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Origine et dêveloppemens des guerres de Bourgogne, par
Fa. de Gihoxvs-La^Sa.&raz.
Notre historien J. de Muller n'a soulevé qu'u n e partie du voile épais qui couvrait naguère l'origine de la guerre des Suisses contre Charles-le-Hardi. Cependant le secret de cette lutte n'intéresse pas seulement l'histoire particulière des Confédérés, à raison de l'influence décisive et profonde qu'elle exerce sur leurs mœurs et leurs tendances nationales ; il appartient aussi à l'histoire générale de l'Europe dont l'équilibre politique fut fortement ébranlé par la chute < olossale du prince le plus puissant et le plus guerrier de son siècle.
D'un autre coté, la Confédération suisse réunit aujourd'hui dans son giron des populations que la différence de race , de langues et de coutumes rangea long- temps parmi les adversaires des Suisses, et auxquelles le sort des armes fit partager la destinée des vaincus. Ceux-ci protestent contre les déclamations exagérées du parti vainqueur, et revendiquent une place plus équitable dans les annales de leur commune patrie.
Ces considérations importantes recommandent à l'historien l'entière abnégation de tous les préjugés nationaux entretenus par un patriotisme mal entendu , et militent fortement en faveur d'un examen impartial et plus approfondi des causes réelles et du mobile essentiel de la guerre de Bourgogne.
Ennemis héréditaires de la maison d'Autriche, amis incertains et très-récens de la couronne de'France, les Couf< dvies avaient , au contraire , toujours trouvé dans la maison de Bourgogne une alliée aussi fidèle qu'utile. Cette alliance , fondée sur d'anciens traités solennellement renouvelés
(en 1467)', par le duc Charles lui-même, se trouvait en outre cimentée par les services que les deux États voisins s'étaient mutuellement rendus en temps de guerre *, et par l'échange journalier des produits respectifs de leur sol. En un mot, la Franche-Comté de Bourgogne était devenue comme la seconde patrie des Suisses. C'est dans le moment même où ces relations de bon voisinage semblaient les plus solides, que les Suisses se liguent secrètement contre le duc de Bourgogne avec les ennemis les plus déclarés de ce prince , et s'enrôlent par bandes nombreuses sous les bannières de l'Autriche, pour lui faire la guerre.
On essaierait en vain d'expliquer ce brusque revirement dans les sympathies nationales des Suisses, par la prétendue nécessité où ceux-ci se seraient trouvés de prévenir les projets ambitieux et de punir l'orgueil que Ton prêtait à tort ou à raison à Charles-le-Hardi ; ces suppositions gratuites sont formellement démenties par les déclarations officielles des Cantons eux-mêmes. Les complications qui résultèrent de l'engagère de la Haute- Alsace, les vexations ou les insultes reprochées au gouverneur bourguignon Hagenbach sont des incidens secondaires qui ne touchaient que fort indirectement aux intérêts nationaux des Confédérés. Il faut donc reconnaître que la lutte mortelle , qui s'engagea entre le duc de Bourgogne et les Suisses, fut le résultat déplorable des manœuvres occultes de la France et de l'or répandu à pleines mains par Louis XI, pour susciter à son adversaire de nouveaux ennemis aussi braves qu'aguerris. C'est pour cela que la guerre de Bourgogne manqua, dans son principe, de caractère national, et ne devint réellement populaire chez les Suisses que lorsque ceux-ci se virent à leur tour menacés, dans leurs propres foyers, par l'ennemi dont ils avaient appelé sur eux la vengeance , en l'attaquant lui-même
1 Lib. IV, c. VI, n. 527.
* Ibidem, c. VII, u. 515 522.
à l'improviste et en saccageant ses provinces héréditaires.
Le traité de Waldshut (du 27 août 1468 ') avait établi une espèce de paix plâtrée entre l'archiduc Sigismond et les Suisses, sans éteindre les inimitiés nombreuses et invétérées qui divisaient les bourgeois des villes libres du Haut-Rhin et la noblesse des provinces antérieures appartenant à la maison d'Autriche. Ce traité imposait à l'archiduc l'obligation de payer 10,000 florins du Rhin aux Confédérés, outre 1800 florins dus au bourgmestre de Schaffhouse pour indemnités de la guerre. En attendant, la ville de Waldshut et le district de la Forêt-Noire demeuraient engagés aux Suisses, pour sûreté du paiement de ces indemnités ; mais ce prince , ruiné par les guerres précédentes et par les prodigalités et le luxe de sa cour, se trouvait hors d'état de remplir envers les Confédérés ses engagemens pécuniaires, dont le terme approchait; d'autant moins que la majeure partie de ses domaines en Alsace se trouvaient déjà hypothéqués à divers seigneurs particuliers et à plusieurs villes libres du Haut-Rhin.
Ce fut dans cette extrême nécessité que Sigismond se rendit en Artois auprès du duc Charles de Bourgogne, son parent, et qu'il conclut avec lui le traité de St.-Omer daté des 2 et 9 mai 1469 \ Toutes les circonstances de cette fameuse cession territoriale sont importantes, puisqu'elle devint plus tard la cheville ouvrière de la guerre de Bourgogne. Notre historien qui n'avait pas vu les actes originaux" a passé trop légèrement sur les motifs et le but réel de cette négociation 4 .
« Lib. IV, c. VI , n. 695.
»Iib.IV, c. VII, n. i7àî0.
1 Ils ont été récemment publiés par les soins du vénérable J. G. Zellwéger dans le Schweizerisches Muséum. (Frauenfcid, 1838) , t. I, p. ilG et 119; t. II, p. 299 et suiv. (,Voy. ci-dessus, p. 360-303. C. M.)
* Plusieurs points sont rectiûés dans les notes; et l'on remarquera , à cette occasion , que l'Histoire diplomatique des Suisses est dans les notes dont J. de Mu lier a enrichi se tableaux inimitables.
APt»ENDICH. 369
Par le traité de St.-Omer, l'archiduc cédait au duc de Bourgogne, à prix d'argent, tous ses domaines du Haut- Rhin « voisins du comté de Bourgogne. » Sigismond y déclarait lui-même « que l'audace et la rébellion des Suisses et de » leurs adhérens l'empêchaient d'en jouir paisiblement, » et il ajoutait : « que les entreprises violentes de ses ennemis ne • pouvaient plus être efficacement réprimées que par un » prince aussi puissant que l'était son parent 1 .» La souveraineté de tous ces territoires composant ce qu'on appelait alors vulgairement V Autriche antérieure \ fut transportée au duc de Bourgogne et à ses héritiers avec tous les droits de supériorité et de justice, ainsi que tous les bénéfices et revenus quelconques * qui en dépendaient. Quoique le prix de ce transport ne soit porté dans le traité de St.-Omer qu'à cinquante mille florins du Rhin, payables à l'archiduc, néanmoins, si l on ajoute a cette somme toutes celles que le duc de Bourgogne avait à payer aux créanciers de l'Autriche, pour libérer les grandes terres que celle-ci leur avait hypothéquées 4 , il se trouvera que la somme totale de l'engagère se montait réellement à plus de deux cent soixante-dix mille florins
4 Sehweiz Muséum, t. I, p. 120.
3 (Lib. IV, c. VII, n. 20). Aux territoires mentionnés dans cette note, il faut encore ajouter la ville de Brisach (Sehweiz Muséum, t. I, p. 299).
* Gotlut, Guillimann et «7. de Muller se trompent en indiquant certaines réserves dont les actes originaux ne font nulle mention.
* Dans les actes publiés par Zellwèger (i c), on voit que Sigismond devait :
1° A divers seigneurs, en bloc 180,000 florins.
2° A Pierre de Rich , sur Thann 12,000 »
S° AMarcdeBaldeck,deBâle. ....... 10.200 .
4° A la ville de Bàle, sur Rheinfelden. . . . 18,100 »
5» Aux Confédérés 10,000 . '
, 6» Payé pour solde à l'archiduc 40,000 »
Total flor 270,800 du Rhin.
Vu. a4
du Rhin*. Il est vrai que la cession de l'Alsace avait eu lieu à titre d'engagère, et que l'archiduc s était réservé, pour lui et ses héritiers, la faculté du rachat, moyennant le remboursement intégral, non-seulement des sommes payées soit à luimême soit à ses créanciers , mais encore de tous les frais et dépens faits par le duc, pour la réparation et l'entretien des châteaux et places fortes. De plus, il fut expressément stipulé que ce remboursement s'effectuerait dans la cité de Besançon, entre les mains des commissaires accrédités par le duc de Bourgogne *. Mais la possibilité d'un tel rachat devenait absolument illusoire , si l'on considère l'état d'épuisement où les finances de l'archiduc se trouvaient réduites; et cette réserve ne paraissait destinée qu'à dissimuler la grandeur de ce nouveau sacrifice.
Quant au duc de Bourgogne, la prudence et la sécurité de ses provinces héréditaires lui prescrivaient d'accepter les offres pressantes de Sigismond pour mettre fin aux guerres intestines qui, depuis plusieurs années, désolaient l'Alsace, limitrophe de la Franche -Comté.
Cependant, autant la politique de Charles était, en cette occasion, franche et naturelle, autant celle de Sigismond fut au contraire fausse et remplie d'arrière- pensées. Abusé par l'espoir d'amener une rupture prochaine entre les Suisses et le nouveau souverain de l'Alsace, et par la perspective éloignée d'une alliance entre la maison d'Autriche et l'héritière de Bourgogne*, l'archiduc dissipa l'argent destiné à satisfaire ses créanciers 4 , sollicita et obtint de l'Empereur des lettres
* Dix gouldes ou florins du Rhin équivalaient alors à treize livres de 42 gros de Flandre (voyez Schweiz Muséum, t II, p. 302 ). On taillait sept florins du Rhin au mare (Gollut). Le florin du Rhin valait deux florins de Savoie, petit poids. ( Documcns. du XV* siècle. )
* Schweiz Muséum, t. I, p. 122.
* Lib. IV, c VII, n. 19.
* Les 1800 go 11 Ides dus aux Schaiïhousois n'étaient pas encore payés lors de la paix de Constance du 30 mars 1474 ( Zellwéger, Hi$U a"Jppetuell, Docum. n. 469 ).
de marque contre certains particuliers de Schwyz dont il avait personnellement à se plaindre', et laissa subsister par là , entre les Suisses et les bourgeois des villes du Haut-Rhin d'une part, et les seigneurs de la Souabe de l'autre , tous les anciens fermens de haines et d'hostilités privées.
En revanche, le duc de Bourgogne s'attacha à remplir scrupuleusement, soit envers les hautes et basses ligues d'Allemagne, soit envers l'archiduc, tous les engagemens que lui imposait le traité de St.-Omer. La veille de la St. Jean- Baptiste i469, à l'échéance fixée par la paix de Waldshut pour le paiement des 10 mille florins du Rhin dus aux Confédérés, Guillaume de La Baume, seigneur d'Illens (au Paysde-Vaud) chevalier, accompagné de Maître Jean de l'Escaghe, secrétaire de l'argentier du duc de Bourgogne ■ arrivait à Berne et effectuait ce paiement entre les mains des commissaires bernois, contre leur quittance et la remise de l'obligation souscrite en leur faveur par l'archiduc*. Le a6 décembre suivant, d'autres délégués des finances du duc de Bourgogne effectuèrent à Montbelliard, entre les mains de Pierre de Morimont, chevalier, chargé des pouvoirs extraordinaires de l'archiduc , le paiement des quarante mille florins du Rhin, qui, après déduction des dix mille florins déjà payés aux Suisses, revenaient à Sigismond pour solde des 5o,ooo stipulés dans le traité de St.-Omer*. Ces mêmes délégués furent aussi chargés de libérer la seigneurie de Thann engagée à messire Henri Rich , pour la somme de douze mille florins (sur laquelle ils obtinrent une remise de quatre mille florins), ainsi que la terre de Berkheim hypothé-
4 Lib. IV, c. VIÏ, n. 424. Il est vraisemblablement question ici • des
• grandes sommes que les Schwyxois avaient voulu lever de force sur
• une abbaye dans le ressort de l'archiduc. * (/Voyez pièces de Comines, édit in-4 deLangleU Paris, 1747, t. III , p. 239. )
2 Schweit Muséum, t. II, p. 302.
» Zellwèger, H Ut. d'Appenzell, Docum. n. 448.
* Sehweiz Muséum, t II, p. 320.
quée au Margrave Rod. de Hochberg pour quatre mille florins, lesquels furent délivrés, à Montbelliard, à son représentant \ En même temps, Maître Besançon Philibert d'Ornans, secrétaire ducal, se rendit à Bâle (le ai décembre i469), pour convenir des termes du paiement des dix-huit mille et cent florins du Rhin, que l'Autriche devait d'ancienne date aux Bâlois, par hypothèque sur le château et la ville de Rheinfelden, dont le remboursement s'effectua successivement par tiers; le premier ayant été payé le a3 avril 1470, le second, le 21 de décembre i4jh et le dernier le ai de décembre 147 a, comme l'attestent les quittances des magistrats de la ville de Bâle". Le duc Chaçles donna en outre les instructions les plus détaillées aux officiers qu'il envoya en Alsace pour organiser l'administration de la justice et de la police, pour régler le cours et la valeur des monnaies, et la solde des gens de guerre, ainsi que pour « réprimer les m dommages que les bourgeois de Muihausen ne cessaient » de faire éprouver à ses nouveaux sujets du Sundgau *. » Ces mesures ramenèrent bientôt l'ordre et la sécurité dans l'Alsace, où nobles et bourgeois s'arrogeaient naguère le droit de se faire justice à eux-mêmes; de manière que, selon la déclaration officielle des Suisses, le trafic des Confédérés avec les villes du Haut-Rhin devint plus libre et plus sûr qu'il ne l'avait été sous le régime autrichien \
C'est précisément ce prompt retour de Tordre public qui contrariait les vues secrètes de l'archiduc, gênait l'esprit guerroyant de sa noblesse, et alarmait l'indépendance un peu turbulente des villes privilégiées du voisinage \ Tous se réunirent pour troubler la bonne harmonie qui tendait à se consolider entre le duc de Bourgogne et les Suisses.
• Schweiz Muséum, t. II. p. 313 et 319.
* Ibidem, t. II, p. 322 et 325.
1 Ibidem, t. II. p. 314.
* Lib. IV, c. VII , n. 5 02- 539.
• Lib. IV, c. VII, n. 421.
APPENDICE. 373 L'archiduc chercha d'abord à inspirer au duc des doutes sur la loyauté des Confédérés, en lui dépeignant ceux-ci comme occupés de préparatifs hostiles contre la Bourgogne et l'Autriche réunies. Il 1' engageait en conséquence à prévenir leurs desseins en déclarant immédiatement la guerre aux Suisses \ Mais Charles repoussa hautement ces insinuations perfides et fit répondre à Sigismond qu'il eut « à se déporter
• de sa requête, attendu que les Suisses n'ont procédé à au- » cune voie de fait depuis les alliances faites entre mondit
• sieur le duc (de Bourgogne) et mondit sieur l'archiduc
• (d'Autriche) *. » Mais comme il avait alors des raisons majeures de ménager un prince que ses défaites récentes aigrissaient contre les vieux ennemis de la maison , le duc adoucit son refus formel de rompre avec les Suisses en l'enveloppant de formes diplomatiques qui paraissent avoir induit notre historien en erreur sur les intentions loyales de ce prince \
Quant aux lettres de marque que l'archiduc avait obtenues de l'Empereur 4 contre certains particuliers Schwyzois dont il se préparait sans doute à faire usage, le duc l'invita à ajourner des représailles dont l'exécution ne pouvait manquer de ranimer la guerre sur le Haut-Rhin *. Néanmoins Pellegrin de Hewdorf et Bernard d'Eptingen , ennemis personnels des Suisses, s'appuyant sans doute sur ces lettres de marque, enlevèrent au-dessous de Brisach certains marchands de Zurich qui se rendaient à la foire de Francfort*.
1 Instruction du duc de Bourgogne à ses envoyés près de ^archiduc. ( Pièces de Comines, t. III , p. 238. )
* Loc. cit., p. 241.
» Il faut bien distinguer, dans la pièce citée cidessus, les griefs articulés par l'archiduc contre les Suisses, des réponses que le duc lui fit faire pour atténuer ces griefs.
* Pièce de Comines citée, t m , p. 239.
5 Lib. IV, C VII , n. 424 ; et Comines, t. III, p. 241.
* Lib. IV, c. VII, n. 430 à 437.
Quoique ces deux gentilshommes ne fussent pas sujets du duc de Bourgogne, et que le délit dont ils s'étaient rendus coupables n'eût pas été commis dans les limites de sa juridiction 1 , cependant , comme son gouverneur Hagenbach avait pris Hewdorf sous sa sauve-garde, Charles donna ses pleins pouvoirs à l'abbé de Neuhaus (en Souabe) qui se rendait de la part de l'archiduc à la diète de Lucerne ( mai H7 3), pour offrir sa médiation et même une indemnité pécuniaire aux marchands dépouillés , afin d étouffer à sa naissance ce nouveau germe de collisions \ Cette démarche resta sans résultat, parce que l'empereur Frédéric évoqua toute cette affaire à la cour impériale de Constance.
Ces tentatives pour rallumer la guerre sur le Rhin ayant échoué , Sigismond envoya secrètement le chevalier Hermann d'Eptingen, ancien gouverneur de l'Alsace autrichienne, à Bâle et à Strasbourg, pour sonder les villes libres de cette province sur l'éventualité d'un rachat des domaines engagés au duc de Bourgogne. Ces villes se montrèrent fort disposées à avancer à l'archiduc l'argent nécessaire pour opérer ce rachat *, mais n'ayant pu réunir entr'elles que 4<> mille gouldes qui ne suffisaient pas , à beaucoup près , pour libérer l'engagère, cette négociation resta en suspens, sans être entièrement abandonnée *. En attendant, les évêques de Bâle et de Strasbourg, et les députés des villes libres du Haut- Rhin s'étaient déjà réunis plusieurs fois à Bâle 8 , sous le prétexte apparent de se concerter entr'eux pour se garantir des empiètemens du gouvernement bourguignon, mais, dans le fait, pour préparer un soulèvement dans la Haute Alsace*. Le premier exemple de rébellion fut donné par les bour-
« Lib. IV, c. VII , d. 449. Elle ne s'étendait pas aiwlelà de Brisach.
* Lib. IV, c. VII, n. 44», 444 et 448. 3 Lib. IV, c VII, n. 507.
* Ochs, Hist. de Bâte, t. IV, p. 550, le 28 janvier 1474.
* Le 18 décembre 1478; le 21 février 1474. (Loc. cit, p. 251.)
* Lib. IV, c. VII, n. 506. Voyei aussi Laufi*r,HUt. dê* 5«um», V, 288.
geois de Thann , mais aussitôt sévèrement réprimé par Hagenbach *. Tel était l'état de fermentation sourde où se trouvaient ces provinces, lorsque le duc de Bourgogne ' y parut en personne vers la fin de l'an 1 473 , à la tête (Vu ne petite armée de 2 ou 3 mille chevaux outre i5oo hommes d'armes des fiefs de l'A lsace \
Dès son arrivée, Charles reçnt un message des Confédérés, daté du a8 décembre ifo'd *, dont l'objet principal était d'obtenir en faveur des bourgeois de Mulhausen la révocation des mesures de représailles auxquelles le gouverneur bourguignon n'avait eu recours contre eux qu'après plusieurs avertissemens inutiles 4 , pour les contraindre de payer ce qu'ils devaient à leurs créanciers du Sundgau. Le duc répondit immédiatement au message des Confédérés par une lettre datée de Brisach du 3 1 du même mois , qui fournit la meilleure preuve des dispositions amicales où ce prince se trouvait alors à l'égard des Suisses. 11 accorda la levée provisoire du séquestre mis sur les rentes des Mulhausois, en déclarant que cette main-levée deviendrait définitive, aussitôt que ceux-ci auraient fourni des cautions pour le paiement des sommes arriérées , dues par eux à ses propres sujets. Mais en même temps, le duc se plaignait de la persistance des Confédérés à soutenir des prétentions aussi évidemment déraisonnables que celles de leurs alliés de Mulhausen. Il avertissait en outre les Bernois qu'il était informé de certaines négociations hostiles qui se machinaient contre lui, entre la cour de France et les Suisses, et engageait ceuxci à observer plus scrupuleusement les traités d'alliance qu'ils invoquaient eux-mêmes dans leur message. Cette réponse ferme quoique bienveillante B décida les envoyés suis-
« Lib. IV, c. VII, n. 501 à 504.
* Lib. IV, c. VU, n. 481.
1 Schilling, p. 93.
4 Tschudi, t. II, p. 708, note b de l'éditeur Uelin.
* Dans Ochs, HuU de BàU, t. IV, p. 236. Elle était originairement
ses qui attendaient à Bàle des lettres de sauf- conduit, à se rendre auprès du duc qu'ils rejoignirent à Thann, le 8 janvier 1474 \
Dans toutes les affaires qui touchaient aux relations politiques de la Confédération avec les États de l'ouest, Berne avait l'initiative et donnait l'impulsion à ses confédérés \ Cette circonstance qu'il ne faut pas perdre de vue , fut décisive dans les complications qui amenèrent la guerre avec la Bourgogne. L'ambassade envoyée au duc à Thann fut donc composée de deux chevaliers bernois distingués par leurs emplois, aussi bien que par leur mérite personnel; toutefois, ce choix n'était pas heureux. Nicolas de Scharnachthal , ancien avoyer de la république , guerrier renommé par sa brillante valeur autant que par sa noble prestance, était chambellan du roi Louis XI % et, de même que son collègue l'avoyer Pétermann de Wabern, tout dévoué aux intérêts français. Les opinions politiques bien connues des députés suisses auraient pu justifier en quelque sorte pne réception froide et même sévère de la part du duc; néanmoins, il est positif que ce prince les accueillit avec sa courtoisie ordinaire , qu'il les admit à sa table avec le cérémonial usité à sa cour 4 , et les fit accompagner jusqu'à leur logis par ses héraults-d'armes et ses trompettes d'honneur 8 . Mais comme l'affaire des Mulhausois n'était pas entièrement réglée, il invita les députés bernois à le suivre à Dijon, où il se rendit lui-même.
en latin ; les archives de Bàle nous ont conservé la version allemande.
1 Ils étaient porteurs de lettres de créance dalées du 2 janvier 1474 et d'instructions analogues à la missive du 28 décembre précédent ( Voyei Schilling, p. 94-99. )
* Lib. IV, c. VII, n. 665.
J Lib. IV, c. VII, n. 388. Geschichtforschcr, t. ni, p. 339.
* Ub. IV, c. VII, n. 488.
5 0«/u, Hist. de Bàle, U IV, p. 239. Il cite textuellement les mémoires
contemporains du greffier de la ville de Bâle.
Les bruits mensongers qui coururent en Suisse sur la réception outrageante que l'on prétendit avoir été faite à ces députés par le duc de Bourgogne , et sur son soi-disant refus de leur donner aucune réponse indiqueraient que la lettre que ce prince écrivit de Brisach aux Confédérés fut, sinon interceptée, au inoins soustraite à la connaissance du public, dans la crainte qu'elle ne donnât un éclatant démenti aux projets hostiles que les émissaires du parti français prêtaient à Charles-le-Hardi \
Il faut convenir que l'homme auquel ce prince avait confié le gouvernement delà Haute-Alsace, était peu propre à lui concilier l'amour de ses nouveaux sujets et la confiance de ses voisins. Toutefois, il ne serait pas juste d'admettre comme réels tous les méfaits reprochés à Pierre de Hagenbach par des ennemis personnels intéressés à sa perte, leurs accusations vagues ou absurdes portant évidemment le cachet de l'animositéet de l'esprit de parti. C'est plutôt par sa jactance et par des propos injurieux pour les Suisses, que le malheureux Hagenbach compromit le renom et la popularité de son maître, et accumula sur sa propre tête des inimitiés dont l'explosion le conduisit plus tard au supplice. Quant au duc de Bourgogne, il offrit à plusieurs reprises aux Confédérés, de soumettre au jugement d'un tribunal impartial les griefs qu'ils pouvaient avoir contre son lieutenant 5 j et, dans une lettre que les Bernois écrivirent à Louis XI, à la suite du voyage de Charles en Alsace, ils avouèrent eux-mêmes qu'aucune nation n'avait été, plus que la nation suisse, l'objet constant des égards et de la bienveillance non équivoque de ce prince \
1 Voyez le chroniqueur Schilling, écrivain tout dévoué an parti français.
* Voyez Valir. Jnsheim, p. 113 , où les assertions de Schilling sont formellement contredites.
* Valèr. sinshctm, t. I, p. 112.
* Valèr. ÀHshelm, L I, p. 113. À cette occasion ce chroniqueur ac-
A peine le duc Charles eut-il quitté l'Alsace, que les intrigues des émissaires autrichiens , pour exciter des troubles dans cette province , et pour brouiller les Suisses avec le duc de Bourgogne, recommencèrent. Des envoyés suisses s'étaient rendus à la cour de Louis XI, avec lequel ils jetaient les bases d'une ligue secrète contre Charles-le-Hardi. Mais avant de développer tous les ressorts de cette profonde combinaison, il est à propos de faire connaître en peu de mots les hommes qui, par leur caractère et leur influence personnelle, eurent le plus de part au succès de cette intrigue.
A leur tête il faut placer Nicolas de Diessbacb , chevalier et avoyer de Berne. En l'année 1464, il avait accompagné, comme député bernois, Philippe de Savoie, comte de Bresse, à la cour de Louis XI alors à Montargis en Ga tin ois. Le monarque, qui se connaissait en hommes , eut bientôt découvert en lui toutes les qualités personnelles d'un bon chef de parti, jointes à une ambition, non pas vulgaire ou sordide, mais accessible aux séductions du pouvoir et des distinctions honorifiques. Louis eut l'adresse de mettre entièrement dans ses intérêts ce chef de la famille des Diessbach , et garda auprès de lui ses deux jeunes cousins Guillaume et Louis. Dès-lors, Nicolas de Diessbach entretint des rapports fréquens avec le roi , qu'il informait de toutes les circonstances qui pouvaient seconder ses vues sur les Suisses *.
Quant à Jost de Silinen, prieur de Béronmunster en Argovie, il appartenait à la famille des Meyer de Silinen , originaire
cnse formellement son contemporain Schilling d'avoir calomnié le doc de Bourgogne.
* Autobiographie de Louis de Diessbach. Geschichtforscher, U VIII, p. 167. — - Dans un extrait, tiré de la Chambre des comptes de Paris, il est dit que messire Nicolas de Diessbach, chevalier, du pays de Berne, jouissait, en 1473 et 1474, d'une pension de 400 livres, laquelle fut portée à 1512 livres 10 sols, par lettres patentes du même monarque, datées du mois de juin 1474, « pour l'aider à la dépense de ses ambas- • sades de la part des ligues d'Allemagne vers lui. » D'Bstavayer, Msc.
du canton d'Uri transplantée à Lucerne , où elle jouissait d'un bon crédit. Ce prélat se trouvait , depuis quelques années, administrateur spirituel du diocèse de Grenoble, où le roi Louis XI avait eu maintes occasions de le connaître et d'apprécier ses talens po-.ir l'intrigue. lie cauteleux monarque se l'attacha en lui promettant la survivance de cet évêohé qu'il ne gouvernait que temporairement \ Silinen fut chargé de gagner les cantons orientaux, tandis que Nicolas de Diessbach faisait prévaloir la politique française dans les cantons occidentaux.
Le parti opposé, qui tendait au maintien des anciens rapports et des maximes fondamentales auxquelles la ligue suisse devait sa force et son indépendance, comptait des hommes non moins haut placés dans l'estime et la considération de leurs concitoyens, tels que les Bubenberg de Berne et les Wippens de Fribourg. Adrien de Bubenberg, chevalier et ancien avoyer de Berne, était un antagoniste redoutable par l'âpreté dé sa parole et l'inflexibilité de ses principes politiques. N'ayant pu le séduire, ses adversaires parvinrent par la ruse à le reléguer dans ses terres, et à l'éloigner des délibérations les plus importantes *. Néanmoins, quand l'heure du danger eut sonné, Bubenberg fit à sa patrie le généreux sacrifice de ses ressentimens personnels , et s'immortalisa par l'héroïque défense de Morat.
Tels étaient les principaux chefs des deux partis opposés , qui , sans prévoir toute l'étendue de la haute mission qu'ils devaient accomplir au profit de la politique étrangère , tinrent réellement dans leurs mains la balance des destinées de Charles- le-Hardi.
1 Hottinger, H. JE., t. II, p. 456.
1 Sibued Allcman, évéqae de Grenoble, fat transféré à Oranges, aniio 1675 , et Jost de Silinen lai succéda au siège de Grenoble, d'où il passa , anno 1482, à celui de Sion en Valais.
» Lib. IV, c. VU , n. 665. Tillier, Hi$t. de Berne, t U , p. 26 t t
Le dernier traité conclu à Tours le ao septembre 1 4?° 1 > entre Louis Xi et les Suisses , avait été fait dans un esprit de neutralité réciproque. Celui dont N. de Diessbach venait d'arrêter les bases au commencement de l'année 1474 *, avait une tout autre portée; il était offensif et « spécialement di- » rigé contre le duc de Bourgogne. « Il mettait à la disposition du monarque français l'élite des forces militaires de la Confédération , et lui donnait en même temps la faculté de précipiter le peuple suisse, en masse, dans une lutte disproportionnée et totalement étrangère à ses intérêts nationaux \ Le secret dont on enveloppa d'abord les clauses les plus importantes de ce nouveau traité, les longues et vives discussions qui précédèrent son adoption par la diète, la rumeur que sa publication excita en Suisse 4 , témoignent assez que Tenvoyé bernois outrepassa les pouvoirs qu'il pouvait avoir reçus des Confédérés.
1 Gommes , pièces juslif. , t. III, p. 368.
1 II est hors de doute qae les article* préliminaires de la ligue offensive et défensive faite entre Louis XI et les Suisses furent arrêtés par Nicolas ' de Diessbach au commencement de l'année 1474 : la déclaration plu» ample, datée de Berne, du 2 octobre 1474 (Commet, t. III , p. 370) , en fait foi. Les pleins pouvoirs des plénipotentiaires français sont datés do 2 août 1476 {Ibid. p. 337 ) , et le traité fut ratifié par les parties contractantes le 26 octobre 1474 {Ibid, p. 338). Ce traité donna lieu à plusieurs expéditions plus récentes, en latin, en français et en allemand. Celle qui est datée de Paru, du 2 janvier 1474 , de la XIV année du règne de Louis {Ibid. p. 376, et Hotxer, p. 43), est de ce nombre, et tombe effectivement sur Van 1475 (nouveau style), comme l'a déjà remarqué M. Zellwêger, Hist. dApptnzell, t II, p. 91, n. 87. Le double, daté du 26 octobre 1474 , est celui qui fut expédié par les Cantons : le double, daté du 2 janvier 1475, est la ratification définitive du roi. C'est par erreur que la première est datée du 26 octobre 1475, dans llolier, Traités avec la France. Berne, 1732, p. 63,
» Lib. IV, cap. VU, n. 489 à 495. Comines, t. III, p. 369.
* Fribourg et Unterwalden refusèrent d'y accéder. Valir. ânshelm , p. 122 et 128, et Schilling, p. 124. .
Cependantle grand revirement politique ne demeura pas si
secret que le duc n'en apprît quelque chose 1 ; mais il savait aussi combien la majorité des Confédérés était opposée a cette innovation. Il crut qu'il était encore temps de prévenir les effets des manœuvres dirigées contre lui, en démasquant les intrigues de ses ennemis par une démarche éclatante et loyale, et en éclairant les Suisses sur la duplicité du roi qui les excitait à la guerre , au moment où lui-même venait de conclure avec lui une trêve ( celle de Senlis du i er mars ) qui, par Je fait, fut prolongée de délai en délai jusqu'à la fin de la lutte engagée contre Charles-le-Hardi 2 . G est alors que ce prince envoya en Suisse l'ambassade solennelle dont les résultats ont été exposés par notre historien avec autant de verve que d'impartialité \ Le choix seul des ambassadeurs bourguignons était un hommage rendu aux sympathies traditionnelles des deux pays. Guillaume de la Baume, seigneur d'Illens et d' Attalens, chargé de porter au comte de Romont les instructions du duc de Bourgogne , avait déjà paru à Berne comme son envoyé, et se trouvait apparenté aux premières maisons de Fribourg \ Henri de Colombier, chevalier, seigneur de Vuillerens, appartenait à l'une des nobles familles du Pays-de-Vaud, qui possédaient la combourgeoisie de Berne a . Quant au jurisconsulte Jean Allard , c'était un ancien ami des Soleurois , comme ils le déclarèrent euxmêmes \
A la vérité, cette ambassade ne donna lieu à aucun nouveau traité entre la maison de Bourgogne et les Suisses , car elle ne tendait qu'au maintien de la paix et des relations
1 Voyei sa lettre de Brisach, du 31 décembre. 1 Voyez Pièces de Comines, t. III, p. 309 à 319. » Au livre IV, c. VII, n. 509 à 542 du texte. 4 Sa grand'mère était Jeanne de la Tour-d'I liens. 1 L«u, D 'ut. hist. de la Suisse, au mot Colombier. • Sous ce nom inconnu se cache peut-être un Jean Haller, châtelain de la Neuville.
Digitizecl by
existantes ; et, si l'on eu juge par les protestations pacifiques de tous les Cantons visités successivement par les envoyés du duc Charles, leur mission semblait avoir été couronnée d'un plein succès. Même à Berne , où la faction française était cependant la plus nombreuse et la plus puissante , celleci n'osa pas encore risquer une rupture ouverte; elle se tint à l'écart et ne parut point au conseil convoqué selon l'usage au son des cloches 1 . L'assemblée se trouva ainsi composée en majorité d'hommes qui envisageaient la puissance de la maison de Bourgogne comme une barrière salutaire contre la tendance absorbante des couronnes de France et d'Autriche.
Le rapport circonstancié de cette ambassade , signé par le comte de Romont, fut porté au duc de Bourgogne par le seigneur d'Ulens qui le rejoignit à Luxembourg. Les manifestations d'attachement qui, dans toute la Suisse, avaient répondu aux chaleureuses remontrances du duc , lui inspirèrent sans doute une confiance trop implicite \ Quoi qu'il en soit, Charles était si éloigné de nourrir contre l'indépendance des Confédérés les projets sinistres que lui prêtaient ses ennemis , que, sans se préoccuper davantage des trames qui continuaient à s'ourdir contre lui en Suisse, il rassembla toutes ses forces dans le Nord, et s'en alla bientôt mettre le siège devant la ville de ISeuss, sur le Rhin inférieur \
En attendant , soit que l'ambassade bourguignonne eut réellement dissipé le mécontentement des Suisses , soit qu'elle eût simplement ranimé l'énergie des partisans de la paix , le projet d'une ligue offensive entre eux et le roi , préparé par l'avoyer de Diessbach , éprouvait une vive opposition, principalement dans les cantons orientaux. Les uns préféraient l'amitié même un peu hautaine du duc de Bour-
* Lib. IV, c. VU, n. 518 h 535. Tittier, Hi»t. de Berne. Terne. 1S38, t El', p. 210.
1 Dû l" mars 1*74. Cominês, Pièces, t. M, p. 315. » Lib. IV, cap. VII , n. 661 à C63.
UigitizGd by
gogne à l'allia nce toute vénale de la France; les plus clair* ?oyans refusaient de s'engager dans une guerre imminente où le roi se ménageait un rôle plus ou moins passif. En outre, tous se méfiaient de l'Autriche , et craignaient que les prévenances dont elle se montrait depuis peu assez prodigue, ne cachassent une arrière- pensée dangereuse *. Voyant que , l'opinion puhlique se développait dans un sens contraire à i ses prévisions. Nicolas de Diesshach exposa au roi aue le seul moyen de triompher de ces obstacles, consistait à ménager entre la maison d'Autriche et les Confédérés une paix défi- ! nkive , et que ce but ne pouvait être atteint qu'autant que ce monarque consentirait a avancer a 1 archiduc 1 ai gent neces saire pour opérer le rachat de l'Alsace \ Louis , qui mieux qu'aucun homme de son siècle connut le pouvoir de l'or, se hàla de transmettre à Jost de Silinen des instructions conformes à ce nouveau plan. L'habile prélat se rendit en Suisse sous prétexte de visiter son abbaye de Béronmunster en Argovie, et, cachant le but réel de sa mission sous le masque d'un zèle désintéressé 4 , il travailla si bien les esprits, soit à la diète de Lucerne, soit à la cour de Sigismond, qu'il parvint à arrêter les préliminaires du fameux pacte de Constance connu sous le nom d'union héréditaire entre la maison d'Autriche et la Confédération suisse , conclu sous la médiation et la garantie de la couronne de France 3 . En même temps (le 4 avril ), l'archiduc fit un traité particulier avec les évêques de Bâle et de Strasbourg , et les villes libres du Haut-Rhin, qui s'engagèrent, sous la garantie du roi, à faire
i Valir. Anshelm, 12*. t •* •»
1 Lib. IV, C VII, n. 543.
1 Lib. IV, c. VU , n. 654.
* Lib. IV, c. VII , n. 546.
5 Lib. IV, c VU, n. 547 à 551. Les Préliminaires de la paii de Constance sont du 30 mars 1474. Zellwèger, HisU d'Appeniell, docom. n. 469. La ratification du roi est datée de Sentis, du 11 juin de la même année. Comités, t. Il l , p. 312.
l'avance de la somme nécessaire pour effectuer le rachat de l'Alsace \ Combiné avec le projet de l'alliance française, le triple traité de Constance * renfermait implicitement le principe de la guerre contre le duc de Bourgogne ; mais cette combinaison machiavélique, dont Louis XI et ses affidés avaient seuls le secret, était calculée de manière à en dérober la portée au public : celui-ci ne pouvait y voir et n v vit en effet que le bienfait d'une paix définitive avec l'Autriche. Aussitôt que le pacte de Constance eut été publié (le 3 avril), l'arcbiduc fit signifier au duc de Bourgogne (le 6 avril ) le rachat des domaines qu'il lui avait engagés sur le Haut-Rhin, en lui annonçant que les quatre-vingt mille florins , formant, disait-on, l'équivalent de l'engagère % avaient été mis à sa disposition , à la monnaie de Bâle. La publicité donnée prématurément à ce prétendu rachat fut immédiatement suivie d'un soulèvement général dans la Haute- Alsace et de la captivité du gouverneur bourguignon Hagenbach, qui , trahi par les soldats allemands qui formaient son escorte, fut saisi par les révoltés et jeté dans les cachots de Brisach \ L'archiduc lui-même s'avança immédiatement jusqu'à Bâle et envoya le chevalier Hermann d'Eptingen, à la tête de 200 chevaux, "prendre possession de l'Alsace * en son nom.
• Beinheim, Msc cité par Ochi , Hist. dé Bâle, U IV, p. 255. Schilling,?. U0.
> !• Traité d'alliance du 29 mars 1474 , entre la hante ligue suisse et la basse ligue du Rhin, fait pour dix ans {Haller, Coll. dipbm., U XIX, p. 791, Msc à Berne) ; 2° Pacte d'union entre la maison d'Autriche et les Suisses , du 30 mars; 3 # Traité d'alliance entre l'Archiduc Sigismond et les basses ligues, du 4 avril.
* Cette somme se composait de 40,000 florins payés à Y Archiduc, de 10,000 florins payés anx Suisses, de 18,000 florins rembourses h la V die de Bâle, de 8,000 florins à Henri Rich, et de 4*000 florins au Margrarê de Hochberg; total 80,000 florins. (Voyez plus haut)
* Lib. IV, c. VII, n. 56t à 571.
• Oehs, hoc. cit. p. 961. L'Archiduc arriva à Baie le 90 avril.
Le duc de Bourgogne reçut en même temps à Luxembourg la nouvelle du soulèvement et du rachat des provinces du Haut-Rhin. Il dut en être d'autant plus surpris que, dans un message que Sigismond lui avait adressé au mois de février précédent , à Dijon, ce prince ne laissait nullement prévoir la possibilité d'un rachat aussi prochain \ Néanmoins, à la conduite précipitée et peu loyale de l'archiduc Charles n'opposa que la droiture et la dignité qui lui étaient naturelles; il lui écrivit immédiatement du château de Luxembourg, le 21 avril i474> une lettre qui ne laisse aucun doute sur le sens clair et précis qu'il fallait y attacher*. Après avoir rappelé à Sigismond les circonstances fâcheuses dans lesquelles il se trouvait, au moment où il vint à Arrasle solliciter d'accepter la cession de l'Alsace, le duc de Bourgogne lui représentait l'irrégularité de sa manière de procéder envers lui , et faisait observer à ce prince que, suivant les stipulations expresses du traité de Saint- Orner, le remboursement du montant de l'engagère devait s'effectuer à Besançon et non àBàle; et qu'en outre, ce remboursement devait nécessairement être précédé d'une liquidation entre leurs commissaires respectifs, pour régler le compte définitif des sommes payées soit à l'archiduc, soit à ses créanciers \
Le duc insistait positivement sur l'accomplissement de toutes ces conditions , mais en même temps il ajoutait
1 Valèr. Anshclm, t I, p. 115.
2 La version allemande de celle lettre importante se trouve dans Val, Anshclm, t. I, p. 114. Elle est intitulée : « Lettre du duc de Bourgogne ■ à l'archiduc d'Autriche ; que l'archiduc , les Suisses et leurs alliés ont * prise pour un refus » d'accepter le rachat de l'Alsace.
3 Outre les 80,000 florins offerts par l'archiduc, celui-ci devait encore au duc de Bourgogne 10,400 florins, payés le 5 juin 1473, à Marc de Baldcck, de Bàle , à la sollicitation expresse de Sigismond (Schweu Muséum, t. II, p. 328) ; sans compter les frais et dépens de V entretien des place» forte», que Charles pouvait rcclamer en vertu du traité de Saint- Omer.
VU. Îi5
qu'aussitôt qu'elles auraient été remplies, il sem presserait comme il le devait, de restituer à l'archiduc tous les territoires, villes et châteaux qu'il lui avait engagés. Le duc terminait sa lettre en déclarant à Sigismond que dans le cas où, sans avoir égard aux engagemens qu'il avait pris avec lui , il persisterait dans les voies précipitées et violentes auxquelles il semblait déjà avoir eu recours, il devait attendre de sa part une résistance non moins vive et non moins énergique que celle qu'il avait éprouvée naguères de la part des Suisses.
On avait compté sur une réponse tranchante et hautaine; la modération même de Charles-le-Hardi déjouait toutes les combinaisons de ses adversaires. On répandit alors le bruit que ce prince refusait péremptoirement de restituer l'Alsace 1 ; l'archiduc se décida à passer outre, entra lui-même en Alsace, et, le 3o avril, il arriva à Brisach. Le 4 mai, il fit appliquer à la question le malheureux Hagenbach , et convoqua, pour lui faire son procès, un tribunal extraordinaire composé de ses ennemis les plus déclarés. La mort du gouverneur bourguignon avait été résolue d'avance, comme gage d'une rupture irrévocable avec le duc de Bourgogne ; il fallait donc que toutes les grandes communautés du Haut- Rhin et les principales villes de la ligue suisse 3 fussent impliquées dans cet attentat politique.
Hagenbach fut effectivement jugé, condamné et décapité le même jour (9 mai) s . Néanmoins, cette violation inouïe du
* Voyez Schilling, p. 110. Quant à J. de Mutler, Lib. IV, c. VU, n. 579, il ne s'explique pas clairement sur le sens qu'il attache à la réponse du duc.
2 Berney fut représenté par l'avoyer P'étermann de IVabern; Lucerne, par Henri Hassfurten et Soleurc par son chancelier Jean de Staat. Schilling, p. 123.
» Henri de Beinheim, greffier de Bâle, qui écrivit les détails du procès de Hagenbach, fut l'un de ses juges. Voyez Ochs, Hist. de Bâte, L X, p. 26*.
droit des gens ne remplit qu'en partie le but que l'on s'était proposé : Charles ne confondit point dans sa juste colère le peuple suisse, abusé par des rapports mensongers, et les véritables fauteurs du sanglant outrage fait à sa dignité et à sa puissance. Lorsqu'Etienne de Hagenbach vint se jeter à ses pieds pour demander justice du meurtre de son parent, il la lui promit prompte et complète, et lui donna le commandement de six mille hommes tant d'infanterie que de cavalerie, pour reprendre et châtier l'Alsace 1 . Mais, en même temps, Guillaume deRochefort, seigneur de Pluvost, conseiller ducal, et Simon de Gléron, écuyer, se rendirent de sa part à Zurich, à Berne et à Lucerne*, pour engager les Confédérés à ne point se mêler dans sa querelle personnelle avec l'archiduc, auquel il reprochait « de violer à son égard la foi des traités » et la religion du serment 5 : » sa demande fut fortement appuyée par les envoyés de la régente de Savoie à la Diète de Lucerne (du 24 août). Cette princesse offrait de garder elle-même la neutralité, si les Confédérés voulaient s'engager à l'observer 4 .
Dans ce moment, la Suisse présentait le spectacle tout nouveau d'une arène politique où les envoyés des deux grandes factions bourguignonne et française , qui se partageaient l'Europe, rivalisaient entr'eux de promesses fallacieuses et de moyens corrupteurs, pour entraîner dans leur parti uu peuple pauvre, mais belliqueux.
L'avoyer de Diessbach était de retour à Berne de sa mission auprès de Louis XI, rapportant la ratification royale de l'union héréditaire entre l'Autriche et les Suisses". Il annon-
» Lib. IV, c. Vïï, n. 652.
1 Compte de Jean de Vurry, finissant au 30 septembre 1474. Mém. de France et de Bourgogne, p. 262.
1 Valèr. AmticLm , p. 110-112.
* Ambassade d'Antoiue Champion d'Humbert Cerjat. Lib. IV, c. VII, n. 632.
* La date ce cette ratification coïncide avec l'augmentation de i,5ao
çait la prochaine arrivée d'une ambassade solennelle chargée des pleins pouvoirs du roi pour conclure définitivement la ligue offensive préparée contre Charles -le-Hardi, à laquelle les comtes de Wurtemberg , Montbelliard 1 et le duc de Lorraine avaient secrètement accédé. Les ambassadeurs français arrivèrent, le 26 août, à Berne, où le traité avec la France fut provisoirement adopté le 3o du même mois, et présenté le 3 septembre à la Diète de Lucerne sous les auspices de l'avoyer de Diessbach.
Les propositions contradictoires des princes étrangers jetèrent les députés suisses dans un grand embarras : ils ne pouvaient s'accorder , ni pour refuser les offres brillantes de la France, ni pour déclarer au duc de Bourgogne une guerre réprouvée par l'équité et par l'opinion populaire*. La Diète se tira de cette perplexité par une réponse évasive, qui néanmoins décidait d'avance les questions de la guerre ou de la neutralité. Elle déclara (le 6 septembre) : «qu'elle ne
■ voulait point assumer la responsabilité d'une agression » contre le duc de Bourgogne; mais que si le pacte hérédi- » taire avec l'Autriche recevait la sanction définitive qui lui
■ manquait encore par l'absence des sceaux de l'archiduc » et des Cantons 5 ; que si les villes du Haut-Rhin et l'archi- % duc réclamaient formellement l'appui des Confédérés, et » que Sigismond voulût s'engager à leur payer huit mille
livres de pension accordée par le roi à .Nicolas de Diessbach. (Voyez plus haut.)
1 Le motif de la saisie du comté de Montbelliard, par le duc Charles (avril 1474), au moment même où la régente de Savoie négociait le mariage du jeune comte Henri de Monlbelliard avec l'héritière de Bourgogne (2 mai , Guichenon, t II, p. 400), est encore enveloppé do beaucoup d'obscurité.
* Valèr. A n$lw im. t. I, p. 112.
1 Le pacte ne fut scellé que le 20 octobre suivant à Lucerne. Zellwigtr, t. II, p. 91.
APPENDICE. 389 » florins pour les frais de la campagne , leurs troupes mar- » obéraient pour l'aider à reprendre l'Alsace \ »
En attendant, les cantons de Zurich, Berne, Soleure et Uri avaient accepté le traité avec le roi*, et les conditions mises par la Diète à la coopération des antres cantons ayant été en quelque sorte remplies*, l'avoyer de Diessbach se crut en mesure de prendre sur lui la responsabilité d'une déclaration de guerre immédiate contre le duc de Bourgogne 4 . Le mardi (25 octobre), il assembla extraordiuairement un soi-disant conseil général de la ville de Berne, auquel n'assistèrent que le quart de ses membres, qui, pour la plupart, étaient dévoués au parti français. La déclaration de guerre contre le duc de Bourgogne, préparée la veille, ne fut somise à l'assemblée que pour la forme, et adoptée sans discussion, séance tenante". Le lendemain, la lettre de défi, rédigée au nom de la Confédération tout entière, fut expédiée par un messager au château de Blamont et remise à Henri, sire de Neuchâtel, lieutenant-général du duc Charles pour la défense des marches de Bourgogne du coté d'Allemagne 8 .
1 Zellwèger, t. H, p. 91.
2 Avant le 12 d'octobre. Zellwéger, L II, p. 91.
• Aux assemblées de Feldkirch, du 12 octobre , et de Locerne, des 14 et 20 octobre.
* Aucun document n'atteste que Berne ou l'avoyer de Diessbach ait reçu de la diète une autorisation formelle pour conclure la ligue proposée par le roi , ou pour déclarer la guerre au duc Charles. La déclaration plu» ample du 2 octobre semblerait prouver le contraire , puisque Berne s'engageait, pour son propre compte, à remplir les conditions que Je traité imposait aux Suisses. Ub. IV, c. VII, n. 085.
» Tillier,i, if, p. 219 et 220. Les discours que notre historien J. de Mullcr prête aux orateurs des deux partis n'ont aucune authenticité.
« El uon pas maréchal de Bourgogne comme le dit J. de Muller, lib. IV, c. VIII , ». 44. Cette charge avait passé , après la mort de Thibaud <le Neuchalcl, décédé anno 1469, d'abord au margrave R. dcHocbberg; puis anno 1474 ■ au comte de Iloussi.
C'est ainsi que par une série de combinaisons adroites et d'intrigues déplorables, les Suisses se virent entraînés dans une guerre totalement étrangère à l'intérêt et à la nationalité helvétiques.
La déclaration de guerre fut immédiatement suivie de l'entrée des troupes fédérales dans l'Alsace et le comté de Montbelliard. Huit mille Suisses et dix mille hommes de la Souabe, du Brisgau et de l'Alsace inférieure marchant pour le compte de l'Autriche et sous des couleurs uniformes 1 , se trouvèrent réunis, le 1 2 novembre, sous les murs d'Héricourt, petite ville forte du comté de Montbelliard, avant même que le duc Charles eût pu avoir connaissance de la déclaration de guerre des Suisses. I* Haute-Bourgogne était alors dépourvue de troupes régulières , suffisantes pour résister à la brusque invasion d'une armée ennemie, le duc de Bourgogne n'y ayant laissé qu'une compagnie flamande et une compagnie italienne 8 de cent lances chacune, dont l'effectif pouvait se monter à deux mille hommes tant d'infanterie que de cavalerie. Le sire de Neuchâtel rassembla à la hâte les Francs- Archers et quelques milices du pays*, et marcha secrètement par des chemins détournés, à la délivrance d'Héricourt, n'ayant autour de lui qu'une troupe bien inférieure à l'armée allemande 4 . Le 12 novembre au soir, il campa à Passavant, bourg et château situé sur la limite du comté de Montbelliard*, et la première rencontre entre les Bourguignons Vt
* Lib. IV, c. Vm , n. 8.
* Celles des capitaines Jean d'igny et Antoine de Lignano. Mém. de Fr, et de Bourgogne, p. 857.
s Les Francs-Archers étaient des compagnies de volontaires levées en dehors du service des fiefs , qni jouissaient de certaines exemptions en place de solde.
4 Le rapport officiel de la bataille cPHéricourt, envoyé par Berne an roi (22 novembre ), ne porte la force des Bourguignons qu'à 12,000 hommes en tout. Ge*chichlforscher,Vl t 301.
6 Ce Passavant, dont les ni in es subsistent encore, est situé dans le
les Suisses eut lieu le lendemain, 13 novembre, près des étangs que la Luzine forme entre les villages de Chagey et Chenebier. Il n'est nullement prouvé que le comte de Rop mont se soit trouvé présent à cette bataille; il paraît, au contraire, qu'il était alors avec le duc au siège de Neuss 1 .
Après la défaite des Bourguignons et la reddition d'Héricourtqui en fut la suite, une partie des troupes alliées se retira. L'autre , composée de « gens de petit état , » se divisa en deux bandes pour se livrer au pillage. L'une se dirigea du côté de Luxeuil, l'autre se répandit dans la franche montagne et jusqu'au val du Sauget, brûlant Mandeure, Saint-Hippolyte et plusieurs villages du val de Moi t eau \
Aussitôt que le plan de la guerre eut été formé par Louis XI , ce prince recourut à l'intrigue et même à la force pour obliger sa sœur, la régente de Savoie, à se déclarer contre le duc de Bourgogne, et à interdire le passage par ses états des mercenaires italiens que Charles tirait de la Lombardie ; ou pour dépouiller cette princesse de la tutelle de son fils, le jeune duc Philibert 1 er . A cet effet, le roi donna à Philippe de Savoie, comte de Bresse*, qui lui était tout dévoué, 1 5o lances garnies (environ îooo hommes) avec lesquelles ce prince ambitieux et remuant surprit Annecy au mois de septembre i474 » tandis que les Bernois, qui s'étaient concertés avec J ui 4 , firent irruption dans le Pays-de-Vaud et essayèrent vai-
cantonde Champagne?, département de la Haute-Saône. Il ne faut pas le confondre, comme l'a fait J. de Muller, avec le bourg de Passavant, situé dans l'arrondissement et canton de Baumes , déparlement du Douta.
* Les auteurs bourguignons contemporains ne parlent ni du comte de Romont, ni de ses 12,000 Lombards (Voye* le Msc. des Carmes, de Besançon, et Gollut), Les auteurs allemands paraissent avoir confondu U comte de Romont avec le comte deBlamont, titre que portait Uenri, sire de Neucbâtel , qui commandait les Bourguignons.
* Journal des Carmes, Msc.
» Lib. IV, c. V, n. 34.
* Geschichtforscher, U VTIL
Digiti
nenient de s'emparer du château de Ste. -Croix. Ces tentati- ( ves hostiles échouèrent par le zèle et l'activité de l'évêque de Genève, Jean Louis de Savoie ' ; mais elles avaient excité la plus vive rumeur dans le pays romand *, auquel cette attaque imprévue, faite en plaine paix, annonçait clairement le danger dont le menaçait une rupture prochaine entre le duc de Bourgogne et les Suisses.
Une antipathie profonde séparait les hahitans de l'Helvétie romande de ceux de la Suisse allemande , tandis qu'au contraire la conformité de langue, de coutumes, de mœurs, et de fréquentes alliances matrimoniales dans les familles nobles et bourgeoises unissaient intimement les populations homogènes des deux versans du Jura. La Baronie de V aud formait alors l'apanage de Jacques de Savoie comte de Romont; il en avait été investi, en 1467, par son frère le duc Amédée IX, qui s'y était réservé la souveraineté et le ressort. Certaines terres enclavées dans la Baronie de Vaud, relevaient néanmoins directement du duc de Savoie; telles étaient la châtellenie de Cerlier sur le lac de Bienne, qui appartenait au prince de Châlons- Orange'; les bourgs, châteaux et mandemens de Grandson , de Montagny-le-Corboa , de Sainte- Croix et de Belmont que possédait Louis de Châlons , sire de Château-Guyon 4 , ainsi que les châteaux et seigneuries de Champvent, de Lamotte et de Montricher, propriétés patrimoniales de la maison de Vergy-Champlitte. Les bourgs
* Lib. IV, c. V, n. 141.
1 Lettre de Cévéque de Genève à la régente de Savoie, Gaichenon, t. II p. 214.
! Inféodation du duc dmédée VIII, anno 1 406 , confirmée anno 1424. Guich. II, p. 451 et 455. Hommage de Conrad de Diesse à Guillaume de Châlons, prince d'Orange, pour des terres rière Cerlier, du 16 décembre 1467. Haller, Coll. DipL, 1. XVI, p. 323.
* Ces terres, conûsquées après la mort d'Othon de Grandson, anno 1397, avaient été inféodées aux comtes de Châlons, anno 1424, parle duc Amédée VIII. GuUken., II, p. 462.
et chatellenies d'Orbe et dÉchallens appartenaient à Hugues de Chàlons, frère puîné du sire de Château -(iu von ; mais il tenait ces deux importantes seigneuries sous la souveraineté directe du duc Charles, à titre d'anciens fiefs du comté de Bourgogne*.
Jacques de Savoie , comte de Romont et seigneur de la Baronie de Vaud, était un prince belliqueux et entreprenant, plus propre aux expéditions militaires qu'au maniement des affaires politiques. Par son mariage avec Marie de Luxembourg, il était devenu homme-lige du duc de Bourgogne, pour les seigneuries qui formaient la dot de sa femme dans la Flandre et l'Artois. Cette alliance, aussi bien que la conformité des talents et des penchants guerriers , liait depuis nombre d'années le comte de Romont à la fortune de Charlesle-Hardi , et on le trouvait plus souvent dans les camps de ce prince que dans ses domaines patrimoniaux. Cependant il était aimé et considéré de ses vassaux*, qui le prenaient volontiers pour arbitre de leurs différends. Il vécut dans la meilleure intelligence avec ses voisins les Bernois et les Fribourgeois, jusqu'au moment où la guerre éclata entre eux et le duc de Bourgogne. Lorsque le duc Charles se prépara à investir Neuss sur le Rhin inférieur, il rappela le comte de Romont en Flandre, pour lui confier la garde de l'Artois; ensuite le comte prit une part active au siège de cette place, qui dura onze mois 3 .
Il était d'autant plus important de faire voir combien les sympathies du peuple vaudois, aussi bien que les relations politiques de la maison de Savoie, se rattachaient naturelle-
1 Déclarât, de la mouvance des seigneuries d'Orbe, des Hautes Joux, de Jougne et de Rochejean, en faveur de Hugues de Châlons, seigneur d'Orbe, par le duc Philippe de Bourgogne, datées de La Haye, du 1 er septembre 1469. Ârch. du département du Doubs.
* Lib. IV, c. VII, n. 635, 636.
» Il se trouvait à Arvas, le 10 juillet 1474 et le il juin 1475. Dans ' intervalle il fut employé au siège de Neuss. Journal dans Comines, t. II.
ment à la cause du duc de Bourgogne, que ces rapports expliquent comment l'un et l'autre se virent enveloppés dans une guerre à laquelle ils semblaient devoir rester entièrement étrangers.
La situation du comté de Neucliâtel n'était pas moins critique | quoique diverses circonstances eussent altéré les rapports naturels de ses habitans avec ceux du Pays-de-Vaud et de la Franche-Comté. Les droits de suzeraineté revendiqués par la maison de Châlons* sur les comtés de Neuchâtel et Valengin blessaient les velléités d'indépendance de ce petit état, tandis que le souverain et le peuple avaient toujours trouvé dans les Suisses de puissans et xélés protecteurs de cette indépendance et des franchises communales des bourgeois*. Mais d'un autre côté le vieux margrave R. de Hochberg, comte de Neuchâtel, se trouvait dans la dépendance personnelle du duc Charles-le -Hardi, par les charges de maréchal de Bourgogne * et de gouverneur du Luxembourg dont ce prince l'avait pourvu 4 , et par les seigneuries qu'il tenait en Franche-Comté du chef de sa femme Marguerite de Vienne Dans son embarras, le margrave Rodolphe fit les plus grands efforts pour prévenir entre le duc de Bourgogne et les Confédérés une rupture, qui ne pouvait manquer d'avoir des conséquences funestes pour sa propre maison. N'ayant pu empêcher la guerre, il adopta une neutralité qui ne fut respectée ni d'un côté ni de l'autre, se démit de son emploi de maréchal de Bourgogne * et se remit avec son comté en otage
4 Lib. IV, c. V, n. 525.
* Jb'uL n. 858.
1 Rod. margrave de Baden-Hochberg et de Rot helin , succéda à Thibaut IX, sire de Neuchâtel, mort anno 1469.
* Schôpflin. Hist. Ziiring., t, I, p. 408.
5 Les seigneuries de Joux, de Souciions, de Saint-George et de Sainte- Croix,
6 Antoine de Luxembourg, comte de Roussi, lui succéda dans cette charge , et Claude de Neuchâtel, seigneur Du Fay, frère puîné de Henri
«lans les mains des Bernois. Ces sacrifices n'empêchèrent pas les Suisses de traiter ce prince avec une rigueur excessive, et de disposer de ses états comme d'un pays conquis \
L'occupation de Cerlier par les Bernois (26 octobre 1 47*)* et la prise d'illens par les Fri bourgeois (janvier i47^) * constituaient déjà une violation patente des traités existans entre les Suisses et la maison de Savoie, et de la neutralité qu'ils exigeaient impérieusement de la régente. Aussitôt que la guerre eut éclaté entre le duc de Bourgogne et les Confédérés, la duchesse de Savoie prit toutes les précautions que lui dictait la gravité des circonstances. Le comte François de Gruyère était depuis plusieurs années pourvu de la charge de maréchal de Savoie, mais ce seigneur se trouvait déjà atteint de la maladie dont il mourut peu de mois après 4 . Cette circonstance détermina le conseil de régence à investir Jean- Louisde Savoie, évéque de Genève, d'une haute surveillance sur les provinces situées en deçà des monts, et en outre à confier le commandement effectif des troupes et la défense des frontières de ces provinces à un chevalier expérimenté et fidèle \ Ce choix tomba sur Amédée de Gingins, seigneur de Belmont-en-Scmines % auquel la régente conféra le titre de capitaine- général 9 par lettres patentes datées de Turin
comte de Blamont, devînt, à la' même époque, viêe-gonvirneur du Luxembourg.
« Lib. IV, e VIII, n. 71 et 1M à 139.
» Lib. IV, c. VIII , n. 59-61.
5 Sous prétexte que Guillaume de la Baume, teigneur d'I lient, (qui tenait cette terre de sa grand'mère Jeanne de la TourChâtitton, dame d'illens) était caution d'une somme due à Fribourg par le teigneur de M enthon. Comparer lib. IV, c. VIII, n. 74 à 79.
* Kûenlin, Châteaux Suistes, t. I, p. 807.
6 Intemerafa reium belligerarum experientia attaque virtufam ornament a.... donatum.
• J. de M aller a confondu Amédée de Gingins avec Pierre, seigneur du Chàtelar t sonfrére. (Lib. IV, c. VIII, n. 33 5 et455.) Tous deux étaient fils de Jean de Gingins, chevalier, tire de Divonne, et de Marguerite de La Sarraz.
du 28 novembre 1474 *• Le nouveau capitaine-général pourvut aussitôt les bourgs et châteaux -forts du pays de Gex et du Chah lais, de munitions et de garnisons suffisantes pour leur défense; il appela sous les drapeaux les Francs- Archers et forma de nouvelles compagnies *. Les lettres patentes du souverain lui conféraient en outre des pouvoirs civils extraordinaires pour arrêter et faire punir sévèrement quiconque compromettrait la sûreté de l'état ou la tranquillité publique '. Cependant l'autorité du sire de Belmont ne s'étendait qu'indirectement sur la baronie de Vaud 4 , dont les forces militaires étaient , en l'absence du comte de Romont, sous le commandement immédiat du gouverneur ou Bailli de Vaud. Antoine d'Avenche, seigneur de Villar - Repos , Humbert Cerjat, seigneur de Combremont, et François de Billens, exercèrent successivement cette charge pendant la durée de la guerre de Bourgogne *. Ces baillis pourvurent de leur côté à la défense des places les plus menacées par les Suisses, telles que Morat, Iverdun , Estavayer et Romont, dont ils renforcèrent les garnisons *. Les démonstrations hostiles des Bernois et des Fribourgeois d'un côté, et de l'autre celles
de Philippe de Savoie, comte de Bresse , ainsi que la ligue
4 Capitaneum gêneraient fortalitiorum, villar um et francorum-archerioreim totius ballivaius Chablaisiiet Gay. (Lettres patentes aux archives de La Sarrat.)
* Castra, etc., ac alla quœcunqucdefensionum gênera ordinandi... archerios francos.... erigendi erigique fieri parati, etc. Lettres patentes, ut supra.
* Viriliter eoercendi , arrestandi , incarcerandi, pœnas et muletas <mponendi, etc. Lettres pat. , ut supra.
* Elle ne s'étendait que snr les fiefs relevant immédiatement du duc de Savoie.
6 Humbert Cerjat, anno 1473, 1474. AnU d'Avenues, 1474, 1475. Fr. de Billens, anno 1475, 1476. = Le renouvellement de celle charge annuelle avait lien au milieu de Cannée, ce qui a fait supposer qu'elle s donnait pour deux ans.
« La bannière de Nyon fut envoyée à RoraonL
offensive et défensive qui existait entre le Haut-Vallais 1 et les Suisses, prescrivaient à la maison de Savoie cette attitude défensive qu'elle conserva, sans se départir du système de neutralité armée adopté par elle. Malheureusement, ces mesures manquaient d'ensemble et n'eurent pas le succès qu'on pouvait en attendre.
L'hiver de i4?4 * 1 \ 1 5 se passa en conférences et en négociations actives, pour amener les Confédérés à entreprendre une nouvelle campagne contre le duc de Bourgogne \ Ce fut encore la corruption exercée sur les chefs des Cantons 3 et le penchant désordonné pour la guerre et le pillage, de plus en plus développé chez le peuple suisse, qui l'emporta sur toute autre considération. Dès la fin de mars i475, des bandes aventureuses (Reislaûfer) de Berne, de Soleure et de Lucerne, réunies au nombre de 12 à i3oo hommes 4 , franchirent les gorges du Jura neuchâtelois , tombèrent sur le Val du Sauget, pillèrent l'abbaye de Mont-Benoît et surprirent Pontarlierle 7 avril \ Ils parvinrent à s'y maintenir jusqu'au 1 3, contre des forces très-supérieures accourues pour reprendre la place; mais n'ayant pas jugé prudent d'en attendre un second, les bandes suisses quittèrent furtivement Pontarlier dans la nuit qui suivit le premier assaut, emmenant avec eux plusieurs chariots chargés de butin \
Quand on apprit à Berne la prise de Pontarlier, on résolut de soutenir une entreprise aussi heureusement commencée; d'autant plus que Berne venait de signer ( le 5 avril ) sa première capitulation militaire avec la couronne de France, qui
1 Lîb. IV, c. VIII, n. 306-808.
* Ibid. n. 65 ù 70 et 88 à 97.
1 Ibid, n. 186 ù 200.
* Gollut dit 800.
5 Le vendredi après Quasinwdo. Msc. des Carmes,
* Lib. IV, c. VIII, n. 108 à 115. Le prince Fréd. de Tarente était arrivé à Besançon avec 9 ou 10,000 Calabrais, vers Pâques (26 mars). Msc. des Carmes.
l'obligeait à tenir sur pied, pour le service du roi, un corps de six mille Suisses *. Comme cet engagement ne pouvait être rempli qu'avec le concours du peuple, l'avoyer régnant N. de Scharnachtbal convoqua, pour le 8 avril, une assemblée générale de députés des districts de la campagne. On ignore quel fut le résultat de cette convocation ; mais il est positif que l'appel sous les drapeaux de a5oo hommes, qui fut publié le surlendemain (10 avril), ne fait aucune mention de la capitulation , et ne parle que de la nécessité de se porter au secours des compatriotes que les Bourguignons tenaient encore assiégés dans Pontarlier 1 . Ce corps de troupes fraîches, conduites par les chevaliers Nicolas de Diessbach et Jean de Hallwyl *, auxquelles se réunirent les bannières de Soleure, Fribourg et Bienne, rentrèrent immédiatement en Bourgogne , forcèrent les bandes suisses qui en revenaient à rétrograder , et occupèrent pour la seconde fois Pontarlier qu'il» trouvèrent désert. Ensuite les Confédérés formèrent un camp retranché en avant de Pontarlier, sous la direction du chevalier de Hallwyl, tacticien consommé autant que hardi guerrier.
L'armée du comte de Roussi, maréchal de Bourgogne, très -supérieure en nombre, mais composée presqu'en entier de gens d'armes à cheval*, qui ne pouvaient manœuvrer qu'avec difficulté dans ces quartiers montagneux , était disséminée à Ornans, à Boujeailles, à Frâne et à La Rivière *,gros bourg bien fortifié que les Bernois tentèrent inutilement d'enlever, et devant lequel ils éprouvèrent des pertes assez considérables* pour être dans le cas de demander à Berne
» Lib. IV, c. VIII, n. 184 ; et Comiw, 1 111 , p. 395.
* Tillier, t II, p. 2S2.
» Geschichtforschei; t. VI , p. 302.
* Le comte de Roussi avail 2,500 chevaux, elle sire de Chuteau-Onyon 8,000 hommes de toutes armes. GolUt, 871.
* GoUat.
* Lettre du Duc au sire Du t ay, iO mai U76. M cm. de Fr. et de Bourgogne, p. 360.
de prompts renforts*. En attendant, les deux armées ennemies se préparaient de part et d'autre à renouveler le combat*, lorsque le comte de Roussi apprit que le sire de Craon venait de profiter de l'expiration de la trêve 3 pour passer la Haute-Saône et s'avancer jusqu'aux portes de Vesoui. Cette brusque attaque obligea le maréchal de Bourgogne à se porter en toute hâte au-devant des Français, abandonnant aux Suisses le territoire de Pontarlier et le passage important des Cluses de Joux où ceux-ci laissèrent de fortes garnisons 4 . Le gros de l'armée confédérée regagna le comté de Neuchâtel où elle rencontra une nouvelle troupe de aooo Bernois, commandés par l'ancien avoyer Pétermann de Wabern , qui venaient à son aide 8 .
C'est à la nécessité d'occuper sans relâche ces bondes guerrières et indisciplinées, qu'il faut attribuer l'invasion inopinée des domaines que la maison de Châlons possédait dans le Pays-de-Vaud. A la première apparition de ces bandes, qui, dans le mois de mars, avaient déjà pillé les campagnes de la rive occidentale du lac de Neuchâtel, et enlevé aux habitans inoffensifs plus de 1200 pièces de bétail*, Pierre Majoris(de Romainmotier), surnommé de Joigne % châtelain de Grandson, s'était rendu de Nozeroy à Berne pour tenter un accommodement *« C'est en vain qu'il représenta à Nicolas de Diessbach, que Louis de Châlons, son
1 Schilling, p. 167.
* Gcschichlforscher,L VI, p. 802.
1 Elle expirait la veille de Y Ascension, à mai 1475.
* {M se. des Carmes, de Besançon). Le château de Joux appartenant an margrave de Hochbcrg fut livré aux Suisses par suite de la convention du 7 avril 1475. Lib, IV, c. VIII, n. 72.
* Lib. IV, c. VIII, n, 125, 126.
* Tiltier t t. II, p. 227.
7 Où celte branche était établie.
* Lib. IV, c. VIII , n. 190. Noaeroy était la résidence du sire de Ghsteau-Guyon,
maître , était feudataire de la maison de Savoie pour Grandson et les autres seigneuries qu'il tenait aux environs ; toutes ces ouvertures de paix furent repoussées à l'instigation des commissaires français qui se trouvaient encore à Berne. Le temps était passé où les grands sires de Châlons, possesseurs des abondantes salines de Salins, exerçaient un bienfaisant patronnage sur les contrées pastorales de i'Helvétie, par le don gratuit de charges entières de ce précieux sel, indispensable aux troupeaux qui alors formaient toute la richesse des Suisses'.
Les bornes de cet appendice ne nous permettent pas d'ajouter de nouveaux détails à ceux donnés par notre célèbre historien sur L." prise des places de Grandson, de Montagny, de Champvent, d'Orbe, d'Echallens et de Jougne. Les Suisses étaient trop supérieurs en nombre* pour ne pas triompher bientôt de la résistance même la plus opiniâtre des faibles garnisons renfermées dans ces châteaux. Pierre Majoris ne rendit celui de Grandson qu'après avoir obtenu une honorable capitulation, et Nicolas de Joux , seigneur de Château -Vilain *, qui commandait la forte place d'Orbe, défendit le terrain pied à pied avec un courage digne d'un meilleur succès : lui et les vingt-cinq compagnons qui lui restaient se laissèrent précipiter du haut du donjon où ils s'étaient retirés, plutôt que de se rendre à l'ennemi.
Berne et Fribourg avaient entrepris les expéditions de Pontarlier et de Grandson pour leur propre compte et
1 Aux xiii - et xiv - siècles, aux abbayes de Golhtadt, de Haute-Bue, etc. Cartul. de Salins,
* 5,000 hommes de Berne, Solcure et Fribourg, partirent de Neuchâtel le 26 avril ; ils furent bientôt suivis de 400 Balois , 400 Zurieois et autant de Lucernois, en tout 6,200 hommes au moins.
* Nicolas de Joux, d'une branche cadette des sires de Joux, fut enseveli dans le cloître de Sainte-Claire, et 30 de ses compagnons, tous chevaliers ou nobles tues sur la brèche, furent enterres dans le cimetière de St- Martin d'Orbe. M se. de Pierre FU*r.
contre lavis des autres cantons, qui en manifestèrent hautement leur mécontentement 4 . Il était d'autant mieux fondé que I on n'avait fait aucune distinction entre Bourguignons et Vaudois, entre les domaines mouvans du duc de Bourgogne, auquel on avait déclaré la guerre, et ceux qui relevaient lie Ja maison de Savoie, avec laquelle on se disait en pleine paix*. Les progrès des bandes suisses avaient été marqués par des actes de violence et de rapine qui laissèrent dans l'àme des habitans du Pays-de-Vaud une impression de terreur et une animosité profonde; et les représailles auxquelles elles donnèrent lieu contre les Confédérés, logés dans les places conquises, servirent à ceux-ci de prétexte pour envelopper dans Ja guerre, d'abord le comte de Romont, puis enfin la régente de Savoie elle-même. En 4 attendant, le théâtre de la lutte, qui semblait devoir se circonscrire dans l'Alsace et la Haute- Bourgogne, se trouvait désormais transporté entre le mont Jura et les Alpes.
La paix signée devant Neuss(/e 27 juin) entre l'empereur Frédéric et le duc de Bourgogne, fut bientôt suivie de la trêve de neuf ans ) conclue kSoleuvre, le i3 septembre 1 47^ , entre ce prince et le roi Louis XI \ Elle portait expressément que tous les alliés <fes deux parties belligérantes, et notamment les Bernois et les ligues ( Suisses) de la Haute- Allemagne seraient compris dans la trêve aussitôt qu'ils y auraient accédé par une déclaration formelle qui devait avoir lieu avant le premier janvier suivant («476), et pourvu que dans
• TUlier, t. II, p. 233, qui cite le recès de la Diète de Lucerne, du 22 avril 1675.
* Si la réserve des droits de la maison de Savoie dont J. de M aller ne parle que sur la foi d'une ballade (LU . IV, c. VIII, n. 151), a été faite par Berne , elle devenait par trop dérisoire après l'incendie des châteaux et le pillage des campagnes.
8 Lib. IV, c. VIII, n. 202 et 205. La trè\e fut connue à Berne le y octobre, et signifiée aux Gantons le G novembre suivant, par des hérauts de France et de Bourgogne. TUlier, t. Il, p. 250 et 263.
l'intervalle ceux-ci s'abstinssent de tout acte d'hostilité envers le duc Charles ou ses adhérens 1 . Le Traité secret^ daté de Soissons, du même jour*, qui souleva une si vive rumeur dans les Cantons, n'était calculé que pour le cas où les Suisses persisteraient seuls dans le système d'agression qu'ils avaient suivi jusque là à l'égard du duc de Bourgogne. Cependant il dépendait entièrement de leur volonté de poser les armes, en accédant à la pacification générale : l'honneur ne s'y opposait pas j l'humanité et la prudence le prescrivaient; mais la Confédération ne s'appartenait plus à ellemême; la Diète ne délibérait que sous l'influence occulte et corruptrice des émissaires français 1 ; et le succès des campagnes d'Héricourt, de Pontarlier, de Grandson et de BJamont 4 avait enflammé l'ardeur guerroyante et la cupidité du peuple suisse. Au lieu de souscrire à la paix recommandée par le légat du pape, le comte de Montfort envoyé de l'Empereur 8 et le comte de Gruyères, député de la régente de Savoie 6 , les Cantons prêtèrent l'oreille aux bruits absurdes répandus à dessein sur certains projets sinistres de Char] es-
1 Pièces de Comines, t. III, p. 409 et suiv.
* Lib. IV, c. VIII, n. 206 et 208. Commette, cit. p. 419 et 420. 1 Lib. IV, c. VIII. n. 182 à 200.
* Lib. IV, c. VIII , n. 225 à 282. Les chroniqueurs Suisses ont omis ou altéré certains noms de- places enlevées en Franche-Comté, par les Suisses, dans la campagne de Blamont, où ils débutèrent le 10 juillet par la prise de Pont de Roide dans le Lomont. Voici ces noms : L'isle sur Doubs (n. 233); A'a/i5 et Nans sous Sainte- Anne ou Montrichard (n. 23 G); Montby-les-Gondenans (Ibid) ; Granges, rendu [le 27 juillet; Blamont occupé le 13 août (n. 241 à 243); Thibaut de Blamont était le châtelain de Henri sire de Neuchâlel et de Blamont (voy. n. 261); Grammont (n. 271 à 27a) , pris le 21 août; Falon (Valant, n. 275); Clémont et La Boche près SL Hippolyte (n. 236 à 277) ; Belvotr et Sancey. Clerval (n. 277), ne fut pris que dans la campagne de Tannée suivante.
6 Valér. Anshelm, p. 124.
* lib. IV, c VLU, n. 292. Avant te 9 août; mais la lettre de la régente du 21 janvier (1475) est réellemeut de l'an 1476.
le-Hardi ', et Berne déclara la guerre au comte de Romont sous le prétexte le plus frivole.
Plusieurs mois avant que la guerre de Bourgogne eût éclaté, Jacques de Savoie s était rendu en personne à Berne, et avait remis ses domaines du Pays-de-Vaud sous la sauvegarde de cette ville voisine, qui se disait l'ancienne et fidèle alliée de sa maison, en déclarant que son honneur et ses intérêts l'appelaient auprès du duc de Bourgogne. Cette démarche loyale lui fut imputée à trahison par les Bernois \
Après la levée du siège de Neuss, le comte avait été envoyé par le duc Charles à Arras où il eut un cheval tué sous lui, dans une sortie qu'il fit ( le 37 juin ) à la tête de la garnison bourguignonne. Ensuite ce prince lui confia la défense de la Franche-Comté, avec le titre de commandant-général à la place du comte de Roussi, maréchal de Bourgogne, fait prisonnier par les Français à la bataille de Château-Chinon ( ao juin ). De là il s était rendu momentanément dans ses domaines du Pays-de-Vaud, dont il trouva la population dans une émotion inexprimable. Les violences et les déprédations commises par les Suisses qui tenaient garnison dans les places conquises voisines du Jura, excitaient la vengeance des Vaudois, et les portaiefg à refuser des vivres et à maltraiter de paroles et de faits tous les Allemands qui s'aventuraient sans de fortes escortes dans les campagnes environnantes. Chaque jour voyait renaître des collisions partielles qu'aucune mesure préventive ne pouvait empêcher. Bien loin d'encourager ces actes de représailles, les officiers du comte en punis-
* Lib. IV, c VIII, n. 103.
* Schilling, p. 221, qui dit positivement t Ehe der Krieg mit dem liertogen von Burgund angefangen ma*. » — Le comte de Romont se trouvait hArra* le 10 juillet 1474 (voyez Comines, t. II, p. 213). Cette démarche que J. deMuller (Lib. IV, c. VIII, n. 29b) avance d'une année, eut donc lieu au printemp* 1474 ; ce qui lui ôte le caractère de déloyauté qu'on s'est plu à y attacher.
saient au contraire les auteurs avec une sévérité excessive
On a prétendu que les Bernois avaient déclaré la guerre au comte de Romont pour quelques chariots de peaux de moutons enlevés à certains marchands allemands qui traversaient le Pays-de-Vaud pour se rendre aux foires de Lyon *. En supposant que le fait en question * ait servi de prétexte à cette déclaration, qui, au surplus, n'en parle pas, ce prétexte était mal fondé. L'arrestation de ces marchands et la saisie de leurs marchandises n'étant que la répression légitime d'actes
* Lib. IV, c. VIII , n. 225. J. de Muller est en contradiction avec laimême quand il accuse le comte de Romont, m Savoir agi oflcnsivement contre les Suisses. »
* Comines, t. I , p. 260. J. de Muller, Lib. IV, C VIII . n. 350. Schilling dit positivement : « deux chariots allemands de Nuremberg, » p. 225.
» J. de Muller, Lib. IV, c. VIII, n. 530 a 555, a confondu ensemble deux faits du même genre, mais diflerens entre eux de temps et do lieux. Le premier arriva le dimanche S octobre avant la St. -Denis (Steitler, p. 231, et non pas avant la St.-GalC) , près de Morges ou de Lausanne. Le second, qui , après la paix , devint le sujet de longues difficultés, eut lieu trois mois plus tard , le jour des Rois, 6 janvier 1476. J, Bertrand, hôtelier de CAnge à Rollc, ayant dénoncé à Amédie de G ingins, sire de Belmont , qui se trouvait à Divonne , l'arrestation de certains marchands allemands, nommés Henri Koler, de Nuremberg, et Anselme Schûder, de St.-Gall, qui avaient un dépôt à Genève où ils étaient soupçonnés de faire avec Lyon un commerce prohibé, le sire de Belmont , capitaine-général du pays, se rendit sur les lieux, fil vérifier le contenu des tonneaux appartenant à ces marchands , où l'on trouva cinq douxaines de peaux de martre zibeline, et 50 liv. de graines de cocfienille, évidemment destinées pour les teintures de Lyon. En conséquence il ordonna d'office la confiscation de ces marchandises et les fit conduire au chôteau de Beau-Regard en Savoie, où elles furent livrées aux officiers des gabelles ducales. Pierre de Gingins, seigneur du Châtelar ( que fVatteviUe et J. de Muller, confondent avec son frère Amédée) , fat absolument étranger à Tune et à l'autre de ces arrestations, comme le prouve une enquête judiciaire ordonnée par le duc Philibert l, et dressée les 16, 18 et 19 septembre 1478 (aux archive* de La Sarras), où nous avons puisé ces détails.
de fraude et de contrebande^ contraires aux prohibitions fiscales en pleine vigueur dans les États de la maison de Savoie 1 .
C'est donc bien moins dans les soi-disantes provocations énumérées par la déclaration de guerre du 14 octobre 1 47^* qu'il faut chercher la véritable cause de la brusque invasion des domaines du comte de Ko mont, que dans le projet formé par Louis XI , de fermer à tout prix le passage des Alpes aux gens de guerre que le duc de Bourgogne tirait en grand nombre de l'Italie*. Après s'être concerté dans ce but avec le roi et l'avoyer N. de Diessbach 4 , Philippe de Savoie , comte de Bresse, avait renouvelé , au mois d'août i4j5 % la tentative faite l'année précédente pour supplanter ses frères, l'évêque de Genève et le comte de Romont, dans le pouvoir qu'ils exerçaient sur l'esprit et les déterminations de la ré-
1 Les renseignemens donnés par J. de Muller ( Lib. IV, c V, n. 405 à 138;, sont inexacts. Les foires de Genève ne furent point transférées à Lyon, et ne cessèrent nullement de se tenir à Genève; mais le roi de France et le duc de Savoie défendirent à leurs sujets respectifs de fréquenter les foires rivâtes de Genève ou de Lyon , et interdirent le passage aux étrangers qui ne pouvaient s'y rendre qu'en traversant leurs États. (Voyei Galiffe, Matér. pour l'Histoire de Genève, t. I, p. 236). Le duc Amédée IX renouvela celte défense le 2 septembre 1465 ( Ibid, p. 281), sous peine de confiscation des marchandises et de la perle de leurs emplois , outre une amende de 100 marcs d'argent pour les officiers qui laisseraient passer les fraudeurs. Cependant, à la sollicitation des Frîbourgeois, le duc se relâcha de la rigueur de cette ordonnance, en permettant aux bourgeois de Berne de porter leurs produits industriels aux foires de Lyon , mais sous la réserve qu'ils n'y porteraient aucune marchandise étrangère ou appartenant à des traficants non Bernois (Haller, Coll. DipLy t. III, p. A4). On a vu plus haut, que, dans l'un et l'autre fait, il s'agissait de marchands Nurembergeois et St.-Galkis, el non de marchands Bernois.
* Lib. IV, c. VIII, n. 340 à 349.
1 Ce but politique est plus réel que celui que J. de Muller prête aux liernois. Lib. IV, c. VIII, n. 339.
* Lib. IV, c. VIII , n. 440.
' c ■ Lib. IV, c. VIII, n. 441.
gente de Savoie, leur belle-sœur, dans l'intérêt de la cause de Charles-le-Hardi, aussi populaire en Savoie que dans le Pays-de-Vaud. La surprise d'Aigle par les Bernois (i5 août i 47^)'j ^ a hg ue formée par ceux-ci avec le Haut-Valais * (7 septembre), dont le concours leur était indispensable pour intercepter le passage du St.-Bernard, ne laissait aucun doute sur les combinaisons auxquelles Berne et Fribourg obéirent sans les connaître.
A aucune époque de son histoire, la Patrie deVaud n'eût à souffrir des calamités comparables à celles que lui fit éprouver la brusque irruption des Allemands* : leur marche fut si rapide et la supériorité de leur nombre si décisive, que la résistance désespérée que quelques braves patriotes , renfermés dans les villes et les châteaux fortifiés, opposèrent à l'ennemi, fut impuissante pour l'arrêter. Dans le court espace de 20 jours, Berne et Fribourg se rendirent maîtres de toute la Baronie de Vaud , depuis Morat jusqu'à Coppet. Lausanne et Genève n'évitèrent le même sort qu'en se rachetant, la première par une contribution de 1 4,000 florins 4 j la seconde par une promesse de 200,000 florins de Savoie, qui, plus tard, fut réduite à 5 0,000 a . Les documens de cette époque désastreuse retracent dans les termes les plus énergiques le tableau des malheurs publics et privés qui accablèrent les Vaudois \ Morat, Avenche , Payerne
» Lib. IV, c. VIII , n. 297 à 305. Tillier (t. H, p. 247), porte à 1,000 hom. le nombre des Bernois envoyés le 40 août sur Aigle; mais l'un et Tau Ire confondent les résultais de celte première tentative qui échoua en partie , avec celle du mois de novembre suivant.
2 Lib. IV, c. VIII, n. 308.
» C'est le nom que les Vaudois donnaient indistinctement à tous les Suisses.
'Sept mille flor. du Rhin. Lib. IV, c. VIII, n. 428. 5 Lib. IV, c. VIII, n. 423, 424. 100,000 flor. du Rhin soit 200,000 fl. de Savoie.
0 « Propter invasionem crudelissimam Alamannorum vîdelicet lier- . » nensium, Friburgensium et eorum confœdcratorum , même oc to bris
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et Montagny~la~Ville se rendirent volontairement à l'ennemi, mais Estavayer fît une résistance désespérée et ne fut emporté qu après avoir soutenu plusieurs assauts meurtriers. Le château de Fonts subit le même sort. Yverdun se rendit à merci et le château de Ste.-Croix fut aussitôt enlevé. Ensuite les Suisses marchèrent sur La Sarraz ; Guillaume sire de La Sarraz défendit vigoureusement son château, qui ne tomba au pouvoir de l'ennemi que lorsque la sappe et le feu eurent fait crouler les murs du corps de la place, attaquée du côté du vallon. Vingt-trois gentilshommes et un bon nombre de vassaux périrent sur la brèche. La garnison des Clées, commandée par Pierre de Cossonay, offrit d'une part l'héroïque spectacle d'une poignée de braves patriotes défendant intrépidement leurs foyers; et de l'autre une soldatesque effrénée se livrant sur une troupe de malheureux prisonniers aux actes de cruauté les plus inouis *. Morges et Nyon, effrayés par le nombre et la fureur des ennemis, livrèrent les clefs de leurs portes sans tenter une résistance inutile \ Seize villes, quarante- trois châteaux et un nombre incalculable de villages et de hameaux devinrent la proie des flammes, qui couronnaient, presque en même temps, tous les clochers du pays \ Les habitans sans défense, égorgés dans leurs propres foyers, abandonnaient les lieux habités et se réfugiaient dans des déserts où l'homme n'avait jamais péné-
» (1475) factum. • Déclaration de COfjicialitè de Lausanne, du 22 octobre 1467. H aller, Coll. Dipt. V, 666.
1 Pierre Blanc commandait^ garnison de 800 hommes. Il n'est pas fait mention de l'intervention du seigneur de Valangin.
2 Lib. IV, c. VIII , n. 401 à 408. L'obituaire du prieuré de Cossonay a conservé les noms de tous les braves tués dans l'assaut des Clées, ou massacrés après la victoire.
» Lettre de Berne à Bàle, du 2 octobre 1475. Ochs, HisU de Bâie, IV, 505.
* Schilling, p. 246.
tré En un mot, les vainqueurs souillèrent leur victoire par des excès tellement révol tans que les chefs de l'Etat se virent obligés de frapper ces excès d'une désapprobation formelle \
Lorsque la régente de Savoie vit tous les domaines du comte de Romont dans les mains des Bernois *, elle se crut sérieusement menacée, et renonça, quoiqu'un peu tard, au système de temporisation quelle avait suivi jusqu'alors, et qui donna à sa politique une apparence de versatilité, qui tenait plutôt aux difficultés de sa position qu a son caractère ferme et décidé. Elle envoya au prince évêque de Genève et à ses officiers en deçà des monts, l'ordre positif de repousser la force par la force 4 , puis se rendit elle-même en Lombardie pour recruter des troupes 8 , et pour presser les enrôlemens qui s'y faisaient au nom du duc de Bourgogne, le triomphe définitif des Suisses sur ce prince, protecteur sincère de la maison de Savoie, menaçant celle-ci d une ruine inévitable.
L'évêque de Genève, J.L. de Savoie, s'enferma dans le fort château de Conthey ( Gundis) , sur la limite du Haut et du Bas Valais où il avait fait venir en toute hâte quelques gros canons de Genève \ Il s'y vit bientôt assiégé par les Haut- Valaisans. Pierre de Gingins, sire du Châtelar, ayant rassem-
• • Plurespatriam desernerint, alii in locis hominum insuetis se
• abscomlerint. • Oclis,
2 Lettre des avoyers et conseil de Berne aux capitaines Bernois. Geschichiforscher, t. VI, p. S04 et 306. * ^
' En se reliront les Confédérés laissèrenTde fortes garnisons à Yverdun, à Romont , à Rue , à Cudrefin , à Payerne et à Morat. Tillier . t. II , p. 263.
4 Rappelés dans un verbal du 19 octobre 1491. Arch, de La Sarrau 6 Le 6 novembre 1475 , le capitaine Collueio de Grifis, condottieri napolitain , passa à la solde du duc de Savoie. Cibrario Ècon. polit, p. 104.
• Lctlre de J. L. de Savoie aux syndics de Genève , datée de Conthey 11 novembre 1475. Galiffe, 1. c p. 5*7.
Lié tous les vassaux du Chablais, le délivra, tandis que le capitaine-général, Amédée de Gingins, son frère , arrivait à marches forcées par le St.-Bernard , avec les vassaux et les francs-archers du pays de Gex, du Faucigni et du Vald'Aoste 1 , guidé par Rodolphe d'Asperlin de Rarogne, ennemi personnel del'évêque de Sion.
L'armée savoyarde, forte d'environ 10,000 hommes, mar cha immédiatement sur Sion, qui, ayant résisté à un premier assaut, fut assiégée dans les formes. Le Landsturm du Haut- Valais, qui comptait au moins 4>°°° combattans, se leva en masse; mais ses tentatives pour débloquer Sion furent repoussées à plusieurs reprises par les Savoyards *. La capitale du Valais était sur le point de tomber au pouvoir des asniégeans , lorsqu'un renfort de 3, 000 Bernois et Soleurois arriva par le mont Sanetsch, et tomba à l'improviste sur les flancs des Savoyards, tandis que les gens des Ormonts et de Château-d'OEx, débouchant par des sentiers réputés impraticables, les attaquèrent par derrière. Néanmoins le capitaine-général fît bonne contenance et livra bataille aux Confédérés dans les plaines de la Planta *, le 1 3 novembre i475, et ne se retira qu'après avoir perdu 3oo gentilhommes et plus de mille soldats embâtonnés. La retraite de l'armée savoyarde ne put s'effectuer que par les montagnes du Faucigny, de sorte que tout le Bas-Valais jusqu'au lac Léman resta au pouvoir des Haut - Va lai sans et des Bernois \
* • Amedœus de Gingins D\ Belimontis, capitan. gêner., atque Petruê • ejus frater, D*. Castellarii una com vassallis et subditis patri*, cura ■ magno armorum apparatu. • L. c. Arehiv. de La Sarrat.
* • Allemanis résistèrent violentias eorum propulsarent • IbitL
» C'est le nom que l'on donne à cette bataille célèbre dans les annales du Valais. Bridel, stat. du Palais, p. 239.
* Voyez J. de M aller, Lib. IV, c VIII, n. 455 à 473. Le grand bâtard de Bourgogne n'était plus en Valais (n. 456) ; il avait rejoint le duc à Pont à-Mousson en Lorraine, le 26 septembre, avec ses Lombards. Cotninet.
Dans l'intervalle, Charles-le-Hardi s'était emparé de toute la Lorraine'. Le duc René II, q*i, trompé par les promesses décevantes de Louis XI , avait déclaré la guerre au duc de Bourgogne ( le 9 mai 1475 )* et ravagé la province du Luxembourg, s était bientôt vu abandonné par le roi 3 . Celuici n'avait pas craint de trafiquer ouvertement des Etats de son jeune protégé en échange des domaines confisqués par Charles sur le connétable de St.-Pol \ Cependant, le duc de Lorraine avait été compris dans la trêve de Soleuvre; il y avait même personnellement accédé 1 ; mais ce jeune prince indécis et ballotté entre les partis , quoique brave dans les combats, souffrit que ses officiers, aidés des gens de guerre Suisses, Balais et Ferrettois, qui tenaient garnison dans les places fortes de la Lorraine *, continuassent les hostilités contre les troupes du duc de Bourgogne ce qui entraîna la conquête de la Lorraine.
Ainsi , tandis que l'habile, mais cauteleux monarque français se retirait de la terrible lutte dont il avait été partout l'instigateur , les Confédérés , abandonnés à leurs propres forces, restaient exposés à tous les périls de la guerre et au courroux d'un prince justement irrité par des attaques réitérées contre lui et ses alliés.
F. de Gingins.
• Lib. IV, c. VII t, n. 478 à 49i.
1 Pendant que le duc élait an siège de Neuss. Hugnenin, Guerres de Lorraine, Metz, 1857, p. 88.
» Lib. IV, c. VIII, n. 492.
* Voyei Pièces de Co mines, L III, p. 448.
* Comines, III , p. 415 et p. 450.
• à Briey-sur-Orne, 300 Confédérés (Lib. IV, c. VIII , n. 484) ; a Nancy, 1,600 Ferrettois et 000 Bâlois, qui plus heureux que ceux de Briey, se retirèrent vies et bagues sauves, après la capitulation. Ocht, Rist. de BàU, IV, 307.
1 Pièces de Conùnes, t III, p. 450.