LIVRE IV. CH4P. VIII
i dedans on répondit avec pierres, flèches , coups de feu , toutes armes. La garnison entière, nobles et soldats, quatre cents hommes 157 , ne doutant guère que ce jour fût le dernier pour eux, recoururent à toutes les ressources de l'art militaire 158 , joyeux et pleins d'audace. Ils avaient vaincu l'ennemi de tout bien , la crainte de la mort. Du clocher de l'église de la ville , la principale coule vrine des Bernois tira sur les créneaux et tua quinze hommes. Dans ce moment, pénétra par une des portes du château 159 avec plusieurs hommes de guerre, le bourreau de Berne. Alors' les exécuteurs de la justice n'étaient pas déshonorés; plusieurs s'étaient recommandés par leurs actions 160 , par leur humanité 161 ; celuici se distingua comme guerrier vigoureux, adroit, intrépide : sa mort , digne de sa vie, fut pleurée par les Bernois 162 . Les Confédérés entrèrent de tous les côtés ; la garnison, ne songeant plus à la vie, mais à la vengeance, combattit sans sourciller, sur les degrés, dans les corridors , dans la grande salle, dans les greniers, près des tourelles ; le baron de Ghâteau-Belin 163 , mes-
157 Dunod, d'accord avec la Chron. de Neuch, 151 • Comme entendus à la guerre. • Chron, de Neuch. **' • Latere quo ad col le m perlinet , » tandis que l'attention générale était fixée du côté de la ville. Guillimann.
Stettler,l, 65.
461 Comparex près de Grciiïensée maître Pierre et le landammann liai Réding.
f 62 • Croyez que c'étoit un des vaillans hommes de l'armée ; messieurs de Berne furent bien marrys de sa mort. • Chron» de Neuch.
161 Contre toute vraisemblance la Chronique de Ncucliâtel assure que les sires de Chateau-Guyon étaient là , et elle ne dit pas comment ils échappèrent; il leur eût été difficile de se sauver; ils ne furent pas faits prisonniers, et l'on *ait qu'ils vécurent encore après cet événement. =La Chronique de Neuchâtel, telle qu'elle est imprimée dans le Geschiçhtforêcher, représente avec plus d'invraisemblance ou plutôt contre toute vé-
sire Nicolas de Joux, les seigneurs de la noblesse, et ceux qui les entouraient, se jetèrent dans le donjon. De son parapet élevé, de ses tours non encore prises, les assiégés, ici à la clarté du jour , là dans des recoins obscurs , soutenaient la lutte la plus variée, qu'enveloppèrent bientôt la fumée et les flammes. Plus de centvingt cadavres jonchaient les corridors ; parmi eux , gisaient des Confédérés 164 ; les vainqueurs en précipitèrent un plus grand nombre du haut des fenêtres et des créneaux, au bas des rochers ou dans la flamme qui commençait à s'étendre. De Joux défendait le donjon depuis plus d'une heure, non sans faire du mal aux Suisses 165 , lorsque ceux-ci y pénétrèrent par une porte secrète qu'on avait oubliée, s'emparèrent d'une saillie du haut de laquelle ils tirèrent et lancèrent des projectiles sur le donjon placé plus bas 16C . La tour et le donjon pris, la première épée fendit la tète du brave commandant 167 ; Château-Belin fut aussitôt soumis et précipité du donjon avec tous les nobles 168 ; l'épée, la
rité ceux de la garnison comme « poursuivis par le seigneur d'Orbe et Cbastel Guyon ; • p. 229. CM.
164 II périt près de douze Bernois. Schilling; Berne à Strasbourg , jeudi ap. Pentecôte. Bâle , Soleure , Lucerne et Bienne perdirent sans doute aussi quelques hommes.
165 Environ quarante furent blessés. Schilling.
168 Le parapet était au haut de la tour; mais plus haut encore était la couronne avec les saillies où se plaçaient les vedettes.
167 Guy Wèber : ■ Ils prient qu'on les épargne, en l'honneur de Dieu
• et de Notre-Dame. S'ils l'eussent fait à temps , on les eût laissés vivre.* La Chron. dcNeuch. : «Ils voulaient se mettre à rançon, mais nos sei- » gneurs n'y voulaient entendre. » Schilling ne dit rien de cela ; • car ils
• savaient bien qu'on ne leur ferait pas grâce. •
m Wèber, dans l'orgueil de la victoire : • On leur apprit à tous a
• voler sans ailes par-dessus les murs. » = t Sauvage plaisanterie, • dit avec raison M. Olivier, p. 719, • et qui devint le bon mot obligé des