‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 5)Chapitre 54 sur 75 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

GDBRRB DE TRBffTB ANS. TROISIÈME PERIODE.

L'Édit de restitution. -— Ses effets en Suisse. — L'abbé de Saint- Gall. — Les évéques de Bâle, de Constance et de Coire. — - Fruit des victoires de Gustave-Adolphe. — Prononcé de Baden, 1632. Résolution des Grisons. — Rohan à Coire. — Rohan auprès des Confédérés. — Le chevalier Rasche. — - Rapprochemens et haines.— La Cluse de BallsUdfc. — Mort de Gustave- Adolphe. — Marche d'Altringer^ de Féria* — Politique de Richelieu» — Horn devant Constance.— » Les quatre Cantons. — Kesselring.— Alliance des Cantons catholiques avec l'Espagne, la Savoie et le Valais. — - Détermination de la France. *- Conquête de la Valteline , 1635. •*— Combats de Luvin , de Mazzo , de Fréele et de Morbégno. — Articles de Chiavenna, 1636. — Le Rettenbund* •** Rohan quitte la Rhétie.

Tandis que les armes de Wallenstein et de Tilly subjuguaient rAUemagne, l'Empereur avait publié VÉdit de restitution^. Ferdinand investissait les princes de son parti de tous les biens ecclésiastiques sécularisés depuis le traité de Passau. Il excluait les calvinistes de la paix de religion et donnait aux luthériens, sujets de princes catholiques , un terme pour choisir entre l'exil et l'obéissance. Cet édit frappa comme la foudre. Il parut moins terrible encore par ce qu'il ar-

rachait que par ce qu'il faisait craindre ; car on ne douta point que la ruine de la religion réformée ne fut résolue, et que celle des libertés ne dût suivre celle de la religion. L'ébranlement ne tarda pas à se répandre au-delà du Rhin. Les princes évéques de Coire, de Constance, de Baie, assis aux limites de l'Empire et des Gantons, ne crurent pas avoir moins de droits en Suisse qu'ils n'en avaient en Allemagne. Le premier, TévAque de Baie réclama sa cathédrale et Mo&tier. Il avait, à la vérité, perdu ce qu'il redemandait avant l'époque i laquelle remontait TÉdit. Mais TEmpereur n'en donna pas moins l'ordre aux archiducs Maximilien et Léopold d'appuyer ses prétentions. En même temps les armées autrichiennes passèrent le Rhin et s'arrêtèrent dans le Frikthal. La France elle-même, qui offrait aux villes suisses son appui contre l'envahissement de leurs libertés, mit sous le séquestre, dans le pays de Gex , les biens que Genève y possédait, parce qu'ils avaient appartenu à rÊglise avant la Réformation.

Sur un autre rivage, l'évêque de Constance et Tabbé de Saint-Gall relevaient d'anciens pouvoirs. Il y avait trente ans que l'abbé Joachim était mort, en héros comme il avait vécu. La peste s'étant manifestée, il avait envoyé la moitié de ses chanoines dans le Toggenbourg, demeurant, avec le reste, pour porter ses soins aux pestiférés. Atteint par l^ contagion, il était monté en chaire et avait, une fois encore avant de mourir, publié les consolations de la foi* Sous Bernard Muller, son successeur, l'abbaye conserva son renom de science, de discipline et de magnificence dans le culte. Les légats voulaient-ils relever une maison religieusie > ils demandaient au chapitre de Saint-Gall quelquHm de ses chanoines pour l'administrer. C'est ainsi que furent

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réformés Engelberg , Rheinau et beaucoup de oouvens en Allemagne. Les pères^ au nombre de vingt- quatrei ne pouvaient répondre à tous les appeU ^* Les subsides des princes^ qui naguère se distribuaient au peuple , et les sommes reçues pour prix du passage \ accordé diverses fois aux Impériaux^ furent employés à ajouter plusieurs terres au domaine. Ce n'était phis comme autrefois le sabre en main ^ à la tête de ses gentUs^ bommes , mais suivi de jurisconsultes , que s'avançait l'abbé. Il avait à cœur de fermer la bouche à qui niait la compatibilité des fonctions du preuve avec celles de rbomme d'État. Il tenait les Toggenb^urgeois liés à la lettre du traité de 1531^ qui ne portait point qu'ils pussent chanter des psaumes^ avoir leurs jours dis prières^ leurs catécl^siues et leurs ji^stices matrimoniales. Encore ses canonistes lui prouvai^t-4ls qu'à la teneur du traité^ il n'était plus obligé de tolérer les h^ rétiques^ rengagement de le faire n'ayant été pris que jusqu'au jour, d'un concile^ qui avait eu lieu. Il ne donnait les charges^ et ne permettait l'établissement qu'à des catholiques ^. Le fait suivant montre Tirritation des Toggenbourgeois. Lédergew^ bailli du prince^

* Lorsque Clément VIII réunit , au commencement du siècle, les bénédictins de la Suisse en une congrégatioil , ses l^gards se portèrent sur St.-Gall » dont . il espérait Tbîr rexemple suivi. TtcltmU, Hist. eongreg^ keheio-bened. Il eût voulu des écoles religieuses et littéraires , s'enoourageant les unes les autres. « Mais l'expérience le convainquit de ce que démontrent les naturalistes i c'est que les animaux qui portent l'oreille droitaont plus difficiles à. goi^vemer que ceux aux oreilles pendantes. • ^ra;«

> En 1606 , 1625 , 1628. Il acheta Neu-Rabensbuig, Hombonrg, Slaiin.

* Schwyx et Glaris avaiei^t ordonné le partage des biens d'égUse selon le nombre des têtes, penaîs le chant des psaumes. WyUrvertrag. Défense de tenir landsgemeinde. L'abbé s'appropria la traite foraine, les droits militaires , etc. .

et, comme tel^ l'exécuteur de ses ordonnances, se rendait au marché de Wildhaus^ lorsque quatre hommes du parti réformé, cachés dans une cabane , le couché^ rent en joue et le firent tomber, percé de balles empoisonnées. Les auteurs de ce crime élaient connus de plus de quatre-vingts personnes ; néanmoins le magbtrat ne fut conduit sur leurs traces que huit ans plus tard par des paroles échappées à deux femmes en que» relief Plus d*une fois Schwyz et Glaris interrinrent pour arrêter une collision imminente.

Les choses étaient dans cet état lorsque fut pubfié en Allemagne l'édit de restitution. Alors dans le Toggenbourg, le Rheinthal ' et la Tburgovie, les évangéliques forent contraints à ployer les genoux lorsque sonnaiem les cloches saintes, à placer des croix sur les cimetières et à subir Tune après l'autre toutes les coutumes romaines. L'évéque et Tabbé, divisés sur bien des points ^ s'accordèrent entre eux pour enlever à Zurich tontf juridiction ecclésiastique , et avec les cinq Gantons , par combattre l'esprit de liberté, qui se montrait dans les plaines du Rhin ^ et de la Thur. Cette ardeur d'indépendance s'était accrue depuis que les campemens toujours renouvelés d'armées étrangères sur le Rhm avaient obligé les Cantons à armer le peuple de la Thurgovie et à lui confier la garde de ses frontières ^•

* En i6f9* Samlong der Aclen nebor der Iford des Rofammans Ledergew's.

* L'éTéqne» par exempte, réclamait les droits de TÎsite et de Justioe sar les monastères,

* Les Rheinthalois profitaient de lenr droit de retrait pour ne pas laisser acquérir leurs Tîgnes par des étrangers. Les commonea aimaîenl & faire des ordonnances, à faâre office de Juges , à se condnire comme répabliqnes indépendantes.

* La première ordonnance militaîce est de 1619; Des nobles fàreni

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Autant d*officier8| autant de voix qui plaidaient pour la province* Zurich avait fait nommer au commandement de la milice Kilian Kesselring, homme de sens et de piétéi versé dans la science, la guerre et Tadminis- 4rati(m. Maintes fois déjà la plainte des pauvres sujets s'était fait entendre par la houche du chef qu'ils aimaient ' • Les baillis vendaient l'impunité. Ils ne faisaient pas même arrêter Tautèur d'un délit, s'il était pauvre, pour éviter les frais d'emprisonnement. Des présens étaient arrachés par la torture. Les valets de la justice parcouraient le pays , s'asseyant aux tables d'hôte et faisant de la délation leur métier. Les accusés n'avaient pas même le courage de se défendre. A ces griefs s'en joignirent de nouveaux après l'Ëdit de restitution. Les pasteurs évangéliques étaient interrompus dans leurs prêches. Leur salaire ne leur était plus payé. Les officiers de l'abbé , sans se soucier des jus*tioes du pays, jugeaient au souverain. D'autres seigneurs, abusant du droit de patronage, contraignaieqt les époux de religion évangélique à faire bénir leui« mariages par des prêtres. .Les veuves, les orphelins recevaient des catholiques pour tuteurs. Les bâtards étaient élevés dans la foi romaine. Les juges avaient deux mesures pour les deux religions'.

nommés officiers; Béroldingen de Gacboang, capiUine-gënéraL Eo 1628 , les officiers furent pris dans la bonigeoisie. Les Cantons ne se confiaient aiixgentilsbommes4e Thaigovie n<m plus que Berne )i ceaxdn Pays-de-Vaad.

* Valeri. Slg.

* Frantx, Kirchlidie NacMchten oto 4ie Evang. Oemeinden in Togg. — Weggelin, II, 180-212. — Ifercore suisse. — Tborgaoer Neu- Jabrsblatt, 1S26. — Poppikofler. -~ Ara. — Les jogcs, aubergistes ponr la plupart , imitaient les baiUis. Sngei s'excusa • snr le grand nombre de ses beaux enfaas. • Le paysan a beau s'être racheté du droit

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On donna peu d'attention à ces plaintes tant que lél armes impériales furent victorieuses. Toiis les efforts de Zurich pour les faire écouter échouèrent par la résolution des États catholiques^ co- seigneurs de la Thurgovie^ de ne laisser trancher les questions relF* gieusesy comme les civiles, qu'à la majorité des saflfrages. Mais le jour vint que Zurich osa prodaBEier un principe différent, et demanda pour ces matières des arbitres des deux rehgions en nombre égal. Gustave- Adolphe venait de gagner la bataille de Leipsic, et ki villes suisses faisaient de sa victoire la leur. Elles ne voulurent plus permettre que les évangéliques de la Thurgovie et du Rheinthal fussent soumis à l'officiabé de Constance ou aux tribunaux de Tabbé* Zurich me* naça de prendre les armes pour obtenir justice. Tk étranger^ Tabbé Pie S venait de succéder sur le si^ de Saint- Gall à Tabbé Bernard. Il rejetait hautement les moyens de conciliation offerts par Zurich. Berne, Bale^ Soleure et Fribourg n'en interposèrent pas moisi leur médiation^. Us se prononcèrent à Baden^ le 3& août 1 632^ pour le principe d'arbitres pairs en matière religieuse. Ils voulurent que les sujets fussent libres de .s'adresser à Zurich ou à Saint-Gall dans les causes matrimoniales. L'abbé s'était emparé dans le Rheinthal du droit de collaturej ils ne lui laissèrent que celm

do meillear catel ; oe qb'il ne doit plas «a seignâur de la torre, le l'exige. Plas d'espoir d'affranchissement

* Un Reher, de Bleyrieden en Sonabe. A peine sur son siège, U fit calever le baptistaire de Wildhans. Une fille se vitemptehée d'épouser » homme dont elle était la commère. Le ministre d'Altsletten fat i^nvofé pour avoir appnyé la demande de ses paroissiens à Zurich , de poavor se marier sans dispense an qaatdtaie degré de parenlé.

^ L. d'Eriach, Rod. Faesch, J. Montenach , J.J. de Staal.

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d'élire entre deux candidats présentés par la paroisse. Pie ne se soumit à cette sentence qu'après cinq ans d'hésitation ^

L'évéque de Goire n'avait pas été le dernier à porter la faux dans la moisson ouverte par l'édit de l'Empereur. Il avait sommé les communes de la Maison-Dieu de lui rendre l'hommage et le tribut^ comme à leur prince. Il nommait TEmpereur l'avoué du siège de Goire^ non les Ligues. Il réclamait la restitution des communes qui avaient appartenu à la maison de Sax : Lugnetz, Groub^ Rheinwald^ Sayien; puis de la Valte- Une; venaient bien d'autres exigences encore* Quelque insensées que ces prétentions parussent à la Rhétie, il ne lui était pas permis de les mépriser; car Léopold avait été chargé par l'Empereur d'appuyer le prélat. Le peuple gémissait dans le découragement ^ lorsque les victoires des Suédois lui firent relever les yeux vers le ciel avec espérance^ vers la patrie avec amour. Tour à tour persécuté par l'Espagne, trahi par la France, i*efoulé par l'Autriche, il avait appris à connaître la faiblesse des Alpes comme rempart, quand elles n'ont plus la vertu d'hommes libres pour les défendre. Les communes se promirent de se souvenir mieux des principes éternels sur lesquels les républiques reposent ^. Les vieilles alliances avec les Suisses furent renouvelées. Trois cents hommes furent placés en garnison au Luciensteig et au passage du Rhin. Les Ligues s'engagèrent à tenir chacune mille hommes prêts à se mettre en marche.

* A Wyl en 15S7. Zarich avait ^bquestré ses rentes. Vateri, Slg, Nan ist die San gemetilet. •

* A Ems, 18 sept 1680. Spreeker, 110.

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