‹ Histoire de la Confédération SuisseChapitre 116 sur 178 · LIVRE IV. CHAP. VII · texte numérisé non relu

LIVRE IV. CHAP. VII

Pendant près de quatre semaines 581 , des traitemens inaccoutumés firent souffrir mille morts au chevalier ; enfin le tribunal se réunit. Depuis plusieurs jours s'assemblaient, sur la convocation des conseillers de l'archiduc, les députés de toutes les communes considérables du Sundgau , du Brisgau et des villes de la Haute-Alsace, ceux de Soleure, de Baie, de Berne et de Lucerne , et des milliers de gens du peuple que la haine et la curiosité attiraient de près et de loin 582 . Le prisonnier était souvent interrompu dans ses réflexions inquiètes par le bruit des chevaux des députés qui passaient sous sa tour; mais jamais il ne ressentit plus de terreur que lorsque le geôlier lui décrivit des nommes inconnus, hauts de stature , vigoureux , blanchis par Tâge , mal vêtus , montés sur des chevaux aux courtes oreilles. « Ge sont les Suisses ; Dieu me soit en aide ! » s'écria le bailli. Il se rappela la menace de Nicolas de Diessbach lorsque lui-même, à Baie, avait outragé les Confédérés en présence de l'Empereur 583 ; il se rappela Henri Hassfurter, avoyer boiteux de Lucerne, dont il s'était moqué et qui lui avait répondu : « Que » son maître et lui le verraient marcher droit contre » eux 684 . »

Lundi après le jour de la Sainte-Croix, au mois de mai , à sept heures du matin , le chevalier Pierre de Ilagenbach, gouverneur et bailli du duc de Bourgogne en Alsace et à Pfirt, fut conduit sur la place publique de Brisach devant le tribunal provincial assemblé sous

681 Depuis le 10 ou li avril jusqu'au 9 mai.

682 II vint de Bâle , en trois barques , 400 personnes. fVurstUen. En tout environ 8000. Bullinger.

»» Ette Ain; Schilling; Bullinger.

Bullinger. Hassfurter était là.

la direction du bailli Herrmann d'Eptingen et sous la présidence de Thomas Schûtz , bailli d'Ensisheim , et composéde vingt-six juges priés 585 et d'un grand nombre d'assesseurs 580 . En homme habitué à braver la mort, fort du nom de Charles et du sien , le bailli se présenta avec une dignité mâle. L'accusation fut soutenue, au nom du bailli d'Eptingen, de son seigneur et des provinces , par Henri Iselin, de Bâle. « Pierre de » Hagenbach, chargé de l'administration de plusieurs » pays sous des conditions déterminées, a violé la loi de » Dieu et toute justice humaine, aussi bien que les ré- » serves faites dans l'acte hypothécaire. Ainsi , à Tan- » nés, a coulé le sang de personnes innocentes; 587 ainsi m encore la ville deBrisach a perdu son gouvernement 688 . » Gémissant sous le poids insupportable de contribu- » tions illégales et sous le joug d'une soldatesque étran- » gère sans frein, les citoyens ont à peine pu prévenir » par leur résolution le massacre le plus épouvanta- » ble &89 . S'il alléguait pour sa justification les circon- » stances ou des ordres, comment excuserait-il les ou- » trages faits à l'innocence virginale, à la foi conjugale, » à de saintes filles consacrées à Dieu ? » Bien des griefs

689 Huil de Brisach et deux de chacune des villes suivantes : Berne , Baie, Soleure, Colmar, Schletstatt, Strasbourg, Kizingen, Fribourg et Keuchftlel; seire étaient chevaliers. Dunod,llist. de la comté de Boutgogne , III ; Munster ; Wurstisen.

686 On nomme plusieurs confédérés, p. ex., outre Hassfurler , le conseiller lucernois Kraerner. Cysat, Descript. du lac des k Cantons.

587 « Graves et honnêtes personnes. • Paradin,

588 Ceux qu'il avait « établis juges et consuls à sa porte. • Ibid, On n'observa probablement pas la forme usitée des tribunaux et des conseils.

hi9 On disait que chaque soldat devait assassiner son hôte , et qu'ensuite on aurait embarqué les femmes et les enfants dans des bateaux à soupape, comme pour les transporter au-delà du Rhin, ffurstisen, comp. avec n. 569.

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