‹ Histoire de la Confédération SuisseChapitre 174 sur 178 · C$ NOTE*, APRES LA HOTE 62 DU CHAP. TTI, PAGE · texte numérisé non relu

C$ NOTE*, APRES LA HOTE 62 DU CHAP. TTI, PAGE

Esprit public à Berne depuis la fin du XIV 9 siècle

Jusquen ityo.

Le tableau de la situation et de l'esprit de Berne, placé par M. le landammann de Tillier en tête du récit qu'il fait de 1* querelle des seigneurs (I. IV, chap. VIII, t. II, p. 169 et 170 ) , répand tant de jour sur cet événement que nous nous empressons de le reproduire ici.

« On se rappelle les violens orages excités par les charges que la bourgeoisie de Berne avait eu a supporter pendant

le dernier quart du quatorzième siècle , à la suite de l'acquisition des domaines de Kibourg et d'autres parties ajoutées à son territoire. Dès- lors, la vie intérieure de la république avait suivi une marche paisible, et, dans ses rapports avec les autres Etats, sa force s'était accrue et consolidée; aucune dissension civile n'avait arrêté ou entravé ses progrès. Trois élémens composaient la bourgeoisie de Berne : la noblesse, propriétaire de vastes domaines, les familles notables , qui commençaient aussi d'acquérir des biens fonds , et les artisans, qui vivaient du travail de leurs mains. Ces trois classes concouraient, heureuses et unies, à la chose publique, ne connaissant pas cette inégalité de droits politiques et civils qui mine insensiblement d'autres républiques ; certaines prérogatives du rang, nées des idées du siècle, mais qui ne constituaient aucun privilège dans les affaires publiques , n'excitaient pas les petites jalousies. Grâce à cette concorde patriotique , Berne avait pu conquérir l'Argovie, supporter des guerres aussi onéreuses que la triste guerre de Zurich avec ses conséquences et la lutte opiniâtre avec Fribourg , triompher d'autres conjonctures difficiles et prendre dans les affaires de la Confédération un ascendant prodigieux»

« Dans la seconde moitié du XV e siècle la grandeur même de Berne obligea ses citoyens à porter sur leurs relations intérieures un regard scrutateur, qui ne devait pas avoir pour résultat de cimenter la bonne intelligence des temps passés. L'extension considérable de son territoire par des achats, des conquêtes et des alliances de combourgeoisie, avait égalé la ville de Berne à un puissant prince d'Empire ; elle recevait des témoignages de respect, non plus seulement de quelques comtes et barons voisins, comme cent ans auparavant, mais des premiers et des plus grands souverains de la chrétienté. Il était impossible que ces avantages n'exaltassent pas chez les Bernois la conscience de leur force et ne jetassent pas dans leurs âmes les germes de cet orgueil qui , dans les choses humaines , mine plus souvent la grandeur

qu'il n'agrandit la petitesse. Lors donc que les bourgeois de Berne considéraient les diverses relations du beau territoire dont la population suivait la bannière bernoise , beaucoup d'entr eux fixaient leurs regards avec une complaisance particulière sur ces districts sur lesquels, d'après les idées alors dominantes, la ville avait acquis par son or ou ses armes un droit incontestable de suprématie. Peut-être déplorait-on en secret que dans des temps moins favorables on eût admis à la combourgeoisie et à l'égalité d'autres contrées que plus tard on eût vraisemblablement soumises de force et réduites à la même sujétion que les premières ; tandis que le droit écrit, les chartes, la reconnaissance pour des services de la plus haute importance ne permettaient plus guère de songer à les réduire à une condition moins favorable.

» Ces causes développèrent insensiblement le germe d'une fermentation formidable; elle se manifesta dans le moment où s'élevait à l'Occident un orage qui menaçait l'existence de la Confédération; la querelle des seigneurs justiciers éclata, et remplit tous les membres de l'alliance confédérale de tristesse et d'angoisse; on craignait que son plus ferme boulevard , Berne , ne s'écroulât sous l'action de cette cause de destruction. De là le vif intérêt que tous les Confédérés prirent à cette dissension civile, dangereuse pour eux tous; de là leurs efforts infatigables pour l'étouffer du moins, s'ils ne pouvaient pas la guérir.

» La discorde profonde qui divisa, pendant l'année 1470 surtout , les diverses classes de la bourgeoisie de Berne, au point de rendre une réconciliation impossible en apparence, eut une double origine. D'abord la querelle relative aux limites souvent incertaines entre les droits de la ville et les libertés des seigneurs justiciers dans leurs seigneuries , ensuite une contestation au sujet de quelques prérogatives pour les vêtemens , qui semblerait n'avoir jamais dû occuper des hommes raisonnables. »

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