LIVRE X. CH.4P
trainait. d'église en église son corps aifaibU par Tâge et par les combats* Théodore de Bëze ' prit dans les églises réformées la place que les trois amis laissaient vacante. C'était Bèze qui avait reçu le dernier soupir de Calvin. Invité par les ministres de Genève à présider le Consistoire , il n'y consentit que pour un an : « Vous avez vu avec plaisir^ dit-il , ce siège occupé pendant sa vie par un homme de dons extraordinaires ; mais il sied maintenant que l'égalité soit rétablie et que tous les ans vous choisissiez un modérateur. » On disait à Genève et ailleurs, qu'on eût mieux aimé vivre avec Bèze en enfer qu'avec Calvin dans le ciel. Plein d'esprit et de grâce, poète, beau à voir, délicieux à entendre, le nouveau modérateur avait bien plus de flexibilité que n'en avait eu son maître. Aussi laissa-t-il se relâcher les liens de la discipline. Mais il ne céda ni à ses devanciers, ni aux hommes de la nouvelle génération, en zèle à châtier les papistes, les luthériens et l'hérésie. Sa mordante ironie s'allia à l'intolérance d'un nouvel âge; et, s'il ne rendit pas à ses adversaires la ca* lomnie pour la calomnie, il leur paya du moins toutes leurs injures.
Plus la Réforme faisait de pas dans ces voies de Tiolence, plus les sentimens naturels se soulevaient; plus les intelligences, plus la liberté proclamaient leurs droits. L'anabaptisme et le rationalisme , quels qu'aient été leurs égaremens , furent des protestations, l'un de la raison, l'autre du cœur, contre la scolas-
^ « Le MéianchtoD d'un autre Luther. » Rapprochemenl qui n'est joste qu'à moitié. Bëie est un fils qui jamais ne contredit son père spirituel , un homme de cour, un infatigable soldat. — Fayi Beza. — Schlosser's Leben von Beia. — Ses nombreux écrits, théologie, poésies , pamphlets. — Notes de Gautier dans Spon. — Registres de Genève.
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tique nouvelle. Aussi les magistrats avaient-ils beau frapper; la branche^ à peine retranchée, renaissait sous leurs coups. Ils exilaient les anabaptistes ; ils les dépouillaient de leurs biens ; ils les mettaient à mort ; c'était peu : ils les punissaient dans leurs enfens , qui ne pouvaient hériter comme légitimes ^ A tout prix, ils voulaient se laver du crime de protéger la dissidence. Cependant elle n'en augmentait pas moins tous les jours. Des riches en étaient secrètement. Un gentilhomme ^ avait vécu, près de Bàle, dans l'opulence et le renom de piété. Après sa mort, le bruit courut qu'il entretenait des relations avec l'enfer ; qu'il parlait, toutes les langues ; que des chiens , des chats le servaient. On trouva chez lui les livres de l'anabaptiste flamand, David Georges ^ qui se donnait comme prophète, et annonçait un troisième règne de Dieu, dont il devait être le chef. Ses domestiques, mis a la torture , avouèrent qu'il était cet anabaptiste exécrable et qu'il leur avait prédit sa résurrection le troisième jour. C'en fut assez pour que son corps, trois ans après avoir été embaumé et déposé honorablement dans le temple de Saint-Léonard, fût déterré par ordre du magistrat. Il fut brûlé sur la place ordinaire des
* Loi bernoise de Tan 4567. — UoUinger, 864. — Oit, historia ana* baplistica ,130. — Bcrn. Instruct G. — J. Gerwer fut puni de mort, poar avoir soalena qu'an chrétien ne pouvait être magistrat. — Jean Le Comte , pasteur à Diesse, employa, pour convertir les anabaptistes* It persuasion et la vertu de son exemple ; il réussit , non les gouverne^ mens.
> Wan Bmgk ; ou J. de Binningen , du nom d'une terre qu'il avait achetée.
» Ou Jori5. — Arnold , Hist. des hérésies. — Oit, 132. — Ruchat. -^ Ochs. — Bultingcr , de l'Origine et des progrès des sectes anabaptistes*
MfipKces , Mk mffiei» é'uii concours de peuple incroya-
La tendance ratàoimeUe se monipail moîps que Tanabapiisoaft* Il élail rare siurtout de fat rencontrer chez les fils de h &iîsse. Leurs corars, naîfo et oiiTerts^ en recevant la Bible^ ne cbercbaient qu'à se pénétrer de l'esprit divin répandu dans ses pages. C'étaient les réfugtéa italien» ifui appliquaient à la lecture des saints livres des esprits exercés aux spéculations de la phi-« losophie eÉ pressés par le besoin de tout soumettre à Vanalyse* LÀ Réforme avait donné les Écriturea pour juge à VÉgUse ; ils soumirent les Écritures à la raison. Ils s'ex^rîinémnt d'abord avec réaerve; puis ils s'enhusdirent. Ils finirent par porter dans k chaire leurs objeetions contre la trinité, la prédestination, le mérite des souffranees de Chrîat. Alors , en Rhélie , eonuBoe à Oeoève et à Berne , ila furent invités à souscrire les confessions reçues ou à quitter le paye. Grilialdi consentit à se taire ^« Yalentin Gentil^, plus audacieux et plus persévérant^ eut la tète trancliée à Berne. Alciat^ Blandrata, fuirent vers la Pologne. Léliua Socin les surpassait tous en science , en aménité , en adresse. Retiré à Zurich^, il fut l'ami de Bullinguer jusqu'à sa mort. Ses mœurs étaient pures ; son amour
i £n i&fiS. Ain» s'accomplit sa résurrection, s Ruftliat.yi, 199.
* A la sollicitatioii de Calvin * aaivaot les RegUtrM^ de Gtnéve; • afin qa'ilne pût devenir le 8candal0 de F Église. • Béxe, vie de Calvin. — Aretime contre GeniiL — Calvin voit la dispersion de cette église, recoeillîe à graoul'peine. Il recale. Le fort manque de foi.
* Ea 1562 • après le supplice de 3ervet Spon • I, notes de Gantier , . G. H* I* — Bibliotb. Antitrinitaria* • Esprit étrange, plus méchant que je ne l'eoraîs ero. • Calvin, (e S5 novembre 4654. — FosK, epist reform.