‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 5)Chapitre 56 sur 75 · LIVRE Xf. GHAP. V · texte numérisé non relu

LIVRE Xf. GHAP. V

de Gustave'^-Adolphe et sa gloire. Les officiers suisses qui servaient sous Gustave^ entre autres François de Treyiorrens^ d'Yverdun^ le meilleur ingénieur du siiècle, ne parlaient non plus qu'avec enthousiasme du hë.ros ^ Quand Rasche eut achevé^ les députés des deiîx religions se regardèrent ; un mot , et c'en était fait des alliances; il n'y avait plus de Confédération. Il était des hommes , on le savait » qui pressaient les Gantons ré-* formés de renoncer à des amitiés charnelles pour s'unir au Gédéon de l'Étemel. Berne , Zurich prirent la parole. Quels que fussent leurs griefs contre leurs co* Etats ^ quelque gloire que. leur promit l'amitié de Gustave, ils n'hésitèrent pas à repousser l'alliance suédoise comme contraire aux sermens qui , de génération en génération ^ unissent les fils de la Suisse. Les catholiques leur répondirent par l'expression de leur joie. Tous se jurèrent iftae amitié nouvelle et résolu-r rent de garder fidèlement la neutralité , qui^ jusqu'à ce jour y avait préservé leur patrie. Tous aussi se promirent de veiller à la sûreté du pays des Ligues ^.

Ce fut en ces circonstances que Rohan mit le pied en Suisse. Il loua la conduite de la diète ^. $on interveo-i

' D'abord grand maître de l'artillerie da Danemarck. Il dirigeaU cette arme àLutseo. En i6i9, il entra an service de France. Son frère Albert fut pleuré de Weimar, son nevea Isaac suivit leurs traces. Girard,

* Diète du 9/19 déc. 1651. — Les Gantons au roi de Suède. IS février. — Rohan, 9B9. — Mercure suisse (de Spanheim ), 10. — Plantin, 898. — Mercure français, XIX, 518. — Watteville, contin. mss. — Gespraecb zweier Evangelischer, 1651. — Meyer Schw. Gescb. 512.

' Il Ipi était recommandé d'éviter tout ce qui , en donnant les évangéliques à la Suède, eût livré les catholiques à l'Empereur. Rohan leur dit : « Si vous ne consentez à ne reconnaître d'alliances que celles de tout le corps helvétique et à former une diète qui veille à la sûreté conjmupe , vous êtes condamnés à une faiblesse éternelle et à ne devoir votre

don aervit à pacifier les différends de Zurich avec l'abbé de Saint-Gall. Son nom , sa grâce, son éloquence y lui gagnèrent les villes réformées. Mais sa présence , son amitié pour les premiers magistrats de Zurich et de Berne , et leurs rapports à tous avec les Suédois.^ ne tardèrent pas à réveiller toutes les méfiances de la Suisse catholique. Les villes avaient rejeté l'alliance de Gustave-Adolphe; mais elles avaient laissé de nombreux volontaires courir auprès de lui. Il en avait formé deux régimens sous les colonels Escher, de Zurich , et Weiss ^, d'une famille valaisane réfugiée à Berne pour cause de religion. L'Autriche rendit les Cantons catholiques attentifs à ces faits. Une vive irritation en fut le firuit. Les Confédérés se promirent encore , il est vrai, de sacrifier tout ce qu'ils avaient de cher au monde pour le maintien des alliances et de la neutralité ' ; néanmoins , des deux parts, on dérouilla les épées et l'on se tint prêt à dégainer '. Les dispositions des catholiques se manifestèrent par le fait suivant.

Des deux villes alliées de Rottweil et de Mulhouse, la première y s'étant mise sous la protection de FAuttiche ^y fut à diverses fois prise et reprise dans le cours de la guerre ; la seconde venait de demander aux Gan-

salnt qu'aux drcoostances. Quoi de plos facile que de vous occnper an dedans, tandis qu'on tous menace au dehors et de tous Taire mécoonailie l'intérêt commun par des démêlés passagers!» Mém. itEriaek^il. — Bohan , eorresp,

* De Albo, à Berne, 1589 ; président du conseil de guerre , 1650. > Lel6mail6S3.

' Mercure, 77. — Le commissaire impérial Ossa^ s'étant montré k Zurich , le gouvernement eut peine à le sauver de la fureur populaire.

* « Leurs tambours ne battent plus à la Suisse. • Mercure, p. 49. Plos tard les Confédérés recommandèrent Rotweil à la cour de France. En 1689 on voit reparaître ses envoyés à Baden.

tùM de la couvrir. Zurich et Berne y envoyèrent cha-* cun soixante-quinze hommes , selon les alliances ^ Mais la division hemoise , traversant ie territoire de Soleure, se vit tout*à-coup enveloppée au passage de la Cluse et harcelée sans miséricorde par les paysans de la contrée. Les baïUis de Bechbourg et de Fatkenstein , Brounner et Roll, s'étaient mis à la tète des villageois ^. Quinze hommes furent tués y d'autres jetés dans les eaux de la Dunneren. Armes , bagages et la solde d'mi mois , que la troupe avait reçue à son départ » tout fut enlevé. La colère de Berne serait dffî^ cUe à dÀsrire. Des députés de Soleure feillirent être les victimes de la vengeance du peuple. Ils rejetèrent te crime sur quelques hommes et proposèrent de soumettre le cas aux Confédérés. Berne rejeta la proposiûom^ Elle exigea de justes dédommagemens et la punition de quiconque avait trempé ses mains dans le sang bernois. Des influences de famille paralysaient à Sdeure l'action de la justice. Des dieux parts on courut aux armes. Trois diètes intervinrent sans succès '. Des députés des Gantons essayèrent encore un projet d'accommodement , aux termes duquel , des deux baillis , RoU devait être condamné à 1 00 ans , Brounner à 6 ans d'exil ; tous deux à la confiscation de leurs biens. Leurs complices devaient être châtiés d'une

* En sept 16SS. — Rohan avait obtenu de Léopold le passa^ — Mercure suisse, 47. — Merc. français^ 5 5 S. — Recès des trob diètes. — Meyer, 51i. — Waldkirch. — Manuel bernois, 6&. — Deutsche Missiv.

> PhiL de Roll , fils de l'avoyer.

' La peine légère à laquelle les accusés furent condamnés n'était pas faîte pour apaiser les Justes ressentlmens de Berne, qui mit le séquestre sur les biens soleurois et menaça sa vieille alliée du renvoi de la lettre de combourgeoisie.

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manière exemplaire. Rohan inierposa sa médittktt auprès de Soleure^ qui hésitait encore^ et lui fitaecepter cette sentence ^

Ce fut à travers ces querelles que Rohan poursaivil son but d'armer les Confédérés en faveur des Grimif. Richelieu voulant s'assurer les passages des Alpes sans se jeter dans la guerre^ les ordres ^ les contre-ordres le succédaient alternativement» Un jour arrivait l'ordre d'accroître l'armée^ le lendemain celui de la réduire. Au milieu de ces hésitations se répandit un grand deuil. Gustave-Adolphe avait trouvé, daos les champs de LutzeUit la mort au sein de la victoire K Frappée par ce coup, la cour de France redoubla de drconspediaD; celle d'Autriche montra une nouvelle hardiesse. Use armée Espagnole s'assembla dans la Lombardie, eoos Altringer, traversa la Valteline, longea le Rhin', et paitt sous les murs de Baie pour se rendre en Alsace ^. Bieutôt cependant des combats heureux et l'arrivée è nombreuses divisions suédoises sur le bord du Rhin apprirent à la Suisse que Gustave-Adolphe n'était pis mort tout entier ; que sa grande âme respirait dans sod ministre Oxenstiem, dans ses généraux Wrangeli Banier, Horn et Tortenson. Les deux partis cooti*

« Eo 1658.

> Le i6 DOT. 16S0.

* Les premiers Jonn de l'an 1658.

* Terreur à Scbaffhouse. La peste venait à peine de cesser. Déjà pi^ 4out les pillards. Rien n'est préparé pour la défense. On crie anx armes! Soixante hommes, soos Tobias OEcbslin et Georges Spleiss, marcbeot à Bcggingen. Déjà les Impériaux pillaient le village et livraient les maisons aux flammes. OEchslin , nne partie de ses gens, beauooap de villageois forent massacrés. Tbaingen fat protégé par ks capitaines Im Thnm et Ziegler. Des compagnies soricoises s'avancèrent à Fenertbi-

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Duérent de plaider leur cause dans les diètes des Gan-:tODS. C'étaient toujours de nouveaux efforts de la part des Suédois pour entraîner les villes Suisses dans la ligue de l'empire ; de la part de l'Empereur pour les amener, au nom de l'alliance héréditaire ^ à la défense de TAutriche antérieure. Les Cantons demandèrent , mais inutilement^ que les villes frontières et le Frikthal fiissent déclarés neutres jusqu'à la paix. L'Allemagne n'était plus qu'un diamp de bataille et de brigandage. Tous les jours de nouveaux fugitifs cherdiaient en Suisse un asile. Pauvres j, riches arrivaient^ emportant ce qu'ils avaient pu sauver; des Juifs sur leurs pas ^ Bàle renfermait 5>000 de ces réfugiés^. Plus de commerce. Aucune route n'était sûre, Menacés de se voir entraîner dans la ruine de la Germanie, les Confédérés serapprochèrent^Beme et Zurich s'unirent étroitement. Cependant Rohan ne perdait pas la Valteline de vue. Il étudiait k faible et le fort des passages des Alpes,

len. Les paysans de Schleitheim n'échappèrent à la mort qa*en se réfn* giant dans les gorges du Randen. Waldkirch, Merkw. Begebenheiten der Sladt Schaffh. nui. — Seka, Ma$eum, i794. — B&Ie dnt livrer 25,000 paSns. — Lorsqu'ils apprirent qn'Altrlnger, tombé da pont de Landshool , pétait noyé , et, quelque temps après, qae Féria avait été emporté par la fièvre , les Schafihonsois se souvinrent du proverbe allemand : Gwfê Gwali wird êelten ait.

* Bravant la mort, leur peine assurée lorsqu'ib étaient saisis, ils se glissaient partout, achetant, vendant le butin. Plusieurs , Eyron , p. ex. furent immolés. Russinger achète i,000 écus le butin fait par des Suédois : ils l'avaient pris sur d'autres Suédois. RecéM de» Diètes, — FalirL %•

' 4>756 à la fin de l'année 1638. La peste, l'année suivante, enleva S,45i bourgeois et mille réfugiés. Toute la noblesse des environs s'était réfugiée à Bàle. Oeht, — Mm. de WtiMein, Un Fœscb était à la tête du parti français , Wettsiçin du parti impérial.

dam rei^MHbr de les yoir devenir le théâtre de sa ^mk. Mais Rididieu^ content de nourrir la goerre par «es subsides 5 évitait d*y laisser entraîner la France. Cependant une niHiTelle armée s'étant rassemblée à MilaB, poor prendre^ sous Fteia y le ^jiemin de TAUemagae, Rohan reçut de la cour Tordre de se condoire seiôn ki occurrences. S'il se voyait contraint à marcher sur k Yaiteline, le général suédob le plus prochain vA ordre de le seconder ^ Bientôt ^ la première divisk» (k Farmée espagnole trav^arsa la longue gorge de TAddâtt d'autres se pr^r^ent à la suiyre* Le moment éùût venu d'agir. Rohan fit inviter le général Hom à sipprocher du lac de Constance : il allait lui-même entnr en campagne. L'incertitude dans laquelle les Grisott avaient vécu n'avait pas été pour eux sans de vifS souffirances. Le séjour prolongé des troupes fipaaçaiiei dans leurs vallées les avait épuisés; la galanterie (ks étrangers avait ofiSensé la pudeur du peuple des ma^ tagnes; toutes ces imprc^ssions se changèrent en espérance. Mais la joie dura peu. L'ordre arriva de Fin> de ne rien entreprendre si les Espagnols n'élevaient des forts dans la Valteline ^.

Cependant Hom et ses Suédois s'étaient avancés, selon l'avis qu'ils avaient reçu. La Suisse se reposait

* Mém. de Rohan sur !a Valteline. ^ Sa oorreq». Arcfa. de Fnoceet Bibl. royale, Baluze 9,25S.— L*ordre était de s'avancer par Feldkircbet de ne point pénétrer dans les Grisons sans nécessité. « Si lecanoode Hom l*eût suivi , il prenait Constance dans les 24 heures; telle était F^ pouvante. Mais les pièces ayant été menées à V^illinghen, il fot 5 joon avant de les avoir, pendant lesquels 4,000 hommes entrèrent dans b ville, et elle eut le temps de se rassurer. La moitié du temps Bon a ^ sans avoir de boulets de quoy battre la [dace. » Dépéehei en cour,

' Le 32 août 1688.

* Rohan, 54 Schw. Muséum , 1796. —Merc suisse, 209.

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sur les milices qm veillaient à ses frontières lorsque y comme pour acherer de dire à l'Europe sa faiblesse, les Suédois filèrant sur Stein, viHè zuricmse, et l'emportèrent ^ Trois cents hommes ^ sous Joseph Auf dermauer, de Schwyz, étaient à la garde du pont du Rhin. Surpris, étourdis par des bruits de trahison et d'alliance entre Zurich et les Suédois, ils se reployérent en hâte. Le capitaine général de la Thurgovie , Kesselring, célébrait dans la joie la fête qui termine la moisson des avoines. U s'adressa au bailli ; celui-ci crut lie pouvoir agir sans ordre. Aucune résistance n'empêcha donc le général suédois de metti*e, le 28 août, le siège devant Constance. Il croyait l'emporter sans peine; mais il rencontra des difficultés imprévues. En quelque lieu qu'il fit creuser ses mines , le fossé se remplissait d'eau. Il se vit par là contraint de diriger toutes ses attaques du côté de Kreutxlingen , où le sol était plus élevé. Mais les assiégés y portèrent aussi toutes leurs forces. Peu de jours se passèrent sans un nouvel assaut. Quelques mille boulets furent lancés sur Constance.

Au premier bruit de cette violation du territoire suisse, les cinq Cantons avaient envoyé dire à Zurich : (f Aidez*nous d'un prompt et généreux e£Fort. Chassons ensemble les étrangers, et châtions leur hardiesse de manière à faire perdre à d'autres l'envie de les imiter. »

* Le se août Rohan, 58. — Pnppikoffer, 180. — An, III, 16&. — M erc. snisse. — Constantia sacra et profana , 967. — Merc. français , XIX. — Waldkirch , II, 500. Les Znricoîs Tenaient de retirer leur garnison deStein. Meyer, 515. Les hommes qui gouvernaient Berne étaient en intelligence avec Rohan comme avec les chefs allemands et suédois. Voyes les Mém. d'Erlaeh, 19, sur leurs rapports avec le rhingrave Othon Louis, les princes de Baden, de Wurtemberg et le général Hom.

573 HISTOIBE DB LA SmSSB.

« Cette affaire, répondit Zurich^ demande moins de zèle que de prudence. Les protestations d'amitië.da général suédois ne sotit pas à mépriser. Me soyom pas si prompts à les changer en colère par des mani*festations hostiles. » La diète se réunit le 4 septrâibre. Dans Tinter valle, Kesselring avait rassemblé les milices de la ThurgoTÎe et pris les dispositions propres à couvrir la province. Toutefois on racontait qee les imag» des saints, dans les villages catholiques, avaient été dépouillées de leurs vétemens et couvertes d'armo pesantes^ au grand rire des soldats hérétiques; que les châteaux de l'abbé de Saint-Gall avaient été pillés et Tabbé lui-même sommé de se déclarer pour ou contre la Suéde ^ . Les paysans thurgoviens se laissaient employer à la tranchée. Ces faits et le langage irritant d'envoyés autrichiens avaient enflammé de colère les Cantons catholiques, a Battons au champ, dirent-ib) appelons le ban et Tarrière-ban sous les armes et rembarrons une violation sans exemple du droit des gens. » Les villes exposèrent froidement le danger de se jeter à la légère dans la guerre générale. Elles s'exprimërat comme leurs Confédérés l'avaient fait lors de TinvasioD de la Rhétie. De ce moment les catholiques ne dontèrent plus que les lenteurs des protestans n'eussent pour but de donner à Horn le temps d'emporter Constance. Les trois Cantons primitifs et Zoug firent flotter leurs drapeaux ^.

Trois mille hommes se mirent en marche en proférant des menaces contre Zurich et montrant un grand

* Déjà le cardinal Barberio envoyait à Milan l'ordre d'accacilHr Iw moines de St.-Gall. Scotti, 81.

* Lnccrnc, Fribourg et Soleurc se préparèrent à assaillir Berne Std^^

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