LIVRE IV. CHAP. VI
allemande*, indépendant dans ses opinions 280 , croyant peu au chei de l'Église 281 . Pie avait commencé par être son égal 282 ; c'était contre lui que Cusanus avait perdu son procès à Mayence. On conçoit donc que lajnejdiation ait échoué. Les adieux «e firent avec une politesse hypocrite 283 ; le ressentiment devint plus amer. Dés ce jour, le cardinal chercha l'appui de la force militaire; la cour se préparait à le prévenir , en cas de nécessité. Le peuple était exaspéré : le pays avait été mis à l'interdit 284 ; la discorde troublait l'église et la société civile. La cour tenta pour lors une mesure vigoureuse t qui n'était ni calculée sur ses propres forces, ni concertée avec la maison archiducale et avec d'autres princes.
Le cardinal , engagé par de bonnes paroles , osa se rendre à Bruneck 285 (1460). Là, Parcival d'Anneherg, un des principaux conseillers de l'archiduc, parvint . . . »
• J'ai connu un puissant ministre d'un grand empire, accoutumé à tromper et à en imposer , qui , pareil à un renard pris au piège, balbutia à peine quelques mots devant un bon Suisse dont la brusque franchise venait de bouleverser ses idées. — • Allez , allez , » disait le grand chancelier Oxenstiern à son flls, âgé de 20 ans, qui se dÉfiail de ses lalens, « tous verrez par qui les hommes sont gouvernés. • D. L. H.
"° « Sui cerebri, sibi vivens. •
îsl II ne parlait que de la Babylone romaine , de la prostituée babylonienne. Wharion dans FreAer, 175. Déjà en 1447 jEnéas se scandalisa de ses opinions.
182 Hedio (paralip. ad Ursperg ) croit que Pie avait môme été inférieur en rang.
"* On n'avait pas perdu toute espérance d'un accommodement. Piu$, Narrât.
Uk Proprement depuis le pape Calixte ; mais sous prétexte d'un appel interjeté et de l'échéance du terme fatal , l'interdit ne fut que peu ou point observé. Mais alors , pour rendre la cour plus souple , le cardinal convoqua son clergé et fit observer l'interdit avec plus de rigueur. BurgUehner.
î85 Ce fait est rapporté dans V Invectiva de tleimbourç.
presque à aplanir tous les différends, du moins pour te moment 286 . Il est difficile de dire si Cusanus ne voulait que gagner du temps , amener des (roupes dans le pays, puis, pendant son voyage à Rome, exécuter des projets peu louables 287 . Le vendredi-saint, il décrivit dans un sermon pathétique le martyre expiatoire du Sauveur; le jour de Pâques il se disposait à prêcher sur la résurrection 288 . De bon matin, à l'heure où le Seigneur ressuscita , des cris de guerre se firent entendre ; la petite ville de Bruneck fut prise ; le prélat se vit forcé de s'enfuir dans le château, sur la colline. Puis vint une déclaration de guerre 289 . , et bientôt après Varchidup Sigismond lui-même avec 3000 fantassins et 800 chevaux 290 . Cusanus, surpris, fut forcé de se rendre 291 . Sigismond le traita avec égard 292 ; mais d'autres ne lui épargnèrent probablement pas les railleries et les sarcasmes 293 . Le prélat, profondément blessé, se contint, consentit à tout pour obtenir la liberté, restitua l'acte hypothécaire de Taufersetune autre obligation considérable , paya dix mille florins
586 11 s'agissait uniquement de savoir si la décision relative à la mine d'argent resterait en suspens six mois ou une année.
187 II le nia; mais Sigismond dit dans l'appel : • Comme le prêtre aurait ri , s'il m'avait prévenu ! • On voit dans Boo que vers ce temps se terminèrent les affaires de Witowiti et de Posingen , que le comte de Gôn ramena sous l'obéissance de l'Empereur. On croyait à Inspruck que le cardinal voulait les gagner.
* 58 Burglcchner. Gobellinus aussi dit que les faits suivans se passèrent • ipso resurrectionis dominica? sacratissimo die. »
889 Burgleckner. Le vendredi suivant.
Le même et Fugger.
191 • Suorum plerisque jam vulneratis. » Gobellinus.
291 • Heverenter liabitum » ; on lui permettait de recevoir des visites ( Heimbourg ) , d'écrire et de recevoir des lettres (Burglechner).
298 « Omni contumeliarum génère. • Pius.
LlVIUi IV. CHAP. VI. 47
argent comptant 29 *, rétablit le culte, autant <ru'il dépendait de lui 295 , promit de tenter d'apaiser le pape, consentit à ce que le chapitre fit occuper les châteaux 290 , et montra un esprit calme et serein, élevé au-dessus du ressentiment 297 ^ La cour, confiante, lui permit, dans les termes les plus honorables 298 , de continuer librement son voyage vers le pape.
De tout temps les prêtres ont été inviolables pour les souverains qui ont respecté l'opinion et la morale des peuples, dirigées par le sacerdoce ; les princes en ont régné avec plus de sûreté ; la liberté de la prédication a fait la consolation de la multitude. Prêtres et souverains auraient pu long-temps encore subsister ensemble, si l'ambition du pouvoir temporel et des richesses n'eût pas amené des collisions dangereuses pour la véritable dignité. Il est difficile que , dans le cours du temps qui dévoile tout et rapproche tous les hommes , la sainteté et la majesté, vénérées de loin, ne perdent pas de leur prestige ; c'est ce qui rend les révolutions irrésistibles. Combien plus , lorsque les maîtres du trône et les maîtres de l'autel se reprochent violemment devant le peuple leurs faiblesses humaines ! Dans de telles conjonctures , celui qui veut arrêter le mal , laissera passer inaperçu ce qu'il ne peut changer, ou pro-
294 Celle affaire lui coûta 35,000 florins {Viti Jrenpeckii chron. auttr.); la cour évalua ses frais à 60,000 (Burglechner) , somme qui comprend les dépulalions et toutes les dépenses faites à celte occasion.
m 11 y fut contraint par la menace de l'égorger. Pie et Muiius.
196 II proposa lui-même cet accommodement. Heimbourg. La cour avait un parti dans le chapitre. i
1,7 II pria le duc de renvoyer le loup de sa demeure. Burglechner.
î9S Le duc lui dit qu'il était en son pouvoir de le dédommager, ainsi que l'abbaye , de la perte qu'ils avaient essuyée. Heimbourg.
fitera des circonstances arec présence d esprit, comme fit alors le souverain pontife. ■
Pie savait qu'il rendrait un service à l'Empereur s'il suscitait un grand embarras à l'archiduc. Depuis que Ladislas , roi de Hongrie et de Bohême , archiduc d'Autriche, était mort sans enfant, des souverains d'un rare génie avaient occupé les trônes de Hongrie et de Bohême m ; la discorde de la maison archiducale avait irouvé un nouvel aliment 300 ; l'Empereur, donton méprisait la mollesse 30 *, n'était pas en sûreté dans son palais ; tandis qu'il ne se donnait aucune peine et n'osait rien entreprendre pour la conservation et l'administration de ses États , il n'en était pas moins ambitieux de les étendre , passion qu'à défaut de courage il voulait satisfaire par la ruse.
Auparavant déjà 302 , Pie avait cité l'archiduc, l'évè-
lers et favoris de Sigismond et tous les transgresseurs de l'interdit , ainsi que les communes les plus considérables du Tyrol 304 à rendre compte , dans le terme de
** 9 Matthias Corvinos et Georges Podiebrad.
m ^ugger el Roo.
m • Cujus ignaviam cives rairantur et hostes , tolus postreme fastidit • orbis cbrislianus, et quisquis imperii romani nomen reverelar, con- ■ dolet, alterum Sardanapaltim hoc quondam triumphale solium occu- » pare. » Heimboarg , Apologie.
Ma 10 Cal. (25 janvier) ou, selon un autre manuscrit, 4 Non. febr. ( 2 février) , alors qu'on n'avait plus d'autre grief que l'inobservation de l'interdit.
m Apres la conférence de Manloue il se rendit en Autriche ; il ne fut renvoyé à Inspruck par Albert qu'après l'action de Bruneck , • mansuetudinis pcrsuasor , » dit-il , « ne quid in victum statueretur severiuS. » Apologia.
J0 * Les habitans de Méran , de Hall , d'Inspruck . de Steningen et aussi de Coire.