LIVRE IV."cHAP. VIII
bientôt plus près, sur les rives de la Morge, des guerriers de l'Oberland, de Berne, de Soleure, au nombre de trois mille 483 ; secours insuffisant aux yeux des Valaisans épouvantés 464 , contre un ennemi estimé à dix-huit mille hommes. Les Suisses, habitués à calculer tout autrement, répondirent à ces craintes avec leurs lances 465 , suivant leur tactique. Cela donna l'avantage aux Valaisans, incessamment prêts à tout risquer pour leur pays. Ils firent volte-face, plus formidables par leur résolution que par le nouveau secours. L'ennemi, comptant sur la terreur et la discorde, s'était abandonné au désordre; à la vue de ce courage, de cet accord et des bannières suisses, il fut saisi d'étonnemerit. Dans la bataille tombèrent trois cents vaillans gentilshommes savoyards et mille soldats 466 . Une terreur si grande précipita les pas de Jean-Louis et de Ruff Asperling, qui abandonna sa patrie pour toujours 467 , que les positions les plus avantageuses, même le défilé fortifié de Saint-Maurice, ne parurent plus tenables. Le même soir, on amena dans Sion, avec une joie triomphante, les magnifiques chevaux 468 , les ornemens et les armures des gentilshommes de Savoie et cinq bannières conquises. Les jours suivans, les vainqueurs parcoururent, le feu et le fer à la main, tout le Bas- Valais, et s'emparèrent de
*" Il est singulier qu'Edlibach, Bullinger et SimUr mentionnent ce secours et que Schilling n'en parle pas.
464 Ou divisés ; Asperling pouvait aussi avoir conservé des partisans.
465 Edlibach dit que quelques Valaisans périrent dans cette circonstance.
Id.; Simter, 142. «La vraie noblesse et la fleur de la Savoie, » Schilling,
467 Sinner, 223. Il demeura dans le Pays-de-Yaud. 464 Au nombre de 120. Schilling,
dix-sept châteaux et du pays entier : ni Gonlhey ne fut défendu par l'importance de sa situation voisine de Sion, ni Sasson 469 , ni Saillon, par l'épaisseur de leurs murs, ni Martigny par sa position, fatale à l'armée de César, ni Saint - Maurice par son château -fort 470 , refuge d'anciens rois; tout fut soumis jusque dans l'Entremont 471 , et au passage du Saint-Bernard, et jusqu'aux pâturages d'Anzeindas où jadis une guerre insensée confondit le sang des hommes et des troupeaux 472 . Aussi le jour d'une victoire si féconde devintil un jour de fête nationale, dès ce moment et pour une longue suite de générations 473 .
Peu après, le margrave Rodolphe assembla dans Neuchâtel une. conférence "de la haute ligue et de la ligue inférieure, ainsi que des députés de Bourgogne 474 .
*•• Aussi appelé Saxon.
470 Les Valaisans abattirent le mur du côté de leur pays et le laissèrent subsister du côté de la Savoie. Munster, Cosmogr., 495.
*'* Au nombre des châteaux détruits on nomme Burgum (Simlcr, 143).
472 Tradition dans le t. VIII du Mutée suisse. Ceux d'Aigle (on ne sait dans quelle guerre ) , s'étant mis en embuscade, battirent les Valaisans; quelques vaches furent blessées par hasard; ces animaux ont horreur du sang; d'antres vaches se jetèrent avec une sorte de fureur sur celles-là et les tuèrent. = M. le doyen Bridel, qui raconte celte tradition ( Conservateur suisse, t. II, p. 140 et 141), fait l'observation qu'aucune de nos chroniques ne parle de l'événement qu'elle concerne. 11 soupçonne que la rencontre entre les Valaisans et les habilans du gouvernement d'Aigle eut lieu vers l'an 1384, dans la sanglante guerre que le duc de Savoie Amédée VII, soutenu par les Bernois, fit aux Valaisans, pour maintenir son frère Edouard dans i'évéché de Sion. Le gouvernement d'Aigle lui appartenait alors. Des armes antiques trouvées dans ce lieu appuient cette vieille tradition qui se conserve encore. C. M.
*'» Le d 3 novembre. Hottinger, Hist. eccL, II, 459.
474 Voyez sur cette conférence Schilling, 258, et fVurstisen, 477. Les envoyés de Bourgogne étaient Guy de Rochcfort, seigneur de l'Abergc-