XII
fut surtout par Pierre Gouler y qui commaudûthg»nison du fort du Rhin , et qui , depuis quelque temps, ne se montrait qu'entouré de serviteurs armés : car 3 ne se fiait pas aux Espagnols. Alors l'inquiétude pas» dans d'autres rangs. Léganez invita les Grisons à lui envoyer , à Milan , de nouveaux ambassadeurs. Il les reçut avec courtoisie ^ des envoyés de la ValteliDe atec froideur. L'évèque de Côme avait vingt fois déclaré la souveraineté des Ligues incompatible avec la religion <k la province ; sous un vent nouveau l'oracle changea de manière de parler ^ . Dés lors rien ne s'opposa plus à b conclusion d'une paix perpétuelle entre le roi catholique et la Rhétie^. Le capitulât de Milan fut reDOOvêlé. L'état des choses de 1620 fut rétabli. Lesdroiis souverains des Grisons et les libertés des sujets furesl également déclarés inviolables. Les baillis de rel^ évangélique ne devaient point prolonger leur séjoor dans la province au-delà du terme de leur préfecture* Les Grisons s'engageaient à raser les forts de Sondiioj de Chiavenna et celui du Rhin; les Espagnols ceux qu'ils avaient élevés à Dasio , à Musso et sur la colliœ de Peschéda. Les Valtelins, sans plus d'espoir, courU* rent la tète^. L'Espagne resta leur recours^ comme k garant de leurs franchises ^. Robustelli s'éloigna, dé*
« Gantù. — Août 1659.
^ Le S sept EnhO articles. Le parti Trançais , Goaler surtout, s'éleva contre tout ce que donnait à l'Espagne ce traité , fait ^avee Us Lig^^ avec leurs sujets, » Si Jénatsch eût vécu, le puissant! {der gwaltige!)* ^ sait-on. Réflexions patriotiques du coU Guler. mss, Urkunden Slg» » ^ Soc. hist, de Coire.
3 En frémissant. Recours à Rome. Plaintes toujours nouvelles, agiUiionscn 1652, 59, 69, etc. Ils avaient demandé à d'autres ce qa'î^ n'eussent dû attendre que de leur courage. De Simonis,
* Gomme la France de celles du Pays -de- Va ud.
daignant d'obéir où il avait commandé. L'étroite vallée de Saint-JacqueSy qui du Splugen court, de rocher en rocher, jusqu'à Chiavenna, n'avait pas attendu ce jour pour prêter de nouveau serment à la Rhétie. Elle reçut , en récompense , le droit de se régir au civil, et celui de nommer quatre juges pour siéger au criminel, sous la présidence du bailli de Ghiavenna^ Il ne restait aux Grisons qu'à renouer avec l'Autriche des liens brisés par les armes. Mais les princes de cette maison n'y consentirent qu'après de longs délais. Il en coûtait à l'archiduchesse Claudia de renoncer à employer le nom de sujets ^ en parlant du peuple des Dix-Droitures et de la Basse-Engadine. Enfin cependant elle s'engagea , le 9 août 1 641 , à renouveler l'alliance héréditaire et à annuler les traités postérieurs. L'alliance fut confirmée par l'Empereur et jurée, selon l'ancien usage des Allemands, parle touchement de main, dans le château de l'archiduc à Feldkirch;
Ainsi s'apaisèrent les troubles de la Rhétie. Si parfois encore l'Espagne , abusant de sa force , fit passer par la Yalteline plus de troupes qu'il ne lui appartenait; si Venise, par de secrètes levées, répandit dans les Ligues quelque agitation , la paix du pays n'en fut que légèrement troublée. Les vallons refleurirent. Les bergers reprirent leurs tranquilles habitudes. Les deux
* Sprecher 535.
^ P. Gonler repoussa hautement cette qualification, et prouva , par rantiqne convention des sœurs Gunegonde et Catherine de Werdenberg avec les Davosiens, comme par la sentence portée à Meyenfeld, en 1611, que les comtes de Tyrol s'étaient engagés à s'abstenir de nommer leurs sujets les hommes libres de Davos. Mes, de Guler. — Chr. de Davos. Gouler y est nommé « eîn wohlgstudierter Schœncr Herr. » — Tschokke, A Porta, 612.
ÉgUses réparèrent à lenvi leurs brèches. Les commuDes relevèrent leur économie. C'est après l'orage que la terre se plait à montrer sa fécondité^ rhomme ton industrie. L'énergie la plus active et Vamour le plus jaloux de la liberté se déployèrent dans les vallées qui avaient le plus souffert. Ce fut du Prétigau et de TEngadine à qui composerait le premier la somiDe nécessaire pour acheter de TAutriche son entier affranchissement- Un événement vint ajouter à la soif qu'ils montraient d'acquérir leur pleine indépendance. Depuis des siècles Davos était considéré comme le chef-lieu des Dix-Juridictions. La gestion des affaires communes était confiée à son landammann , toujours un Gouler^ un Sprécbr ou un Buol. Mais Pierre Gouler^ ayant cherché mtment à remplacer dans cette charge Meinrad Buol^gni la remplissait depuis treize ans , s'adressa à la jalousie des autres juridictions, et les persuada qu'elles n'avaient pas moins de droits que Davos à la direction de la chose commune ^ • Les deux autres Ligues essayèrent vainement d'interposer leur médiation. Comme les amisde l'Espagne se prononcèrent pour Davos et les ëvangé* liques pour les communes, il n'y eut bientôt plus dans la Rhétie d'homme qui n'eût pris parti. En ces circonstances Zurich, Berne et Claris crurent devoir offrir leurs bons offices. Henri Waser^ chancelier (k Zurich, se rendit à Coire avec leurs pleins pouvoirs.
* • Il pensait que cette charge lui servirait à obtenir la thvg^^^ lucrative de capitaine-général de la Valleline. • Spreeker, 577. Les loop malheurs de sa patrie n'avaient pas pesé sur le cœur de Sprecher comnic le fit dans sa vieillesse la perte des privilèges de Davos. — Onler fat toi peu après dans un tumulte à Coire.
Accepté pour arbitre^ il prononça^ : « Davos continuera d'être la première des Dix-Droitures et le lieu des assemblées de la Ligue. Le landammann sera nommé par les Dix-^Juridictions à tour j mais Davos sera compté pour deux communes et nommera deux fois lorsque son tour sera venu. » Ainsi se termina le différend. Dans tout son cours, les Davosiens s'étaient vantés de leur complète indépendance de l'Autriche ; or ce fut ce qui enflamma les autres communes d'une ardeur nouvelle pour acquérir la leur.
Elles firent si bien que, cinq ans après que Waser eut prononcé sa sentence arbitrale, Closters, Kastels, Jénatz, Schiersch, Séévis etCourvalden achetèrent, pour le prix de 75,000 florins, les droits qu'en des temps anciens, les Habsbourg avaient hérités des Montfort ^. Trois ans plus tard Belfort, Saint-Pierre, Langwies et le Schalfick donnèrent, malgré leur pauvreté, 20,500 florins à l'Empereur pour leur rachat. La Basse-Engadine elle-même, que la guerre avait désolée jusqu'à ne lui rien laisser, se libéra la même année encore par une somme de 26,000 florins. Puis le peuple de la Rhétie rentra dans une paix qui ne ftit plus interrompue que par les rivalités des grandes familles, la lutte, tantôt sourde et tantôt ouverte, des deux Églises, et des querelles de village, consignées dans la chronique de la commune, le plus souvent ignorées des vallons voisins. Appelés sur la scène de l'histoire, les Grisons s'étaient montrés avec l'œil vif, pénétrant, l'éloquence natu-
^ Nov. i645. Chacun des deux partis avait nommé ses prétendus arbitres. Waser prononça comme sararbitre.
* ^ Janvier i649. Le Rheinwald s'était racheté déjàeni694, de Ch. Trivulce, pour le prix de 25*000 florins. — Fosli, hisL merkwiml der Schweîtx.— A Porta. — Tschokke.
relie, la présence d'esprit accompagnée de réflexkmet de ruse, et avec la fierté sérieuse, qui les caractériseoi. Us revinrent à cette insouciance des choses du monde, dans laquelle se complaît le peuple des Hautes-Alpes; heureux d'être oublié , pourvu qu'il conserve une indépendance assurée par son indigence et son courage* Tandis que la Rhétie retrouvait le repos, la guerre achevait de dévaster tous les pays qui entourent h Suisse. L'empereur Ferdinand II était mort sans qœ la Vierge Marie, qu'il avait priée d'être son généralissime , lui eût donné la victoire sur ses ennemis. Ferdinand III, son successeur ^, combattait pour la paix, non pour l'empire ; mais la paix ne cessait de reculer devant lui. Âpres des défaites elle paraissait une honk, après des victoires une folie. Même à la suite des htailles les plus sanglantes, les vaincus se ralliaieot, aussi retoutables que jamais. Dans toutes les armées se trouvaient des Suisses, surtout dans celles de France. Les régimens Mollondin, Gréder et Watteville avaieot été suivis par les régimens Rahn, Pfyffer, Praroman, RoU et Am Bull ^. Les compagnies neuch&teloises (k ces divers corps avaient été réunies pour former ua régiment nouveau, sous le colonel Guy d'Audanger. On portait à 20,500 hommes le nombre des Gonfëdérà qui servaient le roi. Décidée à mettre la victoire de son côté , la cour de France prodiguait en Suisse les pro-
* Enl6S7.
^ Les compagnies de la garde avaient été portées à dix-nenf. Freola les commandait Le colonel Rhan eut poar successeur LocfamanD ; K colonel Praroman, Reynold ; c'est à tort que d'Alt nomme ces denûoi colonels à cette époque» ajoutant an nombre des rumens.— GrivdE mena , en i642 , un régiment à Milan. Lussy, en 16AA. Am Rbyn ^ ▼ait en Savoie. Arch. Turin, Pieg. eo SaiMteri, matzo IF, 18-30.
messes y les mensonges hardis , tous les moyens de séduction ' . Les Confédérés avaient cent sujets de plainte contre elle. Les péages étaient accrus, surtout à Lyon. La guerre était portée en Franche-Comté. Le roi refusait d'accorder aux prières des Cantons la neutralité de Constance. Les pensions^ la dette n'étaient pas payées. Lesrégimens étaient employés à Fattaque des terres impériales. Tous les jours cependant partaient de nouveaux aventuriers. Plus de diète sans que se présentât la question des transgressions de la France. Lucerne , Schwyz^ Unterwalden 9 Zoug, AppenzelP sommèrent les Confédérés de rappeler leurs soldats du service d^un roi violateur des traités. Les Cantons se contentèrent de répéter chaque année à leurs ressortissans la défense de servir contre la teneur des capitulations. Peu d'entre les mercenaires obéirent à cet ordre. On avait dispersé les régimens en Catalogne^ en Italie, en Flandre, de manière à ce quils ne pussent s'appuyer et qu'ils fussent plus faciles à ployer à l'obéissance. Les colonels appartenaient au roi bien plus qu'à la patrie. Capitaines, soldats étaient entraînés. Cependant les Neuchâtelois, ayant reçu l'ordre de s'avancer en Alsace , refusèrent de se mettre en marche. « Plutôt mourir, s'écrièrent-ils, que d'encourir le reproche d'avoir préféré quelque avantage à celui de la Suisse , notre chère patrie ! Résolus à ne point nous séparer de ceux avec qui nous avons coutume de supporter le bien et le mal,
^ Gaomartin était ambanadear (1641*47). Diète à Soleure en février, à Baden en juin 1641. Résolution de rappeler les tronpes suisses. La France n'y prend pas garde. Neutralité de la Franche-Comté , retraite des soldats en quartier dans le Jura. L'ambassadeur promet tout , pour tout oublier sitôt les levées faites. Diète de Soleure, Dec. 1641.
> Recés, 18 août 1641.
nous supplions la cour d'employer nos vies en lieux où nous puissions guerroyer sans être criminels ^ » Dam les Pays-Bas^ les Espagnols, irrités de rencontrer les Suisses sur des terres qu'ils eussent voulu les voir défendre, avaient juré de ne leur faire point de merci. Les Confédérés s'en vengèrent à Rocroy ^. Les régimens MoUondin , Watte ville et Roll ne firent , dam cette grande journée, aucun quartier aux bandes espagnoles ^.
Entourée de combats, une terre seule était épa^ gnée : c'était celle d'où partaient tous les jours des auxiliaires pour la France, l'Espagne, Venise, ou pour Tarmée de d'Erlach. Aussi des fugitifs venaient-ils de toutes parts en Suisse mettre à l'abri leur vie^ et ce qu'ils avaient pu dérober à la rapacité du soldat. Il se trouvait dans le seul comté de JBaden 7,000 de ces réfugiés. La Thurgovie, Zurich, Baie, Neuchâtd, le Fays-de-Yaud, en étaient pleins. On en comptait 1,800
* Hory, Meuron, Pury de la Pointe, Pary, Tribolet, RoUin , BCcbd Dncret. 97 mai 1643. Leur colonel avait promis à Turenne qu'il lesfeiât marcher. « Ils vont an combat plus faasardeusement et dans un vaW ordre que les Suisses. » IfAviti, descr. de CEurope,
3 Le 19 mai 1643.
* Les Suisses ne s'accordaient que pour ne pas laisser se perdre leur antique réputation de valeur. Gréder, investi dans Aire , avant d'aToir reçu de» approvisionnemens , ne s'en défendit pas moins pendant tro's mois. Il Gt monnayer sa vaisselle pour payer ses braves. On fitboaillirltt bandouillères. Les chiens , les chats , furent réputés desi mets exquis. U fer, la fatigue , les privations emportèrent le colonel avec presque tons ses gens. S sept. — 7 dée. 1641. Hafnerj 296. —Zurlauben, VL-^Mé^ de Gréder, — Àubery,mém, pour l'hUU de Richelieu, — Siri, 3ferc.,î8A.— Gazette de France. — Du Bouchet, preuves de Vhist. de CoUgnjr, p* 799, 887, 1005. — Mém. des alJaires du roi avec les Suisses ( B. royaU. Aftn. 13,090). Labardœi, de rébus gallieis, L. FI. — Fie de Condé, Us Suisses commencent à se faire à la guerre des sièges.
à Raperschwyl ; autant dans le bourg de Schwyz. Ces exilés enviaient le sort des Cantons. Cependant le mécontentement y grondait sous les apparences du calme. Le peuple suisse avait souffert dans sa gloire et dans son amour de la liberté. Il s'était senti blessé chaque fois que le sol helvétique avait été foulé par des armées étrangères. Sa plaie eût pu se mesurer à la joie qu'il montrait chaque fois que se réveillait l'honneur national. Un jour les Balois firent une sortie sur la garnison de Huningue et lui reprirent^ après un vif combat y du butin fait sur terre suisse. Pendant que ' les Autrichiens occupaient Rheinfelden , un de leurs escadrons fit quelques paysans suisses prisonniers et leur enleva leurs attelages. Aussitôt Grasser, citoyen balois, prend 40 cavaliers^ et se jette sur Rheinfelden d'une course si rapide que la garde n'eut pas le temps de baisser le pont-levis. Il s'élance, brise la porte, reprend les captifs, les chevaux, le butin, et rentre au son de la trompette en triomphe dans Bâle. Toute la Suisse applaudit à son exploit ^
Mais elle était réduite à éprouver le sentiment de sa faiblesse plus souvent que celui de son courage. Que pouvaient des républiques déchirées, dont les chefs, vendus à l'étranger, étaient plus occupés de leur crédit auprès des cours que de la gloire de leur patrie? Le peuple avait perdu deux biens que, dans une république, aucun ne remplace : la confiance et la fraternité. Des souffrances matérielles ajoutaient à son malaise. Lorsque l'Allemagne dévora ses propres en-
* Oct. 1656. Meister, I, 995. — Ocfas. — Bàle avadt, avec quelque précipitation, renda à l'Autriche le Graod-Hnnîngue , long- temps engagé. Elle profita des circonstances pour acquérir le Petit-Huningue.
traiiles ; que ses fertiles plaines cessèrent d alimenter THelvétie et lui versèrent leurs populations, le prix des choses nécessaires à la vie dut croître singulièrement. Le coût du sac de blé dépassa 30 florins ^ La moindre habitation fut louée chèrement. Le prix des pièces d'or et d'argent monta si haut, que l'écu d'empire^ qui valait au commencement du siècle près de deux florins, s'échangea tout-à-coup pour dix et davantage. Cependant la taxe qui fixait les salaires nV vait pas été changée ^. La diète crut devoir réduire à la moitié la valeur nominale de l'argent. Elle ordonna que les capitaux empruntés avant le commencement do siècle fussent acquittés sur ce pied *. Elle ne put empêcher beaucoup de petites fortunes de s'écrouler, tandis que de grandes se faisaient. Des contrées entières furent ruinées. Le prix descendit^ s'éleva de nouveau. Chaque tour de la roue de la fortune accrut le nombre des victimes.
Zurich et . Berne ordonnèrent en ces circonstances
*■ En 1623, telle fut la cherté que la semence fut dévorée et qo^b terre resta en friche. La foule , d'un regard pitoyable , cherchait qodque aliment qui pût remplacer le pain; et cependant la récolte avait été abondante. Le quarteron de blé était à quarante baU dans le Ptjs^ Vaud, le vin à 7 batz le pot. Rien de semblable en France et eaSaToie> Ainsi durant 18 mois. Avant de faire le prix de la marchandise, il f^' lait commencer par fixer celui de l'argent Grenu. Comptes divert. Dms FAppenzell le quarteron de blé se vendait 5 florins, le vin 15 kreottfT' Le doublon valait 12 florins. FaUer. A Soleure, le pot devin coûUS florins , la livre de beure 20 baUen , le pain 1 fl. Hafner. Les gouvernemens s'enrichirent. Soleure put acheter S,400 fl. le beau tableau à Vullieratsur la légende de St.-Onrs. Schinu^ Dwrstelerê Handêckriften.
^ A Genève, la journée de l'ouvrier avait été taxée, en 1611* à 9 sok' Elle monU en 1650 à 52, et redescendit en 1685 à 18 sols. Laloi<K' fendait de donner davantage.
' En 1656.
UVRB XI. CHAP. Yl. 619
' un impôt sur leurs sujets. La guerre, toujours à leurs portes, avait nécessité des dépenses extraordinaires. L'arquebuse ayant été remplacée par le mousquet , les arsenaux avaient dû être renouvelés ^ Berne , suivant les conseils d'Agrippa d'Aubigné, réfugié à Genève^, s'était environnée de remparts, estimés être des plus beaux de l'Europe ^. Elle l'avait fait , sans se laisser arrêter par les menaces du peuple , qui croyait les nouvelles fortifications tournées bien plus contre lui que contre l'étranger. Zuricb avait attendu que des périls immi* nens recommandassent son projet, et que la voix populaire de Breitinguer eût dissipé les craintes des campagnes ^. Elle avait fait si bien que de plusieurs bailliages elle reçut la prière de ne point différer l'exécution de son dessein. Alors chanoines, conseillers, suivis d'un grand peuple , se rendirent à la porte de Niederdorf , prirent la pèle, et, après l'invocation du nom de Dieu, commencèrent l'ouvrage ; puis ils remirent les instrumens aux mains chargées de l'achever. Mais c'était peu encore. La défense des frontières avait exigé de fréquens armemens. Les villes, de tous les Confédérés les plus menacés, en avaient le plus souvent supporté la
* Le fasil, plus léger, ne tarda pas à remplacer le monsqnet En 1647, sar iOO boromes, on comptait 60 mousqnets, i5 harnais, 15 longues piques et iO hallebardes. Beaucoup de canons furent achetés des Suédois.
* Au Crest. Ses restes reposent dans St Pierre.
* En 1635. Le comte de Snse les y aida, prêté par le roL II les aguerrit sans les amender. Miron. De Treytorrcns fut aussi consulté. Delieia wrbU Bemœ. — De Rodi, Kriegsw. der Berner, H, 128.
^ Surtout dans les sermons du vendredi, destinés au peuple de la campagne. On commença en 164 S et n'acheva que bien long-temps après. C'est la dernière fois que les communes sont consultées. fVa$$erkireke. Coll. Leu et Va$er,-^ VaU Slg.
charge. En cette situation, Zurich la première essaya de lever un gite de guerre sur ses ressortissans. Berne crut pouvoir l'imiter *. Elle ordonna, le 7 janvier 1641, une taxe sur les fortunes. Libre à chacun de Giire, selon sa conscience , le compte de son bien, pour en déposer le millième denier dans la caisse de l'État. Les étrangers domiciliés dans le canton furent soumis à une capitation de huit batz par tête ^.
Cependant les communes n'avaient pas été consultées. Elles savaient qu'aucun compte ne leur serait rendu. Elles croyaient avoir de justes motifs de penser que la fortune publique n'était pas toujours administrée par des mains intègres. Un fait récent, dont les esprits s'étaient vivement occupés, les avait confirmée dans cette persuasion. Frischberz , d'une famille plébéienne , s'était élevé par le talent à la seconde place de la république. Il y avait six ans qu'il était trésorier, lorsqu'il fut accusé d'être un économe infidèle des d^ niers de l'État. Sa réponse fut : « J'ai été aussi loyal qu'aucun de mes devanciers. » Frischberz baissait les nobles, et, se sentant appuyé par la bourgeoisie ^ ill« avait souvent blessés par ses propos. Jean-Louis d'Erlach s'était vu lui-même repris par le fier plébéien, uo jour qu'il s'était présenté botté et éperonné dans b salle du conseil. Frischberz pouvait s'être rendu cottpable de malversation ; il l'était assurément d'avoir offensé ses juges. Il s'enfuit à Sienne ^. Ayant pris, dans
^ Autrefois les communes se cotisaient pour commencer U cafflp** gne ; la victoire pourvoyait an reste. A cette heure les communes ressent tout. • Les officiers sont de la ville ; c'est à la ville à payer ses hommes d*armes. »
^ Gontributionsmandat vom 7 Jener i6Âi.
^ ipeme demanda trois fois son extradition.
le dessein d^aller plaider sa cause devant la diète, le chemin de Zurich, il fut^ à son passage à Rheinfelden, arrêté par d'Erlach, et livré aux seigneurs de Berne. Comme il savait les secrets de l'État , et qu'il connaissait entre autres les intelligences des villes avec les Suédois ^, le sénat le mit sous la garde de bourgeois assermentés, commandés par des membres du Conseil. Un écrit , trouvé dans ses papiers , accusait le gouvernement de la république de mauvaise administration , de tyrannie et de parjure; ce fut un nouveau crime. Dans les fers , il repoussa hautement Taccusation d'avoir volontairement failli. Quatre-vingt-deux voix contre soixante-quinze le condamnèrent à perdre la tète. Cet arrêt fut exécuté sans retard, devant la maison de ville , en présence de la multitude étonnée ^. Prés de deux siècles après, des ouvriers , en réparant un mur de la salle du sénat, firent tomber un crâne : le peuple le crut celui de Frischherz.
Le sort du trésorier était présent à tous les esprits ; ses accusations contre la seigneurie étaient dans toutes les bouches , lorsque fut promulgué l'impôt du millième denier. Il souleva une vive contradiction. La durée de la taxe n'était pas déterminée; on craignit qu'elle ne fût perpétuelle. Les premières plaintes se fi* rent entendre dans les villes d'Argovie^, fatiguées par le long séjour du cordon de défense. Le mouvement gagna Lenzbourg, Wangen, quarante communes ; puis
* Lettre aux dépotés de Berne, à Ârau.
^ Dans le Ueirenzimmer, dans l'Isle.
' Le 5 mars 1640. c Avec passion. » Mss, d*Erlaeh, • Sans passion ; mais jaloux de l'honneur de la république. • Tillier. Manuel 787.— Helvetia , U , 263. -- Mss. Wettstein , III. Pas d'affaire dans laquelle on ne rencontre la pacifique intervention de Wettstein.
le Sibenthal et le Gessnay. Les communes mêmes qui ne se soulevèrent pas déclarèrent qu'elles ne pren-* draîent pas les armes contre des frères. Le Pays-de- Vaud presque seul resta fidèle. Ce n'était pas que le mécontentement ne s'y montrât. Lausanne , toujours impatiente de la condition de ville sujette ^ le bailliage de Romainmotier et celui de Chilien avaient repoussé l'impôt ; mais ils se laissèrent persuader par les explications de la seigneurie. Les Vaudois , Sienne , Neuchâtel, Genève se tinrent prêts à marcher. Les Cantons évangéliques proposèrent une conférence à Arau ; mais^ jalouse de son autorité^ Berne ne se pressa pas d'accepter leur secours. Elle résolut d'essayer la persuasion^ en même temps qu'elle jeta des garnisons dans ses châteaux^ et qu'elle pria d'Erlach de s'avancer avec quelques troupes dans le Frickthal. Ce mouvement du général weimarien répandit la terreur jusqu*à Thoune. Alors l'avoyer de cette ville, Nicolas Bachmann, ayant acheté chèrement dix hommes, fit arrêter par eux, dans la nuit du 9 au 1 0 mai, Nicolas Zimmermann , l'un des chefs de l'insurrection. Aussitôt la femme du paysan court, deqii-nue , réveiller ses voisins par ses cris. Us prennent les armes. Tous les villages des environs de Thoune se soulèvent. Quinze cents hommes sont sous les murs de la ville^ menaçant de la réduire en cendrea. Us ne se calment qu'à la vue de Zimmermann^ échappé de prison. U leur restait à formuler leurs plaintes. « Les paysans sont fatigués de
^ Lausanne offrit, sous réserve de ses franchises, un don volonlaire de 25,000 fl. pour être dispensée de la taxe. — « Elle paiera comme le reste du pays. A elle à sortir Targent qu'elle tient sous ses voûtes. • Mars
^ Thoune , Berlhoud, Brandis, Soumiswald , Trachselwald.
corvées. Berne leur vend chèrement le sel et la poudre, dont elle s'est attribué le monopole. Plutôt que de se reposer sur son peuple y elle songe à s'entourer de soldats étrangers; c'est dans ce but qu'elle lève une taille. Ne sommes-nous donc plus de libres Confédérés ? Nous laisserons-nous traiter comme les sujets des rois? » Quelques-uns ajoutèrent : « Point de lods! Poiot de dîmes sur le menu bétail ! Que les ordonnances des magistrats soient soumises à l'approbation des communes. » Le bruit courait que le peuple Lucernois se disposait à secourir ses voisins. Berne^ voyant le péril s'accroître y fit proposer aux paysans une trêve de quinze jours pour chercher les moyens de paix. Ils l'ac* ceptèrent. On convint d'une conférence à Thoune, le 7 juin. Les communes y envoyèrent deux cents députés. Les villes évangéliques , dans la crainte de voir éclater la guerre civile au milieu des guerres extérieures, joignirent leurs représentans à ceux de Berne. L'avoyer Daxelhofer prit la parole : « Si vous avez, ditil, quelque doute sur la nécessité de mesures qui préservent notre chère patrie du ravage des armées étrangères , interrogez la multitude des réfugiés. Apprenez d'eux ce que la guerre a fait de ces provinces dont les villes et les villages ont été la proie de l'incendie , dont le sol reste sans culture , dont les habitans errent sans foyer, mendiant leur pain. Le gouvernement vous impose une taxe pour pouvoir vous préserver d'un sort semblable : taxe si légère, qu'il n'eût pas cru que personne pût en sentir le poids. La ville de Berne la première l'a payée de bon cœur. Quel autre moyen de ne pas laisser peser sur les seuls habitans des frontières une charge qu'il est naturel de répartir également sur tout le pays, puisque tous en retirent l'avantage? On
624 HISTCHRB DB LA SUISSB.
TOUS a dit que Fimpôt serait perpétuel ; le gouvernement Ta fixé à six ans. On a prêté à vos seigneurs Tintention de s'entourer de soldats mercenaires , de prélever sur le blé la neuvième au lieu de la dixième gerbe et de lever une taille sur les arbres de vos vergers ' ; autant de choses auxquelles ils ne songèrent jamais. Leur seul dessein est de prendre des volontaires à leur solde , pour que les pères de famille puissent cultiver en paix leurs champs. Voilà certes des explications faites pour vous contenter. Pourquoi les demander par des voies que vous savez être coupables? Pourquoi mettre des gardes 9 fermer de chaînes les fleuves et menacer de la flamme, comme ferait l'ennemi? Pensezvous que Leurs Excellences soient tombées si b^ qu'elles ne puissent employer contre vous la sévérité) sûres qu'elles sont du secours des Confédérés et de leu allié, le roi de France ? Mais elles voudraient ne recourir qu'à la douceur. Parlez donc , pendant que Theure de la clémence sonne encore. » Zimmermann, Uli' Galli y Rettenmound ^ Rugsagger , tous les députés des communes reconnurent l'erreur où ils avaient été. Us médiateurs demandèrent grâce pour eux. Berne y oût la condition que les paysans fléchiraient le genou daos l'église de Thoune , en présence des envoyés des Cantons y et que dix d'entre eux renouvelleraient cet acte à Berne , devant les conseils et la bourgeoisie. La plai^ se ferma. La maladie rentra dans le corps ^.
* Un batz par pied d'arbre.
* Uli, diminntif d'Ulrich. Nous le verrons reparaître dans l'insont^* tion de 1658.
» Wallevîlle, contîn. mss. — Mém. d'Erlach, 129. — Mcyei'sSchf. Gescb. 521. — Mcisler, I, 419. — Vaterl. SIg. — Roggveilcr Cbronl — En 160», 1610, 1628, Berne avait levé nne taxe temporaires En ^*^'
LIVRB Xi. GHàP. VI.* 625
Ce fut pour reparaître dans le canton de Zurich deux ans phis tard. Zurich avait imposé d'abord à ses ressortîssans une taxe légère ^ ; puis die Favait augmentée. Elle en employait le produit à Faccroissement de ses arsenaux y à ses magasins , à ses bibliothèques et à ses écoles. Secrètement elle commençait à fonder son trésor. L'opposition se montra y en \ 645 ^ dans le comté de Kibourg; elle fut étouffée comme elle l'avait été dans les environs de Thoune. Mais ^ Tannée suivante , elle se releva dans la seigneurie de Wsdenschwyl et sur toute la rive occidentale du lac. Les paysans s'appuyaient sur la sentence de Waldmann ^ du 9 mai 1 489 ^ et sur la mention qui en était faite dans la paix de 1 531 ^. Ce titre ^ s'ils l'entendaient bien, leur assurait, comme à des combourgeois de Zurich, la franchise de tout subside, le libre marché de la ville et le droit de pétition. Les jeunes tribuns,
ceax de Bell^arde , dans le Canton de Friboarg, crarent avoir trouvé dans leurs archives la preuve de leur exemption de toute redevance. Ib s'insurgèrent Réduits par les armes , ils obtinrent grâce à l'intercesâon de leurs femmes. « qui se portèrent cautions corps pour corps de la conduite future de leurs maris. » Conttrv. suiae, XII, 107. — Les troublés de 1641 nes*apaîsentqne lentement dans le canton de Berne. La taxe n'est pas payée ( Es blieb dahinten ). Chron. mn. tPAraiu — Ckr^ du paysan de Brœcherêhausen, — Glar*s Roggw. Chr, — En 1642 , Interlaken et le Hasli refusent Tbommage. Émeute dans le Gesnay. Manuêl 84. — De TUUer Bern, Gesek* IF, il5. — La même année, trou* blés à Zoug , relativement à TimpôL La guerre des paysans eût éclaté, si la vigilance de la Confédération ne se fût tournée vers le dehors. — Dans TAppenzell , la proposition d'un impôt du cinq pour cent sur les successions fut accueillie par mille cris. Le peuple dégaina. Le landammann Zellw^er fut déposé. WaUer. 1644.
* 4 schelUngs sur 100 fl. Le projet fut, après le sermon, recommandé à la bourgeoisie et accepté. MeUier, 457. Il ne restait qu'à bien employer le produit de la taxe et à en rendre compte.
> Article 6.
dans leurs sslks de corporatkm y leur avaient appris leurs droits et leur avaient donné lexemple de s'ëlefer eontre ladministration ^ La seigneurie essaya de oodyaincre les insurgés qu'ils interprétaient mal fes arti* clés de Waldmann. Quand Zurich s'imposait die* même y elle pouvait aussi taxer les baillia|^^; et nia communes avaient le droit de s'ass^mbier pour formuler leurs griefs y elles ne devaient point délibérer oontn la ville , bien moins s'insurger contre elle. Ds leur côté f les Sdiwyzois affirmaient aux paysans ^s leur interprétation des articles était la vraie ^ et ils les pw^ taient à en appeler aux sept Cantons , garans de la sentence de WaMmann. Déjà ils voyaient humiliée b ville^ objet de leur jalousie. Zurich, saisie de tenWi essaya la persuasion ^, puis les menaces ; elle ne rAssit qu a faire prendre les armes aux reiielles. Us saperaient dans le reste du pays. Mais comme ils en appelaient à leurs privilèges , et non pas aux droits imprescriptibles de l'humanité , ils ne trouvèrent djédio qu'à Kûonau ^ où 200 hommes se levèrent. Plus adrate ^qu eux y Zurich fit venir dans ses murs des r^réaea* tans des bailliages , les traita magnifiquement et ia gagna à sa cause. Puis prenant une prompte résolution, elle leva dix compagnies à cheval^ sortit sa grosse artillerie , convoqua ses fidèles , et chargea le génètil Leu et le colonel Conrad Werdmuller d'aller étoafe
* Vaterl. Slg. « Zechgelager in Zarîch gaben den eralea Slofi; jiinr> liitzige Zuaftmeister. • — « Le magistrat était sans dignité. ■ Bnitmi^ Ifandschrifi, — Trotzgediehte. — Leu, Tigwrina, /.
2 ArU i2.
^ Les niagistrals ne furent pas écoutés. Le pasteur Vollenireider prtcha sans fniiL — Zurich, comme Berne , repoussa Fassistance des Goi' fédérés. Manuel du Conseil,
la rébellion. Le 22 septembre 1646^ Tarmée monta sur cent barques. Horguen ^ Meilen s'étaient soumis. La flotte se dirigea sur Wœdenschwyl. Les paysans furent bientôt enveloppés. Leu les fit mettre à genou, leur fit poser les armes et les envoya quérir leurs franchises ^ « Ces titres, leur dit-il, qui vous mènent à votre porte, parce que vous ne les comprenez-»pas , vosles^vous les conserver pour votre malheur ? Ou , pour éviter que nous ne nous en emparions de force , voulu-vous nous les livrer volcmtairemadt, à nous vos sugneurs et supérieurs ? -^ Nous voudrions, répondirent les paysans, ne les avoir jamais possédés. » Leu, prenant les pièces de leurs mains^ leur rappela l'exem* pie de leurs pères qui, en 1351, à Taetwyl, avaient sauvé Zurich ; il les invita à se rendre dig^MS , en les imitant , de la grâce qui leur était accordée. Des envoyés de Schwyz furent repoussés durement. L'armée rentra dans Zuridi en triomphe , traînant les chefe de l'insurrection enchaînés deux à deux ; ils furent décapités. Knonau Sa sa soumission. Treize exemplaires des articles de Waldmann avaient été déposés dans treize lieax du Canton. Zurich réussit à se les faire livrar l'un après l'autre , à l'exception de ceux de Kussnacht et de Knonau. Dès lors elle crut ces documens tous oiddiés. Mais les <feux titres restés dans les mains des paysans étaient destinés à revoir le jour , après avoir dormi 1 50 ans dans la poussière , à venger Wseden-
* Cris des femmes , des enfans. Les paysans sonl à geaoïu, les denx BMdos leYées. Prêche de Volknweîler sur le psaume 5i*. ArresUtion de Gaspar Gattiker, de Rod. Goldschmied et de quelques autres paysans. Ainsi Werdmuller à Knonau. Fortes amendes. — SiadtpratocolU iept. wv. iS4S. -- HeUfê(M,IU, 4ai. — Rhan. — Coll. Uu {fVaêserkirche). — Bluniichli,
schwyl , et à contribuer à la chute de la vieille GonfédëratioD.
Peu après ces troubles intérieurs » la guerre d*AUemagne y qui s'était quelque temps éloignée des frootiéres suisses y s'en rapprocha brusquement , plus menaçante que jamais. Le général suédois Wrangel ayait entendu parler de Bréguentz, sur le lac de GonsUnoe, comme d'une forteresse imprenable ^ dans laquelle d'innombrables réfugiés avaient déposé leurs biens. Tout-à-coup il s'abattit sur cette place comme l'ai^ avide de gorger ses soldats du butin qui s'y trouvait. Il investit aussi Lindau , menaça Constance. Des flottilles attaquèrent les îles de Reicheoau et de Meinau; h dernière fut prise. £n même temps Turenne s'avaoa jusqu'à Soulgen, non loin du Rhin, Ce n'était plus Bichelieu qui -commandait ses mouvemens. Il avait oe»é de vivre, et Louis XIII avait suivi son ministre dans h tombe , comme l'ombre le corps. Mais leur mort n'avait pas changé la politique de la France , toujours lalliée des Suédois ^  ces approches de la guerre, une dièle s'assembla en toute hâte à Wy 1 , à portée du théâtre des ëvénemens. Les députés, tout occupés, lavaik encore, à soutenir dans les conseils des Cantons, l*^ la cause de TÂutriche \ l'autre celle de la France, » trouvèrent à Wyl n'avoir plus qu'une vcmx. La guerre avait en Allemagne dévoré les fruits de la suear des paysans et la richesse des nobles. La Suisse formait uo contraste frappant avec ces campagnes désolées. Chacun y allait et venait librement. Les hôtelleries étaient pleines d'hommes livrés aux transports insoueians àe
« Méin. (TErlacfa.
^ Zweier était en Suisse le principal agent de Temperear. Il fit ce qv^'i put pour empêcher l'envoi d'un représentant à Munster.
la joie ^ Les généraux suédois le savaient. Ils ne combattaient plus y comme Gustave Adolphe , pour le rétablissement de la religion et des libertés publiques , mais pour les conquêtes et le butin. Aussijetaient^ils sou-^ vent des regards avides aurdelà du Rhin, impatiens qu'ils étaient de le franchir. En cet état de choses tous les Confédérés se réunirent dans la ferme résolution de repousser loin de la Suisse Tennemi , quel qu'il fût. Constance pouvant être attaquée, 1,500 hommes s*arancérent , pour seconder au besoin la landstourm de Thurgovie, et 12,000 Confédérés reçurent l'ordre de se tenir prêts à suivre cette avant«-garde ^. De nouveaux contingens devaient , s'il était nécessaire, porter l'armée à plus de 400,000 hommes. Ainsi se trouvèrent jetés les fondemens du système de défense de la Confédération ^. Forte par l'attitude qu'elle venait de prendre , la diète commanda la levée du siège de Lindau , et invita Turenne ^ à respecter la neutralité du sol helvétique. Telle était la Suisse, lorsqu'un cri, parti de Westphalie , retentit dans toute l'Europe. La paix Tenait d'être signée à Munster et à Osnabruck.
' Un contemporain. — TUUer, 151.
' Janvier 1647. Zurich offrit 1,400 hommes, Berne 1,800 , Lnceme 1,200» Friboarg 1,000 , Schwyz, Uri, Unterwalden , Appenzeil chacun 600, Soleare 800, Bftic, Scbaffhonsc, Bienne, la ville de St-Gall, cha* can 200 , Tabbé 800. On demanda aux bailliages italiens 800 hommes. aux bailliages libres 500, à la Thoigovie 500. Le Valais devait donner 1,200 hommes, les Grisons 3,000. L'idée ne vint pas même de prendre le chiffre de la population pour base de celui du contingent* Les Gan> tons étaient souverains et égaux ; les petits craignaient de laisser ressortir la puissance des grands. — Déjà du Lucienstcig à Badcn tout se couvrait de soldats. VaterL Slg,
* Défensional,
* Par la voix do chancelier Zurlanbcn , du tribun Brandt, de Tavoyer Schaller et dn bourgmestre Ziegler.
630 HISTOIRB DE LA SmSSB.
Les conférences dont elle était le fruit avti^tdttré plusieurs années* Malgré le désespoir des prapki, des questi<His d'étiquette ou de faibles intérêts avaient suffi pour éloigner des mois entiers le terme des n^ eiations. Pendant ce temps ^ Berne avait rendu ie« Confédérés attentifs à Timportance, pour eux> d'en^ ▼oyer à Munster y tenter de faire reconnaître Tiiidépendance de la Suisse des Chambres impériales ^ 1^ et Mulhouse étaient inquiétées par ces Chambres, qui refusaient de les comprendre dans la paix de l^j entre les Suisses et TEmpire. Récemment encore cdk de Spire avait reçu la plainte d'un bourgeois de ttle, le docteur Ab Insula ^^ contre les conseils de la rëpuUi* que, tC chargé Tarchiduc Léopold d'exécuter son l^ rêt *. Un voiturier , Florian Wachter *, ayant été dépouillé par des partisans et condamné , à Bàle , à supporter une perte légère ^ en avait appelé devant les justices impériales. Sommation sur sommation; fnb qui ne tardèrent pas à s'élever à 40,000 florins ; enfin saisie de bateaux y chargés de marchandises envoya par des négocians bâlois à la foire de Francfort Us Confédérés, après s*étre adressés inutilement à l'Empereur, avaient eu recours au roi de France, ponr obtenir justice. Intéressée à tenir les Cantons détachés de l'Allemagne, la cour de France s'était chargée avec
* En février 1646 , dans une diète des GanUms neotres pour les éftires de Thnrgovie,
> Il avait fait on échange de terres avac L. Meyer, et poar l'y poêler» employé la sorcellerie; le Conseil avait déclaré l'échange niri. Otk^
* £n 1681, Bàle rend au porteur un mandat impérial. « Noos n'avotf pas coutume de recevoir de semblables missives. » En 1640 ^^ ^ ^' vitée » comme membre de Tempire , à la diète de Ratisbonne.
* De Schletlstadt, 16A2. Libéré envers les propriéUireB de la mvchandisc , il fat condamné à la moitié des frais.
emfMMemoDt de la oaute de Bàle ^ Mais ooiiveQaii-il aux Confédérée de confier aussi complètement leur sort aux 'maios de la France ^ ? Un État libre ne doit s*en re-^ mettre qu'à lui-même du soin de son indépendance et de sa ^oire. Dans cette persuasion f les villes suisses résolurent d'envoyer un représentant en Weatphalie et nommèrent Jean Rodolphe Wettstein, Fils d'un tn^ ricois , qui avait quitté son village de Ruslikon pour fixer sa demeure à Bâle ^ , Wettstein s'était élevé de charge en charge à la première de l'État. Il fut envoyé porter à Munster la plaiinte des Cantons sur les procédés de la diète de Spire. Il devait aussi travailler à faire comprendre la Confédération dans la paix générale. Toutefois il avait à se jgarder de mettre en question l'indépandance de la Suisse , et de permettre qu^elle (dt, dans l'assemblée des puissances , l'objet d^une délibération. L'appui de la France et celui de son ambassadeur^ le duc de Longueville , prince de Neuchâtel^ lui étaient assurés. Les Cantons catholiques ^ après
*• «Votre liberlâ €»t Jaite et légitûnemeot aeqaiae par le» armes , ea sorte qn'il ne waa faat plat parler de» anciens prifiléges.... Voua aves à préioal lotre épée poar seol titre , qoi est la loi des souverains el des répohliqoes indépendiptok • Cmumartin. Et Gaomartin et Traatmansdorf veolent que les Sai«cs s'en reposent sur leur maître.
* Bêle voulait» dès cette époque, qoe les Gantons eussent an chargé d'aliiires permanent è Paris, drm, 2S awrU 16^6.
* lenne » il avait travaillé dans les chancelleries d'ïvenian et de Geoève. Gelte école valait miens pour le pablicisto que les académies tcl'les qu'elles élaieot A 20 ans» il était marié et père de trois enfans» avec 800 florina ponr toot hleau La pauvreté le contraignit nn jour de mettre son épée en gage , les larmes de l'honneur aux yenx. En iSie» voulant Caire son chemin, il entra an service de Venise. 11 devint grand tribun en i63$ » bourgmestre en iSéS. Btytrmge v$r Guck. Ba»ëlê. — Le«. — Lm 20 voliMMi 9U$m qu*a lai$$é9 fVetiêtêin, rieke eoUution (thiêtoire coiUêm^ poraim» 11 fut député à 122 diètes et arbitre dans la plupart des débals de ce temps.
avoir hésité quelque temps , donnèrent leur adhàios à la démarche des villes ^ • Les gouvememens ordoopèrent un jour de prières publiques pour le succès de h négociation.
Wettstein partit de Bàle le 4 décembre 1 646 ^ après avoir supplié ses seigneurs de protéger^ contre la mal- Tcillance, et lui et les siens. Sans or à répandre , il eut
* Le 26 janvier 4667. — Des instnictions parUcalières forent ijoatées ans histractîons générales. Bâie fit un grand cahier de ses prinKgea. Les Gantons demandèrent de jo^air de leors revenns en Alsiacl d'être assurés qoe le changement de domination ne leur porlersitpii préjndice. On eût vonla la cession de Haningue.
* Retour le 5 déc. 1648. — C'est dans son journal qu'il faut appreoit à connaître Wettstein. II Vy faut chercher, recevant, sur ses chaisaà bois, à trois pieds, dont deux seuls pouvaient toucher un phmcberiDigai , le suédois Salvius , d'un énorme embonpoint II retrace U ^ figure d'un bourgmestre de B&Ie au congrès, la maigre chère qu'il f<i'< ses courses & pied , les épines que partout il rencontre. Qu'on hono^ rthre égal an quart de celui des magnifiques envoyés de Hollande Isiett été assuré, et le représentant des Suisses eût fait figure an plosbastlin» Mais ses seigneurs ne savaient que dire, les mains dans les poches : 'il faut conserver ce que l'on a , et ne point se charger de soins étrangen-* Vrai chemin pour arriver à tout pôrdre. Voilà Wettstein à la table di duc de Longueville ? se lavant à une serviette parfum^; prenant phoî se couvrant , voyant le duc couvert; répondant lises questions. « Pourquoi B&le n'est-elle pas fortifiée? — Elle a Dieu pour forteresse et sa bons amis. -^ Le lien est plaisant , le climat bon. — Je ne m'&t^ pas aux saisons , mais je sais que le ciel est sévère depuis quelque temps. etc. Ce fut dans son cabinet que le duc s'ouvrit. « Il commença ptf louer mon jugement Ce sont ses expressions, sans vouloir me lonv* Pois il me dit tout comme étaient les choses. U me parla ainsi loogtempe, en secret, et me pria de sonder les Impériaux pour saviNrsiii paix était possible, etc. » — A son retour, Wettstein reçat 1000 fl. <fc Sehaffhouse, 1,500 de Zurich, autant de Berne, et de Bile no pHi^ bien de campagne. — Je trouve dans ses notes de dépense : reçn 0,9^ thaler, livré 6,&ii. Pour voyage559 , séjour 2,d72, chancellerie i,i60. retour 646, etc. Stenglin resta chargé des inléréto de h Soisse, apris le départ de Weltstein.
d'abord quelque peine à s'ouvrir un chemin ; mais il y suppléa par le savoir faire. Il réunissait toutes les qualités capables d'assurer à l'envoyé d'un petit état l'estime et le succès dans un congrès des grandes puissan* ces : le lact^ l'activité^ l'absence de prétentions. Il était familier sans s'oublier jamais. Au milieu d'hommes habitués à lire dans les replis des cœurs ^ il se montra simple et circonspect. Sa persévérance prenait sa source dans son dévouement. Les Gantons ayant négligé de s'entendre sur ses honoraires ^ il vécut sur ses propres deniers, sans jamais en faire le sujet d'une plainte. Il ne tarda pas à être entouré de tant de considération qu'on ne le nomma plus que le roi des Suisses. Les plus grandes difficultés lui vinrent des princes d'Allemagne. Us ofirirent de libérer Baie , à la condition qu'elle se ra« chetat une fois pour toutes de sa part à l'entretien des Chambres impériales. « Baie, répondit Wettstein, ne demande pas un affranchissement , mais la reconnaissance du droit souverain qu'elle possède. » L'envoyé suisse eut bientôt gagné la confiance du duc de Lon* gueville et des représentans de l'Empereur. Le duc prenait plaisir à l'avoir, en téte-à-téte , à sa table, et à s'entretenir avec lui. Le jour vint que l'Empereur ne crut pas devoir laisser à la France le mérite d'avoir seule couvert la Suisse de son amitié. Il cassa les arrêts des Chambres impériales. Puis , par un nouveau décret , il. fit ce que ni les Confédérés ni leur négociateur n'eussent osé présumer : il posa en fait l'indépendance des Cantons et leur exemption des tribunaux de l'Empire. L'article du 1 6 mai fut inséré le 24 octobre dans l'acte du traité ^ La déclaration, aussi
' Arlicle 6 du traité d*Osnabruck, 61 d« celui de Munster. « Givita
634 HISTOIRE DE LÀ StllSSE.
pleine qu'elle pouvait Tètre^ avait la aanctioii d*uB congrès de TAllemagiie. Elle était conçue de telle manière que y ne paraissant point comme partie ^ ks Gin* tons ne contractaient aucun engagement. Sans a? oir pris part à la guerre ^ ils obtenaient tout ce que la yiotoire eût pu leur donner. Depuis deux siècles, il «( vrai y la France et l'Espagne les traitaient comme hdépendans. Le titre que portaient quelques-unes de leurs villes, de cités impériales, l'aigle ' sur leurs du»' naies et sur leurs bâtimens (Hiblics, et les préCentio» des Chambres de TEmpire, étaient les seuls rapports, vagues ou contestés , qu'ils conservassent avec le OHft germanique. Ces derniers liens furent rompus. \a états et les justices impériales eurent peine à se aoD' mettre à la volonté de l'Empereur. Ils allèrent jasqul opérer de nouvelles saisies sur les biens de négociuB balôis. Mais alors parut se réveiller le génie de It p^^ trie suisse. Zweier et Wettstein allèrent à Vienne; inviter l'Empereur à assurar l'exécution de ses arrto> En même temps la diète ordonna la levée de 70 drn peaux de 300 honunes, et de 30 compagnies de cavale-
tem Basileam , ecterosqae Helv. caolones in possesûone vel qnisi (^^ employé par les jorisconsultes poar désigner la possession de ce qui of tombe pas sons les sens , comme de la liberté , da droit ) plens 19>^ tis et eiemptionis ab imperio esse ao noUatenus ejosdem imperiidiei' steriis et judîciia solùectoa. » InKhvmmtmm fMMM, Dwtmi, Vh ^» ^^"^ Jlfeyer, Âcta Wftph. piuU, FI, «75, 38S. — Dêi gertitete vaUigiStt' verainetœt von Mater, 1751.— Faldkireh, II, 514.— JRtfAii9«9.— H«<ff' remède pour la eon$erv, da ctn'pê heheitUiae*
• L'aigle fat , à Berne, remplacé par le i>Miiwii pneidebit * Aa Utà, ils demeurèrent secrètement inclinés poor TAllemi^e. SavîM^ •* moindre manqae d'égard de la France , ils sopportent les offenses v l'empereur sans s'émouvoir. » Âmelotl Les Portugus placent ap^ ^ les Espagnol», et l'éloge d'un E^agnol les flatte plus que celui de too autre. AÎQsi des Subisses à l'égard "des Allemands.
rie. Le transît fut interrompu '• L'Empereur se hâta d*a88urer la paix de TEmpire par un décret ^ qui confirma Tancien ^.
Par la paix de Munster^ la France oonserva l'Alsace ; la Suède , la Poméranie. Les fils de l'inforluné Fré-" déric y rentrèrent en possession du Bas-^Palatinat^; les villes suisses avaient intercédé, par la bouche de Wettstein, pour la famille d'un vieil ami. Quant à la religion , la paix de Passau fut confirmée. Luthériens et calvinistes furent déclarés égaux en droit. Les Ré-* formés^ objet de tant de haines , et cause de tant d'a«gitations^ furent, par cet article, admis dans l'ordre europémi. Les protestans obtinrent le point pour le«quel ils avaient combattu : il ne devait plus être procédé dans les n^atiéres religieuses à la majorité des suffrages, mais par voie amiable. L'Empereur, qui avait été près de relever le trône des anciens Césars , redevint le simple chef d'une aristocratie de princes. Les deux causes vaincues en France , celle de la Ré<forme et celle de Tindépendance des provinces , l'emportaient en Allemagne.
Telle fut cette paix , longtemps la base du droit européen. Lorsqu'elle fut publiée , une joie indicible se répandit dans ces provinces dont les terres étaient en friche, les maisons en cendres et les populations détruites à moitié. En Suisse, de ncxnbreuses bandes se
* Recès de Baden, nov. 1650. — Wett$iein'ê Aeta betreffend gemeinet- Eidgêmotêen Exemiionen. 1651. -^ Och$, Fil, 110.
* En 1654 l'Empereur écrit aux Confédérés t • Geatrenge , Veste , Weise, EfarBame, besonders Liebe, etc. » En 1687, il les nommait • Gehorsame , Lidbe nnd Getreoe. • Beeéê, 7 mai 1637.
* Le llaut-Palatinal resU au duc de Bavière; l^oUtnann. Les villes y laisst'^renl leurs libertés , comme il était arrivé à celles de France.
répandirent de village en yillage^ la trompette et k tambour en téte^ pour lire les articles de Munster a haute voix. Le peuple écouta, 1 oreille attentive, U déclaration de son indépendance. Il était permis de douter que, pour avoir été reconnue par rEurope^elle fât plus réelle que ne l'avait été celle de ses pères. Des limites avaient été posées contre T Allemagne. Mais ce tait la France à cette heure qui marchait de conquite en conquête. C'était la France dont la fierté s'étik accrue par le succès de ses armes. Les Confédérés venaient d'en faire Texpérience ^ . Un jour que Cauma> tin, ambassadeur du roi, se rendait de BadenàSoleure^ il fut invité , à Mellingen^ à s'acquitter (fa péage. Il fit mander Tavoyer de la petite ville et U montra que ses prédécesseurs n'avaient point pay^k droit. Déjà ses gentilshommes employaient la viokoce. L*avoyer 9 sans s'émouvoir ^ fit fermer les portes, appela les citoyens aux armes et ne permit à l'ambassadeur de continuer sa route qu'après qu'il l'eut fsit ployer à la commune loi. Caumartin courut demander à la diète une satisfaction éclatante. Les députés firent jeter en prison Tavoyer de Mellingen , le secrétaire et deux péagers. Ils les condamnèrent à une amende de 400 couronnes et à implorer à genoux leur graoede l'ambassadeur. Caumartin demandait d'être laissé seol arbitre de la peine. Il fallut l'ordre de la cour pov qu'il se contentât d'une réparation qu'il estimait ia-
* Les folies des gentilshommes de Gaamartin avaient soulevé le p«>i^ pie. Manuel de Berne, iG janvier 1647. — La cour dot rappeler CMB»tin & la fin de Tannée. II écrivait à d*Erlacfa . essayant d'apaiser ses i» sendmens contre les sept Gantons, qni ne cessaient d'invectiver en ^ contre lui : « L'un est boncher, l'autre artisan; ils ne sont pasdig<<' de la colère d'un homme de qualité. • Mém. d'Eriack, I, 1«7.
suffisante. Aux yeux du peuple suisse , la diète avait déjà trop accordé. « Jamais^ disaient villageois et citadins^ les anciens Confédérés ne se fussent courbés si bas. » Plusieurs craignirent que Theure où l'indépendance des Gantons venait d'être écrite dans le droit européen ne fût réellement celle de la perte de la liberté. La suite de notre récit fera connaître si ces appréhensions étaient fondées. Mais avant de le continuer ^ nous devons jeter un coup-d'œil sur l'élat de la religion^ des lettres et des mœurs de notre patrie , durant la première moitié du dix-septième siècle.
Le tableau en est affligeant. La Suisse avait eu beau se faire ^ dans la guerre comme dans la paix^ un sort distinct de celui de rAUemagne^ elle n'en avait pas moins subi lé flux et le reflux de ses destins. Les fléaux qui avaient, au-delà du Rhin, ruiné les écoles, et livré jusqu^à la langue en proie aux étrangers, avaient aussi chez les Confédérés arrêté la civilisation dans sa marche. La multitude des réfugiés , la plupart sans ressource, s*était répandue dans les villes, encore sans police, et sur les chemins, qui avaient cessé d'être sârs. Les brigandages s'étaient multipliés. La petite ville de Bremgarten avait, dans le cours de la seule année 1 639 , frappé 236 malfaiteurs à mort. Les vagabonds étaient livrés aux enrôleurs. Zurich et Berne en remplirent les compagnies d'un régiment, promis à Venise, à la tête duquel Rodolphe WerdmuUer marcha contre les Turcs. Toutes les puissances demandant aux Cantons leurs condamnés pour le service de mer, la peine la plus commune devint celle des galères. Bàle envoyait l'incestueux combattre cinq ans, le blasphé-
mateur six ans sur les flottes de Venise ^ Des Grimes contre nature étaient traînés devant les tribunaui. Bn vertus se montraient aussi , que Ton ignore de un jours. Nicolas Vasserhoun alla prendre la place de an père dans les prisons du duc de Wurtanb^ et y demeura de longues années. Jamais la terre saine n'a cessé d'être hospitalière; jamais dk ne le ftttpbnq» durant les longs malheurs de T Allemagne. Une aaafc que des cadavres avaient servi de nourriture^ taot était grande la famine ^ une collecte , faite à BUe, prodoiii 2,000 livres pour les réfugiés du Paladnat^.
Les écoles n'avaient pas été renversées comme audelà du Rhin ; mais il était permis de douter qûés servissent plus à affic*anchir les intelligences qu'à les encbainer. Dans les écoles primaires des Gantois p lestans y les enfans apprenaient à lire^ k compter di réciter^ mot pour mot, le catéchisme de liédébof^i peine sortis de dessous la fiérule^ ib se livraient àdfl débats tumultueux^ prélude des mouvemens que nov aurons à retracer. L'enseignement supérieur leitofo' maity peu s'en faut, dans l'étude du ktin^ du grec ci de l'hébreu '. Il eût donné davantage^ qu'où poii^r
* « Die Znnlher ond Berner im Venetianiscbeti Dieust • ; F^âiS^i* ^ deai viDes oVivaienl pas féosti k complétor le rfigiaesi pv tai iMp ordînakeB.
s Ochs. — S€otti , U • 11. — Une comteBse de Pappenbein , in^ à Berne sans ressources, reçat nn bénéfice dn coavent de TboiN- MoHtmi Sf. Les nmnoels des Conseils renferment bien des tndb ^
* En «lois ans* k trois mois d'école par an. «Sobald dfe Knibea» derSchnl gerocbelt, hoeret und sieht mann nichts dann haoen» sàoé»» pfeifen , schwoeren , schelten, stossen , supfen, schlagen, etc. * ^^ Gtich, der Bem. Unierrichtaratatten. — Berne essaya (feûIcTerleséffles à la direction de l'Église.
UVRE XI. GHAP. ?1. 639
rinspiration? A quelle gloire^ à quel sentiment du cœur demander la poésie? L'éloge , en vers latins , français parfois ( la langue allemande était méprisée ) , de quelque épais et orgueilleux Mécène , Toilà le champ permis aux muses ^ La satire demeurait dans les cœurs y amére , vengeresse. Si la bile s'épanchait dans quelque écrit clandestin , le sénat tremblant s^assem-blait pour exiger de tous les sujets de la république un nouveau serment de fidélité. L'histoire presque seule fit entendre encore de généreux accens : mais ce fut cheas les Grisons. Après avoir combattu pour leur patrie , de la plume et de r^>ée , Jean Gouler de Yineck écrivit en douze livres le tableau du pays des Ligues^ de ses constitutions et de ses destinées; Fortuné Sprécher de Bemegk raconta , en homme à qui la vérité seule est plus chère que la patrie, des événemens auxquels il avait pris la plus grande part ; Juvalta , landammann de la Haute^Engadine , retraça, sur le bord de la tombe, les souvenirs d'une vie agitée et fidèle à rhonneur^. Chez les Confédérés l'âge des beaux récits était passé avec celui des grandes actions ;
* Les &iDes tendres et pieuses Tenaient leurs sentimeos de résignation dans le sein de Dieu.
• HeSae Seele, lass es gehen IVie es in der Wdt iext gilt Ucht Seele, halte stiil; Denke dass es Gottes V7ilL »
Klauber, de Bàle, ne cbanle, sous la méiodiease invooatkm du Rom* gnol « qne les pestes» les disettes , les tremUement de terre, signes avantcoureurs do jugement deriûer.
^ Ânhom, pasteur à Flaesck , noos a laissé de nombrenx némoires mss.» sur les troubles de la Rhétie. — Une école supérieure fut fondée à Coire, en 16 32, ao milieu des rêvoloUons, par le soin do bourgmestre Meyer,
une inspiration semblable fait les historiens et les hé— ros. Si Tamour de la patrie et l'étude consciencieuse des documens eussent suffi, dans ces temps malheureux, pour écrire noblement l'histoire, Stettler, à qui nous devons celle de Berne, eût pris place parmi les hommes qui ont honoré la Suisse ' • Mais son style diffus, pesant, parfois peu naturel, jamais ne s'anime ni ne se colore. La censure qui l'attendait fit à son fiyre des coupures nombreuses. Gomme les premiers magistrats des Gantons passaient volontiers à table la plus grande partie du jour, la place qu'occupaient, dans les chroniques de leurs pères , les récits de victoire , fui remplie dans les leurs par Ténumération des paons, des coqs dinde, des pâtés anglais ou français, des daims et des chevreuils, dévorés à la table des ambassadeurs. La qualité des vins ne fut pas oubliée ^. Le grand intérêt était devenu celui qui préoccupait le sénat de Rome sous Domiden : de savoir à quelle sauce serait mis le turbot. Encore , moins féconde que l'Italie , notre terre suisse n'enfanta-t-elle aucun Juvénal pour punir, aucun Tacite pour la venger.
Les sources du goût et le sentiment de la vraie grandeur s'étant corrompues , on passait, sans s'arrêter an naturel , de la grossièreté à Tafiéterie et à l'enflure. Le pasteur aimé des Bàlois, Théodore Zwinger, cherchant à leur donner une grande idée de la Gène , la nonmiait
* n demanda à MM. de Geoève les matériaux de lenr histoire» « Résola de lai envoyer ce que nous trouverons être honnête et avantageux. • 14 joHv. 1626. En 1605 , Steltler fit paraître une tragi-comédie sur Forigine de la Confédération, portant l'épigraphe : moderata dmramU
^ Bassompierre. — Schw. Muséum 1784* — Hafiner, 1694i 45, elc Aveugle , il trouva dans sa fille , nouvelle Antigone, celle qui déchiflra tes chartes et écrivit sous sa dictée. Il finit son livre en la remerciant avec tendresse.
le potage excellent y la céleste et parfaite ambroisie ^ . Lorsque se montra la comète de 1 61 8, féconde en terreurs y Jean Grasser invita ses auditeurs à recourir à l'apothicaircrie divine des deux Testamens ^ sans négliger d'emprunter des recettes au jardin parfumé de rhistoire. Jean Sarrasin , de Genève^ avait prodigué Tinjure dans sa réponse au i< Cavalier savoisien. » Nommé premier magistrat de la république, il déploya dans la louange un luxe tout oriental. Les quatre syndics lui rappelaient les quatre élémens^ les quatre saisons y les quatre angles du carré y la plus solide des formes^ les quatre animaux de TÂpocalypse et les quatre chariots de Zacharie. N'étaient-ils pas les quatre roues chargées du poids de l'État , et sur lesquelles son char tournait incessamment? Le jurisconsulte Godefiroi^ ayant été envoyé complimenter Anne d'Autriche et le jeune roi de France sur la mort de Louis XIII y montra Genève ravie de ce qu'à l'heure où la Providence dérobait à sa vue un grand soleil y die faisait paraître un nouvel astre paisible et glorieux. La reine, pour mieux l'écouter, imposa silence aux courtisans et arrêta les mouvemens de l'enfant Louis Xiy , qui , d'ennui , jouait à ses pieds ^.
Cependant , sous beaucoup de ruines , la civilisation se faisait jour. La lumière venait d'occident. Le Cid avait pa^^. De beaux jours se levaient pour les let-
* Telle oongrégalion n'a besoiii, pour être émae, qae cfeotendre , avant de recevoir le pain de la ctae » le récit de la mort de Christ dans la simplicité des Évangiles.
^ Greno, 91 Juillet 1648. — Picot, 440» 898. — En 16S0 parut une description du monde et de la Suisse , du pasteur Rébmann , de Mûri, sous le titre e Joyeux entretien de deux montagnes (Lnslig Gesprœch nrischen dem Niesen und Stockhom }.
* Bo 1685.