LIVRE IV. CHAP. VII
liance exclusive, qui lui assurait le passage pour ses troupes : René nommerait les commandans de place , Charles les confirmerait, les assermenterait , les solderait 645 . Envoyé par Louis XI vers René, le sire de Craon, la Trémouille lui dit « que le roi l'avertissait » de l'intention de Charles d extirper totalement la tige » glorieuse de Lorraine ; qu'une insatiable ambition d'é- » tendre ses États, qu'un orgueil insultant le rendait » sourd à la voix de la justice et de l'humanité; mais » qu'il ne réussirait pas; que le roi, touché du noble » nom et de l'état d'abandon d'un si jeune prince , lui w ouvrait les bras et désirait son agrandissement; ap- » puyé ici par la France, là par l'Empire germanique, » dont la moitié de la Lorraine se rapprochait par la » langue, protégé du côté des montagnes par les vail- » lans et loyaux Confédérés , qu'est-ce que René aurait » à craindre 646 ? » De tout temps les Lorrains ont singulièrement aimé et respecté l'Empereur et les Allemands; l'alliance bourguignonne leur sembla peu glorieuse ; chez les princes de cette maison , l'honneur l'emporte ordinairement sur la réflexion. René donc , après avoir mûrement consulté la duchesse sa mère, les grands et les conseils , fermant les yeux sur le péril, rompit avec Charles, s'unit préalablement à Louis, puis se joignit à la ligue inférieure et à la grande Confédération de la haute Allemagne 647 .
Dés que le roi sut que la colère de Charles était prés d'éclater, de peur que l'effroi n'amenât une réconciliation, il délégua sur-le-champ vers les Suisses une
6U D'après Calmet, Histoire de Lorraine.
644 Comines mentionne celle négociation dans le IV* livre.
•« Calmei.
ambassade 648 qui proposa respectueusement 649 et sous les dehors de la cordialité, « d'être amis d'amis et » ennemis d'ennemis 65 °. » En même temps que cette ambassade, on reçut à Berne et à Bàle la nouvelle qu'Etienne , frère de Pierre de Hagenbach , avait fait une irruption dans le Sundgau (17 août) 651 , sans aucune déclaration de guerre , à la tète de six mille hommes de cavalerie picarde et lombarde et d'un corps d'infanterie bourguignonne 652 ; qu'il avait surpris, pillé et incendié Damerkirch , situé non loin de Hagenbach dans le district de Tannes 653 , et plusieurs autres villages 654 ; qu'au milieu des désordres, des personnes avaient été brûlées dans les flammes d'un clocher, la sainte hostie audacieusement jetée par terre, des nourrissons assommés contre les murs , des enfans de trois à
648 Elle se composait de Favre, président du parlement de Toulouse» du chevalier Louis de Saint-Priet et du chambellan Antoine de Mohel, bailli de Montferrand , en Auvergne.
649 ■ Aux très-grands et puissans seigneurs et très-chers amis de nous, ceux de la ligue et cité de Berne (par ce mot de ■ ligue » il entendait sans doute Fribourg et Soleure ) et de la grande et petite ligue ( la ligue inférieure) d'Allemagne, lœs propositions ne doivent être présentées que « s'ils y veulent entendre. •
650 Ce pouvoir commandé au Plessis du Parc les Tours, 2 août 1474, est dans les Preuves de Comines, t. III , p. 537. Comines était alors auprès du roi. = Cette alliance était l'équivalent de ce qu'on appelle aujourd'hui la fédération européenne contre les « éternels ennemis du continent, • fédération qui n'existe que dans le cerveau d'un homme puissant et dans l'ineptie des autres. D. L. H.
• 51 Edlibach : trois semaines avant la St.-Barthélemi. Mûnster : au milieu d'août. Celte date a pour elle la probabilité.
651 Edlibach: 8000. Nous suivons Gcllut et M ânster. Bu Uinger donne à Etienne le titre de cousin de Pierre.
«** On peut conclure de là que l'occasion fut une offense personnelle. 854 Mûnster: 30; Stettler : U\ ce nombre se rapporte à un premier fait , l'autre à un fait qui eut lieu huit jours plus tard. Lauffer*