LIVRE tV. CHAP. VIII
et de Bienne par les sentiers les plus difficiles de la forêt, à travers des ravins et des broussailles, contre l'ennemi qui avait cru voir devant lui l'armée entière ; puis tout-à-coup il apparut menaçant 32 , infanterie et cavalerie 33 , sur son flanc gauche découvert.
Après quelques instans d'un formidable silence pendant lequel les Suisses firent leur prière, la jeune milice bernoise se leva avec une impétuosité irrésistible 34 ; l'artillerie, auparavant cachée, sortit de deux côtés différens 35 ; on n'entendit pas les paroles du commandement 36 , mais des cris d'attaque , d'enthousiasme , de victoire, « Berne et Saint-Vincent. » La cavalerie lombarde, l'infanterie flamande, accoutumées journellement à la guerre, mais non à une ardeur si fougueuse, furent saisies d'effroi, d'angoisse, et en6n de désespoir, lorsque les cavaliers eurent inutilement tenté à plusieurs reprises de couvrir les fantassins , et qu'ils virent derrière les Suisses de nouveaux renforts grossis encore par la terreur. Les Bourguignons prirent, la fuite. La cavalerie ennemie, au lieu d'être mêlée à l'infanterie ou
»* « Ils voient devant la forêt briller au loin les cuirasses. • Chanson. " On voit par le récit de Schilling que cette division avait aussi de la cavalerie, probablement pour couvrir ses derrières.
J * m Ils coururent à eux en grande bâte. Celui qui marchait derrière
> aurait bien voulu être au premier rang. Us avançaient comme si on les t eût poussés. Quoique beaucoup se trouvassent dans une mêlée pour m la première fois , on n'en vit aucun perdre courage. • Chanson.
li Etaient-ce des embuscades , des troupes de réserve , ou des corps postés sur les flancs? Nous ne trouvons aucun autre point d'appui pour les troupes bernoises.
,6 m On ne parvint pas à former un ordre régulier, chacun courut
> vivement en avant • Schilling. «Ils marchèrent sur tous les points en • désordre contre l'ennemi . combattirent chevalcresquement selon leur » ancienne coutume, et avec le secours de Dieu restèrent maîtres du champ . de bataille. • Ettcrtin.
distribuée sur les flancs, se tenait sur les derrières où elle est ordinairement placée avec* le plus d avantage. « Nous ne pouvons les atteindre, » lui cria l'avantgarde victorieuse. A ces mots, la cavalerie autrichienne et celle de la ligue inférieure, réjouies pour la première fois par la valeur des Suisses, se lancèrent en avant; les fantassins leur criaient avec joie : «Enfoncez-les, » chers seigneurs, nous ne vous abandonnons pas ; » ils les suivirent en effet à pas de course jusqu'à Passavant, où l'ennemi avait campé ; à travers le camp et au-delà le chemin était jonché de morts 37 ; les Bourguignons, entièrement dispersés , ne purent se rassembler de nouveau, heureux d'être protégés par la nuit 38 . On brûla bien des chariots de provisions, que Ton ne putemmener, ainsi que le village de Passavant et ce qu'il renfermait ; on répandit une grande quantité de vin, afin de conserver la raison. Scharnachthal ramena en triomphe, outre beaucoup de munitions, une grosse coulevrine qu'il avait
conquise lui-même 39 . Dans la main de Benoît Conrad de
37 Etterlin rapporte qu'il périt surtout un grand nombre de Lombards. ■ Pins de 2500 furent tués. Ën général , il en resta environ 2500 sur le • champ de bataille ; ■ ceux qui furent brûlés à Passavant ou qui périrent ailleurs portèrent le nombre à 3000. Ainsi le rapportent Schilling et Dunod. Edlibach ne compte que 4500 tués sur le champ de bataille et Bnllinger 1800; Barzœus de même.
M Edlibach.
19 11 l'emmena à Berne. Schilling. = On trouvé dans les protocoles des missives de la ville de Berne un document , inséré au t. VI du Gcschichtforscher, p. 301 et 302 , et que Schilling ni Muller n'ont connu, c'est une relation au roi de France sur la bataille d'Uéricourt. On y trouve quelques détails nouveaux. Les ennemis des Suisses commencèrent par se défendre très- vaillamment. Les Suisses tuèrent surtout un grand nombre de Lombards et poursuivirent les vaincus l'espace d'un mille d'Allemagne; il resta de celui ci 1G17 morts sur le champ de bataille; un grand nombre furent brûlés dans un village voisin, de sorte que l'ennemi lui-même
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Soleure brillait la bannière de Liesle , seigneurie voisine du Doubs 40 ; mais les regards se fixaient avec plus d'intérêt encore sur celle qu'avaient défendue buit cents lia hit a us de Faucogney, les plus vaillans 41 de la Franche-Comté, jusqu'à ce qu'ils se virent réduits à quatrevingts. Tel est l'ascendant de la promptitude et de là terreur que , dans cette bataille , les vainqueurs ne perdirent pas un seul homme 42 . Ils manifestèrent beaucoup de déplaisir de ce que la cavalerie avait fait soixante-dix prisonniers 43 , accoutumés qu'ils étaient à n'épargner personne , afin que la terreur marchât devant leurs bataillons, et parce que, bien différent des troupes mercenaires , un peuple qui fait la guerre pour sa propre cause hait véritablement l'ennemi. A la fin on accepta la rançon des Bourguignons , des Picards et des Savoyards 44 ; dix-huit soldats lombards, accusés
évatua sa perle à plus de trois mille hommes. Le château et la ville se rendirent avec toute leur artillerie; les cavaliers purent se retirer librement. C. M.
40 Haffner.
** Les plus joyeux, comme Schilling les appelle.
« Haffner parle de 70 tués, mais il se trompe , ce qui lui arrive souvent ; Henri Tschudi et d'autres, de trois (probablement les Zuricois dont il a été question avant la bataille); nous avons suivi Schilling, la source principale , Edlibach et la plupart. Barzœus appelle avec raison ce fait d'armes « œterna facinus memorabile fama. » Il n'est pas unique dans l'histoire. En 968, par exemple, il périt près d'Ascoli 1500 Grecs et pas un seul Allemand. Anon. Salernit , dans Muratori S. IL I. T. Il, P. 1. p. 300. = Le fait rapporté par Muller d'après Schilling est confirmé par la relation n. 39 : « Des nôtres, il ne périt pas un seul homme , ni à » cheval ni à pied , grande chose et qui ne s'accomplit pas sans une faveur p spéciale du Ciel. » C. M.
" Schilling, W.
** « Ils furent estimés à une modique somme. » Ul.
de sacrilège , de profanation des sacremens 45 , de violence dans la débauche et de crimes contre nature 46 furent brûlés à Bâle, après sept semaines de détention 47 , pour effrayer quiconque voudrait outrager les mœurs du pays 48 . Une barbarie semblable n'est pas toujours, comme on pourrait croire, un signe de force d'àme : le vrai héros est celui qui ne fait de mal qu'à l'ennemi sur le champ de bataille.
Après la victoire , les Suisses firent aussi bonne garde que s'ils avaient encore tout à craindre 49 . La garnison de Héricourt continua de se défendre pendant trois jours ; alors la nouvelle certaine de l'issue de la bataille lui ôtant tout espoir d'un secours ou d'un approvisionnement , elle rendit sa forteresse. Les trois cent cinquante hommes qui la composaient furent emmenés à travers le champ de bataille, au milieu des cadavres. Ennemis et amis négligèrent d'ensevelir les morts 50 ; la nature vengea l'humanité ; la corruption engendra
45 Ils étaient peut-être du nombre de ceux que nous avons vus à Damerkirch.
46 « Ils furent accusés d'une hérésie inhumaine et brûlés comme héré- » tiques tous dans le même feu » SclUlling. Le baron à* Alt n'a pas saisi le sens de ce passage, puisqu'il en- fait des Ariens (IV, 5S9). Dans ces anciens temps on appelait hérésie tout ce qui s'éloigne de la voie ordinaire , par conséquent ce genre de jouissance physique.
47 Le 24 décembre ; peut-être en considération de la tradition fabuleuse, d'après laquelle tous ceux qui se livraient à ce goût dépravé auraient péri dans la nuit de Noël.
48 « Il est honorable pour noire foi chrétienne et pour tous les Allemands qu'ils soient ennemis d'une semblable hérésie. • Schilling , Dul- Unger, Wurstisen, Stettler disent plus clairement en quoi elle consistait.
4 * Le récit de Schilling; porterait à croire que Thiébaut n'arriva pas a temps ; il pouvait s'être égaré.
s * UaUmeyer, il 2.