LIVRE IV. CHAP. VIII. 33f
avec des efforts inouïs les portes hors des gonds; bruit des bannières qui accouraient, du massacre qui commençait par toute la ville ; fureur contré le château , contre la tour de Savoie 373 . Tout fut pris d'assaut ; les courages faiblirent : messire Claude offrit en vain une grande rançon pour racheter sa vie 374 ; tous les hommes de guerre de Nyon venus ici de Gudrefin , pour chercher leur salut, tous les bourgeois d'Estavayer , à l'exception tout au plus de vingt, tombèrent sous l'épée du vainqueur 375 ; une foule de gens, sans distinction d'âge ni de sexe, cherchèrent la mort dans les flots; d'autres l'y trouvèrent sans la chercher, les barques coulant bas sous le poids des fuyards. L'humanité, la discipline 376 , les autels 377 , l'or même ne purent comprimer la rage; les infortunés, comptant fièrement sur
1 le secours de Ko mont, avaient provoqué leurs enne-
La tour du donjon en communication avec les ebéneaux. • Il fot saigné, ■ dit Butlinger.
171 De 13 à 1500 hommes. » « Personne n'obtint de merci. On fit
• la chasse de ceux qui se sauvaient. Tout fut haché et chapli % selon ■ l'expression naïve et terrible du chroniqueur. On voyait le bourreau
• de Berne , l'épée à la main , courir dans les rues après les blessés et
• leur couper la téte , jusque sur le seuil de leurs demeures. Six vingts » hommes s'étaient renfermés dans le donjon : il fallut qu'ils se résignas- » sent à passer par le tranchant du glaive; puis ils furent précipités du
• haut de la tour. • Olivier , Le Canton de Vaud, p. 726 et 727. C. M. ,7< Selon la Chron. frib. les chefs et les capitaines eussent été disposés à se retirer , mais les soldats étaient ivres de fureur. Rien de plus éloquent que le silence d'Ettcrlin i « Quant à la prise d*Estavayer , je > m'en tais. Où les chefs ne sont pas les maîtres, les choses vont comme
• elles peuvent. »
177 Berne écrivit sérieusement au sujet des sacrilèges commis dans les églises, sur les objets du culte et sur la personne des prêtres; les capitaines rejetèrent la faute sur les volontaires indisciplinés qui courent les aventures. Berne à $e$ milices en campagne, mardi et jeudi av. Simon Jude.
mis 378 . Tandis que les femmes des gentilshommes et des bourgeois traînaient en gémissant les cadavres de leurs époux et de leurs fils sur une terre sainte , les vainqueurs, les voisins accourus en foule, la bannière de Soleure qui venait d'arriver 379 , chargèrent pèlern éle sur des chariots, à mesure que Ton s'emparait d'une maison, d'un magasin, d'un grenier, d'une chapelle 380 , les richesses acquises pendant une longue suite d'années , ou entassées là pour leur sûreté. Les perquisitions du pillage firent découvrir onze soldats étrangers 381 ; pour dégoûter ces sortes de mercenaires de faire la guerre à la Suisse , on les remit au bourreau de Berne, homme cruel et sanguinaire, afin qu'il les noyât dans le lac, tous liés à la même corde. Les jeunes hommes poussaient des sanglots ; la corde cassa ; ceux que n'atteignit pas sur le champ une lance, furent graciés. On égorgea le bourreau, qui n'avait pas réussi dans l'exercice de sa fonction ; personne ne le plaignit : qui a cessé d'être homme est digne de souffrir sans obtenir de la compassion. Mais les guerriers, rassasiés de vengeance , touchés de ce spectacle de larmes , de gémisse-
171 • Ce fut grand dommage , mais ce fut par leur outrecuidance. • Chron. de Ntuch.
»*» Schilling. Btttlinger doute avec raison que des Zuricois aient été présens.
880 Les Fribourgeois envoyèrent 100 chariots qui emmenèrent jour et nuit surtout des toiles. Schilling, ~ « On trouva une si grande quan-
• tité de vin et de blé que non- seulement on le vendit 1 un pris très- ■ bas , mais qu'on finit par le donner pour rien. De Berne, de Fribourg, » de Payerne , de Moral , par terre ou par eau , avec des bateaux et des
• chars , on se rendit & la curée t tout fut pris et emmené. » Olivier , p. 727. C. M.
381 • Des garoeraens élrangers qui servaient comme mercenaires. .
Schilling.