‹ Histoire de la Confédération SuisseChapitre 158 sur 178 · LIVRE IV* CHAP. VIII · texte numérisé non relu

LIVRE IV* CHAP. VIII

rurent en pillant 362 et emmenèrent les troupeaux. Les habitans tremblans ne demandèrent que la réserve de leurs franchises 363 . D'autres détachemens forcèrent Montagny; d'autres encore soumirent Grandcourt 364 .

Non loin de là, la ville d'Estavayer était assise au bord du lac de Neuchàtel, pendant mille ans, disait-on, siège d'une grande famille 365 ; là s'élevait le vieux manoir, plus haut encore le château de Chenaux , audessus d eux la tour de Savoie. Les habitans, très-habiles dans la fabrication des toiles, vivaient dans l'abondance; la ville avait une garnison de trois cents hommes de Nyon 366 , elle servait d'asile aux richesses amassées pendant une longue paix à Gudrefin et dans toute la contrée. Le seigneur de cette ville , capitaine de la garnison, Claude d'Estavayer, remarquable par sa stature, sa beauté, sa vaillance 367 , honoré de la confiance du comte de Romont, qui lui avait promis de l'enrichir 368 , saisit la bannière à la première nouvelle de l'approche des Confédérés, monta à cheval avec tous les chefs, parcourut les rues et les places, et déclara qu'il punirait de mort le moindre mot qui trahirait l'intention de céder. Il répondit à la première sommation , que la ville avait dans le comte de Romont

1,2 Dans le langage d'alors • courir par un endroit • signifiait le piller.

m Gela arriva à Morat. Chron. de Neuck.

*" Le seigneur de ce lieu était Jean de Compeys, fort en crédit à la cour de Savoie.

,w Qu'on faisait remonter comme les comtes de Gruyères à ce temps de la première occupation par les Bourguignons. m Wattewyl.

M7 « Un homme superbe. » Bullinger.

m En lui donnant les domaines de quelques nobles Fribourgeois , ses voisins. Schilling.

un bon seigneur, qui viendrait bientôt la délivrer. A la seconde, on répliqua par des coups de canon et des railleries 36 *. Les assiégeans, qu'on n'arrêtait qu'avec peine, avides de butin et de gloire, irrités maintenant, jurèrent tt totale confusion et destruction » de la ville. Avant l'arrivée des bannières et du principal corps d'armée, un grand nombre de Suisses ayant tenté inutilement et avec perte de balayer les créneaux par le feu de l'artillerie 370 , mais reconnu exactement Pélat des portes et des murailles 871 , conçurent un projet dicté par le sentiment de leur force et par leur audace. Ils coururent sur une hauteur, puis ces hommes vigoureux, tenant chacun devant soi les hallebardes et les lances de plusieurs cavaliers , comme si leurs forces étaient centuplées, se précipitèrent à la course et en poussant des cris, contre une des portes et y firent « un pertuis » par lequel ils pénétrèrent dans les murs. « Ville gagnée ! » crièrent-ils , « ville gagnée ! » Cette parole glaça de terreur messire Claude et tout Estavayer . En même temps, dans une partie abandonnée de la ville, où Ton ne soupçonnait pas la présence de l'ennemi, des Suisses escaladèrent la muraille à l'aide de cordes suspendues là comme moyen d'évasion en cas de besoin 372 . Tumulte confus; cris d'angoisse de ceux qui abandonnaient leur fortune pour mettre leur vie en sûreté dans le château ; appel des Suisses qui, ne pouvant faire sauter les verroux, enlevaient

w » • Ils lâchèrent des paroles piquantes. • Schilling.

m Ceux qui étaient dans la ville « se portèrent merveilleusement; a 24 Confédérés restèrent sur le carreau. Ibid.

171 II y avait là des Paycrnois, qui donnèrent des conseils. Ibid. Estavayer était généralement un objet de jalousie.

Selon une relation , quelques-uns s'étaient déjà sauvés par là.

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