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articles suivans furent proposés, à ChiavenDa, à des députés de la Rhétie. « La religion dominante est la catholique. Les provinces auront leur justice propre et choisiront les juges parmi les fils du pays^ sur une triple présentation que leur feront les Ligues. Pour prix de cette liberté > elles paieront 25,000 florins annuellement, et 15,000 de plus en temps de guerre. La souveraineté demeure aux Grisons. » Les comices de la Rhétie se réunirent, le 21 avril 1636, à Tuais S poui* délibérer sur ces propositions. Les ministres £aiisaient valoir les droits des consciences. Berne et Zurich avisaient leurs amis de ne point se dessaisir du droit de vie et de mort , et d'éviter de mettre Tépée dans la main des sujets. Les députés ne parlaient que de tout recouvrer ou tout perdre. Cependant un homme porta le plus grand nombre des communes à faire le sacrifice que commandait la paix du pays. Jénatsch n'était plus un pauvre pasteur, couvert d*une bure noire et grossière, mais un brillant cavalier, le plus entraînant des orateurs et Thomme dont Rohan écoutait le plus volontiers les avis. Il déclara que le général ne modifierait point ses propositions; que les rejeter ne ferait qu'irriter la France et prolonger le séjour de ses armées en Rhétie. Il fallait , pour tout reconquérir, savoir attendre des temps plus propices. Les communes, persuadées, acceptèrent les articles de Ghiavenna.- EUes se bornèrent à ajouter : c< Les Grisons , qui don-* neùt à la France tout ce qu'ils refusent à l'Autriche, demandent, pour prix de leurs concessions, 20,000 florins comptant et 20,000 après une année. Us seront libres de leurs engagemens , si la France et les Valte-
* En Bcylag. S prêcher, IZi.
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Uns ne rwiplissent pas les leurs, n Les arlides furent envoyés à Paris.
Mais à la cour de France ne devait pas appartenir rhonneur d*a voir pacifié lesGris(ms. Cette œuvre était réservée à un fils de la Rbétie, et, pour TacoompUry c'était du secours des Impériaux qu*il devait s'ëtayer. Rdian avait fait espérer plus qu'il ne donnait ^. i< N'avons-nous versé notre sang que pour obt^iir un n<^veau Monzone ! h se dirait les Grisons. Dés qu a Mi* lan et à Inspruck on connut cettedîsposkbn des esprits, on conçut l'espoir d'en profiter. Les deux cours prirent le ton liienvdillant. Eltes témoignant une vive douleur des mésintelligences passées et donnèrent les noms les plus odieux à la perfide politique de la France. La veuve de Léopold^ l'archiduchesse Claudia ^y fit exprimer ^ par la bouche de son bailli de Gastels , le vosu de voir se renouer les anciennes relations. Sans croire à ces témoignages , les Grisons s'en firent un appui. Ils exprimèrent l'intention de ;jarder ralliance héréditaire ^ dès que rAutrîahe renoncerait à des traités postrieurs ^. Les officiers des régimaots grisons refusèrent de suivre Rohan dans une expédition en Tyrol. Depuis longtemps sans paie ^ ils ne retenaient l^irs soldats sous les armes qu'en s'endettant. Un million Ichir était dû ^. Jacques de Molina y Tun d'entre eux , revint de Paris, où ils l'avaient envoyé, déclarant que l'on ne s'occupait ^ en cour, de la Khétie que par manière
* Il avait commencé par affinser que le roi n'avah conquis que po«r la gloire d'avoir saavô. • On le crat on feignit de le croire. • Banompierre, 460.
^ Une Médicis.
* A Davos, juin 1686.
* Sprecher, 855.
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d acquit. Sur une somme de 120^000 livres, reçue après une longue attente^ un nouvel ambassadeur, Lanier , n'en voulut livrer que 33^000. Les capitaines se réjouirent de cette conduite de la France, parce qu'elle leur permettait de poursuivre les négociations entamées avec ses ennemis.
Un homme dans leurs rangs avait résolu y tout en servant TAutriche , d'avancer sa fortune et de sauver son pays : c'était Jénatsch ^ Le but tracé, la ruse lui coûta peu. Il nourrit les dégoûts , fomenta les mécontentemens. Au peuple, il parla de transit; aux minis* très, de religion. Puis, la foi réformée, dont il faisait profession, pouvant Tempécher de recevoir la récompense qu'il se promettait , il embrassa le catholicisme. Il se moqua, avec ses compagnons d'armes, de la paie en espérance, la seule qu'ils reçussent de Richelieu. Il leur demanda s'il leur plaisait de demeurer éternellement dans la servitude , la risée de leurs voisins, tandis qu'ils pouvaient reconquérir tout ce qu'ils avaient perdu. Il leur montra l'heure venue d'obtenir des Impériaux ce que les Ligues ne pouvaient se promettre des armes trop éloignées de la France : la réduction de la Valteline. La crainte de jeter de nouveau les Grisons dans les bras des Français devait les préserver à l'avenir des violences de l'Autriche. A ce langage , les réunis à Silvapkna ^ prirent la détermina-
* Uéiià en 1080. Jéntlsdi» an sertioe de Venise, fui sniprii Initam avee rAatriche; après 6 mob de prison , il fui libéré à la demande de Gœnf res.
* Le iO octobre 1086. Cest l'usage, en France, decoorir an i^os pressé. On y croit contre natnre de faire bien deux choses I U fois. On trouvait, à Paris, qne payer des services accomplis, ■ était one vaine dépense. > Il fallait nourrir les Qrisons de promesses jusqu'à la paii.
tion de renoncer au service du roi. Abandonnant aussitôt les positions qu'ils occupaient dans la Basse-fingadine, les uns se rendirent à Goire et à Ghiavenna^ les autres occupèrent les passages du Rhin et des montagnes. Brougger et Salis , qui possédaient des compagnies en France, seuls ne prirent aucune part au souléyement.
A rheure où ces mouvemens s'exécutaient , Rohao se trouvait à Tirano , aux portes de la mort^ Priolo, son secrétaire , courut à Goire. Il promit , flatta. Le duc ofirait aux capitaines 1 8,000 livres de sa propre fortune , s*ils ramenaient leurs gens. Lanier s'y prit d'une manière différente, u Je planterai ma lance i Goire, dit-il , et je poserai mon pied sur la nuque des rebelles. » Une fit qu'ajouter à l'irritation. Gependant sitôt qu'il fut revenu à lui , Rohan se jeta dans une litière et passa les monts ^. II fiit reçu avec tous les témoignages du respect. Mais les portes étaient gardées par ces soldats qui la veille étaient les siens. Sa portion était d'autant plus difficile que les articles de Ghiavenna, acceptés par les Grisons avec tant de peinCi avaient été modifiés à Paris ^. Les Ligues n'obtenaient pas d'envoyer des préfets dans la province ; il devait leur suffire de percevoir un revenu. Encore si les sujets ne s'exécutaient pas , ne pouvaient-^Ues les punir; sans doute pour que la France restât juge du différend.
dfi se figarait Salis, Broagger et Schauenstein dont les intérêts étaient engagés en France, les princes de la Rhétîe.
* D était dans mie léthargie, privé de tont sentiment.
* Par nn temps rigonreax d'antomne.
' Le père Jo6et>h y avait contribué. Le nonce Bolognet avait jeté les articles à ses pieds , en disant : • Voilà Tœuvre de rbéréliquc en faveur de l'hérésie. >
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Désespéré des mépris de la cour ^ Rohan avait caché ces articles ; il espérait les faire adoucir. Il n'avait dévoilé leur teneur qu'à Jénatsch. Celui-ci , faisant servir la confiance du duc à ses desseins^ communiqua ce qu'il venait d'apprendre à quelques-uns de ses compagnons d'armes. Les officiers se pressèrent autour de Rohan. Feignant d'ignorer ce qu'ils savaient , ils ne lui laissèrent aucun repos qu'il ne leur eût fait connaître la détermination de la cour. Cédant enfin à leurs instances^ il lut ^ le 14 novembre, aux députés des communes, les*propositions du roi. Les Grisons se déclarèrent libres des engagemens qu'ils avaient pris à Tusîs^
Alors Geoi^es de Splugen , Buol et Jénatsch se rendirent à Inspruck. Ils s'offrirent à chasser des Alpes les Français, si les Ligues recevaient l'assurance de rentrer dans tous leurs droits sur leurs sujets. Rohan s'était laissé persuader qu'il s'agissait de l'alliance héréditaire. Dans sa loyauté, il voulut que 1 30,000 livres, envoyées de France^ fussent employées sans retard à la solde des capitaines ^. Pour ce qui leur restait dû , il offrit de s'obliger lui-même , avec tout son bien. Il finit par l'éloge de la France^ de ses services et de sa générosité. Il était trop tard. Trente-et-un ' des hommes
* Rohan lear témoigna vivement l'espoir d'obtenir da roi la ratification des articles de Chiavenna, et la Rbétie persévérait à les prendre pour sa règle. Les Grisons eovo)rèrent prier les villes suisses de ne pas pertnettre le passage à de nouvelles troupes françaises.
' Il dut faire enlever l'argent chez Lanier. Bauompierre, II, 460. Roban ( p. 169 ) parle comme ayant tout vn , mais jogé le mal sans remède.
* Leurs noms dans A Porta, 589, leur alliance dans Sprecber, appendice. Les deux bourgmestres Meyer et Bavier, Juvalta, André Sprecber, deux Travers. Buol, Jeucb, P. Gnler en étaient. FortiméSpre-
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les plus considérables des Ligues , naguère de partis divers^ tous à cette heure de celui de la patrie, s^élaient conjurés pour l'affranchir. Le 6 fëvrier 1 637 , ils se réunirent chez le bourgmestre Meyer à Coire. Secret, soumission à la majorité , dévouement jusqu'à la mort, les conjurés se promirent tout. S'il se trouvait un traître parmi eux^ renonçant à la justice ordinaire, ils se donnaient mutuellement le droit de le frapper. Plui d'autre chaîne que celle dont ils venaient de se lier ^ A la patrie , dont ils violaient les lois pour lamoar d'elle ^ à les justifier dans les âges à Venir.
Pendant qu'ils formaient ces liens ^ l'adresse de Jénatsch se jouait de la politique de Richelieu. CoBti* nuant de feindre la fidélité , il écrivait d'Insprud à Rohan : « Les Autrichiens ne feront rien pour nous, si nous ne vous expulsons de nos passages. » A son re* tour , le peuple se pressa autour de lui , voulant savoir quelles conditions il avait obtenues. « De bonnes, cria-t-il en riant, pourvu que vous chassiez les Frafr çais. » Puis il alla rejoindre les conjurés à TomilS; dans la vieille maison des Travers. Mais bientôt arri^ de Paris la ratification des articles de Tusis^ vivement sollicitée par Rohan. Il la présente, le 13 mars, à b diète des Ligues. Il n'y manquait que la garantie des droits des Grisons. Aucun argent n'était arrivé pour payer les pensions et la dette. Sur-le-champ Rohaa envoya Prîolo demander Tun et l'autre et faire connaître à Richelieu l'état désespéré des affaires. Lui* même , ayant eu l'avis de quelque mouvement parmi le
cher n'y prit aocane part Les yeax en pleurs » il prit , le àanSff% congé de Rohan , qui , le seirant dans ses bras, loi recommandi Wv amitié , la vraie Eglise . sa pairie et la France. * De Ut le nom de la conjuration, Knie^wnd,
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peufde^ qai préparait^ assurait-on^ des échelles pour attaquer le fort du Rhin , courut visiter ces retrandie* mens. Mais lorsqu'il voulut reprendre le chemin de Goh*e» il vit six enseignes se déployer sur les bords de la Landquart* Il n*eut que le temps de se rejeter dans ses lignes. Jénatsch avait formé ses bandes et leur montrait que rien ne s'opposait plus au rétablissement. de la paix extérieure et au recouvrement des anciens droits^ que la présence des armées françaises. Leacolonek eux-mêmes qui n'avaient point pris part à la conspiration s'étaient réunis à lui. Tous ila s'avançaient contre la fort du Rhin , u leur maison de servitude, n Sur les frontières, des troupes allemandes et espagnoles se tenaient prêtes à les seconder.
Rohan y condamné à boire jusqu'à la lie la coupe que lui versait Richelieu , jugea sa position^ Il avait avec lui 800 Zuricois ^ et 500 Français. Les ennemis qui l'avaient enveloppé l'entouraient de leur respect. Telle était la reconnaissance de plusieurs pour l'homme qui leur avait rendu la liberté rdigieuse que, dans schdi péril, des communes lui offrirent leurs secours^. Il le refusa. Des députés de Zurich et de Glaris s'étant présentés, il leur déclara, le premier, sa résolutitm d'opérer sa retraite. Aussitôt il envoya l'ordre k Lecques, en Valteline, d'abandcaoner la province. Lecques se voyait à la tête de soldats en petit nombre, il est vrai, mais pleins de fierté, pour avoir été toujours victorieux. Chef et soldats estimèrent la retraite honteuse. H Le duc n'est pias libre, n direntrils; et, loin de se pré*
* }is occii{MdeDl le Laciensteig , mmu Schmidl. La première démarche des deux partis fut de s'adresMr à Zurich. > Fortuné Sprecher y fat-il pour quelque chose ?
parer au départ^ ils travaillèrent aTec ime ardeur française à s'entourer de nouveaux retranchemens. Il fallut , pour les pcurter à obéir , qu'un envoyé de Léo* ques eût vu dans la main de Rohan des pleins pouvoir) qui Tautorisaicait à ramener son armée ^ si sa situatiofi ne s'améliorait pas ^ . Alors les Français firent à des officiers grisons la remise des forts des trois pro^ vinces et repassèrent^ l'csii morne ^ le Septimeretie Bemina.
Arrivé dans Goire, Lecques courut auprès deRoban. Un nouvel ordre venait d'arriver de ne rien négliger pour donner une meilleure tournureaux affiiires.ccNous pouvons, dit Lecques, l'emporter encore et nous îenger. Les traîtres, je le sais, sont ici près réunis. Cinq cents paysans composent toute la garnison de Cm» Cent vingt gentilshommes français que nous sommes ; mon régiment, qui arrive, Montausier, qui n*a pÛB^ encore passé le Rhin, Serres, qui nous suit, que nous £iut-il davantage? Ordonnez ! Mes boulets font velu la porte de la ville. Nous hachons les traîtres. Les Gii* sons sont à nos pieds. » — « Ma parole est donnée, * rendit Rohan. Les conjurés étaient, comme Taffir* mait Lecques , réunis dans une hôtellerie. Des 1^ gnols les presisaient de leur livrer le générai français. La démolition, tant désirée, des murs de Fuentés devait en être le prix. La réponse des Rhé tiens fut sembbU^ à celle du héros. « Fuentés est bâti de pierres ; poussiéie il sera. Mais l'acte que vous voudriez de nous demeu' rerait ineffaçable dans les annales de notre patrie. No9 fils et nos petits-fils nous le reprocheraient. Qu'il soit loin de notre pensée^. »
* Priolo veaait d'apporter ce plein ponvoîr. ^ Les Écoowb liTjrèrent Charles II.
Rohan quitta donc la Rhétie ^ . L'arrivée du comte de Guëbriauty chargé de ramener par des promesses des hommes trop souvent trompés , ne changea pas sa résolution. Une fois encore les premiers magistrats et les capitaines des Ligues se rendirent chez lui* « Nous vous élèverions y lui dirent-ils^ autant de statues qu'il est de rochers dans nos Alpes ^ que ce témoignage ne suffirait pas à notre gratitude. » Le duc leur répondit : (( Le roi de France et moi avons toujours eu à cœur les intérêts de la république des Ligues^ qui m'est si chère. Vous vous êtes confiés aux Espagnols ; aussi vrai que je vis> ils ne laisseroùt pas la Valteline en repos. Veuille le ciel ne pas punir votre inconstance ! » Lecques fit aussi ses adieux aux assistans. Arrivé près de Jénatsch, il saisit un pistolet^ et^ pâle de colère^ il en lâcha la détente en disant : (« C'est ainsi que Von prend congé d'un traître. » Le coup ne partit pas. L'heure de Jénatsch n'était pas venue.
* Avec 5,000 hommes, 5 mai. — La cour eût, à ce moment, donné 900,000 écus pour apaiser la tempête. Peu auparavant Rohan leur de* mandait, pour y réussir, la moitié de cette somme. Rohan , 184., etc. — Rapport de Lecques à la cour. — Sprecher. — Renandot, Hist. univ. de notre temps^ IL — Léonard , IV.
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