‹ Histoire de la Confédération SuisseChapitre 15 sur 178 · LIVRE IV. CHAP. VI · texte numérisé non relu

LIVRE IV. CHAP. VI

» aide sont en droit de s'aider eux-mêmes ; il n'est pas » permis de sacrifier soi et ses descendans à une pas- » sion aveugle. Si la cour tombe par ses propres fautes, » elle ne doit s'en prendre qu'à elle. De temps en temps » la marche irrésistible des choses humaines amène un » ordre nouveau. La voix de la destinée se fait entendre » alors , et l'on voit l'un des partis animé par l'en- »thousiasme, l'autre saisi d'un découragement inconcevable, parce que Dieu lui ôte le jugement. » Les partisans de cette opinion furent surnommés les Turcs, peut-être parce que ce peuple croit à la fixation fatale de la durée des hommes et des institutions ,8 °, et se livre avec d'autant moins de retenue au plaisir et à la témérité. Les partisans du vieil ordre de choses furent appelés Chrétiens : l'attente des miracles de la Providence fortifie les Chrétiens contre les impressions du moment , et la pensée de l'avenir les élève au-dessus du monde visible. Les Turcs, plus actifs, intrépides dans leurs innovations , déployaient plus d'audace. Ils parurent si da ngereux , que l'archiduc 181 mit cent hommes de Winterthur en garnison dans la ville, avec ordre d'arrêter avant tout les principaux chefs de ce parti. Le secret de la faiblesse une fois découvert , les actes de violence ne servent qu'à hâter la ruine \ Les Suisses , trop intelligens pour abandonner leurs amis , déclarèrent que la mort de ceux-ci coûterait à l'archiduc la possession de la ville. L'arresta-

180 Le nom de Turc était peut-être aussi une injure pour leur incrédulité, pour l'apostasie de la rébellion.

181 Sigismond devint alors seigneur de ces pays.

* Très-applicable à la conduite des anciens gouvernans suisses, depuisla révolution française en particulier. Ils se montrèrent oppressifs* tuanniques , soupçonneux et faibles. D. L, H.

lion de ces hommes lui aliéna même les Rapperschwylois du parti chrétien, qui ne pouvaient voir un crime dans des opinions justifiées par la difficulté des temps. Il se trouva que la cour avait agi de cette façon , non d'après un système de principes tyranniques , mais par ignorance de ce qu'il fallait faire.

La garnison, ayant achevé d'épuiser Rapperschwyl 182 et d'aigrir les esprits, fut rappelée, et on rendit la liberté aux prisonniers. La captivité , sans les convaincre d'erreur, s'était gravée dans leur mémoire. De bonnes ni de mauvaises paroles ne payèrent les dettes de la ville 183 . Ses habitans gardèrent le silence. Une alliance défensive secrètement proposée à Zurich , ville par laquelle et pour laquelle ils avaient tant souffert, avait été refusée par ce loyal Vorort ,84 . Lorsque les bannières victorieuses de Schwyz, d'Uri et d'Untertvalden furent entrées dans Rapperschwyl pour y passer la nuit, et tandis que leurs soldats , répandus dans les rues , embrassaient avec une joie fraternelle leurs amis les Turcs, l'avoyer et le conseil eurent une conférence avec les chefs et les capitaiues. De moment en moment s'accrut le désir de vivre à jamais ensemble comme à cette heure , en paix et en bonne amitié. Les Suisses, sans s'inquiéter de ce que dirait l'Autriche, confirmaient la persuasion qu'une telle alliance était le seul moyen de relever la prospérité de Rapperschwyl. Cette nuit rompit tous les liens primitifs. La ville souvent assiégée en vain, le château souvent hostile et le pont souvent inaccessible furent et

lsa Elle lui coûta 700 livres. Bullinger.

1,1 L'Empereur ne consentit qu'à un délai de deux ans. Ulrich, Hist. des Juifs en Suisse, 262.

164 Parce qu'on était en paix avec l'Autriche. Bullinger.

Page 1