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B$ NOTE 26 DU CHAP. VII, PAGE

Des domaines hypothéqués par le duc Sigismond d 'Autriche

au duc Charles de Bourgogne.

La note 26 de Mu lier fait voir quel désaccord règne entre les historiens au sujet de la somme pour laquelle Sigismond hypothéqua des domaines considérables de FAlsace et du Sundgau à Charles de Bourgogne. La divergence est même plus grande encore, car les historiens zuricois, bernois, bâlois, strasbourgeois portent la somme à 80,000 florins. Ce point spécial d'histoire a été tout récemment l'objet des recherches d'un homme accoutumé à répandre du jour sur

toutes les matières obscures qu'il traite. M. Jean-Gaspard Zellwèger, auteur de Y Histoire du peuple appenzellois, visita pendant 1 été de 1 838 les archives rassemblées par les soins de M. le préfet de la Côte-d'Or ; il y trouva, non sans peine, dix documens qui se rapportent à l'hypothèque en question , et qu'il a publiés, ainsi que deux autres, dans le journal historique qui s imprime à Frauenfeld sous le titre de Schweizerisches Muséum fur historische Wissenschaften (Musée suisse pour les sciences historiques). Plusieurs de ces documens sont en latin, d'autres en français, un en allemand. En les rapprochant, la sagacité de M. Zellwèger est parvenue à éclaircir et jusqu'à un certain point à justifier les divergences. Nous allons exposer les résultats de ses recherches , tels qu'il les a lui-même résumés.

Et d'abord, selon la première charte du a mai i46g, Sigismond hypothéqua tous ses domaines du landgraviat d'Alsace et du comté de Pfirt, y compris les propriétés énumérées dans la note 20 de Muller, mais auxquelles il faut ajouter le château, la ville et la seigneurie de Pfirt; l'emplacement de l'ancien château de Rheinfelden, appelé le Stein ( le rocher ) et le château de Hauenstein avec la Forêt- Noire. Un autre document indique encore Brisach, qui avait été oublié , et que le duc d'Autriche hypothéqua pour 5o,ooo florins du Rhin. Il devait, en outre, payer au margrave Rodolphe de Hochberg, à Pierre de Morimont , à Thûring de Hallwyll, à Louis de Maasmoutier et à Marx de Stein , 1 80,000 florins, somme pour laquelle les seigneuries ci-dessus nommées avaient été hypothéquées. Une des chartes reproduit ces hypothèques , mais sans faire mention des 1 80,000 florins. En revanche , les conditions du rachat y sont mieux déterminées; et il faut remarquer que le duc Sigismond s'engagea à rendre, non-seulement les 5o,ooo florins du Rhin, mais aussi à payer toutes les dépenses et les réparations. C'est là probablement la charte que connut Guillimann , qui parle d'une somme de 5o,ooo florins.

Il est surprenant qu'aucun de ces documens ne fasse mention des 18,100 florins pour lesquels Rheinfelden était hypothéqué à la ville de Bàle, et que le duc Charles paya, suivant trois des documens. Voilà donc déjà 68,100 florins. Si l'on y ajoute les I800 que, selon Tschudi, le duc eut à payer à Am Stad, nous aurons la somme de 69,900 florins, bien rapprochés des 70,000 adoptés par Waldkirch.

Tschudi n'a vraisemblablement eu connaissance que des 10,000 florins que selon une des chartes le duc Charles paya aux Confédérés, et Gollut n'a connu que celle par laquelle le chevalier de Morimont déclare avoir reçu pour le compte du duc Sigismond 40,000 florins du Rhin.

Une des pièces nous fait voir que Sigismond , pour racheter l'hypothèque d'une somme de 8,000 florins , fut obligé d'en payer 1 o,4oo, vu les intérêts arriérés. Si aux 68, 1 00 florins mentionnés ci-dessus, on ajoute les 1 1,900 pour arrérages, réparations et entretien des châteaux et des villes , on arrive à la somme de 80,000 florins qui fut déposée à Baie pour le rachat; les écrivains qui n'ont connu que cette somme, ont pu croire qu'elle formait le total.

Les divers historiens qui ont parlé de cet objet, diffèrent si fort entre eux sur la somme pour laquelle le duc d'Autriche hypothéqua une partie de ses domaines , parce que chacun d'eux n'a connu qu'une des chartes que M. Zellwèger a rapprochées pour la première fois. C'est ainsi que la sagacité et la recherche consciencieuse de la vérité entière ont concilié des contradictions apparentes.

Nous aimons à croire que les conservateurs des archives de France, qui auront connaissance de l'écrit de M. Zellwèger , mettront à profit les observations présentées en téte de son mémoire, et relatives à la tenue de ces archives, aux richesses qu'elles contiennent, et aux moyens d'en faciliter l'exploitation. « Il est très-probable, » ajoute-t-il, « que les archives de la Franche-Comté renferment beaucoup de choses qui se rapportent à l'histoire de la Suisse , puisque

dans les temps anciens une grande partie de la Suisse occidentale se trouvait sous la même domination que cette province, que Berne eut plus tard des relations étroites avec la ville impériale de Besançon , et que , depuis les guerres de Bourgogne jusqu'à la réunion avec la France, la Franche- Comté fui toujours placée sous la protection de la Confédé- • Malheureusement ces archives sont dans un tel dé- , dit le même écrivain d'après le témoignage d'un ancien magistrat français voué aux recherches scientifiques, qu'il est extrêmement difficile de trouver ce que l'on cherche.

Comment ne déplorerions-nous pas ici avec M. Zellwèger la dilapidation à laquelle les archives de Bourgogne, comme tant d'autres, furent livrées par le vandalisme révolutionnaire et par l'incurie des temps qui ont suivi? Il ne s'est plus retrouvé une seule pièce autographe de Charles-le-Hardi , et deux des documens les plus intéressans par leur antiquité, les chartes de fondation du Mou tier-Sfc- Jean , Tune de Chlodwig de 49? > l'autre de Chlothar de 537, lesquelles existaient encore en- i8ao, suivant le répertoire, ont disparu depuis. C. M.

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