables de profanes air liances. Il a jeté au vent les cendres de Zwingli, du plus odieux des hérétiques , pour montrer sa résolution de faire une guerre irréconciliable aux ennemis de rÉglise. Qui sait si la Providence ne Ta point placé sur les confins de l'Italie pour en être le rempart ? Ce peuple vous promet obéissance. Il sera docile à ce que vous aurez résolu. Il est prêt à vous soutenir de toutes ses forces. » Les pères répondirent par leurs applaudissemens. Lussy prit place auprès des ambassadeurs de Venise. Mais le concile de Trente n'était pas cette assemblée que saint Augustin représente « sans prétention, sans envie, prononçant dans l'humilité. » Les ambassadeurs des ducs de Florence et de Bavière disputèrent sa place au représentant des Gantons. Il fallut envoyer à Rome. Tout s'apaisa cependant par des complaisances mutuelles; les ambassades rivales sié-gèrent alternativement. Le concile poursuivit son œuvre au milieu de débats de plus d'un genre. Battue , tantôt par Tune et tantôt par Tautre des grandes puissances, la nacelle de saint Pierre fut plus d'une fois près de faire naufrage. L'Église romaine fut sur le point

1 Rachat, VEI. — Paolo. \% cb. li.

^ Paolo Sarpi. — BulUnger « U, 135, met le discours dans. la bouche de Lassy. — RuchaU — Valerl. Samlung.

70 HISTOIRB OB LA 8U188E.

de se briser en églises particulières. Mais son bon génie la sauva ^ La bataille de Dreux fut gagnée pour elle. Philippe II ^ les Guise^ lui prêtèrent leur appui. Ferdinand se laissa persuader de la communauté d'intérêts de rÊglise et des rois. Ainsi s'acheva» par la ré* conciliation des deux pou voirs ^ et dans la paix de l'univers catholique, cette assemblée tenue dans Torage. L'hérésie fut solennellement condainnée. Le dogme ei la discipline furent fixés ^. Il ne restait que de fonder des séminaires et d'élever les nouvelles générations dans la sévérité de la règle restaurée» Rome sortait ra* jeunie de l'épreuve. Les pères se quittèrent versant des larmes de surprise , de concorde et de joie ^.

C'est d^ns ces circonstances qu'Emmanuel Philibert continuait de demander à Berne la restitution de ses pays. La république avait encore à sa tète le conquérant de ces provinces. Bien que la barbe de Mœgueli fut devenue blanche , il avait Fesprit jeune encore. Deux ans il avait été sans collègue, à la mort de J. J. de Watteville» avoyer pendant 26 ans , et qui joignait le ccBur d'uQ prince à la simplicité des mœurs repu*

* Et son or. Les ?oix se comptaient par tète, non par nation comme à Constance et à B&le. Or, les évêques italiens étaient salariés par le pape. Ils ne fêtaient pas seals. hutsy recevait , entre les appointemens des Cantons , 20 0 écusd'or par mois; il n'avait pas vonlo se contenter de moins. Le concile coùUit tous les mois au St. Siège S5,000 écus.

' Le 4 décembre 1563. — Les écrivains qui , comme Moehler» dans sa Symbolik, font du dogme de Trente celui dont les protestans se sont éloignés, sont dans Terreur ; ce dogme est né de la réaction contre la Réforme.

' La Suisse catholique ne reçut les décrets de Trente qoe sous la ré* serve, mentionnée plus haut, de ses droits, usages et libertés. Recé9 dm dimanche après les Trois Rots 1564. Les archives des Cantons sont remplies de protestations contre tout autre sens donné à leur adhésion (quoad mores).

LIVRB X. CHiJP* 1. 71

Uicaiiies ^ • Personne qui voulût la première magistra-*^ tnre en des temps difficiles^. Les regards se portaient sur Jacques Steiguer> d'une famille originaire du Va*- ^ lais. Il avait une grande fortune , une âme plus grande

I Picore '• Mais il existait entre le vieil avoyer et lui des

^ animositës, qui tenaient de leur énergie à tous deux*

i La patrie leur en demanda le sacrifice ; ils l'aimaient :

I Steiguer fut élu. Cependant on ne cessa point d'ac«-

I compagner les deux diefs de Tétat^ lorsqu'ils allaient

I ensemble au temple ou au conseil ; on savait combien

I leur colère était prompte à s'enflammer. Dans le sénat

I même ils avaient plus d'une fois levé la main l'un sur

l'autre. Steiguer ne pouvait vaincre le ressentiment profond du vieillard. Il finit par prendre la résolution de mourir de sa main^ ou de lui arracher sa haine du cœur. A peu de distance de Berne ^ au sortir d'une forêt de sapin ^ sur une ooUine que l'Aar baigne d'un de ses contours ^ s'élève le château de Bremgarten. Nsbgueli l'habitait avec sa fille Madelaine , d'une grande beauté. Un matin, la jeune fille arrangeait d'une main ses cheveux, dans la cour du château, et de l'autre elle jetait la pâture à la volaille, lorsque Steiguer entre soudain. A la vue de l'ennemi de son père, elle veut fuir ; le héros la retient, en l'entourant d'une chaîne de

' Le 26 mars 1560. — « 11 est venda à rEmpereur , que servent ses éenx fils, n BeUiémre. — « Il est sage , grand , simple et sévère. » FareL — SietfUr.

' VFeîngarlea déclara qu'il quitterait sa patrie plutôt qoe d'accepter la première magistrature. Pàqut», 1562.

' Sire d'OroQ » Kolle , MoDt , Rosey , Bierre , Begnius , Guamens , 6e- ^ pejTy MoUens, Allamaa, Muozignen et'Wichtracht Ses richesses étuent

' grandes, sa vie simple. Son laxe était d'avoir une coupe d'aigent II

' s'était formé de bonne heure dans les ooars de France et de Savoie.

' Sêkm. Mweiun, i79A. — Uûlkr •i Mmislin, CkroniL — Leu.

diatnans et d*or. Il était à ses pieds quand Nsegueli, l'épée nue à la main ^ se précipite sur lui en s'écriant : « Que cherches-tu^ malheureux? — La mort, si tu es irréconciliable; ton amitié et la main de ta fille, si tu as un cœur. » Le vieillard fut vaincu. L'épée tomba de sa main. Il se jeta dans les bras de Steiguer , et lui doana sa fille en gage d'une amitié qui dura jnsqu*à leur mopt^ Les noces des deux époux furent une fête na<tionale, à laquelle la seigneurie et le clergé prirent part le premier jour \ le second , les parens des deux familles ; le troisième, l'ambassadeur de France et les députés des Cantons ; le quatrième, les bourgeois^.

Le courage des anciens jours s'alliait chez les deux avoyers à la prudence, qui discerne les temps. Ils savaient, qu'entourée d'ennemis cachés et d'alliés jaloux, Berne ne pouvait compter que sur elle-même. Non-seulement l'ambassadeur d'Emmanuel Philibert, qui réunissait les pouvoirs de l'Empereur et du roi d'Espagne à ceuK qu'il tenait de son maître'^, avait semé la dë-

* Madeteiae, née en 1550, fut l'épouse de trois avoyers : de Steigner.de J. de Watteville (1582) et d'Albert Manuel (1605). Elle eut de Ste^wr huit enfans , et neuf de Watteville. Sur ses vieux jours, elle comptait le nombre de ses enfans et de ses petîls*enfans : elle en avait 97 ; 57 étaient morts, 60 vivaient encore. 11 est peu de familles patriciennes de Berne qui n'aient de son sang dans les veines. Son portrait , dans la bibliothèque de Berne , est celui d'une matrone belle et imposante. Niegueli mourut en 1579 , ftgé de S5 ans , après avoir été &0 ans à la tête de la répablique. 11 venait d*eipirer quand tomba un pan du mur de son château de Bremgarten avec le roc qui le soutenait Halier, Stei^er ne lut survécut que 2 ans.

* Juillet, 1569. L'histoire de la sage Esther et du roi Assùénis, fut , en cette occasion , représentée avec grande pompe. -*- Leu. — Vaterlandische Samlung. Steiguev tt Kœgueli, poème, — Zurchn^che Neujahrsblaetter.

' Basso se présente comme envoyé d'Espagne , Baden, à juin 1559 •

fiance à Fribourg et dan» le Valais ' ; il avait su faire intervenir tous les cantons dans sa cause ^. Dans Berne même y deux parfis étaient aux prises. L'un^ rejetant tout accommodement, voulait que Ton maintint par les armes ce que les armes avaient acquis. « L'oc* casion de s'agrandir par une guerre légitime s'ofire rarement^ disait-il ; ne pas la saisir^ quand elle se présente , est folie ; ne pas conserver les fruits de la vie-* toire^ serait une impardonnable lâcheté. Certes si nos pères s'étaient laissé contraindre par menaces à restituer leurs conquêtes, nous verrions encore du haut de nos murailles les limites de nos terres ; mais leurs an* nales ne fournissent pas d'exemple d'un pareil oubli d'eux-mêmes. Plutôt que de rendre Laupen à Fribourg, ils préférèrent combattre toute la noblesse de

de l'Empereur ( Aogsbourg, 23 avril ) et de Savoie, dîèle de décembre 4559. De la Croix lui est adjoint Parmi les nombreux agens du duc on remarque encore le comte de Viry, Gruyères, abbé de Fily , les sires de Châtel, de Forclens, des Clées, de Ramoni (?) de Cballes, et surtout le comte de Cbalant, seigneur de Valengin, et le sire du Bochet — Arok, LauM,, 1560. — V. Saluées, histoire militaire du Piémont, 1, 138. — Denlna, Italia occidentale. — Protestation de Berne. Recèsdn.9 mal--<- Un ministre de Genève , le confident de Bèze et de Coligny , était gagné par de Cbampagny, l'un des Granvelle. Le secrétaire de l'électeur palatin était acheté. L'Espagne était partout Mém. de GraiwelU,

* Fribou]^ et Berne furent près d'en venir aux mains. Deuiseke Mi»- Men. MiuUn. SietiUr m$$,, 1561.

* Gham et le landammann de Schwyz vinrent souvent à Berne supplier la seigneurie d'abandonner le différend au jngemcnt des Gantons. — Des conférences eurent lieu sans résultat à Neucb&tel et à B&le , 500S la médiation des Gonfédérés. Les députés conjuraient Berne de ne point jeter la patrie dans des guerres pareilles à celles dont la France était le sanglant tbéfttre. Le duc suppliait l'Empereur de ne pas permettre que l'orgueil des Suisses l'emportât sur sa gloire ( res imperii bclveticà supcrbi& subjacere ), — On croyait déjà les Espagnols en Savoie. Deatsehe Miêsiven,

74 HfSTOWB DE LA SUISSE.

THelvélie. Plutôt que de restituer les fertiles plan de l'Ârgovie à TEmpereur^ ils atteadirent les effets de sa colère. Nos pères savaient mettre leur fortune à la pointe de leur ëpée. Mais il y a plus. N'avons^ nous pas fait serment de défendre nos sujets , de se-courir nos alliés , de maintenir la religion ? Quel peuple oserait se donner à nous » quelle nation voudrait notre alliance ^ qui croirait à notre religion ^ lorsque nous aurions sacrifié tout ce que les hommes regardent comme sacré! L'honneur comme la politique nous commandent d'être inébranlables. Il n'est pas de plaie que le temps ne cicatrise ; le duc finira par s'accoutumer à voir les rives du Léman fleurir sous nos lois* u

Les deux avoyers répondirent : u Nous ne vous cédons pas en amour pour Berne et pou^ sa gloire; mais il est des jours où Ton court risque de tout perdre en voulant tout retenir. Ouvrez les yeux : autant d'ennemis que de puissances. Les cantons catholiques nous ont assez appris leur affection. N'excitent-ils pas le Valais contre nous ? Le landammann du Hassli ^ ne vient-il pas de nous dire leurs efforts pour porter l'Oberland a s'ériger en canton? De leur côté^ les villes nous engagent à abandonner une partie de nos conquêtes pour conserver le reste ; nous croyons dangereux de jeter au vent les conseils d'amis du secours desquels on a besoin. Nous ne pouvons nous reposer que sur la fidélité de nos sujets : encore celle de nos nouveaux pays n'a-t-elle pas eu le temps de prendre des racines profondes , et celle de nos milices allemandes ne les em-

pêche-t-elle pas de se lasser promptement. Il vous souvient de 1536. Mieux vaut, en ces circonstances ,

• Nicolas J«ggi. SteltUr.

nous assurer par un traité la possession de la plus belle partie de nos provinces ^ de celle sur laquelle seule reposent nos droits ^ que de nous exposer à les perdre toutes. Notre honneur ne sera pas compromis plus que ne Ta été celui du roi de France pour avoir restitué bien plus que nous ne ferons. Point de traité qui ne garantisse à Genève son indépendance et aux provinces en litige leur religion. »

La prudence finit par l'emporter ^ Berne consentit à rendre la partie méridionale du lac. Mais les Confédérés ne se départirent point de ce qu'ils avaient exigé d'elle. Alors, tout entière^ elle s'écria : « Plutôt courir toutes les chances que de subir une loi si dure ! » et, toute une année, elle repoussa les députa tions qui vinrent successivement la presser de faiblir. Sa fermeté contraignit le duc à faire de nouvelles propositions : il se contentait de 6ex et du Ghablais. Berne céda f dans l'espoir, dit-elle , que les Confédérés comprendraient dans les alliances les peuples restés ses sujets. Les préliminaires furent signés à Nyon, et le traité le fut à Lausanne, le 30 octobre 1564. Le milieu du lac fut donné pour limite aux deux États. Les parties s'engagèrent à n'aliéner à aucun prince les terres qui leur étaient reconnues. Elles se promirent de n'élever à une lieue des frontières aucune forteresse. Les droits des nobles, des villes et des communautés leur

* Le fiéoat voulait un arrangement ; en grand conseil , seize voix seolement votèrent d*abord dans ce sens. lies chansons pleuvaicnt sur les pacifique*. On flnit par se rapprocher. Les communes se prononcèrent [XMir un accommodement. Manuels da Conêell, 262 à 265. — Haller et Muglin. — Bern an Stadt und Land, 5 juin 156&» — Le 18 juillet, 146 voix contre 49 acceptèrent la paix. — Le chancelirr Gyro était fort contre la restilutîon. M st. Thormann.

furent assurés ^ Les provinces restituées devaient être maintenues dans la religion évangélique. Le duc eût voulu que ce dernier article demeurât secret^ ; mais plus il souffrait de l'engagement qu'il se voyait obligé de prendre, plus il importait à Berne de le publier^. Le traité fut mis sous la garantie des rois d'Espagne et de France *•

Restaient Genève , Fribourg, le Valais. Les Valaisans achetèrent la conservation de Monthey au prix d'Evian et de la vallée d'Abondance^. Fribourg sut conserver la partie du Pays-de-Vaud qu'elle avait conquise ^ et ne tarda pas à entrer dans l'alliance des cantons catholiques avec Emmanuel Philibert. Genève demeura l'alliée de Berne ^. Leurs Excellences ne consentirent pas à renouer avec le duc de Savoie les

^ Cet article avait un sens territorial; il en prit unpolitiqae en 1798« ' Arch. Turin. Negozt, eo SuUzeri Matso I bis. IL — Traités, paqu£t 6.

* Instructions du duc à ses ambass. Mémoires divers. Procès-verbal fait devant les arbitres. Registres des Conférences de Neufchàtel, B&le, Nyon, Lausanne. Arch. de Turin, — tnstruclionenbucb. Deulscbe Missiven. Manuels des Conseils. Areh. bern. — Lanffer. — Tcfaamcr, II, 185. — Stettler. — Guicbenon ; « Les Bernois s'étant opiniâtres à garder le P.de-Vaud , S. A. aima mieux attendre une occasion favorable pour le ravoir que d'entrer en guerre.» — Documens de M. de Grenu, p. 227. — Traités publics de la maison de Savoie, I, 51.

* Charles IX signa le 26 avril 1565, à Bordeaux; Philippe à Ségovie, le 22 août suivant La France, qui n^odait une alliance avec Berne , voulait lui faire acheter sa signature. De là le retard.

^ En 1569. Le traité de 1528 fut renouvelé. Le duc promit 700 fl" annuellement , au lieu de 200. Le passage d'Aost dans le Cfaablais lai fut accordé. Les Valaisans , en cas de guerre, devaient donner 7 enseignes , le duc autant et 6 escadrons. Areh, Turin ; Traité» avec U» Vataitan»,

* Libre à Emmanuel Philibert de faire juger t si elle avait pu contracter alliance avec Beltic. •

aociens rapports qu'il n'eût^ par un mode de vivre ^ promis de laisser pendant vingt-trois ans cette ville en paix. Alors l'alliance de Berne avec la Savoie fut renouvelée^. L'on se promit bon secours, soit contre l'agression étrangère , soit contre des sujets rebelles. Le cas de religion fut seul excepté. Le traité devait durer vingt ans. Berne crut , en le signant, avoir assuré sa domination sur le Pays-de-Vaud , comme par Talliance héréditaire avec la maison d'Autriche elle s'était mise en possession paisible de TArgovie.

ly. Le pouvoir devant lequel elle venait de reculer se faisait sentir dans toute la chaîne des Alpes. Il empruntait sa force de l'étroite union de Philippe II , du Saint-Siège et d'Emmanuel Philibert. Philippe II, par ses relations avec Rome et par l'abaissement auquel la guerre civile avait réduit la France^ s'était élevé à un point que n'avait pas atteint son père dans les jours de sa gloire. Ses flottes couvraient les mers. Ses ar^ mées étaient commandées par des généraux tels qu'Albe , Don Juan et Farnèse. Les fils de sa politique embrassaient l'univers. Depuis que de grands empires s'étaient formés, les relations des cabinets s'étaient régularisées ; les ambassades étaient devenues permanentes ; l'or et les agens étrangers se répandaient en

* Genève refasa de donner an duc un signé apparent de souveraineté, comme eût été l'envoi , chaque année , d'un oiseau , d'on chien et d'où gant. Fragmetu iur Berne, Elle s'engagea à ne s'unir à ancan prince.

^ Le 5 mai 1570. La remise des bailliages restitués se fit en présence des commissaires fédéraux Pfiffer, Redîng, Schonler et Kroug. « Le deuil fot grand ; car la génération , durant H ans , était devenue suisse. Sieigaer et de MuUinen ne purent. contenir leurs plaintes. • — Si les Gantons l'eussent voulu, Gex et le Ghablais feraient, à cetfe heure, par* lie de la Confédération.

tout Keu. Il se feisait dans l'ombre une guerre seeréte , ignorée des peuples^ souvent de plus de portée que n'étaient les coups donnés sur les champs de bataille. La Suisse n'était pas le moindre théâtre de ces sourdes intrigues. Les envoyés nombreux de Rome^ du gouverneur de Miian^ et du duc de Savoie^ y poursuivaient un même but : celui de séparer les états catholiques des villes réformées , de les lier fortement entre eux et de ramener la Suisse entière dans Tunité de la Coi. Chaque année quelque pas. Le Yalais^ après de longues agitatiouT^y renouvela son alliance avec les Cantons catholiques , pour le maintien de la religion ^ . Lussy fut appelé à Rome^ pour y conclure une alliance avec le Saint-Siège dans le même but. A son retour, un grand échafaud fut dressé devant l'hôtel de ville, à JLucerne. Le peuple se pressa tout autour, par un temps orageux ^. On lut : u A la gloire de Dieu, de la Vierge et de l'armée céleste , pour maintenir à flot la nacelle de saint Pierre et faire observer les décreli du concile de Trente, les cinq Cantons défenseurs des libertés de l'Église promettent au pape 4 à 6,000 hommes. Le souverain pontife s'engage, en cas de guerre de religion , à donner aux Confédérés 20,000 écus, 1,000 arquebusiers, et à les secourir de toutes ses forces s'il le faut, m Les Cantons avaient espéré , comme récompense, l'érection d'un évêché national; ils ne l'obtinrent pas^. Voyant leur zèle, l'Espagne

^ A Lncerne, 1565. Lea. Hlattinger, 893. Gallia ckrittUma, lll, iOOi. Berne en fot avisée par d'OriMÛs. Wtitcke Mmwen,

' Le 8 septembre 1565. « Ut navicnla Pétri fidesqve e6 oommodiùs consenretar et sancdones concilii Tridentini sacrosancti ad effeelom tandem prodacentnr. > Faabind, 404. — Lea. — Valdkirch, II, 415.

* La Suisse catholique se fût donné nn chef; la religion faisait oo*

UVKB X* CBAP. i. 79

crut pouvoir les porter à comprendre Mikm parmi les pays que l'alliance héréditaire les appelait à couvrir* Elle crut même qu'ils allaient s^engager à interpréter le mot fidèle égard, contenu dans cette alliance^ dans le sens d'une défense par les armes ; mais leur dévoue*ment n alla pas jusqu'à obtempérer à ses demandes ^ En présence de ces progrés des puissances du midi ^ la France n*était pas oisive. Ses dissensions intestines lui raidaient des secours plus nécessaires que jamais y et la bataille de Dreux lui avait appris la force que les Suisses prêtaient à ses armées. Aussi la reine-mère avait*eUe envoyé le maréchal de Yielleville et l'évéque de Limoges ^ réunir leurs e£Ports à ceux de l'abbé d'Orbais^. ambassadeur ordinaire^ pour obtenir le re* nouvellement du traité de Soleure ^ qui finissait cinq ans après la mort de Henri II. L'influence acquise par l'Espagne dans les cinq Cantons porta ces envoya à chercher leur point d'appui dans la plaine y sans toute** fois négliger les Alpes : la gbire de la France voulait qu'elle eût tout le corps hdvétique pour allié ^. Ils se

blier la liberté. On nommait Joacbim d'Einsiedlen. Mais il eût fallu dépouiller Marc Sitlich d*Hohenems, beau- frère du pape, qui venait de le nMmner évéqne de Gonstiwice. Lca, AUempê, ComUnz. Merke Cbrenik des Bisthums Conatanz. — Helvetia, VIII, 53. -^ Hottinger, 861. Voyea notre histoire de Hottinger, page 437.

* Stettler. — Lanfler, X, 191.

' Sébastien de TAubespine.

* « Il faut ménager les grands Gantons particulièrement, n'être Janreis en 4lébat avec eux pour choses importantes , rejeter les «ccîdens sur les particuliers. Bien qu'il y ait peine capitale contre le serviee mercenaire^ ils donnent dt nombreni soldats. 'A la roidenr de Berne , il faut oppo* ser la roideor... Les petits Gantons minent la France, sans grand profita Le pape y peut plus avec 10 que le roi avec 100 écus. • Mémoirt de$ Li' gne$ par Cabhi de St,*Laurent,

rendirent de contrée en contrée^ semant Tor et les promesses ^ • Us payèrent une partie des dettes de la cour; mais ils multiplièrent surtout les gratifications à des magistrats influens. A Zurich , leurs peines furent perdues ^. Us en prirent d'autant plus pour gagner Berne. Condé^ Goligny, Calvin les appuyèrent. Les jennes patriciens se montrèrent impatiens de rentrer dans la carrière des armes. On espérait de voir la reine comprendre le Pays-de-Vaud dans le traité : Berne laissa échapper une réponse favorable ^. Mais elle ne Teut pas plus tôt fait qu'un murmure de mécontentement se répandit dans la bourgeoisie et dans les campagnes. Un pasteur^ d'une âoquence naturelle ^ Jean Wéber, rappela les engagemens que la république avait pris envers Dieu ; il invoqua les exemples qui ^ dans ce siècle y avaient le plus de force : il montra par Fancien Testament que les princes et les peuples avaient toujours été punis lorsqu'ils s'étaient alliés avec les méchans. Leurs Excellences se virent obligées de soumettre au peuple ce qu'elles venaient de résoudre. Les communes» pour la plupart y dirent les bénédictions dont le Ciel les avait comblées depuis l'abolition des services mercenaires. Elles prièrent la seigneurie de persévérer dans cette voie^. Zurich et Berne exceptés, tous les Can-

^ Ils arrivent à Fribonrg le iO août i&64. — D'Alt IX, 2S4. — Steltler. — Recès de Baden , août et octobre 1564. ' Blîsceil. Tigurina, Il , 80. — Les Vies de BoUinger. — Leu.

* En réservant le rappel des troupes si le roi persécutait la religion.

* Stettler. — Haller nnd Muslin. — Instractionenbuch. — Welscbe Missiven. — Mannel, S65,866. — Bem an Stadt ond Ijand, 8 janvier 1568. — Contre toute alliance se prononcèrent Thoun , Interlaken , Hasli, Spiets, BerlhoUd,TrachselvaId, Gesnay. — Correspondance d'Orbais avec la cour.

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tons renouvelèrent à Fribourg , le 7 décembre 1 564 ^ ralliance française ^

Restait la Rhétie^ où les agens du roi rencontrèrent une vive résistance* Dans ces monts ^ 'Comme en Suisse^ les protestans étaient les alliés naturels de la France y parce que les catholiques étaient ceux de Rome et de Milan. Or une lutte opiniâtre y était engagée entre les deux communions ^. Pie IV, qui avait été prêtre à Sottdrio, veillait sur la Valtelîne avec une attention soutenue '• Il avait envoyé à Coire un Milanais, Ber-« nardin Plantius ^, demander l'expulsion des Réformés de la Yalteline ^ la suppression de Timprimerie protestante de Poschiavo et la permission pour les Jésuites de recevoir des novices^. L'envoyé de TEmpereur, Ricci, avait Tordre d'appuyer l'agent du Saint-*Siége.Ils convoquèrent à leurs frais une diète ; elle rejeta toutes leurs demandes. Les Jésuites furent expulsés. Des cures, devenues vacantes, furent conférées à des ministres. La prévôté de Sainte*-Ursule, à Téglio^ fut donnée aux Guicciardi, pour être employée au nouveau culte. La colère de Rome, celle de Milan , furent pro-

* B&le signa, à la condition que le roi observerait le» Édlts sur la religion. Elle avait reçn 6,000 écas d'or. Claris demanda que les chefs ne fussent pas toujours choisis dans la môme famille , et que les pensions fussent partagées également à Jeunes et vieni.

' Efforts tentés par les protestans de séculariser Tévéché. Mais les Salis et les Planta , dont l'ambition se disputait le siège de Coire, se réunirent pour empêcher sa ruine. Misluttgener Fersuck dot ïloehtùfi CUur tu $eealarisiren, von F. Bfejrer; im Schw/Maseo, 1838.

* Gantù, storia di Como, II. — Tchokke's Geschichte von Rhetien. — A Porta.

* Prévôt da eosvent de Ste-Marie deDa Scala. Les Ligues s'assemblèrent en octobre 1564 , à Uants. — Eicfahom, 161.

* Tschoudi , alors bailli à Sargans , et les cinq Cantons appuyèrent fortement l'envoyé du pape.

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