LIVRE IV. CHAP. VIII
néanmoins encore aux Suisses, assemblés à Lucerne, une sommation sérieuse en apparence 91 . Il leur fit proposer en même temps de consentir à ce que des Etats d'Empire, peu disposés à la guerre, pussent n'y coopérer que par de l'argent avec lequel il solderait les Suisses. Les Bernois trouvèrent à la fin qu'il était généreux de montrer de la bonne volonté à l'Empire 92 ; toutefois , n'ignorant pas les nombreuses ruses de guerre, ils ne voulurent marcber qu'en un seul corps d'armée de dix à douze mille bommes, lequel resterait * indépendant 93 . Cette résolution si grave embarrassa la députation. Un pareil corps d'armée suisse, propageant son enthousiasme, ne serait pas pour les demi-mesures, ou serait entraîné plus vite et plus loin qu'on ne voudrait. Il ne fut donc plus question de la sommation impériale; on ne parla que des longs préliminaires qu'exigerait la perception de la solde mentionnée; on prévoyait déjà l'irrégularité des paiemens ; Sa Majesté impériale se trouvait elle-même dans la plus grande perplexité 94 . Les Confédérés comprirent ce langage; ils répondirent : « Héricourt prouve la sincérité de nos inten- » tions; nous continuerons la guerre commune à notre » manière. » L'Empereur exigea ensuite la conquête de toute la Haute-Bourgogne pour le compte de l'Empire 96
M Schilling, 150 et suiv. Députés : le comte Hugues de Montfort, le sire Teutpart de Staufcn.
97 « Puisque personne ne voulait s'exécuter ni ne prenait la chose à cœur. . Id.
M « Aûn qu'à tout événement ils fussent plus sûrs de pouvoir résister et revenir chez eux. » Id.
94 - On laissa les choses où elles en étaient, à cause de la solde. . Id. Cologne avait été obligé de payer pour l'Empereur à une auberge d'Augsbourg 300,000 florins , et de lui en promettre mille par semaine.
« Chron. frib.
et rengagement qu'on ne terminerait pas la guerre sans lui ; il promettait à ce dernier égard réciprocité aux Suisses 96 . On arrêta un plan de campagne 97.
Quelques villes d'Empire envoyèrent leur secours à l'armée impériale 98 . En vain le roi Edouard représenta au duc l'inutilité du siège 99 ; en vain de fidèles sujets de la Haute- Bourgogne lui conseillèrent de faire la paix avec la Suisse ,0 °. Son honneur était engagé par ses forfanteries; le trouble et la colère luiôtérent le jugement 101 ; il couvrit ses bannières de flammes et de signes de destruction pour annoncer ses projets ,02 . Il communiqua sa fureur à tous ses amis, surtout aux Italiens qu'il aimait particulièrement. Ce langage, la menace de brûler Berne et Fribourg et d'élever un monument sur leurs ruines 103 fut répété dans Milan, alors que Galéazzo décréta une alliance avec Charles 104
M IVuraùscn, 472, d'après une lettre impériale.
« 7 Diète de Bâle, 12 févr. 1475. Ibid. et dans Fugger. Il y eut cette nuit là des coups de tonnerre et une grôle extraordinaire, présage, pensait-on , de grands bouleversemens.
M Une bannière de SL-Gallois , sous les ordres de Guillaume Ringgle. Halimeyer. Une de Soleure. Haffner. 250 hommes de Bâle sous Velti de Keuenstein avec des provisions pour une année. fV urstisen.
99 Comines,L. IV.
104 Simon de Cléron. Chron. frib.
401 « Dieu lui avait troublé sens et entendement. » Commet. Le mauvais succès lui enleva la réputation qu'il avait d'être invincible ( Gollut ) , réputation à laquelle un souverain intelligent ne se fiera jamais.
m Ballinger, qui ajoute , que dans son orgueil il n'avait pas consulté Dieu.
101 Chron. frib. et Anshelm. Berne pourrait-il éviter le sort de Liège , ville bien plus considérable?
4,4 Conclue à Moncalion , 30 janvier 1475. Cit. dans Guichenon. (La Savoie avait provoqué ce traité et y était comprise. ) Les troupes à fournir étaient 400 hommes d'armes ( ■ armigeri » ) chacun avec six chevaux ; ou