LIVRE IV. CHAP. VI
réunir, ou quand elle se réunissait en temps inopportun , ou parce que les regards du père de la chrétienté saisissaient quelquefois les besoins d'une province de la chrétienté mieux que les habitans eux-mêmes , ou enfin lorsqu'il s'agissait de récompenser des services rendus à l'Église entière. Ainsi , au lieu de confirmer Léonard , la cour de Rome conféra l'évéché de Brixen au cardinal Nicolas de Cus. Cet acte d'autorité, contraire aux concordats récens de Vienne et d'Aschaffenbourg 240 , donna lieu , avant l'arrivée du nouveau prélat 241 , à une protestation en forme d'appel 242 au concile qui devait se tenir périodiquement 243 . Mais Nicolas de Cus prit possession du siège, et Sigismond se contenta de recevoir de lui Tavouerie 244 ; l'Empereur parut peu disposé dans cette circonstance à soutenir une lutte pour la liberté de l'Église germanique. jEnéas Sylvius et Nicolas Cusanus vivaient dans une grande intimité entre eux et avec la cour impériale. Peu après, le cardinal fut envoyé par le pape en Allemagne avec des
**• ikhl\ à Vienne entre le cardinal léga<St.-Angéli et l'Empereur; à la cour de Mayence entre Énée , divers hommes d'affaires et l'Électeur, assisté d'un grand nombre de princes d'Empire réunis cher lui.
Ui On croyait qu'il ne viendrait pas, mais exploiterait son évéché comme une commende.
242 On le trouve dans les Œuvres de maître Hemmerlin , t. 1 1 , p. iciv. Lcvêque élu au siège de Brixen est appelé Martin, sans doute par erreur, à moins qu'il n'ait eu deux noms ; son syndic Bernard parle plutôt au nom de Sigismond « sub cujus inero mixto imperio et advocatione, • et dans le comté duquel Brixen était situé; il ne s'élève pas contre le cardinal, mais contre l'exemple donné : ■ Quand les laupes entrent dans un pareil jardin , on les en chasse difficilement. »
24î D'après les décrets de Constance et de Bàle.
*** D'après la convention stipulée en 1451 par la médiation de Salzbourg et de Chicmsée. Apologie de Sigismond dans Freher. Cependant on n'oublia pas la longue opposition. Pua in Narrât. HGO.
indulgences pour de bonnes âmes qui avaient été forcées de négliger Tannée du jubilé et avec une grande autorité pour rétablir la discipline des couvens 245 . A force d'adresse il réunit une somme de plus de deux cent mille florins 246 . Après cela il obtint de l'archiduc en faveur de l'évêché, à titre d'hypothèque, la seigneurie de Taufers dans le Pusterthal 247 . L'exercice continuel de l'intelligence ne rend pas inhabile aux affaires : l'observation des planètes n'empêcha pas Cusanus de scruter les prétentions obscures de Brixen.
Les expressions vieillies ou vagues des chartes demandent à être expliquées par des usages traditionnels qu'un étranger connaît rarement, et sur lesquels les conseillers expérimentés eux-mêmes changent d'opinion suivant leurs passions ou les circonstances. Le cardinal de Brixen, déjà mal vu par suite de sa nomination, ne rencontra qu'obstacles de la part de la cour d'Inspruck lorsqu'il voulut rétablir les armâtes, la finance de l'absolution et la Visitation des couvens 248 . Sigismond s'opposa de toutes ses forces à ce qu'il fût pris une décision à l'égard des religieuses de Sonnenbourg dans le haut Pusterthal, dont on accusait les mœurs 249 ; on en
345 Senatorium de l'abbé Martin von den Scholten à Vienne , dans Pet , Soriptt. Auttr* , t. IL A. 1451.
*** Cela lui est fréquemment reproché par Heimbourg. Quoique cet argent fût destiné à la construction de l'église de SU-Pierre , il en aura retiré des intérêts.
147 1456. Gerhard de Roo; Hund.
248 Narratio PU II, ap. Freher.
240 « Dissolute et turpissime vivere. • Pius. L'honnête Haselbach ne nie pas celte immoralité; il déplore l'opiniâtreté des religieuses; mais il trouve que Cusanus s'est laissé emporter Irop loin par son rèle. Burg- Icchncr ne croit pas non plus à leur innocence.