LIVRE IV. CHAP. VI
pas sans plaisir à cet acte de complaisance : Énée savait que l'amour éveille, développe et forme l'esprit 207 . Quoique, dans la suite, l'archiduc ne ae conduisit pas toujours à son gré 268 , il contribua néanmoins comme pape à prévenir une rupture avec les Suisses 209 . Sur ces entrefaites , le cardinal Gusanus se rendit à Rome, et son ami au faîte de la puissance lui confia le gouvernement de cette ville, tandis que lui-même se rendait à Mantoue. Pie tint là un concile sur le principal intérêt de son administration, la défense de Rome et de l'Europe civilisée contre l'épée de Mahomet, le plus grand padischa des Turcs Osmanlis. S'il s'intéressait vivement à Don Fernando de Naples, roi qui savait être maître et dont la fille avait épousé le neveu du pape 270 , et vil cherchait à laisser dans sa patrie un souvenir à sa maison 271 , Pie était trop sage pour ne pas savoir que les Piecolomini tomberaient avec l'Italie 272 - L'archiduc Sigismond, toute la cour dlnspruck, la noblesse ty-
167 La lettre 122 de la collection citée.
Î6S Surtout qu'il se fût ligué avec Albert contre l'Empereur ; en général , il y avait beaucoup à redire à son gouvernement. 269 Pius in Narrât.
170 Heimbourg lui reproche en termes mordans de s'occuper plus de celte union que des Turcs. Ne fallait-il pas songer avant tout à rendre le repos à l'Italie?
î7i Corsiiianum, et depuis, à sa considération, Pienza dans le Siennois. Heimbourg lui en fait aussi un reproche, bien que cela n'ait pas pu l'occuper beaucoup.
271 Voici le reproche le plus spécieux de Heimbourg : • Si le pape voulait sérieusement la guerre avec les Turcs , il commencerait par rétablir la paix en Hongrie et en Autriche; au lieu de cela il se borne à soupirer avec son Cusanus, et à dire qu'il faut laisser agir le Ciel. - Il parait que Pie ne savait pas trop quel parti prendre; il était trop attaché à l'Empereur pour agir contre lui ; mais il n'osait pas offenser Matthias. Il laissa donc celle affaire suivre son cours.
rolienne , en tout quatre cents hommes à cheval , se rendirent aussi à Mantoue. Là, la cour pontificale, puis le Saint-Pére lui-même, avec un superbe discours rempli de souvenirs de jeunesse, reçut l'archiduc conformément à la dignité de la maison archiducale 273 . Pie fit venir en hâte le cardinal, et se donna personnellement et par d'autres la plus grande peiné pour terminer les différends.
Les intérêts de l'archiduc étaient confiés aux soins du docteur Grégoire de Heimbourg, du pays de Wûrzbourg 274 , l'homme d'affaires de la ville de Nuremberg depuis nombre d'années m , conseiller intime de beaucoup de princes allemands 276 , homme d'une haute stature, chauve, beau d'ailleurs, à la physionomie sereine, au regard plein de feu 277 , si éloquent en allemand et en latin, que dans les délibérations tout reposait sur lui 278 , savant, poussant la franchise jusqu'à l'excès 279 , habitué à triompher de la finesse italienne par la vigueur
27J Gobellinus, Le pape ordonna de rétablir tout sur la frontière suisse, dans le terme de quarante-cinq jours, d'après les formes de la dernière conférence. Guillimann. Mais la Suisse n'obéissait pas aussi promptement que le pape changeait d'avis.
274 • Laicus diœcesis Herbipolit. » est le titre qu'il prend dans les ch. citées par Horn {Collections pour l'hist. de Saxe , t. 1 , 389 et ailleurs). 11 y est appelé tantôt Heymbourg, tantôt en bas allemand Heymborch.
175 Bût dipL de Nuremberg, années U38 et 40.
276 A Mantoue il ne géra pas seulement les affaires de Sigismond et d'Albert , mais encore celles de l'électeur de Mayence et du duc Guillaume de Saxe.
177 Ccsl le portrait que fit de lui ^néas avant d'être pape , dans le rapport de 1447 cité plus haut d'après Baluze. « lllustrioribus oculis. • î7$ • Omne in eo pondus orationis. »
279 • Neque linguœ neque motibus temperans , nihil verecundia; habens, obscœno cultu. »