‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 5)Chapitre 61 sur 75 · LIVRE XI. CflAP · texte numérisé non relu

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des défaites. L'ordre venait de lui parvenir de remettre ses troupes à Guébriant et de se rendre à Paris. Il n'eut garde d'obéir. Alors Berne essaya de le fixer dans ses murs. La Haute-Bourgogne avait été attaquée de nouveau par Weimar^ dans le nord , et par Longueville , du côté de Neuchâtel ^ • Cette irruption avait irrité les Confédérés. Richelieu avait ajouté à leur colère par sa conduite envers leurs soldats. Contre la teneur des capitulations^ les régimens avaient été séparés les uns des autres et contraints à servir contre l'Empire. Point de paie. La désertion avait affaibli les corps. A la lin de la campagne les quatre régimens avaient été réduits à un seul ^ sous le colonel de Molondin ^. Las de recevoir des promesses pour toute solde ^ des mercenaires nombreux couraient servir sous les drapeaux des ennemis du roi. Deux mille s'enrôlèrent pour la Savoie^ 4^000^ sous Melchior Lussy , pour le Milanais. Les Cantons étaient au moment de fermer à la France le passage et de l'ouvrir aux Espa-

* 1,500 villages farent bientôt en cendres. La maltitude des fugitifs . se jeta dans le Jura suisse. Longneville approuva les Nench&telois, qai lear donnèrent asile , reconnaissant les droits d'un peuple helvétique. Reeh. sur l'indigénai. Longtemps sor cette frontière le mot tuédoU fut. employé comme la dernière injure. Duvenuy, Éphémérides de Montbelliard, S 25. — « En cette année 1658^ un dimanche, pendant qu'on, était à réglise , les Suédois descendirent au Chenit, à travers les p&turages de derrière la côte. La femme de Jacq. Migniot, demeurant à la Warral^ seule , ayant vu leurs armes, saisit le tambour, se mit à en battre de toutes ses forces et s'achemina du côté du Sentier pour donner l'alarme. Les Suédois remontèrent le Rison. D'autres détachemens se montrèrent au bas du Ghenit. On cherche encore dans le Risou les trésors que l'on s'imagine y avoir été cachés à cette époque par les Bourguignons. » NieoU, recueil mu» sur la vaUée de Joux,

^ Baden, 29 mars. 5,000 Français traversèrent le canton de Berne allant de Gex à Mulhouse , « presque contre la volonté de L« Exoeli. » Manuel, 74.

gDols pour la défense de la FraDche-Comté. En ces circonstances , Berne exprima , par la bouche de son nouvel avoyer , Nicolas Daxelhofer ^ , le désir que Rohan voulût prendre le commandement de ses milices^ L'illustre exilé n'accepta pas cette proposition : il avait résolu de se retirer à Genève, pour y remettre sa santé. Mais Richelieu , qui suivait ses pas , et déjà le voyait renouer des intelligences avec les protestans de France, ne lui permit pas d'établir sa demeure à Genève. U loi fit signifier Tordre de se rendre à Venise. Rohan se réfugia dans le camp de Weimar.

Cependant Berne avait confié la garde de ses frontières à 2,000 hommes, sous Jean-Louis d'Erlachde Gastelen. Weimar et d'Erlach , qui tous deux ayaiest servi Gustave-Adolphe , s'empressèrent de renouveler des relations commencées sous les yeux du héros. Chaste , religieux , le modèle des chevaliers , t^ d'un âge où la valeur personnelle avait encore do prix, Weimar inspirait à Tofficier bernois une a<i' miration profonde. Peut-être ce sentiment fit-il méconnaître à d'Erlach ce qu'il devait à sa patrie. Il avait Time grande, mais ambitieuse. Il se donna tout à son ami • Les vallons de Tévèché de Baie séparaient la Suisse du théâtre de la guerre. L'é^'éque , Henri d'Ostein, s'ëunt déclaré pour l'Empereur lors des victoires de Wallen»' tein et de Tilly, les Autrichiens avaient^ le dernier hiver , pris leurs quartiers sur ses terres. Le duc de Lorraine , qui les commandait ^ avait même fait savoir

^ Il succéda, en 1686, à Cl. Vdermann. Leu. Manuel, 71.

3 Manuel, 74.

* Première entrevue , à TinviUlion du duc , dans son camp, m^ ' prise de Lnre. Mémoires d'Erlach, II, 28Â. — Bernard à d'firiach , V<^ juillet 1637. --Hôse, U, 151.

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à Berne son intention de s'avancer jusque dans le Yalangin^ pour en chasser le duc de Longue ville '• D'Erlach montra ces vallées à Weimar^ et le rendit attentif au facile passage qu'elles lui ouvraient sur le Rhin. Weimar j courut prendre ses quartiers d'hiver. Il leva des contributions > remonta sa cavalerie^. Auprès des provinces désolées qu'ils venaient de quitter^ la pauvreté du Jura parut richesse à ses soldats. Ils trouvèrent ces montagnes d'autant mieux pourvues que les paysans franc-comtois j avaient caché leurs effets les meilleurs. L'évêque s'enfuit. Ses chanoines se réfugièrent à Moutiers , sous la protection des Cantons. Il avait été convenu que les troupes allemandes ne pénétreraient point dans les vallées de religion réformée , les alliées de Berne. On montre encore aujourd'hui, dans les gorges de Moutiers , deux roches escar-* pées, d'où les soldats suisses se tenaient prêts à faire rouler d'énormes pierres sur qui chercherait à franchir le passage. Cependant un parti de pillards pénétra dans le Val Saint-Imier, força les caisses publiques^

* Et donner le Valangin an comte d*Oglianî , descendant de la fille de René de Chalant. Char les de Lorraine à Berne, S sept. 1655.

* « Il trouva à hiverner et force chevaux , la mortalité ajant mis ia plupart de ses gens à pied. Les Suhses s.e voulurent formaliser, mais on les apaisa par de belles paroles. • Boesampierre , II, &7S. Voilà encore un sol mi-suisse envahi..EeUesley fut pillé. Les Gantons catholiques oifirirent à Tévéqne des soldats; mais il était trop pauvre pour les pouvoir payer. Seotti , ^9. 11 prit pour devise : • Naître , souffrir et mourir. • 11 finit ses jours en 1646 à Délémont. — Menaces des Gantons catholiques. Diète, 9 nov. Lettre à Weimar, 19 nov. Envoi d'une ambassade. Lettre du S 7 nov. Lettre sévère de Weimar au comte de Nassau , dont les soldats avaient fait des ravages dans le Val Saint-Imier. « Gefait peut avoir notre ruine pour conséquence , si les Suisses mettent le séquestre sur no» orgens et deviennent nos ennemis. • 28 octobre, — Mémoire à M. d'Arvanx, ambassadeur du roi en Allemagne, 12 novembre 1637,

brûla les archives^ mit la moitié du village de Renens eo cendres ; il se retira sur les représentations de Berae. Bientôt les ressources du Jura se trouvèrent épuisées. Alors d'Erlach porta les yeux de son ami sur les villes forestières ^ portes de la Souabe et de TÂIsace^ Souvent y durant le cours de la guerre ^ ces villes avaient été prises et reprises. Le 17 janvier, la petite armée du duc partit inopinément de Délérnooti passa sous Baie y franchit le Rhin par une nuit sombre, surprit Seckingen, Waldshout, Lauffenbourg^etse prépara à assiéger Rheinfelden des deux côtés du fleuve. Les villes suisses^ qui eussent avec joie tu cette place importante tomber au pouvoir de Weimar, laissèrent d'Erlach le fournir abondamment de provisions de guerre et de bouche. Les deux partis compre^ naient la neutralité de manière à n'avoir pas de reproches à se faire. Les généraux impériaux refusèrent quelque temps de croire que la campagne eût été ouverte , et le Rhin franchi , dans les rigueurs de Tbiver; mais la nouvelle leur en ayant été confirmée , ils accoururent à marches forcées. Les murs de Rheinfelden chancelaient , la brèche était faite , lorsque se montrèrent les escadrons de Verth, descendant de Kirschau . Dans leur brusque approche^ ils firent prisonnier d'Er« lach^ qui se trouvait dans le camp weimarien. Les deux années se préparèrent au combat. Gomment re-

^ Rdses Bernard der grosse , II , 218. InviUtion de Feidioand U etde Tarchiduchesse Claudia aux Gantons d'être Tîgîlaiis, da 9 et da 29 décembre 1637. Ils craignaient Toccopation du Frickthal et le trajet do Rhin près de Diessenhofen. Leurs généraux n'en étaient pas moins dans la plus entière sécurité. B&le promit à d'Erlach d'accorder le passage mr son territoire; du moins d'Erlach l'assura. Mille hommes franchirentles premiers le Rhin sur deux radeaux préparés; l'armée les suivit le SS.

' Le 38 février 1038.

produire les scènes nombreuses, rapides et changeantes dont se compose une bataille? la part d ordres rarement bien exécutés? celle des émotions subites de terreur ou de courage? celle du hasard ? Weimar voulut déférer à Rohan l'honneur de commander. « Laissez-moi , lui répondit le prince français en riant , connaître aujourd'hui la différence qu'il y a entre jouer de la tête ou de la main. » Il dit, prit place dans le régiment de Nassau et marcha à l'ennemi. Il le faisait reculer lorsqu'il reçut, en combattant, la blessure mortelle que peut-être il cherchait. Homme de douleurs jusqu'à sa dernière heure, il fut r^^levé par un cavalier , qui le tint mourant sur son cheval, et ne se laissa qu'après une vive mêlée arracher son noble butin. Rohan expira peu après , dans le couvent de la reine Agnès, à Kœnigsfelden. L'ouverture de son corps montra les parties nobles flétries par le chagrin ^ . Le héros léguait ses armes à Venise. Ses restes reposent à Genève, sous lé monument destiné à perpétuer le souvenir de sa magnanimité. Weimar , doublement malheureux , fut surpris par la nuit avant d'avoir su fiaer la victoire, trois fois conquise, trois fois perdue par la soif de pillage du soldat; Bien inférieur en forces , il dut lever le siège de Rheinfelden et se retira sur Lauffenbourg. Il était à savoir où tourner ses pas , lorsqu'il apprend que ses ennemis célébraient leur fait d'armes dans le vin et dans la folie. Aussitôt il marchent La confusion régnait dans le

* le cœur de Don Juan d'Antriche fat aussi trouvé brftlé par des combats intérieurs. Le corps de Roban fut déposé dans l'église de Kœnigsfelden , en présence des ambassadeurs d'Angleterre et de Venise , et d'envoyés des villes et de la noblesse d'Argovie. Puis il fui transporté à Genève, en pompe , après avoir reçu , dans sa marche longue et solennelle, les respects du pays qu'il traversa.

* Le'8 mars.

camp des Impériaux. La terreur les gagne. Leurs canoos sont tournés contre eux. Les Weimarieos savancent de toutes parts^ criant : « Emmanuel! Dieu pour nous! » Ils ne déchargent leurs pistolets que dans la bouche des Autrichiens.. Armes ^ drapeaux , bagages et les quatre généraux qui commandaient Varmée sont le prix de la victoire* Les soldats presque tous passent sous les drapeaux du vainqueur ; c'étaient ks coutumes de cette guerre ^.

Rheinfelden se rendit. D'Erlach recouvra sa liberté. Ce fut pour ne plus séparer sa fortune de cdle de Weimar. Berne vit avec peine son meilleur officier abandonner le commandement de ses milices , en des jours qui n'étaient pas sans péril ^. Mais la patrie suisse n'enchaînait plus les cœurs de ses fils. La carrière qni s^ouvrait sur les pas de Weimar était brillante. Les Impériaux découragés le laissèrent s'emparer de Friboorg et attaquer Brissach^ la clef de l'Alsace. Ce fut d'Erlachy comme un autre lui-même^ qu'il chargea de œ siège. Turenne reçut de la cour de France l'ordre de le seconder. Brissach fut pris^ après avoir coûte 30,000 hommes ^ ; et d'Erlach, qui l'avait emporté, foi choisi pour le relever et le défendre^. Déjà Weimtf

* Baasompîerre , Il , 477. — Tbeatr. enrop. , III , 91 4. — Vie de Oébriant. p. 4S. — Mercure français, XXIL — Sîrî, VUI, 6S6.-ic«n* Werlh, par Barthold.

> Berne àd'Erlach de Castelen, le 28 manet le 2S atril i6S8. Vk.ài Diessbach prit le commandement dn cordon chargé de conrrir la b^ tière.

* Et pins d'un million d'écus. D'Erlach fit échouer les tentatif»^ ravitailler la place an moyen de vivres achetés à B&le et à Strasbowg* Durant le siège la frontière suisse ne cessa d'être menacée de Bâle SchaiTbouse. Rates BernanL

* L'hiver fut employé à s'emparer de la plus belle partie de liFr»'

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songeait à attaquer l'Empe^ur dans ses États héréditaires ^f et, plein de cette pensée^ il avait donné rendez-vous aux Suédois sous les murs de Prague ^ lorsqu'une fièvre Tenleva au milieu de sa carrière ^. Le 8 juillet 1639^ mourut l'homme que Turenne appelait son maître. Il avait stipulé que ses conquêtes lui demeureraienty et travaillait, si l'on dit vrai, à se rendre assez puissant pour pouvoir chasser les étrangers de l'Allemagne^. Il légua 20,000 écus à d'Erlach, et lui laissa la principale direction d'une armée, que toutes les puissances belligérantes se disputèrent. D'Erlach , oubliant d'anciennes injures, la vendit à Richelieu^ qui seul pouvait la payer. Il livra ainsi l'Alsace à la France *,

che-Gomté. Pontariier, le chàteaa de Joax furent pris. Les Weimariens balayèrent tout jasqa'anx soarces do Doabs. Sainl-Glaode fat pillé. Weimar offrit à la France de lai vendre sa conquête. Cependant d'Erlach négociait à Paris poor s0n ami, et cherchait à le faire reconnaître souTeraln de l'Autriche antérieure. Le père Joseph, de son côté, s'attachait l l'acheter à la cour de France. Si liCvassor dit vrai, d'Erlach eût pris l'engagement de conserver Brisach au roi , dans le cas où Weimar viendrait à mourir, IX , 119. Grolius écrit : Couvenit aliquid inter regios ministres et Erlachium , qnod quale sit , eu m latere ipsi velint, non indagabo. EpisL 116. — On envoie à d'Erlach 200,000 rixdallers, et on lui laisse prendre les bijoux et 595 marcs d'argent , en lui rappelant ce qu'il a promis. JHémoire$ in-folio, dam les Archive» de fVeymar.

* Gomme le siège fut commencé et achevé par les conseils de d'Erlach et par son aide, on lui confia la garde de la place. Il était de maison à la gloire de laquelle il était difficile d'ajouter. Boêsampierre, 521.

* On crut qu'an Espagnol l'avait empoisonné pendant son séjour à Pontarlier. Souvenin de Caylui, p. 25. — Muller'ê annaUn, 560. — Croiii epistoUe, iU6, 1217, 122/1, 1249. » Puffendorf, S75. —Paul Heuser d Vauditeur général Wdlker, Lacens, 2 juin 1689. De toutes parts venaient des avis de prendre garde au poison.

' Comme Jénatsch , non à sa manière.

* Longueville traversa Neuchitel , allant en prendre le commandement. Les trois voyagea de Henri, dans le Conserv, suisse.

Lui -même y il demeun commandant-général du Brisgau , avec une pension de 30^000 livres et une grande autorité. Sa voix se fit écouter de Constance au confluent du Rhin et de la Meuse. Il prit^ en cour^ place avec les grands du royaume ^ Il eut ses agens à Paris, ses résidens auprès des Gantons. Des Suisses, en grand nombre, allèrent apprendre sous lui le métier des armes ^. Son grand crédit chez les Confédérés fut employé le plus souvent dans les intérêts de la France ^ Les envoyés impériaux avaient vanté, devant une diète, convoquée dans le but d'obtenir l'intervention des Cantons en faveur de la Haute-Bourgogne, la fidélité de la maison d'Autriche à observer Talliance héréditaire. Là-dessus d'Erlach fit parvenir aux Confédérés un plan, tiré des archives de Brissach, pour surprendre les villes de Mulhouse , de Baie, et réduire la Suisse protestante. Son influence apaisa la vivacité des resseor timens qu'avait soulevés Richelieu, en violant les capitulations. Entraînée par lui, Berne déclara, h première, qu'elle ne ferait point difficulté de laisser ses soldats servir hors des frontières du royaume. On alla jusqu'à donner deux nouveaux régimens, sous les oo-

^ Mémoires , I , S9. — Znrlaubcn , m, &20. — Biog. nniv.

' II donna à Sigismond , son consin , le commandement d'on régiment de cavalerie qui porta son nom , et dont il Tonlat qne tons ks officiers fassent nobles de naissance. Mém., 815.

* Le séjour des tronpes weîmariennes dans le Jara irritait les Gaotov catholiques. Soleore finit par déployer ses enseignes et par chaner les étrangers do ch&teau d'Anguenstein. ^ Ne croyei pas, écrivit d*Erlach, que nos soldats se soient retirés devant vos milices, auxquelles ilsprooTeraient au besoin leur supériorité. Vous devei leur retraite à l'interveDtion du roi et de Berne. » Il renonça plus tard à la bouigeoisie de Beioe, et écrivit cavalièrement à leu^s seigneuries : DienitwUiigt (officieoK seigneurs).

lonek Yolfgang Gréder et Albert de Watteville. Plu- * sieurs compagnies partirent sans avoir prêté serment. Lucerne , Schwyz y Unterwalden et Zoug seuls ne prirent aucune part à cette levée. Us obtinrent de leurs confédérés le passage pour 2^000 Espagnols, et laissèrent le colonel Zweier enrôler un régiment pour TEspagne^ Ainsi marchait la Suisse , boitant des deux côtés 9 et cependant inclinant toujours davantage vers la France. La voix de d'Erlach essaya de ramener à cette puissance la Rhétie elle-même.

Les Grisons sollicitaient encore de l'Espagne et de TAutriche la reconnaissance des droits qu'ils avaient reconquis. L'Espagne s^était quelque temps montrée pour eux pleine de bienveillance. Elle avait pris à sa solde les 3^000 Rhétiens qui veillaient sur la Yalteline. Puis ce régiment avait été réduit et emmené en Lombardie '. Elle avait demandé, comme preuve de bon voisinage, que les ouvrages opposés au fort de Fuentés fussent rasés. Les Grisons les avaient fait disparaître^. Cependant point de réponse à leurs vœux. Quand enfin le marquis de Léganez, gouverneur de Milan, leur avait oCFert une convention , elle s'était trouvée ne pas rétablir les choses sur l'ancien pied. Dans l'espoir d'être écoutées plus favorablement à Madrid, les Ligues y

* Diète du 17 an SO janvier 1629, à Soleure. — Oafner, 791. — Fribonrg ne veut pas servir hors dn royaume. Bàle réserve l'Empire et ses coréligioanaires. D'antres font jnrer leors soldats qu'ils ne serviront pas contre leors confédérés dans les Grisons. Défense aux compagnies de • partir sans pennission des supérieurs , de peur de voir empirer le service. ■

> Zweier introduisit à Milan la tactique de GusUve- Adolphe. Les mousquets remplacèrent les lourdes arquebuses. Peu à peu l'on déposa le casque , le corselet , les anciennes armes défensives.

* Sprecher, 445. — Porta. — Tschokke.

avaient envoyé Jacob Schmidt , André Sprécher ei Rodolphe de Salis. Mais les années s'écoulaient sans que ces députés vissent un terme à leur négociation. L'Espagne cependant usait en liberté du passage de h Valteline^ et attendait que les circonstances lui permissent de faire de nouveau la loi à la Rhétie. LaValteline importait trop à la maison d'Autriche ponr qu'elle consentit à la laisser rentrer sans condition 90qs la domination des Ligues ^. Alors les communes se souvinrent du langage de Rohan^ à son départ. Elles refusèrent à Léganez 1^500 hommes^ qu'il leur demanda^. Jénatsch laissa lui-même échapper le moC: « Mettons-nous, sans plus tarder, en pleine possession delà province. » Ce qu'il conseillait^ il l'eût fait| sik mort n'eût choisi cette heure pour le frapper.

Il venait, un soir, avec P. Gouler, Rod. Travers et plusieurs autres officiers ^, de prendre part à un ten* quet^ dans une guinguette des environs de Coire. Commencée dans la dispute, la soirée s'achevait dans la danse ^, On allait se quitter, quand entra Rodolphe) fils de Pompée Planta. Une injure récente aiguillonnait la haine mortelle qu*il portait au meurtrier de son père^

' L'aichidnchesee Glandia offrait d'échanger la Valteliiie contre vUUê foreêiUru* > Join iSftS.

* Ambroiae de PlanU , Othon de Haldenatein , Gh. de Salis, eie. » Ib savaient toat • Sprechgr, 475. — La goingnette était eeUe à Faosch , le marchand de petits pfttés « an chaperon pondrenx • ( ^ êtattbigtm HuiUin); aujourdliai dans un jardin de Salis.

* Lettre dn 15 janvier, sor la mort de Jénatsch, dans la SîbLde Berne , V, 208. Il éuit dix heures. Distributeur de l'or de deux moa»' ques, il avait beaucoup de compagnons de plaisir (maiUfr€u»de)i p** un ami.

* Peut-être l'avaient-ib pris pour arbitre, comme homme tt*fJi«W*»

Planta croyait avoir été traité défavorablement par Jenatsch dans le partage des biens de son oncle^ Rodolphe de Planta^ entre les Travers et lui. Le capitaine Conra* din Béli^ et vingt-cinq hommes du Haldenstein , tous masqués^ le suivaient. L'on dit que parmi eux se cachait la sœur de Planta^ Lucrèce^ femme de Travers d'Ortenstein. Depuis des années elle attendait de voir se lever le jour de la vengeance. Elle avait saisi le moment de l'irritation de son frère pour le porter à frapper^ . Voyant sV vancer Planta^ Jénatsch^ le visage serein^ lui présenta la main, comme pour l'introduire. Une balle^ à ce moment^ lui traversa les joues ^. Il saisit , pour se défendre , un chandelier^ premier <^jet qui se trouva sous sa main. Mais un coup de hache^ asséné d'une main vigoureuse^ le renversa sur le plancher^. La hache était celle qu'il avait trempée dans le sang de Pompée Planta; Lucrèce l'avait soigneusement gardée pour qu'elle servit à ce coup. Les lumières s'éteignirent. Six coups de hache répétés achevèrent Jénatsch. Ainsi périt, à 42 ans^ au sein d'une fête , entouré des officiers ses compagnons d'armes ^ ^ et frappé d'une main traîtresse , un homme

aux affaires. « Vie dissipée , folle , adultère ; da reste , bon paîeor, économe habile. ■ Sprtcker. Sa conversion an catholicisme , comme le reste, avait été an moyen; ses fils furent élevés dans la religion protestante.

*• Gonservatenr suisse , L 122. « De ce jour le remords la saisît. Elle fonda nne rente annoelle à perpétuité (ftOO fl.) pour l'entretien du temple et le soulagement des pauvres de la paroisse. La hache se conserve dans le cb&teau, • — Doc. de M. Th. de Mohr. — Gonserv. suisse.

* Thuringcr lAcha ce coup. Birtsdi frappa de la hache renversée.

* • Gomme un bœuf. » — Ils sortirent emportant son épée et son chaperon.

^ « Le roi , la veille du jour de la mort de Jénatsch, demanda à Salis : « Quelle nouvelle? — Aucune. — Jénatsch est mort? > Doe. de Mokr^ — Jénatsch prévoyait qu'il mourrait de mort violente.

608 UJSTOlilE DE LA SUISSB.

qui avait été le sauveur de sa patrie. Au péril on Tavait toujours vu le premier. Dans l'art des courSy il avait vaincu l'Espagne et la France. Personne mieux que lui ne savait employer à propos les caresses^ h menace ou l'éloquence de la raison. Du rang de pauvre ministre/ zélé pour sa foi, et d'humble pédagogue ^ , il s'était élevé à celui de généi*al du peuple des Ligues et de gouverneur du comté de Ghiavenna^ Son corps fut déposé dans la cathédrale avec une pompe guerriéi*e. Personne ne songea à le venger.

Tels étaient les temps. Il était rare que la loi fût assez puissante pour enchaîner la fureur des factions. Rodolphe de Planta n'était pas destiné , lui non plus, à être épargné par l'épée. Une querelle s'étant éM entre lui ^ et son cousin , Rodolphe Planta de Steio^ berg, pour la place de juge criminel de la Basse-Eogadine, le peuple se partagea entre eux. Des assassins furent soudoyés. Le sang coula. Une sentence arti* traie de Victor Travers^ bailli de Castels^ opéra une apparente réconciliation. Les deux cousins se reodirent ensemble dans la Valteline pour y aller prendre possession de l'héritage du chevalier Rodolphe de Planta. Mais , à leur retour , au passage du col de Bormio t Zambra de Prévost, le confident du meurtrier de Jé-

^ Dans la maison de Baptiste de Salis.

^ Avec un pouvoir sans bornes. — Stampa , citoyen de GhitTemUt louait un jour le r^;iment d'Ulysse de Salb comme mieox teno ^ celui de Jénatsch. • Ti costaro dei tuo sangue , » munnora celui-ci* U le croyait espion de la France. Peu après il le fit inviter par on enlvit h venir se désaltérer dans une grotte (cave); Slampa y fut IrouTép^ de vingt-deux coups. Spreeher^ S 65. — Th. europ,, IF^^hb.

* On le nommait PlanU de Taraspe , où il était bailli , pour ie ^ tingaer de son cousin.

* Wormseijoch. — • Comme si la glace eût fait tomber son cher*!''

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natsch ^ frappa Planta de Steinsberg de sept coups ^ et le précipita du plateau de Saint-Martin dans Tabime. Aussitôt retentit un cri de vengeance. Les partisans de Steinsberg s'assemblèrent^ assiégèrent le château de Cernetz et le prirent d'assaut. Zambra fut contraint à s'ouvrir les veines dans lebain. Planta fut jeté dans une prison^ où quatre hommes masqués allèrent l'immolera On se croirait au siècle des Atrides.

Sur ces entrefaites , les ambassadeurs, envoyés par les Ligues à Madrid , remirent , après deux ans d'absence f le pied sur le sol de leur patrie. Ils revenaient la poitrine couverte de chaînes d'or , les mains pleines des libéralités du roi ^. Mais lorsqu'ils eurent ouvert devant les comices la convention cachetée qu'ils apportaient, un long murmure de mécontentement se fit entendre. L'Espagne se réservait de grands privilèges. Elle ne voulait pas permettre à des baillis protestans de descendre dans la Valteline. « N'avons-nous donc rasé nos forts y s'écrièrent des députés ; n'avons-nous laissé partir pour Milan notre jeune élite que pour voiries Espagnols nous ravir nos droits ? Ont-ils donc oublié que c'est parce que les Français nous ont trompés^ qu^ils ont du quitter nos montagnes ? » Ce fut alors qu'un agent de Louis XIII reparut à Goire ^, et que la voix de d'Erlach se joignit à celle de Zurich et de Berne pour détacher les Grisons de toute alliance qui ne leur rendrait pas la plénitude de leurs droits. Ce langage fut écouté. Il le

* Le S4 février 1640. — Sprecher, 4S4. -- Tachokke. — Oq lit sar la tombe de Plaata : « Qno natura fugit? Quo fugit aima fides? »

^ Mai 1639. Vas un de leurs serviteurs qui n'eût été honoré des libéralités de Philippe IV. Casnédo, envoyé de Milan , assurait que l'ambassade avait coulé 100,000 couronnes au roi. Sprecher, 491.

' Yiguier, interprète de l'ambassade française en Suisse.

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