livre iv» chap. viii
sèrent joyeusement un jour et une nuit à Payerne*, puis se séparèrent. Fribourg traita hospitaliérement les Lucernois et les Bernois pendant un jour; Morat , les Soleurois 177 . Les Bernois prièrent instamment la bannière de Lu cerne, qui n'avait encore jamais été dans leur ville , de les accompagner à Berne. A Gapellen ,78 , sur la lisière d'une forêt, à deux lieues de la ville, ils furent, bien reçus, formèrent leurs rangs et se mirent à marcher au pas. A une lieue plus loin, à Bûmpliz, contrée des plus gracieuses dans le genre suisse, ils virent venir au-devant d'eux lavoyer Nicolas de Scharnacbthal, le petit et le grand Conseil et quatre cents jeunes garçons élégamment armés qui, en les abordant, leur souhaitèrent si cordialement la bien-venue en vers enfantins 179 , que des larmes d'attendrissement mouillèrent leurs mâles visages. Les héros, les avoyers Schar-
ri a eh ta 1 et Hassfurter, s'entretinrent avec abandon;
* «... De là tirant au gis te de Payerne, auquel lien et ville furent
• très-bien reçus; et en grande joye, comme ceulx que de longtems
• cstoient leurs Bourgeois , Amys et Alliés , mesmement à Messieurs de
• Berne, aussi alloient tousjours les dits de Payerne en batailles et guerre
• avec les dites Alliances dessus nommées, dont par cy-devant avoient
• tousjours plus esté en leur grâce que nul de leurs voysins, assavoir
• Estavayer, Romont et Moudon. » Chron. de Neuch. • La ville de
• Payerne était plutôt sous la protection héréditaire que sous l'entière
• domination des princes de la maison de Savoie. Elle avait eu de toute
• ancienneté une alliance avec Fribourg et avait un traité de combour-
• geoisie avec Berne. » Geechichtf. C. M.
IW Tout cela d'après la Chron. de Neuch.
178 Capellen ou Frauen- Gapellen (chapelle des dames), ainsi nommée d'un couvent de religieuses. Il faut qu'ils aient pris leur chemin par Laupen.
Cbers Confédérés de Lucerne, Soyei les bien-venus à Berne .
Vencx , réjouisse* nos cœurs.
avec plaisir , de leur vieille affection , de leur fidélité à toute épreuve, des batailles, de cette expédition, de l'inviolabilité de l'alliance fraternelle. L'armée, entourée des jeunes garçons qui poussaient des cris de joie, fit son entrée dans la ville; des tables étaient préparées dans toutes les abbayes et dans les maisons des bourgeois. Le lendemain on les contraignit de rester un jour encore. Les liens des cœurs se resserrèrent ; personne ne craignait la guerre. Après avoir joui de tous les plaisirs aux frais de la ville 180 , les Lucernois reprirent le chemin de leur pays. L'avoyer Hassfurter fit consigner ces jours de fête dans le protocole de sa ville 181 .
Vers le même temps, l'ancien avoyer Nicolas de Diessbach, chevalier, chambellan et conseiller du roi 182 , vint à Berne, accompagné de l'ambassadeur français Gervais Faur 183 . La plus ample déclaration de Berne au sujet de l'alliance fut alors rédigée en forme, avec
certaines additions désirées par le roi 184 , et l'on con-
iM La ville les défraya aussi • aox bains • et chei les barbiers. Sctûlling.
*** C'est de là que Schilling a tiré celle relation.
111 La Lettre du roi en forme de commission du grand sceau, Paris , 3 janv. 1475 (Comines, II, 378) , lui donne ces titres. ma Un chef de république qui s'honore d'une clef de chambellan ! C'est ainsi que je me rappelle avoir vu , en 1798 , un jeune Hallwyl montrer avec jactance beaucoup de clefs de chambellan et dédaigner presque l'épée ronillée de Hans de Hallwyl , le vainqueur de Morat î D. L. H.
181 Favre? = Peut-être le nom de Faur fut-il primitivement le même que celui de Favre et de Faure , mais le commissaire de Louis XI s'appelait réellement Gervais Faur {Comines, III, 379 et 381). Ce môme nom est connu par Gui du Faur de Pibrac, auteur des célèbres quatrains, et par son cousin Pierre du Faur de SL-Jorri , aulenr d'un savant traité Des jeux et des exercices des anciens, 1595, 1 vol. in-folio, et d'autres ouvrages fort érudits. C. M.
"* Dans l'expédition latine, que peu de gens comprenaient peut-être,