LIVRE IV. chap. vn
» Alpes à ses ânes chargés d'or 674 ? Afin de nous cou- » vrir de la honte de voir des Suisses libres l'aider à » soumettre à son joug la liberté de la France 675 ? A » quoi bon cet argent? Avec quoi nos pères ont-ils » achevé la construction royale de notre grande église , » entretenu des escadrons de cavalerie, conquis TOber- » land, Tlselgau, TArgovie? Ils habitaient de petites » demeures 676 , la patrie seule était grande ; ils ser- » vaient à leurs amis ce que produisaient leurs champs » et leurs troupeaux 677 ; le prix du sang payé par les » rois nous procurera-t-il des festins aussi joyeux ? » D'autres cherchaient à faire voir que l'argent n'était pas le principal avantage, et que les mœurs ne couraient aucun risque. « Un grand roi fait de notre vail- » lance et de notre fidélité le principal appui de Tordre » intérieur et de là sûreté extérieure d'un royaume » qui dés ce moment devient aussi notre boulevard 678 . » Qui manie les armes comme nous ne servira jamais
« 7 * Théodore Zwitiger, Theatrum vitœ hum., XIV, 2151 t «Utinam aureis asellis regum et principum Alpes suas non patefecissent ! •
675 On disait que Louis voulait désarmer son peuple. Macchiavelli , Discorsi, 1. II. Par là les Français furent «inviliti. ■ Id. Il Principe, =* Les Suisses devinrent en effet les satellites des rois de France , qui s'engagèrent , à leur tour, à soutenir le despotisme des patriciens , dont les familles possédaient tous les régimens et toutes les grandes places militaires. D. L. II.
• 7 « Anshelm : Dans la suite on Ot de quatre maisons une , et l'on en convertit d'autres en écuries et en granges.
677 Autrefois on ne connaissait pas les repas à deux services. Id.
678 On a remarqué que depuis cette alliance aucun prince étranger ne porta les armes dans les États de Louis , et que la Suisse jouit aussi de la paix. Bodin, de la Iiépubl., V.
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» en esclave*. Qui se rend nécessaire 079 ne manque ja* » mais de considération et met à contribution les ri- » chesses étrangères. Le fondement de tout c'est notre « vertu. Parce que nous sommes un peuple, plus que » tout autre, libre, guerrier 680 , énergique, loyal 681 , » l'Empereur et les rois, le pape et les communes re- » cbercbent notre appui 682 . Ne vous abusez pas. Si w jamais le trafic , l'industrie , la richesse , la vie cor- » ruptrice et une administration méticuleuse nous » amollissaient , si notre main tenait plus souvent la » craie ou la plume que la hallebarde et le glaive des >♦ batailles , si notre nature dégénérait dans l'air en- » fermé des chambres et que notre droiture fit place » aux artifices , aussitôt chacun nous trouverait trop » chers**. Les pensions cesseraient alors d'elles-mê- » mes : liberté, dignité, sûreté, gloire, argent, jouis- » sances de la vie ( et pourquoi pas?), tout dépend » de notre prix. Le rabaisser, serait démence, le » négliger, folie. Le monde est à l'homme de guerre, » les cœurs des hommes sont à lui, quand sa loyauté » égale son courage. » Ce discours plut***; les pensions
* L'expérience a prouvé le contraire. Le militaire de ligne n'est-il pas instrument d'oppression , familiarisé avec la servitude? Les exceptions sont rares. D. L. II.
679 Les Français s'imaginèrent bientôt ne pouvoir plus vaincre sans les Suisses. MacchiavetU, Discorsi, LL
6,0 • I Suizzeri sono armalissimi e liberissimi. » ld.
« In illa vastitate corporum minimum malitiae latet. • Bodinas ,
Methodus.
m « Principum censorcs et magistri vocali sunt. • ld.
** Tout cela est vrai , mais il ne s'en suivait pas qu'on dût être au service de la France ou de la Bourgogne. Il fallait tâcher d'élre soi. D. L. H.
*** Ces discours, imaginés par Muller à l'imitation des historiens de l'antiquité , sont erronés dans l'esprit et dans la lettre , comme le fait ob~