LIVRE IV. CHAP. Vil
à qui ses qualités éminentes concilièrent dés sa jeunesse l'estime et l'affection, et que Charles avait gagné en lui faisant espérer la main de sa fille unique 461 . Sa mort ranima les espérances de l'Empereur. Retardé en apparence par la lenteur des affaires de l'Empire , plus attentif à celles de la Bourgogne, il se rendit, au commencement de septembre, dans la ville de Bâle, sur une invitation. Accompagné de son fils Maximilien , jeune homme de quinze ans de la plus belle espérance, de l'électeur Adolphe, qui avait soumis Mayence, de Tévéque d'Eichstedt 462 , prince enjoué et fidèle 403 , du duc Albert de Bavière-Munich , dans la suite son gendre, du duc Louis, père de la maison des Deux-Ponts, enfin d'environ six cents chevaux , il fut reçu solennellement près du pont de la petite rivière de la Wiese par Tévêque Jean de Venningen , et le chevalier Jean de Bérenfels, bourgmestre de Bâle. On lui présenta, suivant l'usage , de l'or dans une coupe de vermeil , le vin d'honneur et de l'avoine 464 . Comme Charles saisis-
lulaire des deux-Siciles , au détriment d'an droit apparent de la branche cadette de VaudemonL René vivait encore , mais il avait remis en 1453 le duché à son fils Jean, à qui succéda en 1470 son fils Nicolas dont il est ici question. Après sa mort , Yolande , sœur de Jean , réunissait cette possession au droit de Vaudemont , lorsque René II naquit des comtes Ferri. C'est de lui que descendent tous les princes suivans de Lorraine, héritiers de la puissance autrichienne. Calmet, Zurlauben.
*** Un mois avant sa mort , il donna des pleins pouvoirs pour l'expédition des contrats. Calmet. Le duc de Bourgogne le mena par le nez.
462 Appelé Erasme dans nos chroniques, je ne sais pourquoi ; c'était Guillaume de Reichenau.
* M Sa fidélité envers l'Empereur était célèbre ; du reste le chancelier de Bâle écrit de lui • qu'il s'égayait avec des dames communes; qu'il voyageait en grand prince avec un cortège de sept petits pages et d'un écuver. » Missive citée ci-dessus.
464 1000 florins d'or, 100 sacs d'avoine , 15 tonneaux de vin. IVurstiteu. Stumpf, p. 669, a des chiffres un peu différons.
sait toutes les occasions d étendre ses États, Baie avait obtenu des Confédérés l'engagement de lui envoyer, si elle le demandait , une garnison de huit cents hommes , et, en cas de besoin, toutes leurs troupes pour la débloquer 465 . La garde bourgeoise fut augmentée de quatre cents hommes de la campagne. L'Empereur eut avec les chefs des conversations pleines d'abandon, afin de les gagner. Un bal joyeux avait été préparé pour les seigneurs à l'hôtel de la Mouche et un festin sous l'ombrage des chênes de la place de St. «Pierre 466 . Sur ces entrefaites arriva le bailli bourguignon , Pierre de Hagenbach, avec quatre-vingts hommes, habillés mi-partie de gris et de blanc ; sur leurs manches étaient brodés, symbole des jeux de la fortune, des dés et un mot qui annonçait de vastes plans ou une force terrassante 467 . Irrité de ce que les Suisses s'avisaient souvent de le contrarier 468 , le bailli parla , de Berne surtout, avec des menaces insultantes 469 . De semblables manifestations produisent sur le peuple plus d'impression que le langage moins clair des relations diplomatiques. L'Empereur, conduit par Hagenbach , rejoint par les Etats d'Empire 470 , arriva au temps convenu sur les
4f6 Les 800 devaient recevoir char un trois plapparts par jour. Bullinger.
466 Wurstisen décrit ces fêles. Du reste comparez Brukncr.
* C7 • lch pass, » dans les historiens suisses : j'ignore si le mot français était « J'attends » ou « Je passe. » s» M. de Tillier dit positivement qu'il y avait «je passe. • T. II, p. 205. De môme M. de Barante, qui ajoute : • comme pour signifier qu'il attendait la chance favorable. » Année 1473. ait
m Ils prirent en main la cause de Mulhouse. Schilling.
A69 Disant : Qu'il fallait enlever la peau à l'ours; qu'on en ferait une honne pelisse; qu'il régnerait bientôt à Nidau, à Lenxbourg, à Berthoud, à Tboune, et qu'il enverrait des baillis à Kibourg et à Bàle.
470 II vint à Trêves accompagné de 2500 personnes.
bords de la Moselle, dans la plaine charmante et fertile où Trêves s'élève imposant et pittoresque , orné des mon u mens d'un grand nombre de siècles. Près de là se voit le couvent de St.-Maximin , vénérable par tous les genres d'éclat; le lendemain de l'arrivée de l'Empereur à Trêves, Charles de Bourgogne vint en cet endroit, vêtu d'habits de soie chargés de broderies en or, avec un cortège composé de plus de huit mille chevaux , de six mille hommes d'infanterie et de sa nombreuse garde-du-corps ; près de lui, la noble Marguerite 471 ayant à ses côtés la princesse héréditaire , dont la beauté éclipsait une parure exquise; venait ensuite la cour, splendeur de la Bourgogne.
Bientôt se répandit le bruit du rétablissement d'un royaume de Bourgogne avec un vicariat d'Empire , qui s'étendrait depuis les embouchures du Rhin à travers les Alpes jusqu'au-delà de Milan. 472 ; Besançon devait être le chef-lieu de la juridiction. Tout cela paraissait si certain qu'on disait déjà le jour du couronnement 473 . Comment douter puisque la nouvelle institution concernait Charles 47 *? « Que la Confédération, » écrivi-
471 Sa femme , sœur d'Edouard IV. Dunod parle de la majesté de sa taille. Fenri, en tête du premier volume des Original letters, London 1787, a donné le portrait du duc et de la duchesse copié d'un vitrail de l'église des dominicains a St.-Omer.
472 Exagération du bruit public; il avait été question probablement, comme le raconte Hmbertin , VII , de l'incorporation de quatre évêchés des Pays-Bas au vicariat que l'on pensait ériger, et qui sans doute devait comprendre aussi la partie supérieure de ses Etats.
671 Lettre de Berne à Lucerne, Fribourg et Soleure, 30 nov. 1473. M se. Tscharner. Aussi dans Slettler,
474 La couronne et le sceptre , les trônes môme étaient prêts dans l'église du chapitre. Amelgard de Liège, de Geslis Ludo». XI, dans Martène et Durand, Collect. ampL IV , 769.
rent les Bernois , « réfléchisse bien à ce grand et mémorable événement, et se tienne prête à défendre sa » vieille liberté et son vieil honneur 475 . » Mais l'Empereur, dont le caractère dominant était la prudence 470 , eut quelque raison de douter que le mariage s accomplit, une fois que Charles aurait atteint son but; il sentit que tant d'éclat, de puissance et d'ordre lui donnerait une supériorité qui écraserait la maison archiducale. Il s'inquiétait probablement aussi pour le nom germanique 477 . Après avoir vainement épuisé dans leurs entrevues tout ce qui devait provoquer de la part de Charles des engagemens positifs 478 , trois jours avant le jour fixé pour le couronnement, l'Empereur entra dès l'aube dans une barque et partit pour Cologne, sans prendre congé du duc 479 . Cette conférence se termina comme la plupart de celles où des princes puissans se
475 Le vicariat d'Empire aurait embrassé même le diocèse métropolitain de Besançon qui comprenait, avec Bâle et Lausanne, la plus grande partie de la Suisse occidentale. Les relations avec l'Empire étaient ambiguës ; Charles pouvait leur donner du poids. C'était là probablement le sens des forfanteries de Hagenbach, n. 469.
47 « Son fils l'appelait « le sage roi. » Voy. dans Comines, IV, 5, U fable au moyen de laquelle il éconduisit les députés de la France; « pour
• le long temps qu'il avait vécu , il avait beaucoup d'expérience , et était
• bien entendu. •
477 «Quoiqu'il aimât les biens de la fortune, il ne voulut pas vendre
• l'honneur et la dignité du Saint-Empire. » Schilling, p. 86.
478 Si ses intentions avaient été réelles, combien il eût élé facile de fixer à la môme matinée le mariage et le couronnement !
479 Jmelgard, 770. Selon Munster, Cosmog. 1. III, ch. 113 , l'Empereur partit, lui dixième, ce qui est conforme à la vraisemblance. Pene* trant et décidé, le duc avait dans les entretiens trop de supériorilé sur l'Empereur timoré ( ■ prince de petit cœur, » dit Comines); ce monarque craignait d'être entraîné par lui plus loin qu'il ne voulait. Alors . le duc de Bourgoingne ressembloit le roi dont on lit en Esopus, com- . ment Nigramaticus fist son compaing roi par son adresse. • SckiUty